‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 145 sur 362 · Ms. : Li(e)o(n) maux · texte numérisé non relu

Ms. : Li(e)o(n) maux

s'acquérir presque autant de pouvoir que son seigneur. Le bon et puissant voisin de ce serf entra à son service dans l'espoir de miex avoir ; il se prit dune si grande amitié pour le serf qu'il faisait tout ce que celui-ci lui ordonnait. Il arriva que le seigneur du serf se courrouça contre lui et voulut lui ôter sa charge ; le serf fut secondé par son ami, qui tua le seigneur et fit affranchir et enrichir le serf. En récompense, celui-ci attaqua son bienfaiteur et l'emprisonna. — Marc, n'y entendant pas malice, estime que le serf a mérité la plus vil mort que Ven porroit penser. « Très bien, dit Lancelot, vous venez de vous juger vous-même ; » et il lui explique son allégorie. Le roi est confondu; il répète qu'il ignore l'endroit où est Tristan ; mais quand il voit que Lancelot sait tout, il a peur de ce

Hector, qui croit toujours Lancelot emprisonné dans l'île, se laisse décider par Gauvain à assaillir, avec lui, les dix-huit chevaliers du château. Ceux-ci sont massacrés. La châtelaine et ses demoiselles accablent de reproches G-auvain, qui est blâmé aussi par Hector. Celuici, apprenant enfin que son frère n'est point dans le château, s'en va avec Gauvain. Ils passent la nuit dans une galesche loge et trouvent, le lendemain, une abbaye où, au bout de deux jours, Hector quitte Gauvain, affaibli par ses blessures, pour se mettre en quête de Lancelot.

Au château d'Augut, ainsi appelé en mémoire de saint Augustin, Erec délivre Bohort, qui avait tué, à son corps défendant, le fils du châtelain, et qu'on allait mettre à mort. Les deux amis s'en vont ensemble et rencontrent Blioberis et Sagremor en une valee, devant deus paveillons, dont le seigneur, frère de Blioberis, les traite fort bien pendant les quatre jours qu'ils y restent. Un jour, à midi, comme ils sont à table, ils voient arriver, sur une mule blanche, une demoiselle la plus laide et la plus contrefaite qu'on puisse imaginer. Robert de Borron dit avoir vu à Osseneforl, dans le trésor de l'abbaye de Saint L'image d'ar- V*ncent> une image d'argent représentant cette demoiselle, que le roi gent. Arthur avait fait faire, et qu'il avait laissée à Ossenefort par ce que cil

gui après lui vendroient l'i vëissent.. ; et encor l'i puet l'en veoir, et tient la damoisele en sa main une verge d'argent qui fu faite del lonc Erec, ne puis ne fu apetiece[e], et par celé verge poent connoistre cil qui la voient corn bien Erec fu lonc. La demoiselle apostrophe Erec, le blâmant de n'avoir pas mené à fin l'aventure du château d'où il avait vu chasser le Laid hardi. Elle s'en va aussitôt, et l'on cherche à rassurer Erec. Blioberis lui dit qu'il y aura un grand tournoi à Gamaaloth devant trois jors la Pentecoste * .

Lancelot se distingue, devant Guenièvre, au tournoi de Gamaaloth, au point que Galeodin, chef du parti adverse, se voit forcé de protester : « Lancelot a tué aujourd'hui six chevaliers ; or, nous sommes venus ici pour éprouver nos forces, et non pas pour mourir. »

1. Ici, au f° 268 c, il y a une colonne blanche, indiquant évidemment une lacune à l'endroit où était sans doute racontée la délivrance de Lancelot de l'Ile de Joie.

Tristan en liberté.

que fera le roi Arthur en apprenant ces nouvelles, et envoie

deux chevaliers pour ôter Tristan de la prison. Ils ont de la Marc fait mettre

peine à le trouver dans l'obscurité du cachot. Il est dans son lit,

très affaibli et amaigri, et se réjouit à l'idée qu'on vient pour le

mener à la mort.

292. Marc ordonne à Tristan de sortir de la cour; s'il y revient, il lui fera ennui du cors. Lancelot blâme fortement le roi ; il lui rappelle qu'il a assassiné son frère l et lui fait des menaces. Marc comprend qu'il a devant lui Lancelot et ne répond rien. Lancelot part avec Tristan, à qui un chevalier de ses amis donne son cheval. Quand ils sont arrivés au château, )inas dit à Tristan que son libérateur est Lancelot ; la joie est grande. Lancelot déclare qu'ils iront ensemble en Logres, et le lendemain il laisse partir Andret avec Dinas, qui n'ose rester, craignant qu' Andret ne l'accuse de trahison.

Page 1