‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 171 sur 362 · Cf. la préface IX · texte numérisé non relu

Cf. la préface IX

Tristan et ne pourra d'ailleurs être délivré tant que celui-ci n'aura pas regagné sa liberté. Perceval fait le vœu de ne point retourner à la cour avant de les avoir délivrés tous les deux.

315. Il part tout seul, arrive au lac de Marse et trouve un petit vaisseau, où une demoiselle l'invite à entrer. Il s'embarque, et le lendemain il se voit arrivé en Gornouaille : la demoiselle a disparu.

316. Il apprend par un laboureur que le roi Marc assiège Dinas assiégé en ce moment Dinas, son sénéchal, qui avait pris le parti de

Tristan, et qu'il se trouve au château de Corinde l. Perceval s'y rend et rencontre une nouvelle demoiselle, qui le connaît et lui dit qu'on l'attend depuis longtemps. Perceval est extrêmement étonné ; il croit à un enchantement. La demoiselle le rassure et le conduit à un château, habité par la mère d'Iseut. Il ne s'explique pas bien la grande joie avec laquelle il est accueilli, comme celui qu'on attendait. La beauté de la vieille reine d'Irlande lui fait comprendre ce qu'il a entendu dire d'Iseut, sa fille 2.

317. Perceval surprend le roi Marc et Andret, qui viennent Marc fait déliât passer, triomphe d'eux et les amène prisonniers à l'un des et|ure de^ne châteaux de la mère d'Iseut. Il force le roi d'envoyer une PjjîfJ6 Pour" demoiselle chercher Tristan, encore emprisonné au château du Pin et gardé par le frère d'Andret. Tristan sort, pâle et méconnaissable; le nom de son libérateur l'étonné, car il n'a jamais entendu parler de Perceval. Voilà déjà quatre ans qu'il a passés dans cette prison, comme le dit Perceval en devisant avec la demoiselle qui amène Tristan. Le roi doit jurer de ne plus poursuivre son neveu, qu'on fête beaucoup à la cour 3.

1. Ce nom n'est pas dans 101 et a disparu dans une déchirure de

2. La présence de la mère d'Iseut en Gornouaille n'est pas expliquée.

3. Dans la Tav. Rit. (cf. au § 253), Tristan est remis en liberté une seule Fois, par Perceval. La délivrance est racontée à peu près comme dans 757, etc. Perceval part après avoir obtenu que Tristan emprisonne Marc et Andret. Puis (p. 340), à la prière d'Iseut, il passe la mer avec elle, Brangain et Alcardo pour aller à la Joyeuse Garde. En Logres, ils trouvent Lancelot, qui est en chemin pour la Gornouaille dans l'intention de délivrer Tristan. Pour la suite, voy. § 338 e.

Pour le récit «les emprisonnements et des délivrances de Tristan dans l'autre version, voy. § 282 ss.

suivre.

318. Perce val prend congé pour reprendre la quête de Lancelot ; Tristan le prie de saluer Lancelot de sa part et de lui dire qu'il viendra plus tard le rejoindre *. Nous passons au récit de la façon dont Tristan termina la guerre du roi Marc avec Dinas, le sénéchal.

319. Tristan reprend ses assiduités auprès d'Iseut, au désespoir du roi ; elle consent à aller avec son amant en Logres, dès que l'occasion s'en présentera.

Arrivée de Blio- 320. A cette époque Blioberis arrive à la cour (l'av enture bens- Vaporta) et s'entretient avec Tristan. Apprenant que Mate assiège Dinas, qui lui a jadis sauvé la vie, il va trouver ce dernier à son château de Roche noire, l'assure que Tristan ne l'a point oublié et se met à sa disposition. Il dirige une sortie et fait des prodiges de bravoure; les assiégeants sont consternés. Pour venger cette honte, le roi Marc fait crier les bans et ordonne à Tristan de prendre part à la guerre. Tristan désire

Marc, Iseut et profiter de cette occasion pour passer à l'ennemi avec Iseut,

Tristan qUi a obtenu du roi la permission de l'accompagner au camp, au camp. * r r ° L

321. Durant la bataille Tristan se montre tellement inactif que le roi exaspéré envoie douze chevaliers pour se saisir de lui : Tristan les tue tous, va trouver Iseut et parvient à se sauver avec elle dans le château de Dinas. On comprend la joie avec laquelle ils y sont reçus.

Tristan passe à 322. Le roi Marc promet le tiers de son royaume de Corl'ennemi avec nouaii[e a quiconque lui apportera la tête de Tristan. A la bataille suivante Blioberis et Tristan se signalent sans cesse. Cent chevaliers de l'armée de Marc, désireux de gagner le prix proposé par le roi, se mettent en embuscade pour s'emparer de Tristan; mais, quand il arrive près d'eux, ils ne se sentent pas le courage de l'attaquer et abandonnent la partie. A la fin,

1. Aussitôt, ajoutent les autres mss., qu'il aura atteint certain but qu'il s'est proposé. Perceval part; il trouve enfin Lancelot dans l'Ile de Joie, avec la fille du roi Pelles, et le ramène à la cour. Mais, comme le Livre de Lancelot en traite suffisamment et que ce récit est étranger à notre histoire, le conte n'en dit rien et s'occupe de Tristan. — 97, 101, 349 donnent cependant plus loin ce récit ; v. § 388 a. C'est une interpolation.

Pour le même récit dans « le Livre de Lancelot », v. P. Paris, Rom. d. I. T. H., V, 329.

Tristan abat le roi Marc, qui est emmené prisonnier au château avec Andret. Iseut s'oppose à ce qu'on mette son mari à mort. Les barons offrent la couronne à Tristan, mais il la refuse ; Blioberis repart. — A l'arrivée du printemps, Tristan veut se rendre en Logres avec Iseut et fait préparer un vaisseau; il ne saurait rester dans un pays où il a eu tant d'ennuis.

323. Un jour que Tristan poursuit à la chasse un cerf, il rencontre une demoiselle qui le conduit au bord de la mer. Elle lui montre un vaisseau merveilleux destiné à le porter, avec Iseut, dans le royaume de Logres. Ce vaisseau est éclairé la nuit par une escarboucle placée au sommet du mât. La demoiselle ajoute qu'elle repartira avec le vaisseau, s'il la fait attendre trop longtemps. Tristan court à la belle Fontaine du Cerf, où Iseut avait coutume d'aller prendre l'air. Il l'y trouve avec un grand nombre de dames et de chevaliers. Elle se déclare prête à partir et dit avoir entendu parler du vaisseau (« la Nef de Joie 1 »).

Tristan prend congé des Cornouaillais présents : « Il me faut aller, leur dit-il, en un mien afere qe vous ne poez mie savoir, et je ne puis emmener personne d'autre que la reine Iseut. Je ne sais pas au juste quand je pourrai revenir; mais, si je reste plus de six mois, je vous prie de remettre le roi Marc en liberté, à condition qu'il pardonnera à Dinas. » Gomme les assistants sont consternés de ce départ, il leur dit qu'il reviendra plus tôt qu'ils ne le pensent; puis il fait monter Iseut sur un palefroi et part avec elle, en défendant qu'on l'accompagne et insensible à l'affliction 2 que font paraître les Cornouaillais.

32 \. Les amants arrivent à la mer et trouvent le vaisseau. Départ des a- « Voulez-vous entrer dans cette nef ou dans une autre plus mants. grande? » demande Tristan à Iseut. « Je veux entrer dans celle-ci, et non point dans une autre, répond-elle, car c'est la Nef de Joie, que Merlin fit pour le roi de Norhombellande et pour Agad, son ami 3. Elle sera détruite après la désastreuse

1 . On verra plus loin (§ 334) que c'est Mabon l'enchanteur qui a en- \ (>>('• ce vaisseau.

Pas un i m il de Gouvernai. Plus loin (§386), il est dit que Tristan lui a confié li' royaume de I.éonois et qu'il l'a marié à une soe cousine.

3. Acad 772. — 757 porte : Pour le roi de N. et pour chasser son ennemi.

bataille de la plaine de Salebieres, quand Arthur aura quitté le royaume de Logres » (f° 80). Iseut promet de raconter le reste pendant la traversée ' ; elle s'embarque avec Tristan et la demoiselle.

325. Les voyageurs trouvent sur le vaisseau une harpe, une gigue et des armes. Ils partent par un bon vent; la voile de soie se dirige d'elle-même. Le trajet est très agréable et se passe en entretiens ou à chanter au son de la harpe. Quant vient entor la mie nuit, T. prent la harpe et le platron et commence a acorder sa harpe en tele manière que les cordes desouz et les cordes desus respondent par droit chant au bordon et ax grousses cordes. Et quant il a tempré sa harpe et acordee si bien com il savoit fere et selonc droite musique, il commence adonc a ha[r]per tant soëf et tant doucement que nus rtoïst celé mélodie qui trop volentiers ne V escoutast. . . Quant m. T. li (à Iseut) a harpe .1. lay, ele s'endort en la douçor et en la mélodie du son. Et quant misire [T.] voit qu ele c'est endormie, il s' endort dej ouste lui, et la demoisele s'endort de l'autre part; si se dorment et reposent tuit troi en tel manière jusques a lendemain que lijors est venuz biax et clers et que la clarté du soleill se fu espandue par le monde, ausi par la mer con par la terre.

L'île de la Fon- 326. Le vaisseau aborde kl'Isle de la Fontaine, où il y a tame. une tour et un ]yeSL]1 pjn< Sous cet arbre se trouve une fontaine, dont l'eau, jaillissant d'un grand vased'argent, coule jusqu'à la mer; devant la fontaine est placé un grand bloc de marbre bis, taillé par droite quarreure, auquel est attachée, par une chaîne d'or, une coupe d'argent pour c«ux qui désirent boire. Tristan lit les lettres gravées sur le bloc : « Qui veut voir des merveilles, remplisse d'eau la coupe et la répande sur ce bloc. » — Tristan a déjà entendu parler de la « Fontaine des Merveilles » et n'ignore pas qu'il est dangereux d'y satisfaire sa curiosité; car Blioberis, qui était arrivé par hasard à l'Ile de la Fontaine, en avait parlé à la cour d'Arthur. Iseut, néanmoins, veut prendre la coupe, sans écouter les objections de son amant ; elle consent pourtant à lui laisser le loisir d'aller prendre ses armes. Il revient armé de toutes ces armes, fors son glaive, qui estoit remés en la nef. Iseut l'accuse de couardise et ordonne à la demoiselle de verser l'eau. Dès que

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