Le jeune homme tombe de cheval, blessé à mort
ïalaad entend les cris de triomphe : un écuyer le met au fait. 757
Très chagrin de rester ainsi au lit au lieu de se battre, il promet
de se venger de Brehus, s'il le découvre, ainsi que le mérite
un tel traître. Il a toujours peur qu'on ne prenne Erec. Celui-ci joute avec un troisième chevalier, dont le cheval ne
couroit mie si étroitement com il vousist. Il est renversé avec
le cheval, qui s'enfuit vers la forêt. Erec lui dit qu'il le ferait
prisonnier, si les autres étaient moins nomhreux.
429. Voici que Senahar, dépité de voir désarçonner ainsi ses Senahar et ses chevaliers, s'apprête lui-même à jouter; son frère parvient à ^-ent. Se l'en empêcher en lui représentant tout ce qu'une pareille décision aurait d'imprudent, et Senahar envoie à sa place un chevalier, qui est ahattu, mais non sans avoir hlessé Erec el costé
senestre, ce qui décide celui-ci à rentrer. Les gens du château le reçoivent avec effusion ; ils le vont ahorant corne se ce fust .1. dame Dieu.
430. Les ennemis se désolent, surtout de la perte du jeune chevalier, le plus nohle de tous ; son père déclare qu'il ne veut pas survivre à sa norreture. Senahar et les siens se retirent, en se proposant de prendre une terrible vengeance, et suivis des cris de joie des gens du château.
On soigne Erec ; Galaad se fait fort de guérir vite sa blessure. Les habitants du château servent désormais Erec assez plus qHl ne font Gai., car il cuident veraiement qHl soit meillor chevalier: on le couche dans la même chambre que Galaad.
431. Ils sont presque guéris tous deux quand arrivent, por Arbrèrfseeîd'nec" herbergier, Blioberis et Hector. Et ja estoient leienz traitez tor. paroles qe Erec voloit Enide por moillier, et elle s'i atendoit
bien et moût en estoit lie. Quant li dui compaig?wn, hébergés et désarmés, ont appris par une demoiselle qu'Erec et Galaad se trouvent dans le château, ils en sont enchantés, car Gai. desiroient il a veoir sor touz les autres chevaliers del monde. Sur leur prière, la demoiselle les conduit à la chambre des doux chevaliers, qui sont en train de jouer aux échecs, déjà assez guéris pour porter les armes, et molt s entrefont grant joie. Erec se dit qu'à eux quatre ils pourront faire merveille, en parle à la châtelaine et lui recommande de rendre honneur aux trois chevaliers; chacun les reçoit en eiïet de son mieux, si bien que Blioberis déclare n'avoir jamais trouvé si cortoise gent com il sont.
757 Galaad raconte aux nouveaux venus comment il a été blessé,
et Hector devine aussitôt que c'est Brehus qui l'a assailli ; puis Galaad leur fait part des dangers que court la châtelaine. L cordent! aider c( Vous devriez l'Oder, » dit Hector, et ils s'accordent à ne Enide. point se séparer avant d'avoir rendu sa terre à la dame. Un
valet annonce que Senahar viendra à la nuit assiéger le château avec deux cents chevaliers.
432. Senahar arrive, en effet, dans la nuit; les gardes des murs l'aperçoivent, et l'on échange des cris de défi, del pis q'il sevent dire. Avant le lever du soleil, le château est cerné. Les quatre compagnons, ayant entendu la messe, montent sur les murs et regardent les tentes de l'ennemi. On tient conseil. Galaad s'en rapporte à Blioberis qui, dit-il, a plus d'expérience que lui. Blioberis est d'avis qu'il faut attendre jusqu'à ce que les ennemis se mettent à table ; lorsqu'ils entendront au mengier, les quatre sortiront; les deux entendront au ferir ça et la, et les deux autres s'en iront au pavillon de Senahar pour s'emparer de lui, ce qui ne sera pas difficile, vu le peu de valeur de ses gens.
On approuve ce conseil, et on va déjeuner; les gens du château reçoivent l'ordre de suivre les chevaliers quand ils sortiront. Galaad et Erec devront s'attacher à prendre Senahar, et les deux autres, avec la foule du château, iront courant par Vost por mètre les a desconfiture.
Senahar otson 433. Un valet, venant du dehors, annonce que Senahar est à armée. table et que les ennemis sont à moitié désarmés. Les compa-
gnons sortent en armes avec tous ceux qui peuvent porter l'épée. Erec envoie deux valets au pavillon de Senahar : « Ferez sor lui tout maintenant, leur dit-il, si qeje conoisse li qiex ce est. » Blioberis et Hector jettent l'épouvante partout dans l'armée mal préparée des ennemis. Galaad et Erec courent à la tente de Senahar ; les deux valets vont droit à la table, et se fièrent parmi tout a cheval ainssi com il estoient. Senahar, effaré, veut s'enfuir, mais un valet qi illec estoit et qi le haoit mortelment por son père q'il li avoit mort le frappe par derrière et le fait tomber à terre. Le valet veut le tuer, mais Erec le lui défend et lui ordonne de le mener au château ; ses hommes prennent la fuite sans essayer de le défendre. Le carnage est considérable, car on a trouvé les ennemis sans armes : on en tue et prend tant qu'on veut; du château, tout le monde accourt, et les gens de Senahar sont massacrés impitoyablement.
Erec épouse Enide.
434. On veut mettre Senahar à mort, mais Galaad, qi amoit 757 Dieu, dit qu'il est trop bon chevalier, et pour l'amour de Galaad on décide qu'on le tiendra en prison perpétuelle ; en effet , Senahar ne quitta plus sa prison.
Enide fut ainsi délivrée. Des assiégeants, vingt chevaliers seulement échappèrent, ayant eu la chance de trouver leurs chevaux près d'eux. Le frère de Senahar s'enfuit dans un de ses châteaux avec un compagnon.
435. Trois jours après, Erec épouse Enide. Les trois compagnons assistent aux noces i et restent encore trois jours. Après leur départ ils trouvent, à l'entrée d'une foret, une croix de pierre, ancienne moût durement, indiquant trois chemins différents : on s'embrasse, et on se quitte. Hector prend à gauche, Galaad tout droit, et Blioberis à droite. Si se despartent atant. Mes atant laisse li contes a parler d'efc et retorne sor mons. Gai. pour conter partie de ces aventures (fol. 184).
436. Galaad est fort triste d'avoir quitté ses deux chers Galaad trouve parents. Quant vint entor hore de none, il li avint q'il trova Eu&eneune fontaine et un chevalier dormant Mec sor son escu et près
de lai son escuier; si dormoient amdui. Galaad s'approche doucement et regarde le dormeur, qui avait ôté son heaume; c'est un des plus beaux chevaliers que Galaad ait jamais vus, et estoit jone enfant a merveilles. Galaad en parle à ses écuyers, qui lui disent qu'à en juger par l'armure, le chevalier doit être de Gaule. « Je voudrais qu'il s'éveillât, dit Galaad; si chevaucherions ensemble et aprendroie qHl fust. » En effet, le chevalier se réveille à l'instant même, et Galaad se retire immédiatement, qe il ne li tornast a annui. L'autre le blâme de s'être embatu sur lui pendant son sommeil. Galaad s'excuse poliment, et le chevalier se déclare satisfait; il lui demande qui il est et où il veut aller, en disant que lui-même est un povre chevalier estrange nouvellement venu de Gaule pour apprendre la chevalerie ; il voudrait donc un compagnon qi ne fust mie de trop haute chevalerie et qui par suite ne pût point le dédaigner, obscur comme il est et peu sachant des anncs. Galaad répond en souriant qu'il est compagnon de la Table Konde et chevalier nouveau 11 refuse de se nommer; il
l . Dana VjSrec &t Enide de Chrétien de Troies il ne se trouve aucune trace de cei épisode.
757 . n'est pas, dit-il, gramment alosez ne conneuz par sa proesce. Le chevalier s'en félicite et propose de faire route ensemble. Galaad accepte, en disant que de Gaule viennent les bons chevaliers par nature, et lui demande son nom; l'autre ne se fait pas prier : il s'appelle Eugène h
Galaad et Eu- 437, ns partent; au soir, l'hospitalité leur est donnée par ensemble. un vieillard, dont les deux fils haïssent les chevaliers d'Arthur à cause d'une vilenie que Gauvain leur a faite. Un valet annonce que cinq chevaliers, haïs des deux frères, seront dans peu devant le château. Les frères se font armer sur-le-champ, malgré les instances de leur père, dont les plaintes touchent le cœur de Galaad, qui part, accompagné d'Eugène, avec les deux jeunes hommes. Galaad ne prend point part à la bataille; il Lutte contre veut voir comment Eugène s'en tirera. Les trois chevaliers
cinq chevaliers, triomphent des cinq, qui leur crient merci; les frères veulent les tuer, mais y renoncent sur les instances d'Eugène. Ils blâment Galaad, mais Eugène le défend.
438. Au château, aussi, Galaad est traité de couard; il n'en fait que rire, et Eugène prend encore son parti. — Un
i . De cette rencontre de Galaad avec Eugène, ainsi que des événements qui précèdent dans 757, 336 donne une rédaction abrégée et évidemment altérée (cf. § 421, note). Comme 772 etc., 336 passe à Galaad (voy. ib.), mais en poursuivant ainsi :
Rédaction de 437 a. En ceste partie dist le conte que de puis que mess. Gai. se fu ^"' partis de mess. T. et de Dynad., qu'il chevaucha maintes journées une
heure avant et aultre arrière, et sachiés que il fist mains grans fès de chevalerie et maintes grans merveilles comme celui qui avoit force et hardement oultre mesure plus que chevalier qui a celui temps fust ou royaume de Logres ne en tout le monde, mes pour ce que trop longue chose serait de raconter mot a mot tout ce qu'il fist par le royaume de Log. et em plusors aullres terres, et par aventure pourrait aucunement ennuier a ceulz qui cestvi conte orront, s'em passe le translateur assez briefment. Et dist que mess. Gai. chevauchait .1. jor par devant le chastel Enyde, et lors vit une moût cruelle bataille assés près de celui chastel, et estoit celle bataille de ceulz du chastel et d'un chevalier de celle contrée, qui avoit non Faudar ' , le quel chevalier avoit assemblée grant foison de chevaliers en sa compaignie, et estoit venus courre sus a ceulz du chastel Enyde pour une haine mortelle qu'il avoit a eulz.
438 a. Galaad s'arrête et regarde. Les gens du château , bien moins nombreux que leurs ennemis, ont le dessous malgré le secours que leur prête un chevalier étranger, qui était arrivé avant Galaad. Ce der-