Cf
dit à Brunor qu'il ira au château trouver un de ses amis, et il court embrasser Iseut. Elle lui apprend que Dinas et Dinadan * l'attendent depuis quatre jours, et qu'il les verra bientôt, lorsqu'ils seront revenus de la chasse. D'accord avec son amant, Tristan et Iseut
Iseut envoie un valet inviter Brunor à venir la voir au château. J°nt ver}[r, m r i • • i r. ii- n Brunor a la
.transporte de joie, le bon chevalier perd contenance : son Joyeuse Garde.
trouble est tel qu'il veut courir chez sa dame sur-le-champ, armé ;
le valet est obligé de lui rappeler les convenances.
486. Ayant fait toilette, il se rend au château. Pendant qu'il devise avec Iseut, on vient tout à coup annoncer l'arrivée de Tristan. Brunor, consterné, veut se retirer, mais Iseut ne le lui permet point. On juge de sa stupéfaction lorsque, dans Tristan, il reconnaît son compagnon de voyage. « Etes-vous venu pour ma honte ou pour mon honneur? » lui demande Tristan, qui voudrait lui faire peur. Les deux chevaliers se retirent dans une autre chambre, et Brunor déclare qu'il aime mieux mourir que d'abandonner son amour pour Iseut. Tristan ne lui en veut pas, maintenant qu'il connaît et admire les hautes qualités de son hôte, qui, sur la prière de Tristan, dit son nom, qu'il dissimulait depuis si longtemps : Brunor le noir, le valet à la cotte mal taillée 2. Tristan , fort content de donner l'hospitalité à un si renommé chevalier, s'empresse de lui affirmer qu'il ne lui garde pas la moindre rancune de son innocente rivalité.
487. Dinadan et Dinas 3 reviennent de la chasse, et Dinadan Plaisanteries de témoigne sa joie de revoir Tristan, qui lui dit, en lui indiquant Dinadan. son frère Brunor : « Connaissez-vous ce chevalier? — Oui,
réplique Dinadan , il n'est mie granment plus sage de vous, car auques estes andui d'un sen; je ne sai le plus sage eslire de vous deulz. — De moi , fait Tristan , vous pouvez dire ce que vous voudrez, mes de cestui laissiez ester le parlement, qe vous n'estes mie son pareill. » Dinadan répond en souriant : « L'un sage vet Vautre loent, et li uns fox ne blasme mie volentiers Vautre; se je fusse fox aussi corne il est, aussi
1. Le frère de Brunor, que celui-ci avait fait prier, par le duc de Handebourc, de venir le rejoindre à la Joyeuse Garde; cf. §§ 478, 479.