‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 326 sur 362 · Cf · texte numérisé non relu

Cf

choit sans armes. Bohort obtient la permission de se charger de la bataille. Il abat deux des chevaliers, et permet àSamaliel, après que le troisième a pris la fuite, de prendre les armes et le cheval de l'un des chevaliers renversés. Galaad promet au jeune homme de l'armer chevalier le lendemain matin. Les deux désarçonnés sont renvoyés au château dire à leur seigneur, de la part de Bohort de Gaunes, qu'il sera mis à mort s'il ne rend la terre de sa sœur. Ce message intimide le comte ; il s'imagine qu'Arthur a envoyé les chevaliers pour prendre part à la guerre. Il les fait questionner par un valet, qui, se disant de la maison d'Arthur, obtient des confidences. Le comte, apprenant le nom de Galaad, a grand'peur. Il sort furtivement avec deux cousins, à une heure tardive et par une fausse poterne, afin de tuer les chevaliers « si coiement que nulzforz nous .III., dit-il, ne le sache, «espérant ainsi éviter la vengeance d'Arthur. Mais Galaad ne dort pas, étant en train de faire ses prières. Il aperçoit les trois, les abat, blesse grièvement le comte, qui se pâme , lui arrache le heaume et lui porte des coups dans la tête, de manière à y faire entrer les mailles de la coiffe. Le vaincu lui crie merci et dit qu'il lui sera avantageux de le laisser vivre. Galaad comprend que c'est un haut homme, et pour ce fait il semblant qu'il le hee mortelment , si li dist, aussi comme par orgueil : « Dimoy ton nom, ou tu es mors! » L'autre se nomme; Galaad lui fait promettre d'obéir à tous ses ordres et le mène aux loges. Les compagnons du comte s'enfoncent dans la forêt, n'osant rentrer au château sans leur seigneur. Galaad réveille Bohort et Perceval , qu'il charge de conduire le comte chez sa sœur, et les quitte, après leur avoir indiqué leur chemin : « Je veux m'en aller près de cy, en aucun lieu, dit-il, avec Samaliel pour le faire chevalier. » Bohort et Perceval se séparent de lui à regret.

Samaliel et 554. Galaad se rend à un ermitage connu de lui. L'ermite chante la

1 épée de son messe) et Samaliel est armé chevalier ; il est de si haute taille, qu'à ' l'hôtel d'Arthur on ne trouva pas de chevaliers plus grands ; il acquit

plus tard une brillante renommée. Il fait vœu d'égaler en bravoure son père, et quitte Galaad, qui s'en va chercher, comme d'habitude, les aventures du royaume de Logres devant être mises à fin. Et tant qu'il lui avint, .1. jour, qu'il encontra Samaliel en une vallée Le chevalier nouveau, fortement blessé, lui dit qu'il vient de se battre avec Ivain, qui l'avait assailli et qu'il avait laissé dans un triste état. Pendant leur combat, une demoiselle avait emporté l'épée du père de Samaliel, qui avait reçu cette épée hersoir et l'avait suspendue à un arbre, où elle avait été trouvée par la demoiselle. S'étant séparé de Galaad, qui lui recommande de faire attention à ses blessures, il se met à la poursuite de la demoiselle.

555. Galaad va trouver Ivain, à qui il veut du bien à cause de sa bravoure, et qui reconnaît l'écu de Galaad, pour en avoir entendu parler. Celui-ci, l'ayant conduit à une abbaye voisine, où un vieux chevalier le soigne, reste avec lui pendant quatre jours; Ivain raconte qu'il s'est battu avec Samaliel pour venger Lucan le boutillier, qui avait été renversé par le jeune chevalier, dont il loue beaucoup la prouesse.

556. Samaliel rattrape la demoiselle et lui enlève, malgré ses menaces, l'épée, qu'il attache aux arçons. Au soir, il arrive à une maison où s'est logé Keu, qui est vivement étonné de lui voir porter deux épées, cela n'étant nullement ordinaire, excepté par suite d'un vœu ou d'un serment ; autrement, un chevalier portant deux épées devait soutenir le combat avec deux chevaliers1. Le sénéchal le questionne, quant il vit son point de parler. Samaliel lui explique tout, et, lorsque Keu lui a appris la coutume, il fait vœu de porter toujours deux épées, puisqu'il s'est ainsi trouvé le faire sans connaître l'usage. « Voilà un vœu dangereux! » dit Keu. Samaliel lui demande son nom ; Keu se nomme et se dit compagnon de la Table Ronde. Samaliel, entendant parler d'Arthur, baisse la tête et soupire. Il dit enfin qu'il est le fils de Frolle, le prince d'Allemagne, tué dans une île devant Paris par Arthur, qu'il doit, par conséquent, haïr plus qu'aucun autre. Keu lui fait savoir qu'il compte défendre son seigneur contre ses ennemis , et l'avertit de prendre garde à lui quand il sera hors de l'hôtel. Samaliel accepte ce défi. Le lendemain, il va entendre la messe, car il mène très bonne vie depuis qu'il est chevalier, et il ne voudrait tuer personne, sauf le roi Arthur. Il part et atteint Keu, qui l'attend près de la route, et qu'il renverse avec son cheval. Il arrive ensuite à l'entrée d'un bourg et se loge chez un forestier; blessé, il s'y fait soigner pendant un mois. Ayant repris sa marche, il rencontre, un jour, Gaheriet et Gifflet, qui s'irritent à la vue des deux épées; ils sont désarçonnés.

557. Samaliel commence à devenir célèbre en Logres. Un jour, au épargne Arthur, commencement de l'hiver, comme il chevauche dans la forêt de Camaa-

luth, il trouve, à une fontaine, un chevalier endormi et accompagné d'un seul écuyer. C'est le roi Arthur, qui s'est égaré à la chasse. Apprenant par l'écuyer le nom de son maître 2, Samaliel rend grâces à Dieu d'avoir trouvé son ennemi et s'écrie : « Ore aie ge dahez se je ne venche la mort mon père qu'il ocist ! » L'écuyer , effrayé , essaie vainement de réveiller Arthur, qui dort profondément. « Ne tue pas le roi , » dit-il à Samaliel, en s'agenouillant devant lui, « car se tu l'ocis, touz li mondes te blasmeroit et diroit, quant tu avroies si preudoume ocis, qu'après sa mort n' avroies hardement de parler contre chevalier. » A ces mois, Samaliel descend, frappé; il regarde Arthur, et réfléchit sur le parti à prendre. Enfin il se fait connaître, renonce à tuer le roi, dont il nitente de prendre l'épée, en lui laissant celle de son père, et s'en va. Arthur, apprenant tout cela , admire la générosité de Samaliel, et fist meilre en escrit ces te aventure u grant livre des aventures. Le conte revient à Lancelot.

Lancelot à

558. (,)uand Galaad, son fils, l'eut quitté, Lancelot3 arriva dans la Corbenic. nuit à Corbenic, château invisible à la plupart des chevaliers, et

construit par l'enchanteur Tanaburs. Lancelot ne réussit pas à pénétrer dans la chambre du Graal. Hector des Mares arrive, mais les portes se

l . Cf. § 29.

Page 1