‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 46 sur 362 · Sa maladie n'est pas spéciliée · texte numérisé non relu

Sa maladie n'est pas spéciliée

les demoiselles qui passent. Lancelot voudrait y aller, mais il apprend que le corps d'un seul chevalier ne suffît pas : la présence de la demoiselle est indispensable. Un chevalier de la Petite-Bretagne arrive ; on parle de Tristan : Lancelot dit du mal de lui et se déclare son ennemi ; le chevalier, qui s'ap- Lancelot se dépelle Sup(p)inable *, retourne dans son pays et raconte cela deaTrisetanemL à Tristan.

Tristan comprend que Lancelot le hait parce qu'il a épousé Iseut aux blanches mains et abandonné l'autre Iseut. Cependant, sa femme est toujours vierge et ne se doute de rien : c'est en son honneur, croit- elle, que Tristan compose ce grand nombre de motets et de chansonnettes, où revient à chaque instant le nom d'Iseut.

60. La messagère d'Iseut lui apporte la réponse 2 de Guenièvre à sa lettre, qui la console beaucoup. Puis elle envoie Brangain porter une lettre à Tristan pour Je faire revenir en Cornouaille.

61. Larnorat, ayant quitté le chevalier qu'il avait chargé de remettre le cor à la cour du roi Marc, retourne en Grande- Bretagne, mais une tempête le jette sur la côte du Norgales '■' : des pécheurs le sauvent, au dernier moment, de la mort dans les flots. Il se trouve à l'extrémité de Norgales, devant

Ylsle au Géant, dans le pays du Servage, dont l'étroite entrée, Lamorataupays qui ne donne accès qu'à un homme à la fois, est fermée par du Serva§eun château où habitent des géants qui n'admettent que des

1. Ici commence (f° 39, après une première partie en italien qui raconte des aventures de Guiron le courtois) le ms. 12599. — Le nom du chevalier est Pinabel dans 750, 12599, 103; Supinades d. 104. [Supynabel, les autres; J. Maugin : Nicoran).

2. La lettre commence ainsi : A vos. madame Yselt, roïne de Cornouaille, si bone (dame 33'i) et si bêle et si gracieuse de toutes choses, etc.

:!. Ainsi tous les inss., saut' 750 et 12599, qui passent à Larnorat, Comme les autres, après la lettre d'Iseut, niais eu disant : Or dit li contes que quant Larnorat se fu partiz de Belinant l'orguellex en tel manière corn ge vos ai devisé ça arieres, et il fu entrez en la nef avec H humes Belignant, li marinier qui laienz esloient et qui moût désiraient qu'il eussent acompli le comandement de lor seingnor et qu'il eussent amené Larnorat en la Granl Bretœigne, ensint corn lor seignor lor avoit comandé, — ils font naufrage ; puis H y a accord. Comme les autres mas. parlent du sacrifice qu'a l'ait Belinant pour Larnorat (v. § G6), il est probable que le séjour de Lam. chez Bel. a été raconté par 750 et 12599 après l'envoi du cor el sauté par les autres (cf, § 47).

chevaliers désarmés, et où celui qui entre est emprisonnéà Nabon. jamais. Le chef decesgéants, Nabo?i(var. Nabor) le noir, a peuplé sa vallée des étrangers qu'il retient. Un des chevaliers de la Table Ronde était venu, mais Nabon l'avait cruellement tué. Lamorat demande à la pêcheuse qui lui raconte tout cela le nom de ce chevalier : c'était son cousin, Guivret le petit !. Lamorat se propose de le venger. Il prie les pêcheurs de le délivrer, mais ils ne peuvent pas ; on ne peut sortir, même par mer, les parages étant entourés des montagnes dites du Port périlleux, où sont postés de nombreux gardes, chargés de défendre la sortie à qui que ce soit. Lamorat reste donc chez les pêcheurs. — Nabon fait mander tout le monde, sous peine de mort, à son château de Glat 2, où son fils sera armé chevalier ; Lamorat y va avec les autres (f° 89).

62. Tristan entre un jour avec Iseut et Kahedin dans un bateau qu'il avait fait en vue de son voyage en Cornouaille : ils ont l'intention de se promener un peu sur mer. Cependant, tous trois s'endorment au bout de quelque temps, et le bateau, allant à la dérive , échoue sur une roche . Iseut se blesse au débarquement. Us gravissent la roche et voient, au pied, une vaste et belle plaine, environnée de montagnes et dominée Arrivée de Tris- Par un château, qui s'élève parmi des viles 3. C'est le pays du tan au Servage Servage. Ils descendent, et trouvent dans la plaine Segurades Kabedin. avec une demoiselle et un écuyer. Il leur dit que personne ne peut sortir de ces lieux. « J'ai été, dit-il, en faisant un jeu de mot, « sûr (Segurades) jusqu'à mon arrivée ici; à partir de ce moment, je suis coars, » et il témoigne sa joie de voir Tristan dans cette position : le voilà puni du tort qu'il lui a fait. Tristan lui reproche son peu de courage. Il rappelle la victoire, remportée par lui-même sur le Morhout et promet de délivrer

1. Ce personnage est mentionné aussi plus loin (voy. ci-dessous), et, dans plusieurs mss., sous un autre nom. Voici les formes (la première est celle qui se lit à ce passage-ci) : Guivret ; Guignet [Guiennor] 756, Mention; Mainon 750, Menon (bis) 12599. Mennon (bis) 335, 759, 103, Menion (bis) les imprimés, Tressan, Menen; Menon 104, Ny{a)non . Niennor 334, Nyavon; lienor 97, 102, Niation; Lievois 100; Guivret; Viennor 99, 94. — Le surnom est partout : le petit, excepté dans 94, au dernier passage : Viennor le pitous.

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