‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 56 sur 362 · I. Salesbieres · texte numérisé non relu

I. Salesbieres

"2. Le texte contenant ces dernières remarques est donné par Brakelmann (Zeitschr. f.deutsche Phil., XVIII, p. 90), qui cependant leur prête une importance qu'elles n'ont pu avoir que pour le roman biographique de Brunor.

arrivent ensemble à un pont défendu par un chevalier. Tristan affecte d'éviter la joute, et Keu, qui le prend pour poltron, abat le chevalier. A l'hôtel, ils trouvent Brandelis et Thor, le fils d'Ares, tous deux, comme le sénéchal, en quête d'Arthur. On se moque beaucoup de Tristau ce soir-là. Keu n'a pas daigné lui demander son nom, du moment qu'il a appris qu'il est de Cornouaille. Le lendemain, ils se séparent; mais Keu et ses compagnons ont envie d'éprouver Tristan. Ils vont l'attendre à un carrefour voisin et joutent avec lui ; mais il les abat tous les trois et continue sa route. Keu et Brandelis le rejoignent, près d'une fontaine, et s'excusent de leur conduite à son égard. Tristan consent à leur dire son nom, mais ne leur permet pas cïe l'accompagner.

74 a. Une demoiselle conduit Tristan à une tour. Il y voit une autre demoiselle qui va trancher la tête au roi Arthur, maintenu par Tristan sauve deux chevaliers (f° 120). Tristan tue l'un, abat l'autre et délivre le Arthur.

roi, qui tue à son tour la demoiselle et le chevalier survivant. Le roi raconte à sou sauveur que la demoiselle était venue à sa cour dénoncer un chevalier qui avait tué un des parents d'Arthur; il l'avait suivie: après qu'il eu! tué le chevalier, la demoiselle lui avait proposé une autre aventure. 11 s'était laissé mener à la tour de la forêt de Darnantes, où elle lui avait mis au doigt une bague féée qui lui lit oublier la reine et aimer la demoiselle. Enfin une des demoiselles de la dame du Lac lui avait été la bague et l'avait jetée dans une rivière. Sur son conseil, Arthur allait, pour sauver sa vie, couper la tète à sa geôlière ; mais celle-ci avait appelé ses deux frères : elle allait tuer le roi, lorsque Tristan était venu le sauver.

Arthur et Tristan rencontrent Hector des Mares en quête du roi. Tristan blesse Hector, le renverse de cheval el s'éloigne aussitôt. Le roi va avec Bector loger dans un hôtel, où il restent deux jours ; le troisième, ils voient arriver Brandelis ', qui dit tout de suite a Arthur qu'il a été délivré par Tristan. Le roi voudrait essayer de le rejoindre; mais Brandelis ne sait pas où il est. Lamoral lui avait appris que Tristan et

a i:>ii ajoute : el Keu

Brunor emprisonné.

Brunor, ayant poursuivi Brchus, qui a tué une demoiselle, s'endort près d'une fontaine. Palamède arrive avec un vallet, qui revient de Gornouaille, où son maître l'avait envoyé ; Palamède se plaint de son amour. Brunor attaque Brehus, qui reparaît avec quatre chevaliers, et est sur le point d'être tué, quand Palamède le délivre. Bohort arrive et joute avec Brunor, qui est renversé. Brehus réussit aies emprisonner tous trois. Il y a dans le château de Brehus une demoiselle détenue par lui ; ancienne amie de Lionnel, frère de Bohort, elle a pitié des trois prisonniers et trouve moyen de leur parler ; puis elle part pour le château de Pi(g)nabel pour engager Lancelot, qui va y arriver, à venir les délivrer. Elle rencontre Lamorat, à qui elle permet de l'accompagner. Lamorat est

Arrivée en Gornouaille.

Kahedin s'en étaient allés vers la mer. — Le lendemain on retourne à Gamaaloth.

75 a. Tristan trouve Lamorat à l'endroit convenu et lui dit que le roi Arthur est délivré; il ne veut rien ajouter, mais Lamorat le conjure par la foi qu'il doit à ce qu'il aime le plus au monde ; alors il raconte tout. Il dit adieu à Lamorat et rejoint Kahedin, avec qui il s'embarque (a).

Le vent est favorable, et au bout de trois jours ils arrivent devant Tintagel. Sur le conseil de Brangain — « Nous ne pourrons, ditelle, nous mettre en la forest (b) du roy Marc sans le conseil de ma dame la roïne » — ils vont à un château voisin qui est à Dinas ; ils y arrivent à la nuit. Tristan et Kahedin attendent dans le jardin, et Brangain va prévenir Dinas, Grande joie. Le lendemain (c), Dinas et Kahedin se rendent à la cour [d). Kahedin est bien reçu par Marc, qui le prend pour un chevalier errant ; aussitôt qu'il voit Iseut, il devient amoureux d'elle. Dinas informe Iseut de l'arrivée de Tristan, mais il ne trouve aucun moyen de le faire entrer chez elle ; alors elle devise comment il porroit a lui venir, et il « fit ce qu'elle avait commandé ». Qe vous diroie-je ? Tr. vint a cort, si qe oncquez nus ne le sot, et quant la roïne le vit, ne demandez mie la joie qi entr'eulz fu faite. Tristan renseigne Iseut sur Kahedin (cela manque dans 102. On voit que c'est bien peu clair ; un peu plus loin, 756, et les autres parlent, eux aussi, de la tour ; de même, au § 81, où la demoiselle de Palamède dit que Tristan s'était introduit dans la maistre tour de Tintagel). Puis Kahedin, malade d'amour, fait sa déclaration à Iseut dans une lettre (v. § 76). — A partir d'ici la version de 756, etc. s'accorde avec celle de 750, à quelques petites différences près, qui seront données en note.

a. 11 n'est plus question du chevalier à la beste glatissant ; dans la Tav. Rit. cependant, Tristan rencontre Perceval et l'abat (p. 231). 6. Vous mettre en la forteresse d. r. M., 335.

c. Le letidem. manque dans 103.

d. Dans la Tav, Rit., tous sont bien reçus par Marc. Suit le rendez- vous au jardin et la scène de la farine, racontée comme dans la version de Thomas (cf. Vetter, la légende de Tr., p. 41); puis la Bouche de la vérité (le Perron vermeil) et l'épreuve au fer chaud, le combat contre ie géant Urgan et le Petit Creu (/'. Araviuto, cheval) ; puis nouveau séjour des amants dans la forêt (toujours comme dans Thomas); puis Kahedin écrit sa lettre à Iseut (voy. ci-dessous).

désarçonné par un chevalier qui défend le passage d'un pont

contre les chevaliers de la reine Guenièvre, qu'il hait. Lamorat

et la demoiselle trouvent Lancelot, qui consent à les suivre.

Au retour, comme il fait nuit, le chevalier du pont n'est plus

à son poste de combat ; mais ils le reconnaissent dans le

maître d'un château où ils vont loger.

Il leur raconte qu'il est l'ancien seigneur de la Douloureuse Le, se'gneu]r de •>7 i. i !iT • • i ^ . ,. la Doulou-

Garde. Ayant dit du mal de Lancelot devant Guenièvre, elle reuse Garde.

l'avait fait poursuivre par Blioberis, qui l'avait vaincu ; puis la reine lui avait ordonné de porter son écu sens dessus dessous pendant une année, ce qui lui avait fait perdre sa fiancée et une riche dot — et il exprime toute la haine que lui inspirent Guenièvre et son amant. Celui-ci le décide à partir avec eux, en lui promettant de lui faire voir Lancelot. On arrive au château de Brehus, et on guette le moment où celui-ci sortira tout seul ; afin que la vue de trois chevaliers ne l'effraie pas, Lamorat se cache dans le fourré avec leur hôte. Ce dernier a beau questionner la demoiselle : elle refuse de lui dire le nom de Lancelot. Lancelot abat Brehus et le force de rendre ses prisonniers. La demoiselle suit les chevaliers, qui se rendent tous à Camaaloth, à l'exception de Lancelot, qui s'en va de son côté en compagnie de l'hôte 1 .

72. Ils rencontrent2 trois chevaliers, qui assaillent l'hôte,

leur ennemi ; Lancelot lui vient en aide et le délivre ; puis il Brunor délivré lui dit son nom, en lui recommandant de l'éviter à l'avenir, et par Bce ot' se sépare de lui.

73. Lamorat, Bohort, Palamède et Brunor se séparent éga- Aventures de lement les uns des autres. Brunor rejoint ses écuyers et va retrouver la demoiselle mesdisant. Il la rencontre, en même temps que Lancelot, près d'une fontaine. Mordret l'a quittée ; son mépris pour Brunor a diminué ; cependant, elle désire l'éprouver encore. Lancelot, qui garde l'incognito, refuse de jouter avec Brunor : on marche de conserve. Hector survient ; Lancelot

1. Il n'est plus question de l'hôte dans 12599, qui abrège ici et passe au combat de Tristan contre Lancelot au Perron Merlin après une lacune (au fol. 100 c) et des morceaux détachés, des lettres; suit l'épi* Bode de Kahedin et Palamède (toute cette partie du ms. a probablement été insérée là par une erreur du relieur), puis le combat au Perron Merlin (f° 107 c), et à partir de là, accord avec 334 e. 1. a. (cf. § 202). \ partir d'ici nous n'avons donc que le texte de 750.

Brunor.

n'a garde de jouter, et Brunor s'en laisse détourner par Lancelot, qui ]e prévient qu'il sera certainement désarçonné, s'il accepte le combat. La demoiselle, indignée, les appelle chevaliers de Gornouaille, et Hector part. La courtoisie de Brunor envers la méchante demoiselle plaît beaucoup à Lancelot et le décide à ne pas abandonner sa compagnie. Surviennent deux chevaliers, cherchant Lancelot, pour savoir lequel est le plus preux, de lui ou de Tristan, qui vient de remporter le prix d'un tournoi dans la Petite-Bretagne. On discute la valeur des deux héros. Les chevaliers ne reconnaissent pas Lancelot et se rendent à la cour d'Arthur pour l'y chercher. — Lancelot s'amuse à taquiner la demoiselle. Survient Ivain. Brunor joute avec lui et l'abat malgré Lancelot. La demoiselle, suivie de Brunor, presse le pas de son palefroi, et Lancelot reste en arrière avec Ivain. Brunor est renversé par le chevalier du pont , mais Lancelot triomphe de lui et l'envoie à la reine Guenièvre; puis il rejoint la demoiselle et Brunor, qui se sont logés dans une maison de religion. Un des frères, ancien chevalier, remarque l'écu de Brunor et en donne l'histoire.

L'aventure des C'est aux Destrois de Soreloys que l'aventure sera menée à fin ; Sorelovs. de ^a lignée du roi Ban y est surtout intéressée, ce qui donne grande envie à Lancelot de savoir ce qu'il en est. Un chevalier de cette lignée a déjà une fois terminé l'aventure, mais après sa mort, tout est retombé dans les vieux errements. — Ceron. Le géant, Ceron, parent de Galehout, le seigneur des Iles lointaines, s'est brouillé avec ce dernier et s'est établi aux Destrois de Soreloys, au temps du couronnement d'Arthur. Il a réussi à emprisonner Galehout, sous prétexte de lui faire voir un château plus beau que le sien. Galehout a pu néanmoins envoyer un vallet à la cour d'Arthur pour demander du

Nestor de Gau- secours à Nestor de Gaunes, à qui il avait jadis rendu service, nés. Nestor a tué Ceron, délivré Galehout et, refusant toute récom-

pense, il est parti en laissant son écu. Galehout a fait faire autant a" écus qu'il y a de châteaux et de cités aux Destrois de Soreloys ; ces écus sont vermeils, comme celui que Nestor a laissé ; seulement, Galehout a fait ajouter une main blanche tenant une épée, pour rappeler que le seul bras de Nestor lui avait plus profité que tous les autres bras de Soreloys. Les écus sont fixés à l'entrée des châteaux ; tout le monde doit s'incliner devant eux. Après la mort de Galehout les six fils de Ceron se sont emparés des Destrois et s'en disputent la possession. Un chevalier, portant un des écus faits en l'honneur de Nestor,

qu'il a pris à l'entrée d'un château, est arrivé avec une demoiselle ; le cadet des frères l'a tué et a épousé la demoiselle ; le Les îils de Cepeuple la choisi pour seigneur, mais les autres frères s'y sont opposés. Enfin, ils ont décidé de s'en rapporter à la décision du chevalier qui pourrait les vaincre tous les six. Il y a trois ponts par où on passe aux Destrois : au premier sont postés les deux frères aînés, le cadet, Plenorius l, a pris place au second, et les autres sont au troisième; les vaincus doivent rester prisonniers. Le roi Garadoc Bref Bras, neveu d'Arthur, ayant entendu parler des trois passages, a tenté l'aventure et a été vaincu par Plenorius ; on l'a enfermé dans un château très fort. Il fait prier Ditis V amoureux de le délivrer ; mais celui-ci est tué par Plenorius. Avant de mourir, il envoie une demoiselle à la cour d'Arthur exhorter les chevaliers du roi à terminer l'aventure.

74. Lancelot se décide à accompagner Brunor : si celui-ci Lancelot se décide à n pagner

peut mener l'aventure à bonne fin, Lancelot restera simple ™Le„Lac(f£!??~

spectateur ; sinon, il prendra la place de son compagnon (f° 81) Le lendemain, ils rencontrent une demoiselle portant à Lancelot une lettre de la part de Tristan, qui est encore en Petite-Bretagne. Cette longue lettre en prose commence ainsi : (f° 82) A vos, ■monseignor Lancelot, jilz del roi Ban de Benoyc, et a pour but de justifier le mariage de Tristan. Lancelot reconduit la demoiselle pendant quelque temps et lui donne sa réponse le lendemain ; puis il rejoint Brunor et sa compagne de route.

75. La messagère retourne à. la cour d'Hoël, à Karahi; mais Tristan et Kahedin sont partis depuis six jours. La demoiselle, qui avait été envoyée déjà auparavant par Tristan en Cornouaille, pour savoir comment Iseut se maintenoit, s'embarque alors avec ses deux écuyers pour ce pays. Elle suppose avec raison que Tristan est allé retrouver sa maîtresse. En effet, Tristan est àTintagel, dans une tour, avec Iseut et La messagère Brangain, tandis que le roi Marc le croit toujours en Bre- trouve Tristan

, Ir , t . 1)T dailS lfl t0UI*-

lagne2. Kahedin tombe épcrdument amoureux d Iseut, au

Page 1