Une demoiselle
dire qu'il n'a jamais aimé Iseut. Palamède renonce au combat et demande ce qu'on dit, à la cour d'Arthur, de Lancelot et de Tristan. Kahedin raconte sa conversation avec Hector : il tient toujours pour Tristan et répète qu'il trouve Iseut plus belle que Guenièvre. Alors Lancelot, dont la patience est à bout, s'avance, et dit que le jugement que les deux interlocuteurs semblent être d'accord pour porter sur la beauté des deux reines ne serait aucunement accepté par les chevaliers du royaume de Logres. Il leur recommande donc de ne pas déclarer trop souvent leur sentiment à cet égard, s'ils veulent éviter des désagréments. Palamède lui demande s'il est des chevaliers de la reine Guenièvre et s'il veut jouter avec lui. Lancelot accepte la bataille et défie aussi Kahedin, qui lui répond par des plaisanteries. Palamède fait remarquer à Lancelot que tout a été dit par solaz et par envoiseûre ; puis il leur demande des nouvelles de la lignée de Ban et de Lancelot. » J'ai avancé des choses cette nuit, dit-il, que je ne répéterais pas devant Lancelot, le fidèle amant de Guenièvre. » Ayant blâmé Palamède de parler de la sorte devant un inconnu, qui pourrait se servir de ses paroles pour mettre de la haine entre le roi Arthur et la lignée de Ban, Lancelot demande à son tour des nouvelles de Tristan : Palamède a appris par Guinglaiu, venu de Gornouaille, que Tristan, hors de sens, errait dans le Morois. — Les trois chevaliers dorment jusqu'à l'aube. Au réveil, Lancelot met son heaume pour garder l'incognito ; Palamède et Kahedin se reconnaissent et se saluent avec transport. Palamède s'informe des nouvelles de Tristan : à la cour de Marc, on prétend, répond Kahedin, que Tristan a abandonné la Gornouaille pour le pays de Logres. Gomme ils vont quitter Lancelot, Blioberis arrive : Lancelot le reconnaît à son heaume, qu'il lui a donné, mais, ayant changé ses armes la veille, n'est pas reconnu lui-même par Blioberis. Celui-ci provoque les trois chevaliers. Kahedin cherche longtemps, et toujours en plaisantant, à décider Lancelot au combat ; mais Lancelot ne peut combattre avec un autre compagnon de la Table Ronde. Kahedin et Palamède sont successivement renversés par Blioberis. Pourtant, on pourrait trouver auparaltr greignors esforz en Palamedes qe en Blioberis ; car Palamède est plus hardi et plus entreprenant. Il insiste pour avoir la bataille à l'épée; on va commencer, quand Lancelot intervient. Ayant pris à part Blioberis, il lui découvre son nom, et lui déconseille de se mesurer avec l'adversaire qui est devant
Blioberis arrive.
lui : il a reconnu Palamède. Blioberis répond qu'il ne craint au monde que Lancelot et Tristan; quant à Palamède, son plus vif désir est de se battre avec lui à outrance, et il le cherche déjà depuis plus de quarante jours. Palamède entend des lambeaux de la conversation : « Eh bien, Blioberis, faitil, je suis Palamède, que vous cherchez. » Lancelot le blâme de son orgueil : « Avez-vous donc une si grande envie de combattre avec ceux de la lignée de Ban? — Oui, dit Palamède, non que je leur veuille du mal, mais pour les éprouver, ces chevaliers de si haute renommée. » Lancelot propose alors de se battre à la place de Blioberis ; mais celui-ci le prie de lui laisser la bataille, puisque c'est à lui-même que Palamède en veut principalement. A la fin, Palamède devine qu'il a affaire à Lancelot et l'engage à se faire connaître. Lancelot, prévoyant que la bataille serait rude avec Palamède, consent à se nommer tout en déclarant qu'il ne devrait pas céder, vu que Palamède est l'ennemi mortel de sa lignée. Aussitôt celui-ci fait ses excuses, et Lancelot lui pardonne, à condition qu'il ne cherchera plus de batailles avec les descendants de Ban, ce que Palamède lui promet. Lancelot reçoit ensuite les excuses de Kahedin, à qui il pardonne éga-
Lancelot re- iement à cause de l'amitié que lui porte Tristan, et retourne à tourne a la . ^ \ '
cour. la cour avec Blioberis. Ln les entendant raconter que Palamède
désirait si vivement se battre avec ceux de la lignée de Ban, beaucoup de membres de cette famille se fussent mis à l'instant même à sa poursuite, si Lancelot ne les eût retenus.
97. Palamède et Kahedin continuent leur chemin en louant la mesure de Lancelot. Palamède a l'intention d'aller en Gorre, où il a une affaire à régler ; Kahedin, qui en a assez des aventures, se sépare de son compagnon (f° 177).
98. Kahedin rejoint un chevalier; c'est le sénéchal Keu, qui est en route pour le Norgales. Dans sa conversation avec lui, Kahedin, qui a ordinairement le mot pour rire, critique avec esprit les coutumes du Logres. Kahedin a jadis délivré Keu de la prison de son père Hoël, qui l'avait détenu, parce qu'il avait tué un de ses chevaliers. — Lamorat survient en compagnie d'une demoiselle ; Lamorat et le sénéchal
Kahedin et Keu ne se reconnaissent pas. Keu réclame la demoiselle : Lamorat
Lamorat. par désarçonne successivement Keu et Kahedin, et s'éloigne. —
Plus tard, les deux compagnons rencontrent une demoiselle
et un valet cherchant Lamorat; le jeune homme leur apprend le nom de leur vainqueur. Kahedin avait déjà dit à Keu que celait Lamorat, parce que le chevalier inconnu portait les enseignes de la lignée de Pelinor (escu vermeill a une blanche teste de lion).
Keu et Kahedin arrivent près du château appelé la Vergogne La Vergogne Uter. Le roi Uter-Pendragon , après avoir épousé Ygerne1, Uter-
s'était épris d'une dame du royaume de Logres, Dyagenne, femme à'Argan. Prétextant son goût passionné pour la chasse, il était allé séjourner dans leur château. Le neveu d'Argan découvrit ses sentiments et prévint son oncle. Le lendemain, à la chasse, le roi, mieux monté que ses compagnons, s'écarta d'eux et retourna au château; Argan le suivit et courait s'armer, quand son neveu lui apprit qu'U ter était avec la dame. La sœur d'Ygerne avertit le roi, qui se hâta de s'armer et de s'éloigner ; mais Argan l'atteignit et le ramena vaincu au château. Le lendemain, il lui accorda la vie sauve, parce qu'il n'avait point fait violence à sa femme, et tua celle-ci ; car « on doit éteindre le feu avant que la maison soit brûlée ». Pour obtenir sa liberté, le roi dut promettre de construire un château assez fort pour qu' Argan y pût braver toute attaque. C'est à ce château qu' Argan donna le nom de la Vergogne Uter. — Quelque temps après, la seconde femme d'Argan s'enfuit avec Hector des Mares, à qui il avait donné l'hospitalité. Le Argan et Hecmari poursuivit Hector, qui le désarçonna. De retour chez lui, tor-
il fit construire un pont avec une tour et le garda tout le reste de sa vie, combattant avec tous les chevaliers errants. Après sa mort, ses quatre fils maintiennent cette coutume : un chevalier est tenu de garder le pont jusqu'à ce qu'il soit vaincu ; son vainqueur doit lui succéder jusqu'à ce qu'il soit vaincu à son tour. C'est ainsi que le roi Hoël, se rendant incognito en Logres pour chercher son fils, triomphe de Tor2, le fils d'Ares, et se voit forcé de garder le pont après lui. Keu et Kahedin y arrivent. Keu est renversé par Hoël. Le père et le combat de Ka-
fils se battent sans se connaître : pendant une pause, Kahe- hedin avec son
r ' père Hoel.
1. Ainsi 750; 99, 94. Yguerne 334; 102, 97, 103; Ygnergne 756; fyorne 335; Ygueine 104, Gyguerne 100. — P. Paris, Rom. d. I. T. /?., 11, p. 66 ss. (Merlin), écrit Ygierne.