C'est, dans Tressan (p. 103), la nièce de Brangain
chemin et aperçoit un chevalier dormant près d'une fontaine; auprès de lui sont deux écuyers et une demoiselle, qui prie la nouvelle arrivée de ne pas réveiller le meilleur chevalier du monde. La messagère d'Iseut le regarde et ne reconnaît ni Tristan, ni Lancelot, qu'elle a vu à plusieurs reprises ; le dormeur ne lui est pas non plus inconnu, mais elle ne sait plus où elle l'a vu. Les chevaux hennissent, et le chevalier se réveille : la demoiselle lui demande s'il a jamais été en Cornouaille. A ces mots, le chevalier change de couleur : il songe à celle qu'il ne peut oublier et pour l'amour de laquelle il finira par mourir, comme Kahedin, dont il connaît et déplore le triste sort. Il se souvient d'avoir vu la demoiselle à la cour Elle trouve Pa- de Marc, lui dit tout bas qu'il est Palamède et lui demande lamede. ^es nouveues (je Gornouaille. Elle lui fait part de la guérison et du départ de Tristan, que quelques-uns, dit-elle, croient en Léonois. Palamède est enchanté de pouvoir désormais aller avec sécurité en Gornouaille. Il se met à la disposition de la demoiselle, qui toutefois refuse de lui dire pourquoi elle est venue en Logres ; car elle ne tient pas à ce que Palamède reconnaisse Tristan. Elle n'accepte pas non plus son offre delà faire héberger richement, et, l'ayant quitté, elle trouve un vieux chevalier qui a vu abattre Keu et Sagremor, il y a quatre jours environ, par le chevalier qu'elle cherche.
118. Gauvain s'entretient à l'hôtel avec Keu et Sagremor, qui ne tardent pas à reconnaître dans son compagnon leur vainqueur. Keu voudrait lui demander son nom ; mais Gauvain le lui défend ; car il sait que Tristan ne lor voudroit mie dire volontiers. Tristan parle du tournoi prochain. Le lendemain, il cherche à se séparer de ses compagnons de route ; mais il ne trouve aucun prétexte. Ils entrent dans une belle forêt pleine de merveilles et par conséquent fort affectionnée par les chevaliers errants. Ils y rencontrent une demoiselle poursuivie par Brehus sans Pitié, qui vient de tuer son chevalier. A la prière de Gauvain, Tristan, Sagremor et Keu se cachent. Gauvain joute avec Brehus et est abattu par lui : ce n'est pas la première fois (f° 219); on est d'accord pour trouver Gauvain supérieur à Brehus à l'escrime, mais inférieur pour la joute. Brehus veut tuer son adversaire ; mais Tristan accourt au secours de Gauvain. Brehus, averti par Morgain, son amante, chez laquelle il avait été la veille, s'enfuit, en reconnaissant l'écu de Tristan, qui le poursuit longtemps
sans réussir à l'atteindre. Deux chevaliers que Tristan rencontre lui disent que Brehus est déjà à deux lieues de lui ; fatigué, il s'arrête à une fontaine et s'endort. La demoiselle d'Iseut arrive en compagnie de son écuyer, qui reconnaît le cheval Passehreuil. Elle voit Tristan un peu amaigri et la figure Elle trouve Trisnoircie par l'armure qu'il porte ; elle déplore la vie triste et tan-
pénible qu'il mène en Logres et pleure de compassion. Tristan se réveille, s'entretient avec la demoiselle et la prie de ne retourner en Cornouaille qu'après le tournoi, pour qu'elle puisse voir la supériorité des chevaliers de Logres sur ceux de Cornouaille (f° 220).
119. Gouvernai rejoint Tristan et raconte que Gauvain, Sagremor et Keu sont partis pour chercher Brehus ou Tristan : celui-ci souhaite qu'ils ne le retrouvent pas. Un vieux chevalier, que Tristan prie de lui indiquer un gîte, l'amène avec sa compagnie dans un joli petit château, dont il est le seigneur. Il raconte à Tristan que la lignée de Ban portera au tournoi des écus de Cornouaille : Tristan n'en voit pas la cuise ; il pense que c'est pour narguer les chevaliers de ce
pays. — Quand on va souper, Persides le bloi, le fils de Tristan et Perlcur hôte, arrive soudain : son père ne l'a pas vu depuis deux sides.
ans. Tristan refuse, comme d'habitude, de dire son nom, mais avoue qu'il est de Cornouaille ; car « les chevaliers ne doivent pas mentir ». Il se rappelle avoir jouté avec Persides dans son pays. Celui-ci raconte en effet comment, après avoir désarçonné une dizaine de chevaliers de Marc, dans une fête, à Tintagel, il avait été abattu par Tristan. Blessé, il était allé vers la mer pour retourner en Logres ; Tristan l'avait poursuivi, assailli et vaincu, et lui avait pris sa dame pour la donner à Dinas. Celui-ci hait donc Tristan et compte bien se venger de lui : « J'espère, dit-il, le vaincre si je le trouve1. »
120. Persides propose à Tristan d'aller ensemble au tour- ils vont cnsemnoi ; Tristan y consent. Ils partent le lendemain matin ; Per- bleautourn°l- ^ sides promet à son père affligé de revenir, aussitôt le tournoi
1. Cet épisode n'est pas mentionné dans ce qui précède ; il est intercalé ici de la manière habituelle aux rédacteurs du roman en prose, désireux de mettre Tristan en rapport avec d'autres chevaliers, qui sont absolument inconnus aux versions primitives et dont les aventures étaient sans doute fournies par quelque roman biographique. En Cas pareil, on prend ordinairement soin de dire que Tristan se rappelle l'événement qu'on ajoute à son histoire.
Losbth. — Tristan. 7
fini. Tristan envoie Gouvernai à la ville pour lui procurer un écu noir sans enseignes, celui qu'il porte étant trop connu, et lui dit de le rejoindre au château de Ganani, mais avant que Tristan et Persides y soient arrivés, Gouvernai, muni de l'écu, les a déjà atteints (f° 222).
121 . Ils entrent dans le château, et vont tôt droit a un hostel qi estoit apparillié por Persides recevoir 2. Quand ils sont descendus de cheval et désarmés, ils se placent aux fenêtres et regardent les nombreux chevaliers qui passent dans les rues. Et la ou il estoient ax fenestres, a tant ez vous par Palamède. \a rue passer Palamèdes. Le peuple le salue de cris d'allégresse, qui rendent Palamède tout confus. Persides, tout en louant les brillantes qualités du célèbre chevalier, avoue qu'il ne lui veut guère de bien et explique à Tristan la cause de cette animosité. Jadis il s'était permis de critiquer une dame à qui Palamède s'intéressait ; celui-ci, mécontent, avait exigé un combat qu'on avait cependant réussi à empêcher. Lorsque Palamède a traversé le château, où il n'a pas voulu se loger, un valet apparaît pour annoncer qu'il y a de belles joutes au dehors : les chevaliers étrangers s'essayent contre Palamède, qui en a déjà abattu plus de quatorze. Persides et Tristan, qui brûle de se battre avec son rival, sortent armés ; Persides est bien connu dans la ville ; mais Tristan, à cause de son écu d'un seul taint, est pris pour un chevalier nouveau. Ils arrivent à la plaine où les chevaliers tournoyant qui n'ont pu trouver place dans le château se sont installés sous des tentes ; et a Vandemain sanz faille devoi[en]t estre les vespres del tornoiement. Les chevaliers s'amusent à jouter entre eux et s'attaquent de préférence à Palamède. Celui-ci reconnaît Persides et envoie un écuyer le défier. Persides est Persides etTris- renversé ; Palamède s'élance vers Tristan, qui n'est pas encore parp\kmèdeS suffisamment préparé à la joute, et l'abat. Le peuple pousse des cris de mépris à l'adresse du désarçonné, et Tristan, furieux, prie un valet d'aller dire à Palamède qu'il a mal fait de le surprendre ainsi et qu'il lui doit encore une joute ; mais Palamède refuse : le vaincu, dit-il, pourra le retrouver le lendemain au soir, devant le château aux Pucelles.
1. Ainsi 750. — 335 : Banam. — Les autres : Tanan ; manque dans 103.
2. Les motspor P. rec. sont donnés, fautivement, deux fois dans 756, la première fois après : ils entrent dans le (chastel; ce dernier mot a été oublié par le scribe).
122. Survient Dinadan, qui reconnaît Tristan à son cheval et à sa grande taille. Il est venu au tournoi uniquement pour voir les hauts faits de Tristan ; il a vu tous les détails du petit accident qui vient de lui arriver, et il en profite pour le gaber.
Un chevalier de fort bonne mine sort du château. Briant S\ un chevalier de Norgales qui est avec Palamède, reconnaît dans le nouvel arrivé celui qui lui a fait dernièrement un grand déshonneur et le fait défier par son écuyer. L'inconnu n'est autre que Lancelot, qui porte toujours l'écu de Gornouaille : il abat Briant, puis un parent de ce dernier, qui veut le venger. Lancelot abai Le frère du roi de Norgales, qui converse en ce moment avec ^mècr»01 Pa~ Palamède, le prie de jouter avec le vainqueur de Briant ; Palamède n'y consent qu'à contrecœur et lui envoie son écuyer. Lancelot, apprenant qu'il a Palamède devant lui, est charmé d'avoir enfin trouvé celui qu'il cherche, dit-il, depuis si longtemps. Palamède est désarçonné, au grand étonnement des assistants. — Dinadan taquine toujours Tristan, qui jure, par la foi qu'il doit à Iseut, de se distinguer au tournoi ; Dinadan, à son tour, se fait fort d'obliger Tristan à lui céder Passebreuil. Persides rejoint Tristan et rentre avec lui au château, tandis que Dinadan retourne à son hôtel (f° 224).