‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 81 sur 362 · Unes si granz paroles · texte numérisé non relu

Unes si granz paroles

chacee de toz les bons leux del monde, ne ne trovoit mes home qi herberger le vousist. » Trislan la laisse dire ; maisDinadan, qui veut la desjogler et la courroucer, s'étonne qu'étant si et raillée par Divilaine, elle soit de l'entourage de Guenièvre, la dame la plus courtoise du monde. La cour d'Arthur, continue-t-il, est comme la douce et bonne fontaine, où les hommes et les hôtes, les chevaux et les ânes viennent étancher leur soif. Le cheval la quitte plus beau qu'il n'était auparavant ; mais l'âne s'en retourne aussi vil et mauvais qu'à son ordinaire. Ainsi de la cour d'Arthur : qi bon y vient part meilleur, mais qui g vient mauvais et vil (ort 334) et de maie génération et de maie nature, il nH porroit en nule guise changer son estre, ie que coivre porroit devenir or et le plom argent. Puisque la demoiselle prétend être de cette maison, il faut qu'elle y soit venue vilaine : elle en est partie vilaine, elle n'a pu changer sa maie manière {nature 334). Si la reine l'a chargée l'un message, c'est qu'elle a voulu se débarrasser d'une lemoiselle discourtoise. — On juge de la rage de la messagère : elle se retire auprès de Mordret, qui l'aurait vengée, s'il n'avait été malade.

Tristan et Dinadan.

149. Palamède continue à s'entretenir avec Tristan etDina- Conversation de dan et parle sans cesse de son désir ardent de se venger de son rival. Dinadan lui demande ce qu'il ferait, si par hasard il rencontrait Tristan dans un hôtel comme celui où ils se trouvent. « Je lui ferais honneur et service de mon mieux, à cause de sa haute chevalerie, » répond Palamède. — « Et se vous veniez en lieu ou vous eussiez force sor lui, quen feriez vous? — S'il venait chez moi, je lui ferais autant d'honneur qu'au roi Arthur lui-môme, parce qu'il est supérieur et à moi-même et Arthur en chevalerie ; et je ne regarderais pas à la maie volenté que j'ai envers lui. » Tristan est ému de ce trait de générosité ; il se promet de ne plus baer à la mort de Palamède, et il est fâché de lui avoir fait honte à plusieurs reprises. Ni lui ni Dinadan ne veulent dire leur nom à Pala-

lède et à leur hôte, à qui Dinadan se contente de faire entendre que son compagnon est le meilleur chevalier du

îondc.

150. Au château des Pucelles, le roi Arthur est toujours Au château des très lâché de n'avoir pu retrouver le chevalier à l'écu noir et uce es' )arle de lui avec Gauvain et Lancelot. Gauvain, violemment Lôsetu. — Tristan. 8

abattu par l'inconnu 1, l'a cherché inutilement depuis. Lancelot raconte qu'il a brisé son glaive sur le chevalier noir 2, mais a reçu ensuite de lui un coup d'épée qui lui a presque fait vider les arçons. De sa vie il n'a reçu un coup pareil, et à partir de ce moment il n'a pas revu son adversaire. Lucan le boutillier dit qu'il a vu l'inconnu se retirer en guise de chevalier navré. Chacun reconnaît, continue-t-il, que le parti d'Arthur doit sa victoire définitive à la blessure infligée par Lancelot au plus redoutable champion de l'ennemi. Le roi répète toujours qu'il aurait mieux aimé voir son parti vaincu que de perdre ainsi le chevalier noir : toute la cour, selon lui, devrait blâmer Lancelot, qui est la cause du malheur. Alors Lancelot promet de partir le lendemain matin en quête du chevalier et de le chercher au moins pendant un an et un jour, tant corne chevalier doit tenir sa queste. Si le chevalier noir ne veut pas venir avec lui à la cour, il tâchera de l'y contraindre sans le tuer : il jure de faire ainsi en étendant ses mains vers une chapelle. Le roi répond qu'il « ne demande autre chose » (f° 241). Après Lancelot, Blioberis, Bohort de Gannes 3 et Hector, seuls chevaliers présents de la lignée de Dix chevaliers Ban, prêtent le même serment. Puis s'avancent Ivain le grand, d'alieïennquête Tor' fiIs d'Arès, Driant, son frère, Ivain aux blanches mains, de Tristan. Brandelis et Lucan 4. Dix chevaliers vont se mettre en quête de Tristan.

nievre.

GaherietetGue- 151. A tant ez vos que la roïne G. envoie querre monseingnor Gauv.por savoir novelles del tornoiement, car Guenièvre était restée au château avec maintes autres dames, por ce que elle ne se sentoit mie trop bien saine (haitie 334) au matin. Tandis qu'elle parle avec Gauvain, a tant es vous venir ms. Gah. ; et qant il vit m. Gauv. et la reine conseillier

1. Chez Tressan, p. 108, Dinadan, rentré à la cour après le tournoi, apprend à Arthur que le vainqueur est Tristan.

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