Analyse d'un entretien sur la conservation des établissements du Bas-Canada, des lois, des usages, &c. de ses habitans [microforme]
Ex présentant cet ouvrage au public, on croit dévoir avertir que ce n’est point un tableau d'imagination; que le titre qu'il porte n’est point une invention de l’auteur pour piquer la curiosité. C'est une réalité. Il rend compte d’un entretien qu'il a eu en effet, il y a un peu plus de six ans. On verra com- ‘ment il fut provoqué.
Ce petit ouvrage fait partie d’un journal tenu et écrit en forme de lettres pendant le cours d’un voyage fait dans un des états voisins, et d‘une résidence de plüsieurs semaines dans les environs de sx capitale. A l‘exceptian d‘une couple de ces lettres qui ont vu le jour dans deux de nos feuilles périodiques, Il est resté inédit.
De toutes les lettres dont ce journal se compose, eelle-ci est de beaucoup la plus longue. Il sufit de considérer la nature du sujet qui s’y trouve discuté pour en sentir là raison. On imagine bien aussi que ceux- dont-il est question dans les autres sont assez généralement étrangers À celui-ci. (On pouvoit dès lors convenablement la détacher du reste, et on a pris en conséquence le parti de la publier séparément.
Il est à propos de faire remarquer quil y a déjà près de dix huit ans qu'il parut à Montréal, une petite brochure sur le même sujet. Ce n‘étoit comme celui-ci qu‘un essai très imparfait. Il dut pourtant faire quelque sensation alors; l‘auteur y défendoit les vrais intérêts -du gouvernement, en défendant la cause de ses compatriotes que l’on calomnioit alors comme on
les avoit calomniés à diverses époques depuis la conquête, ce que lon fit, surtout deux ans après, comme on les a si souvent calommiés depuis, comme on la fait encore récemment. : On imagine bien qu‘il n‘a pas été épargné lui-même. Cependant les préjugés et les passions n‘ont pas pu réussir à effacer entièrement l‘impression qui en étoit résulté, encore moins à ébranler les faits qu'il invoquoit. : Les évéheniens qui ont suivi, prévus et annoncés alors, ont mis le sceau à l'évidence de ces importantes vérités. Les faits eux-mêmes se sont multipliés et ont jetté sur elles un éclat encore plus frappant. Les intrigues ni la violence ne pouvaient les obscurcir sans retour. D'un autre côté, si l’auteur a bien vu alors, ce n’est pas à une sagacité particulière qu’il doit cet avantage. Mais il aimoit son pays; il étoit attaché à son gouvernement dont il respecte, dont il chérit les principes. Il étoit guidé dans ses recherches par le sentiment des obligations qui le lioient à lun et à l‘autre. Cette politique en vaut bien une autre. Avec ce fil, il.est aisé de ne pas s’égarer. |
Maintenant, laissant de côté tous les faits ten à mil huit cent dix, et détournant les yeux du tableau que nous présente cette lugubre et trop mémorable époque, je demanderoig à tout homme pénétré d’un attachement sincère et éclairé pour le gouvernement Anglois, s‘il peut croire que les événemens de la dernière guerre eussent suivi la direction qu‘on leur a vu prendre, en supposant que les vœux des ennemis des Canadiens et de leurs établissemens eussent été comblés, et que les idées que le gouverneur Craig lui-même parut un instant adopter se fussent réalisées.
On voudra bien se rappeller qu’il nétoit question de rien moins que de renverser tout l'édifice des droits des Canadiens: c'‘étoit des séditieux, des rebelles, des traitres. IL falloit suivre pour ce pays la marche tracée par le gouvernement de l‘Jrlar.de dans des temps de fanatisme, de barbarie ou d‘ignorance, et on n‘a pas rougi de l‘écrire même depuis. Il falloit proscrire les établissemens des anciens habitans de la Province, leurs
conquête, ce a si souvent ment. :On Cependant effacer enmoins à é-
t multipliés t. Les in.
ans retour.
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)it suivre l‘JIrlarde rance, et roscrire e, leurs
$ loix, leurs usages, Cictoit les proscrire eux-mêmes. On le dsentoit. On les trouvoit de trop sur cette terre qui leur avoit
donné naissance, arrosée de leur sang, honorée par leur valeur, comme si leur présence l‘avoit souillée. Enfin on alloit jusqu‘à méditer le renversement de la forme du gouvernement lui-même, demander à grands cris qu‘on leur arrachât cette constitution devenue l‘objet de notre jaste attachement, parcequ'elle pouvoit nous fournir quelques moyens de résister à ces projets de spoliation.
Revenant à l‘auteur des considérations, observons encore qu'il rappelloit à l‘administration ce qu'elle devoit aux Canadiens à titre de devoir et de justice, comme pour l‘ntétèt du gouvernement de la mère-patrie elle-même. ; Il lui faisoit remarquer qu‘arracher à un peuple les établissemens dont on ne pouvoit le priver sans injustice, ce néétoit pas seulement l‘immoller à la cupidité, fournir des prétextes pour le tyranniser, mais encore le rendre étranger à son gouvernement, déraciner dans le cœur des citoyens tout sentiment d'intérêt dans la chose publique, qui seul peut nourrir et fortifier celui de l‘attachement envers la métropole. ; Il faisoit voir que cette vérité de tous les temps et de tous les lieux étoit surtout applicable à cette Province à raison de sa situation particulière, des rapports dans lesquels elle se trouvoit et avec sa métropole et avec les pays dont le nôtre étoit environné, et de plusieurs autres circonstances également frappantes. IL observoit surtout qu‘en sui. vant cette conduite, on privoit ‘Angleterre de l‘ascendant de son influence morale sur cette colonie, pour donner ce levier à une autre puissance qui ne pouvoit en user qu'au préjudice de celle à qui on l‘enlevoit, aussi bien que de ses propres enfans. Enfin il faisoit voir clairement que le gouvernement François lui-même n’avoit successivement perdu ses colonies de l‘Amérique du nord que parcequ‘il y avoit foulé aux peids les droits de ses sujets et paralysé les efforts du plus noble patriotisme, en mettant le despotisme à la place des loix.
Ce sont ces importantes considérations qui se trouveront de
nouveau développées dans la lettre que l‘on va lire. Le public sentira ‘de Jui-même les motifs qui ont porté à mettre ce tableau sous ses yeux, sans qu‘on ait besoin d‘entrer dans au cune explication à ee sujet.
*— *—, ler. SEPTEMBRE, 1819.
PENDANT le peu de jours que nous nous sommes arrêtés à ®— *—, avant de venir prendre notre hébergement dans ce village, j'ai eu avec une couple d’Anglois un entretien dont le sujet he peut manquer de t’'intéresser aussi vivement que moi-même. Acteur dans la scène, elle étoit telle que je ne pouvois y jouer un rôle secondaire. Il étoit question du Bas-Canada, de la conduite que le Gouvernement Anglois avoit tenue, et de celle qu’il devoit tenir à notre égard. Il m’a fallu soutenir la cause de mon pays, Je crois lavoir plaidée avec quelqu’honneur, et j'ai pu me convaincre que ce n’étoit pas absolument sans succès que j’ai combattu des erreurs audessus desquelles le talent peut s'élever, mais dont l'ignorance est vresque toujours dupe ou victime. Nous avons dû discuter en même temps plusieurs questions de haute politique et de morale publique, qui se lioient naturellement au sujet de notre conversation. Je dois ajouter que j'ai éprouvé de la satisfaction dans cette occasion, parce que je me rencontrois avec des hommes éclairés et ins-
truits, et que chez des personnes de cette espèce, les préjugés :
nationaux ou autres n’étouffent pas, comme cela arrive toujours chez les ignorans et les fanatiques, tous les sentimens de la justice, et ne couvrent pas la vérité d’un voile impénétrable, D'ailleurs on peut parvenir à dissiper l’erreur quand elle n’est pas la fille des passions. Son règne est inébranlable, quand une cupidité sordide et une ambition ignoble unie à l'ignorance hui servent de trône.
Pour te mettre à même de ia entendre le sujet de notre
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De,
discussion, je dois prélader par te dire que pendant notre séjour à *
» outre les livres que nous avions apportés avec ñous, j'ai lu, suivant ma coutûme, tous ceux qui ont pu ‘nous tomber sous la main, quand ils m'ont paru pouvoir être de quelqu’utilité. Un jeune Anglois, entrautres, a passé quelque temps avec nous. Il en avoit plusieurs. Dans l’un des ouvrages qu’il m’a prètés, se trouvoient quelques passages qui avaient rapport au Canada en général, et au Bas-Canada en particulier. Ils étoient de nature à fixer mon attention, comme tu en pourras juger dans un instant, et ils me fournirent l’occasion de lui dire ainsi qu’à quelques autres, que l’auteur parlait évie demment du Bas-Canada sans le connoître, et qu'il ignoroit absolument l’état du pays et les circonstances dans lesquelles il se trouvait relativement à l'Angleterre; que par cette raison,
‘il ne pouvoit raisonner juste sur les principes qui devoient ser« vir de règle à la conduite particulière du Gouvernement Ans glois à notre egard. ; Un de ceux à qui je tenois çe langage en parut d’autant plus étonné qu’il étoit l’admirateur et l’ami de l’écrivain. H faut convenir aussi que l’ouvrage a bien du mé rite, et a dû couter beaucoup de recherches et de travail. Sj cette partie pèche, c'est que l’auteur n’a jamais voyagé dans le Bas-Canada, et n’en parle qu’incidemment, ct en passant,
enfin emprunte de quelques autres les réflexions qu’il a mises
au jour. Au reste un de ceux avec lesquels j'ai eu occasion da m'en entretenir, dvoit quelque raison de mettre de l'importence
à cæ que je lui disois à ce sujet Le résultat a été qu’à mon re-
tour à *— *—…, lieu de sa demeure, et où il est venu me rendre
visite, jai été invité à passer une veillée chez lui. Jai pu me convaincre que son intention avoit été de me ménager une entrevue avec un de ses amis, pénétré des sentimens et des epini= ons contre lesquels il m’avoit entendu me prononcer aussi déeidément. Il n'a pas manqué de faire tomber la conversation sur l'ouvrage en question. Et nous en sommes venus bien vite
à la partie sur laquelle a roulé l'entretien dent je t'ai parlé d’ar
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| 4 Suivant l'écrivain en question, le Parlement Britannique s’est “tendu coupable d’une grande erreur en laissant et confirmant “aux Canadiens du Bas-Canada, par les actes qu'il a passés pour ‘cette Province, le droit de plaider dans leurs Cours, et de faire leurs loix en François. Ces actes sont dénués de toute sagésse et mettent des obstacles insurmontables à ce que le Bas-Canada soit jamais Anglois, et c’est, suivant lui, afloiblir la Colonie, au lieu d’ajouter à sa force comme un des postes avancés qui doit servir en quelque sorte de boulevart à cette partie de l’empire. ,; Tant que le Bas-Canada continuera d’être François par sa langue, sa religion, ses usages et ses mœurs, il est évident que ses habitans ne seront jamais bons sujets Britanniques. , {11 parle ensuite de la nécessité de fortifier le Canada pour le rendre invulnérable de la part des Etats-Unis. : La raison qu’il donne comme devant engager l'Angleterre à donner plus d’attention à cet objet, et à mettre plus d’activité dans ses efforts pour parvenir à ce but, c’est que les Etats-Unis forment déjà un peuple dont l’ambition et la rivalité doivent lui donner tout à craindre, en songeant à la rapidité avec laquelle s’accroit leur puissance. C’est en vain que l'Angleterre se flatte d’avoir ce ‘peuple pour ami. Si elle tarde trop à prévenir le danger, il ne sera bientôt plus temps de le détourner, et il sera inévitable. El!e perdra ses Colonies de l'Amérique du Nord, et avec elles ses possessions des Isles, &c. Telles sont les idées de l’auteur qui ont donné lieu à notre entretien. Ce sont aussi la doctrine et les principes développés alors pour les soutenir qui ont provoqué de ma part les observations dont je vais te rendre compte, et qui sufhront pour te faire connoître celles auxquelles elles servoient de réponse. Il seroit impossible sans doute Ge faire entrer dans ce cadre tous les détails d’une discussion qui a duré plusieurs heures, Je me contenterai d’en esquisser les principaux traits; tu peux compter sur la fidélité avec laquelle ils seront rendus.
Je lui ai fait remarquer que les exemples qu’il citoit n’étoient pas propres à appuyer les sentimens qu’il mettoit au jour, et PJ
que les faits militoient contre les principes qu’il s’efforçoit d’établir. Il en avoit surtout appellé à la conduite des Romains, Suivant lui, c’étoit à la constance avec laquelle ils avoient travaillé à introduire partout leurs loix, leurs usages, leur langue et leurs mœurs aw’ils avaient dû la force et la stabilité de leur puissance. » Je lui ai fait observer d’abord que, dans la partie occidentale de l'empire, si on en exceptait Chartage, les Romains n’avoient guères soumis & leur domination que des peuples qui se trouvoient dans l’état sauvage; que par la nature des choses elles-mêmes, les mœurs des peuples barbares devoient naturellement se former sur celles des nations civilisées qui les soumettoient, ou sous l'influence ou la domination desquelles ils se trouvoient placés par les circonstances. La raison en étoit évidente. Ils n’avoient pas en eux-mêmes les élémens de la civilisation. Les liens de la société n’étoient pas assez forts. Il falloit bien dès lors qu’ils prissent les mœurs, qu’ils adoptassent les usages et les lois capables de les resserrer. C’étoit pour eux un avantage. Ces changemens devenoient un obstacle à leur anéantissement. Au surplus, c’étoit un effet de la nécessité. C’étoit un cas extrème qui ne pouvoit servir de règle entre les nations policées.
Quant à Chartage, les Romains avoient exercé envers elle un acte de cruauté et de barbarie nationale. La guerre de ces deux Républiques était une guerre d’extermination. Mais sa destrustion r’avoit pourtant pas été seulement l'ouvrage de Pambition et de la haine. Les Romains, en faisant de cette ville rivale un monceau de ruines, avoient cru travailler pour leur propre conservation. Leur opinion vraie ou fausse étoit qu’ils ne pouvoient se promettre de repos, pas mème assurer leur existence, tant que cette implacable rivale existeroit.
On avoit tort de prétendre que les Romains eussent travaillé sans relâche, et dans tous les pays qu’ils avoient successivement soumis, à opérer cette métamorphose que l’on prétendoit signaler comme une preuve de leur profonde habileté dans Part d'étendre et d'assurer leurs conquêtes, puisque c’étoit au con-
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S Romains, avoient tras leur langue ilité de leur 1S la partie ge, les Ro e des peunature des s devoient sées qui les desquelles
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fraire en montrant le plus souvent envers les peuples vaincus a ne extrème condescendance, qu’ils s’étoient d’abord fait une réputation de justice et de douceur qui leur avoit concilié leur respect et leur affection. Une conduite diamétralement oppogée avoit perdu Chartage. C’étoit la dureté de son gouvernement qui avoit fait des peuples de tous les pays qui se trouyoient renfermés dans son empire autant d’ennemis acharnés à sa perte, et dont les efforts réunis à ceux des Romains avoient gontribué à l’écraser.
À Les Romains s’étoient sans doute souvent écartés de la route qu’une saine politique leur avoit d’abord tracée. Mais c’étoit
* quand la corruption avoit commencé à gangrener leur gou-
vernement. Devenus ivres d’une puissance à laquelle rien ne pouvoit plus résister, ils avoient fait ce que font tous les tyrans. Ils avoient abusé de leur force pour fouler aux pieds les loix de la justice comme celles de l'humanité. Mais leur décadence avoit marché de pair avec les actes de violence dont ils s’étoient rendus coupables. C’étoit aussi l’abyme dans lequel leur empire s’étoit englouti. En suivant la marche des faits et leur enchaînement dans l’histoire de cette nation, il étoit même impossible de ne pas voir que les parties de l’empire qui avoient résisté le plus longtemps aux effets destructeurs de ces causes d’affoiblissement et de dissolution, étoient exactement celles où les droits des peuples avoient été les moins violés, et où ces maîtres du monde s’étoient plus ou moins bornés à l’exercise de la suprématie politique. ‘Tout ce qui composoit l'empire d’orient, habité par les Grecs, qui avoient conservé leurs loix, leurs usages, leur langue, enfin quelque chose de national dans leurs établissemens, dans leurs mœurs et dans leur gouvernement, avoient aussi soutenu l’empire et le nom Romain pendant des siècles après la chûte de Rome elle-même, et avec elle de tout l'empire d’occident. C’étoit au contraire les peuples qui avoient perdu leurs loix et leur langue, leurs usages et leurs mœurs, qui avoient été forcés d'adopter ceux
de leurs vainqueurs, qui avoient les premiers lâchement succom-
came
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bé sous les efforts de ces h
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ordes de oient pu porter à longtemps n'av une foule d’autres que jai invoqués mc remarque
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qui depuis oient plus de Patrie?
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documens historiques
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oins Marqués et moins odieux que chez les Il ny av ombre d'hommes libres et Propriétaires chez les Premiers. La Population étoit 3 Peu-près ce qu’elle est de nos jours dans les Antilles, et dans quelques autres Parties de Amérique. + Les Campagnes é. toient cultiy
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Marque, Ta partie de ] s de l'empire d’occiden e des Romains n’avoit pu, en dépit d celle des habitans du pays!
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“ions. Dans un semblabe état de choses, il eut été sans doute Moins injuste d’exiger que les citoyens se prêtassent à des chan-
gemens qui étoient nécessairement moins durs à subir comme plus faciles à opérer, ne füt-ce qu'à raison du petit nombre d'hommes qu’ils pouvoient affecter, de la supériorité de leurs fumières, des richesses, du loisir de ces êtres privilégiés. / Ïl en étoit tout autrement chez les nations modernes où la majorité des habitans avoit plus ou moins de propriétés, où tous sans exception étoient libres et par celà même possédoient en commun leurs loix, leurs usages, leurs coutümes, le palladium de
tous les autres droits et leur unique sauvegarde au même titre
que tout le reste de ce qui leur appartient.
Enfin chez les anciens, les principes de la morale étoient assez peu développés.
Passant de ces temps anciens à des époques moins éloignées du nôtre, je lui ai fait observer que les évènemens dont l’histoire nous a conservé le souvenir pendant les convulsions qui avoient accompagné la chûte de l'empire Romain, et le cahos
qui avoit succèdé à ces grands déchiremens ne méritoient guè-
res d'arrêter notre attention dans une discussion comme celle dans laquelle nous nous trouvions engagés. On devoit en dire à-peu-près autant de tout le moyen âge. La barbarie avoit enfin triomphé. (C’étoit pendant cette période funeste qu’on avoit vu les nations excercer les unes envers les autres ce genre d’oppression contre lequel j'élevois la voix, les nations dominantes détruire tous les établissemens du peuple vaincu, le réduire par là même à la condition des esclaves. Delà aussi étoient nés tous les flerux qui peuvent tourmenter l’espèce humaine, Jamais peuple ne s’étoit sous ce rapport trouvé dans une situation plus affreuse que les Anglois après la conquête qui soumit leur pays aux Rois Normands et qui eut des suites si funestes, * Ces vainqueurs également avides et féroces mi-
* I seroit dificile, dit un historien Anglois, de trouver dans l'histoire une
rent ce système en pratique. Les lois nouvellesse rédigèrent en François, et on changea, on abolit les anciennes. Il n’étoit pas permis de plaider dans une autre langue dans les Cours de Justice. On l’appreroit par ordre du gouvernement dans toutes les écoles. On n’en parloit pas d’autres dans le Palais des Rois, Bientôt la langue comme le nom Anglois devint un opprobre. Du mépris à l'injustice, il n’y a qu’un pas; ou plutôt quand on yeut écraser un peuple, on commence par l’avilir. C’est ce qui ne manqua pas d'arriver. L’Angleterre devint et continua d’étre pendant plus de deux siècles un théâtre de rapines et de brigandages, de dévastations et de meurtres. Les suites furent pour la nation comme pour les individus, la perte de leurs droits et de leurs propriétés, de tous leurs établissemens qui furent renversés à la fois. |
Cet horrible état ne commença à changer que quand la Iangue et les coutûmes des Anglois eurent commencé à reprendre graduellement le dessus. L'équilibre se rétablit alors. Ce p'est qu'à dater de cette époque que ia nation et ses tyrans eux-mêmes, las de sang et de carnage finirent par se rapprocher mutuellement, goutérent enfin quelques instans de repos, et virent luire l’aurore du bonheur dont ils jouissent aujourd’hui.
Je n’ai pas besoin d'ajouter que nous sommes entrés à ce sujet dans des explications détaillées. J’ai cité des faits. Il ne m'a pas été difficile d’en indiquer un grand nombre à l’appui de mes opinions. J’ai fait un tableau animé et frappant, au moins par sa vérité, des souffrances d’un peuple quand une nation travaille à le dénaturer, à le transformer, à en faire en quelque sorte un être nouveau et différent de lui-même.
Après avoir passé en revue différentes parties de l’histoire moderne, j'ai fait remarquer entr’autres que dans ces dernie: temps, l'Empereur Joseph Second avoit fait des tentatives de cette espèce dans plusieurs des états qui composoient le patriché
révolution plus destructive et suivie d’un asservissement aussi complet des anciens habitans.
e rédigèrent S& Il n’étoit les Cours de
n opprobre, Ôt quand on C'est ce qui ontinua d’é-
leurs droits S qui furent
and la Ian.
reprendre alors. Ce ses tyrans approcher epos, et viurd’hui.
és à ce suits, Ilne l'appui de > AU Moins lation tra
n quelque
l’histoire dernie:
atives de le patri-
et des an.
bine de sa famille. Les événemens avoient prouvé que ces in- Wétes efforts avoient également nui à ses intérêts comme à ceux des peuples dont son devoir lui fuisoit une loi de respecter les droits. Les flatteurs avoient pourtant applaudi aux actes d’autorité arbitraire qui avoient découlé de cette fausse politique. Ils s’étoient extasiés sur les moyens mis, suivant eux, en œuvre avec tant d’habileté pour resserer les liens qui unissoient les différentes parties de son empire, en introduisant l’uniformité dans les établissemens, la ressemblance dans le langage, l’analogie dans les loix. Quel en avoit été le résultat? ‘La confufüsion et le mécontentement; des: sujets de collision sans fin, êt toujours croissant; l’affoiblissement de l'affection des citoy- ‘ns pour l'ordre de chose établi, la véritable force d’un empire. avoit surtout perdu l’attachement des habitans de ces belles Provinces des Pays-Bas, si longtems l’appanage de sa famille. C’étoit lui qui avoit abattu les barrières qui avoient arrêté les François, et servi contr’eux de boulevard à la Hollande et à
PAllemagne, qu’il avoit pourtant cru par là rendre inexpugna-
bles. * * S'il étoit vrai qu’une grande nation ne pût conserver l'union entre les différentes parties qui composent ses domaines, si elle
. Men assujettit pas respectivement tous les habitans à parler la
mème langue, à se régir par des loix semblables, à adopter des institutions communes, si enfin c’est le seul moyen pour elle de se mettre partout et sur chaque point à l’abri des attaques de ses voisins, il faudroit dire que l’Autriche ou l'Espagne auroit dû successivement travaillé à opérer dans les Pays-Bas des changemens analogues à ceux que vous avez indiqués comme nécessaires dans le Bas-Canada. C’est par là que l’une ou l’autre
Enr ee)
* C’est encore une chose bien digne de remarqne, que Joseph agissoit ainsi dans les Pays Bas avec d’autant plus de sécurité qu'il se reposait du succès de l'exécution de ses projets sur la probabilité de la longue durée de son alliance
avec la France! Le temps lui a manqué comme à tous ceux qui jouent le même jeu, et ses calculs l'ont trompé. C’étoit dens l’ordre. Quels rapprochemens froppans se présentent! |
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ee 2e :
puissance seroit parvenue d’un côté à s'attacher les habitans de ces contrées par des liens indissolubles, de l’autre à éléver un mur de séparation entr’eux et la France dont ils bordoient la frontière, avec laquelle ils avoient ces moyens de rapprochemens et d’union qui vous paroissent si infaillibles. ; En laissant au contraire subsister entr’eux et la métropole ce que vous re: gardez comme des sources de division et de discorde, la France eût englouti avec facilité et à la fois toutes ces belles Provinces, Les faits déposent contre vous. Autant de temps que les habitans des Pays-Bas ont conservé leurs établissemens intacts, et qu'ils n’ont éprouvé aucune crainte de les voir ébranlés et tomber sous les coups de l'autorité de leur métropole, ni la force ni Pintrigue n’ont pu les en détacher.
Si la différence du langage et des loix établissoient une opposition si marquée entre les peuples d’un mème empire, comment l’Angleterre a-t-elle pu conserver les Isles qui bordent les côtes de la Normandie? Pourquoi n’a-t-on pas tenté d’opérer là cette transmutation que vous regardez {comme l'unique moyen d’affermir l’autorité du gouvernement de l'empire sur chacune des parties qui le composent, ide s’en attacher les habitans par des liens assez forts pour n’avoir rien à craindre des effets de la force ou de l'intrigue des ennemis au dedans ou au dehors? On a fait tout le contraire. On a laissé aux habitans de Jersey et de Guernesey leurs veilles chartes Normandes, cette langue là même que parlent les habitans du Canada, leurs loix, leurs coutûmes, leurs usages, jusqu’à leurs espèces de petites Assemblées Nationales. Tout cela est resté intact et comme sacré depuis des siècles. Cependant elles ne sont séparées que par quelques lieues de mer de cette belle Province de Normandie, réunie à la France depuis des siècles, dont les habitans formoient, pour ainsi dire, une même famille avec ceux de ces Isles, qui avoient une origine, des loix communes, des établissemens, jusqu’à des espèces d'états semblabes, qui parlent Ja mème langue. Comment se fait-il que ceux-ci soient restés aussi fidèlement unis à l'Angleterre, quand tous ces genres de
s habitans de e à éléver un bordoient 1:
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de, la France es Provinces, que les habins intacts, et
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uction devoient concourir à les en détacher, et les porter à se réunir à leurs frères? La solution de ce problème est aisée. C'est que ces peuples n’ont rien perdu de ce qui attache les hommes à la société dont ils sont membres. Bien loin de voir
dans le gouvernement un ennemi de leurs établissemens, ils n'ont trouvé en lui qu’un proterteur, Il est devenu l'objet de leur aff=ction dans la même proportion qu’ils ont pu se persuader que son autorité assuroit la conservation de tout ce qui devoit être le plus cher à leurs yeux, et qui l'est en effet à tous les peuples sans exception. |
Si cette espèce de manutention politique par laquelle une nation tend à modéler un autre peuple à son gré, étoit si propre à opérer l’effet que vous lui attribuez, si elie avoit celui de resserer les liens de la fraternité entr’eux, pardessus tout de conci- Jier à la nation qui a la suprématie politique, l'affection de ceux qui sont soumis à cette épreuve, enfin de faire règner parmi eux, l’ordre, la paix et le bonheur, en leur faisant part de tous les avantages dont elle jouit elle-même, et d’affermir par là l’autorité de son gouvernement, l'Irlande travaillée en ce genre depuis des siècles devroit être un exemple à citer. Les lumières de ses habitans, leur félicité, leur prospérité toujours croissante auroient dû marcher de pair avec celles de leur métropole. .Commeit se fait-il que la population de ce pays ait été au con-
-traire en proie à tous les genres de souffrances, qu’elle soit si
fort en arrière de celle de la Grande-Bretagne, peut-être de celle de la plus grande partie de l’Europe? Un écrivain respectable de ces derniers temps va jusqu’à dire qu’une partie de ces habitans est audessous de l’état sauvage; un autre, que ses cultivateurs sont plus malheureux que le paysan Russe. * Son his.
toire présente une suite non interrompue d’actes de tyrannie,
d’un côté, de révoltes, de l’autre: de brigandages, de spoliations, de meurtres de la part des vainqueurs; de vengeances ae troces de la part des vaincus. On a dit que l’histoire de çe
* Wakefeld, Young, &e.
D éere
rene
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pays n’auroit dû être écrite qu'avec de la fange détrempée dans le sang, que son peuple étoit un malade dans les convulsions de
la mort, Cependant là on a réduit en pratique le système de conduite qui est l’objet de cette discussion, On n’a négligé aucun moyen de succès, on a tout tenté pour le faire triompher, ‘On va jamais mis plus de constance dans l’exécution d’un projet que dans celui d’anglifier l'Irlande. Quel résultat plus propre à démontrer la fausseté de la théorie dont on a suivi les principes en gouvernant cette contrée infortunéel! :
L’Irlande fut conquise à une époque où l'ignorance couvroit l'Europe de son voile de ténébres. Les principes de la politique devoient tenir de la barbarie qui règnoit encore sur les dé. bris des sciences et des arts, sur les ruines de l’ancienne civili. sation. Les erreurs d’un gouvernement une fois appuyées sur ces bases résistent longtemps aux progrès des lumières et à ceux de la morale publique. Combien il faut de temps et de peines pour les dissiper. C’est l'ouvrage des siècles. Les abus, les crimes seuls, se propagent avec la rapidité de l'incendie.
Il faut remaquer à ce sujet que lon se tromperoit étrange.
ment d'attribuer à la diversité du culte les maux de ce pays dé-
voué. Ses habitans n’éprouvèrent-ils pas les mêmes injustices avant la naissance du protestantisme, et quand les deux nations étoient également composées de catholiques? C’étoit comme Irlandois et à ce titre, qu’ils étoient, avant le changement de religion qui s’opéra depuis en Angleterre, objet d’une persécution qui n’a connu de relache que dans ces derniers temps. Le but et les motifs qui les allumoient, qui en nourrissoient la flamme, étoient les mêmes. Le prétexte seul a changé; et comme l'a observé un des plus beaux génies qui ait brillé en Angleterre, ceux qui voudroient continuer de nos jours à écraser les Irlandois, s'occupent en réalité fort peu de les amener à un changement de religion. Ce zèle leur est étranger. Ils seroient même extrèmement fâchés de n’avoir pas toujours ce prétexte pour colorer des injustices dont-ils recueillent le fruit. Ils en trouveroient un autre toujours prêt au besoin pour conti-
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Supposons maintenant les Isles de la Normandie et l'Irlande dans la même position géographique. Croit-on que l’Angletarre eût conservé cette dernière avec la mème facilité que les deux autres. En supposant l'Irlande dans la même situation et dans les mêmes circonstances que les Isles de Normandie, seroit-elle restée séparée de la France, comme-elles, ou comme les Pays Bas, faisant autrefois partie des possessions d’un Duc Francois dont le Roi de France étoit lui même le seigneur suzerain? C'est Joseph Second qui a brisé le premier anneau de la chaine qui attachoient ces belles Provinces à l’héritage de sa fafille, qui en est maintenant probablement privée pour toujouys.
Supposons encore que ce fût de nos jours, que l'Irlande füt annexée ou soumise à l'Angleterre. : Croit-on qu’on prendroit lé parti de la traiter de la même manière, dans l’espoir d’y établir l'autorité de la métropole, et de s’assurer par là la conservation de cette précieuse possession? :
T1 eût été sans doute bien plus facile de réduire en pratique ce système d’amalgame en Ecosse à raison de sa situation, du mélange des deux peuples dans les pays qui bordoient les frontières, de l’ascendant que devoit nécessairement donner aux
. Anglois la grande supériorité du nombre, de l’état de la soci-
été beaucoup plus avancé chez eux. Cépendant l’ Ecosse a conservé un corps de loix et de jurisprudence civile absolument différent de celui de l'Angleterre, et qui, pour le dire en passant, a la plus grande anologie avec celui du Bas-Canada, puisqu’il a pour base le Droit Romain contre lequel les jurisconsultes Anglois ont montré quelquefois des préjugés aveugles, D'un autre côté, l'Ecosse auroit certainement gagné a admet. tre chez elles les loix criminelles d'Angleterre. Elle a repoussé ce bienfait.* Les principes et le culte religieux des deux
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&, * On a observé dans queiques écrits qui ent paru dans le Bas-Canada que Gtux qui ont fait entendre dans cette Province les plaintes les plus amères con-
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nations sont encore dans une opposition beaucoup plus forte. ment marquée: et on sait la diflérence que les écrivains politiques ont attribué à l’une et l’autre de ces deux religions sur la forme et les principes Qu gouvernement. Quelle a été la suite de ces contrastes? l’autorité du gouvernement en a-t-elle souffert en quoi? A-t-elle perdu de sa stabilité? C'est exactement le contraire. Les haines qui divisoient les deux peuples ont cessé avec les persécutions qui avoient pour bat de les réunir, au moyen de l’uniformité dans les institutions. Pour tout dire en un mot, la conservation et l’affermissement de tous les établissemens Ecossois ont été de pair avec ceux de l'autorité du gouvernement commun aux deux peuples.
kes peuples restent toujours attachés à l’ordre de choses qui assure la jouissance de leurs droits. Il n’a fallu que tenter de mettre en pratique un système qui les mettoit en danger pour démontrer la fausseté de la théorie par laquelle on prétendoit lappuyer. La chûte de cette belle partie des domaines de la maison d'Autriche, devroit suffire d'elle-même pour dissiper
tre nos loix, sont assez communément des Ecossois qui devroient s’applaudie d'y retrouver le ëroit comman de leur pays. Ceux d’entr’eux qui viennent s'établir parmi nons ont-ils consacré leurs veilles à l’étude de la jurisprudence ? Ont-ils passé leur vie à méditer sur les principes de la Législation et de la po- Jitique? Quand on n’auroit que ce trait de leur conduite à citer sur cet article, il seroit permis d’en douter. Quelle peut être la source de cette haine pour nos loix? Quel motif a pu les engager dans les tentatives, les efforts auxquels ils se sont livrés pour les faire disparaître et y substituer celles d'Angleterre auxquelles ils sont beaucoup plus étrangers. Ce mystère n’est pas inexplicable.— Je laisse à d’autres la solution de ce problème, ou plutôt elle se présentera d’elle même.
Ajontons que les mêmes hommes ont souvent mis au jour leurs réflexions
‘sur la necessité de la conservation de l’ancienne langue celtique qui n’est plus
à l'usage des nations civilisées, non seulement, dans les montagnes d’Ecorse, mais même parmi ceux qui en sortent pour venir s'établir dans ces colonies.— Des sociétés se sont formees, ou se sont affiliées à des sociétés déjà établies dans la Grande-Bretagne pour cet objet. On veut, dit-on, par ce moyen, nourrir les sentimeus natiouaux, et par là même l’attachement de ces montagnards au gouvernement de la métropole. Que chacun fasse ses repprochemens.
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lès prestiges de l'illusion. ‘ Arracher à un peuple ses établis- #émens, c’est briser d’une coup tous les liens qui l’attachent à l'état et au gou:ernement sur lequel il doit se reposer de leur conservation, Il doit au moins devenir indifférent pour celui qui le prive de ces objets de son affection, parceque c’est la plus importante de ses propriétés, et qu’elle est la base de toutes les aütres. Quand celle-ci est renversée, tout l'édifice s'écroule avec elle. Il n’a plus rien à conserver. C’est alors l’âne de la fable à qui peu importe de porter le bät pour son maître ou pour le voleur qui le dépouille et l’assassine. A ne consulter que les règles les plus ordinaires de la politique, et mettant à part celles de la justice, il n’en faut pas davantage pour se convaincre que ce système est vicieux.
ti Dans la thèse générale, on peut admettre que le gouvernement d’une empire peut tirer souvent pour la facilité des ses opérations des avantages de l'identité des loix et des mœurs, de la langue et des établissemens dans les différentes parties qui le composent. Mais d’abord il est bon de remarquer de suite qu’il faut que cette identité soit le fruit de ces causes générales qui agissent sur les peuples graduellement et d’une iManière insensible, ct qui la produisent sans efort. Tous les moyens directs et qui peuvent tenir de la coercion, ne sont propres, outre l'injustice de la chose en elle-même, qu’à inspirer du dégoût, provoquer des résistances, exciter des mécontentemens, allumer des haines, Dès lors un sentiment de vengence se réunit à celui de la cupidité, La persécution commence, et avec elle s'établit le règne de la tyrannie et de la violence. .
Je dois observer en second lieu que ce principe est nécessaire.
ment sujet à de nombreuses exceptions. Pourroit-on disconvenir que cette exception doit devenir de même souvent une règle de conduite pour une nation riche et commerçante, devenue grande et puissante, dont les possessions diverses et multipliées se trouvent réparties sur différens points, dans des situations très différentes, souvent opposées les unes aux autres, soit en elles
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mêmes, soit à cause de leur éloignement, ou à raison des pays qui les avoisinent et d'une infinité d’autres circonstances qui ne peuvent ètre d'avance assujetties aux calculs de la prévoyance humaine. Mettant à part d’autres considérations, il est facile de se convaincre que le Bas-Canada, se trouve dans le cas de l'exception. On peut porter l'évidence de cette vérité jusqu’à la démonstration. Elle est appuyée sur des faits. Il ne seroit pas mème dès lors nécessaire d’appeller à son secours les principes d’éternelle justice, que je crois avoir invoqués avec quelque succès, qui ne permettent pas d’abuser de la force pour heurter les intérèts d'un peuple, de blesser ses plus justes affections plus que de fouler aux pieds tous ses autres droits. Les plus simples règles de la politique militent en notre faveur.— Mais avant d'entrer dans des détails, en examinant la chose sous ce nouveau point de vue, voyons ce que l’on devroit raisonablement attendre des changemens que vous voudriez voir opérer dans le Bas-Canada, et les suites probables qui en résulteroient pour l'Angleterre, aussi bien que pour le Bas-Cunada lui-même.
Ce serait une erreur grave, dis-je, d'imaginer que le changement de nos loix et de nos usages, celui de notre religion, et de notre langue surtout pût opérer quelque chose en faveur de PAngleterre. C’est exactement le contraire. Dans l’état où nous sommes, supposé que nous n’eussions pas pour l’Angleterre un sentiment affection bien profond, admettant même que nous eussions des préjugés contre son gouvernement, ce que les faits démentent, au moins ne sauroit-on nous attribuer des motifs bien puissans de prédilection pour les Etats-Unis. Ce que vous regardez comme une source d'opposition de vues et d'intérêts entre nous et l'Angleterre doit par la même raison établir une ligne de démarcation bien plus fortement empreinte entre nous et nos voisins.
Je dois pourtant dire ici que dans le Bas-Canada, nous avons le bonheur de ne guères connoître le fanatisme politique
plus que le fanatisme religieux. Cette heureuse disposition
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