‹ Analyse de la langue albanaise: étude de grammaire comparéeChapitre 1 sur 114 · PRÉFACE A LIRE · texte numérisé non relu

PRÉFACE A LIRE

Les pages que l'on va lire sont destinées à faire suite à un livre publié par moi il y a deux ans, ayant pour titre : La Grèce avant les Grecs. Appuyé sur des passages tirés des anciens historiens et géographes, j'avais groupé les éléments d'une civilisation antérieure des Hellènes, civilisation dont les noms propres de lieux, de fleuves et de montagnes, dont des légendes et d'anciennes traditions semblent avoir conservé la trace, bien qu'à demi-effacée. Je crois être parvenu, avec l'aide de la linguistique,* à établir, sinon l'identité des

anciens Pélâsges et des Albanais de nos jours, au moins l'extrême vraisemblance de ce fait considérable : que les aïeux des Skipétars ont tenu une large place parmi les premiers habitants de la presqu'île du Balkan. Ce résultat, qui pourtant n'a rien d'excessif ni même de surprenant, si l'on songe à la situation analogue des Bretons en France et en Angleterre et des Basques en Espagne, n'a pas été accueilli par tout le monde avec la même faveur. Je suis disposé à &ire mon profit de toute critique sérieuse ; mais je crois avoir le droit de n'avoir aucun égard à des jugements fondés, non sur des raisons, mais sur la malveillance gratuite. Puis il faut désespérer de convaincre des gens qui n'admettent rien dans l'histoire de la haute antiquité que sur la foi d'anciens textes ou dlnscriptions datant du IX*^ ou X® siècle avant notre ère. Hélas ! ce n'est qu'au XI* après Jésus-Christ qu'il est fait mention pour la première fois des Albanais, et leurs traditions nationales ne semblent commencer qu*avec Skand^r-Beg.

Sans me laisser effrayer par des critiques aux yeux desquels la science comparative des langues ne serait qu'une collection de conjectures, — mais aussi sans être rendu trop confiant par des appréciations bien-

vn

veillantes qui pourraient paraître intéressées, — j'ai persévéré dans mes recherches en prenant pour objet, cette fois, la grammaire et le vocabulaire des Skipétars. Ces recherches m'ont confirmé dans les idées émises par moi au cours du livre cité plus haut, et elles m'autorisent, je pense, à formuler les conclusions suivantes :

1^ L'albanais n'est pas une langue indo-européenne dans le sens strict et étroit du mot.

^ Des formes et des tournures singulières en ellesmêmes, mais propres à l'idiome albanais, se retrouvant comme égarées dans le bulgare, le roumain, dans quelques dialectes italiens et néo-grecs, la langue shkipe a dû être parlée dans tous les pays où elle a laissé des traces de son passage, et il y a vraisemblance extrême que le peuple shkipe y a été établi dès la plus haute antiquité.

Dans une série de lectures qui ont eu lieu au commencement de l'été 1878, j'ai pu communiquer ces conclusions à l'Académie des inscriptions et belleslettres. J'ai essayé de les corroborer par l'explication, à l'aide de l'albanais, de quelques noms propres pélasgiques (noms de dieux, de localités, de montagnes, etc.).

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