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RADICAUX TERMINÉS PAR UNE CONSONNE

Albanais : taxinj je promets, passé tax-a,

vesh-inj je vêts, — vesh-a.

marr je prends, — môr-a,

da/jjesors, .— dôl-a,

(1) Deviile, p. i22, 123.

Tzaconien : 7toi»/3tÇ-oy, passé èyiovpicc (pour èyiovpho:).

eXTrîÇ-ou, — êXnioc.

5^a^tvS-ou je cours, — è^pocyLiu,

(Ta^éyyov je secoue, — èaakeûoi,

fx|3c<Vxx-ou je fais sortir, — 6^]3«t«.

On remarquera que dans l'albanais comme dans le dialecte tzaconien, il existe une tendance à renforcer la forme du présent pour mieux exprimer ainsi l'idée de durée qui est inhérente à ce temps. Les deux idiomes laissent volontiers tomber ce renfort au passé, afin de mieux rendre la notion d'une action rapide et passagère et réellement passée. Que l'on compare: albanais taxinj, taxa, et tzaconien ^pa/x/v^ov, i^pa/^ta, è).7rtCov, èXirta. Dans le grec classique on sent bien ce contraste dans fAav9ava>

c^aOov, Xa^avw £Xa(3ov, cupiaxco eupov, ytyvcôcrxw eyvwv.

Le tzaconien semble profiter de toutes les circonstances pour rendre plus saisissant ce contraste entre les formes allongées du présent et les formes écourtées de l'aoriste. Ce dialecte, à l'exemple de l'ancien lacédémonien, élide volontiers un «r placé entre deux voyelles. Les Spartiates disaient : M«a pour Mou<ja, ôp«a pour ôpw^a. C'est ainsi que les Tzaconiens ont supprimé invariablement Va non du futur (6à ytouptaou, 0à Oav^ocaou) , mais de l'aoriste (cytovp/a, cyxua pour cTtrvaa, etc). Remarquons seulement que lorsque la voyelle du radical est un a, ce dernier se contractant avec l'a de la désinence, il naît des formes très-courtes dans lesquelles le génie de la langue semble se complaire (1) :

(t) Deville, p. 123.

WfftâÇw -

- lvi»o"Tà«,

contracté èwtni.

T/îoptaÇw -

- CT^opia,

STjOOfAa.

p/îàÇw

- iP/îàa,

- è^fi.

j3a(7TàÇw -

— ipaoràa,

— s/Saorà.

ôau^aÇw

- l9ocu|xaa,

— èOocJità,

Par une hardiesse singulière, la langue a appliqué ce mode d'abréviation aux verbes en -acdo -aTTw. Les traitant comme s'ils se terminaient en -«Çw, elle forme des présents ^yj'koLTTOMj TapaîT^ou, irpaacrou, ptàaaou IcS aoristeS tywXa, crapa, cirpa, èpta.

Il est étrange au moins que l'albanais qui, lui aussi, possède un certain nombre de verbes en as, retranche au passé ou la syllabe intercalaire ou 1'^ de cette syllabe :

peltsas je crève, aoriste plyasa,

kelas']e place, — kalha,

flyas je parle, — folya,

pelhas je mugis, — palha.

gerças j'invite à la noce, — griça.

La syllabe formative du présent est quelquefois supprimée, sans que la forme de l'aoriste soit raccourcie; ce dernier se termine quelquefois en -ita.

kertsâs je craque, aoriste kerts-ita.

geltds je rugis, — gelt-ita^

bertàs je brame, — bert-ità.

D'autres fois 1'^ seul s'élide, et il est remplacé alors par le V, consonne formative de l'aoriste :

vrds je tue, aoriste vra-va,

çkas je glisse, — çka-va.

Il est bien évident que les verbes albanais dont nous venons de parler n'ont pas subi Tinfluence de la conjugaison tzaconienne. Ce serait donc celle-ci qui se serait ressentie de l'action exercée sur elle par un idiome barbare. Ou bien l'analogie que nous croyons remarquer entre les deux ordres de faits serait due au seul hasard. Nous devons dire pourtant que ces analogies sont plus nombreuses qu'on ne pense.

Ce qui frappe tout d'abord, c'est que dans le tzaconien le parfait et l'aoriste ne présentent plus de différence syntaxique. En effet, les verbes qui forment leur passé en xa n'en ont pas qui se termine en « (au lieu de <ra, ancienne terminaison de l'aoriste I) ; ceux qui ont un passé sous forme d'aoriste en « n'en ont pas sous formé de parfait en xa. Sous le rapport du sens, les deux formes du passé sont absolument identiques. Ce n'est pas tout. Le passé en -xa est bien précédé d'un augment comme le passé en a simple, mais il ne prend pas le redoublement comme faisaient les parfaits du grec classique; ce dernier ne considérait pas non plus la désinence -xa comme l'exposant du seul parfait. Comment expliquer sans cela les aoristes Wxoxa, i!9nxa, W? Donc les deux passés du dialecte tzaconien ne seraient que deux formes différentes d'un véritable aoriste premier. Ici nous sommes arrêtés par Deville, affirmant que les verbes en -yw ont un véritable parfait second .* Poyou, ypa^jou, Tuycu, rpcfou, xiouyou foUt aU paSSé !

èpajSa, lypapa, èTu|3a, irpé/îa, èxtoupa. Soul-ce bien de véritables parfaits ? Ils ont l'augment de l'aoriste ; et qui nous dit que ce ne sont pas réellement des aoristes seconds qui, au lieu de l'ancienne terminaison -ov, ont pris par métaplasme celle du premier aoriste a ?

La terminaison de cet aoriste était sans doute jadis <7a. Mais les Tzaconiens apparemment n'ont plus conscience de ce fait; pour eux il n'y a qu'une forme du passé où les parfaits et les aoristes se confondent, elle qui est précédée du préfixe t — l'ancien augment — et suivie de la désinence

oc ou xa.

M. Camarda s'est posé aussi la question (1) si les passés albanais en ta ne seraient pas des aoristes. Quant à ceux en a, il ne fait pas de doute qu'ils ne soient des parfaits, surtout lorsque la voyelle du radical est modifiée : marr, màra; itère, tara, etc. Mais il considère comme des parfaits aussi les passés en va et en ra. Si dans ces derniers V et r n'ont pas une valeur purement phonique, il faudra voir dans -va, exactement comme dans l'italien .t'o, va dans cantavo, cantava^ un reste du latin bam. Ra sdrait alors peut-être pour sam ou ram (comme dans e-ram fueram) et se rattacherait à la racine as être. C'est donc à des imparfaits primitifs et non pas à des parfaits que nous aurions affaire. Quant à la désinence ta, c'est autre chose. Qu'on la rattache à un participe passé qui, dans les langues indo-européennes, a un i pour exposant, ou qu'on y voie l'analogue du passé des verbes germaniques en te, terminaison dérivée elle-même du parfait dèda j'ai fait, on ne peut affirmer que ce ta marque d'une manière certaine un aoriste. L'albanais a abandonné Faugment, en supposant qu'ill' ait jamais possédé. Quant au redoublement, il semble en offrir un seul exemple : x« j^ mange fait xWP« au passé, et yy^t-^t au participe. La forme primitive de la racine paraît avoir été xp«? yp« (comparez

(1) Grammatologia délia ling'ua albane$e, p. 149.

le grec ypatvo)). L'albanais, aussi bien que le tzaconien, paraît donc avoir confondu le parfait et Taoriste.

Il y a lieu cependant de faire ici une réserve importante. Le consul Dozon, dans son Manuel de la langue shkipe (1), nous entretient de deux temps composés avec le présent et l'imparfait du verbe auxiliaire avoir {kam j'ai, keçe j'avais) formant désinence. Exemples :

Prés, lyith je lie, passé cemposé lyithkam, lyith'keçe,

korh je moissonne, — korhkam, korhkeçe,

mbielh je sème, — mbielhkam, mbiel-keçe.

dalj je sors, — daljkam, daljkeçe.

çkrouan yécris, — çkrouakam,çkrouakeçe.

lyan je lave, — lyakam, lyakeçe.

vras je tue, — vrakam, vrakeçe,

M. Dozon ajoute à cette liste encore :

Prés, hâ (xa) je mange, passé composé hengerkatn, hengerkeçe . bie je tombe, — renkam, renkeçe,

kam j'ai, — patkam, patkeçe,

yam je suis, — kyenkam, kyenkeçe.

Seulement M. Dozon se trompe en supposant que le radical déterminé par le verbe auxiliaire aurait la forme d'un participe apocope. Nous n'y pouvons découvrir que le radical lui-même, légèrement modifié dans henger-kam (redoublement) ou remplacé par un second thème (patkam), ou même par l'infinitif {kyenkam, rmikam). Car de Rada voit dans keen être et lyeen laisser des formes de l'infinitif (2).

(1) Page 226. Il s'appuie sur les études de son maître Gristoforidis, Albanais de naissance.

(2) Dozon, Manuel de la langue shkipe, p. 227.

M. Dozon parait avoir été induit en erreur par les tournures latines œmpertum, cognitum composées avec Ivabeo. Mais comment a-t-il pu désigner alors les formes vrakam lyiihkam, vrakeçe lyithkeçe, par les noms d'imparfait et de prétérit, quand ce sont manifestement des parfaits et des plusquepar faits? Citons, pour prouver que nous sommes dans le vrai, les propres exemples de M. Dozon :

1. Kuy kyenga ne miyè hère m'i mire nga oune : en • voilà un qui vaut mille fois mieux que moi {kyenga pour

kyenka dans te sens de iré^rjxt).

2. Mbi gijithe te trcndafilyit renka vesa si indjia : sur les rameaux du rosier voici que la rosée est tombée comme (les perles.

»]. Çpirti im paseka kyenoure çoutne i nderçim sot nde sut te ton : ma vie a été aujourd'hui ivè^-honorée à tes yeux (c'est-à-dire tu Tas épargnée).

M. Dozon dit d'ailleurs lui-même (1) : le premier (de ces doux temps composés) marque un passé dont l'effet dure encore, et en réalité le présent, parfois même un futur prochain (II).

Ce parfait et ce plusquepar fait dont nous entretiennent MM. Dozon et Cristoforidis ne se rencontrent malheureusement pas dans les chants nationaux et dans les écrits connus jusqu'à présent des Albanais. Hahn, Camarda, de Rada n'en font nulle mention. Il faut donc admettre que les formes de ces temps composés ou se sont conservées dans quelque coin reculé du pays des Skipétars pour se répandre de nouveau de nos jours sur une plus grande

(1) Dozon, Manuel de la langue shkipe, p. â26, 227.

étendue du pays ; — ou bien qu'elles sont d'une origine toute récente et qu'elles ont été créées pour ainsi dire sous nos yeux (1).

Supposons, pour un moment, que cette dernière hypothèse soit la vraie; nous assistons dès lors à la formation d'un temps qui nous paraît de tout point l'analogue du parfait grec. La langue albanaise a-t-elle réellement senti le besoin d'avoir un parfait véritable? La formation de ce parfait serait alors une espèce de restauration. Nous avons cru reconnaître, en effet, dans l'auxiliaire kam, un ancien verbe pélasgique qui aurait pénétré dans la conjugaison du grec ancien et aurait donné naissance à des formes comme eOptVxw, èpuxw, p^p^w^xw, etc., et aux parfaits inexplicables jusqu'à présent en -xa. L'existence du nouveau parfait albanais semblerait venir sérieusement à l'appui de notre conjecture.

Si, par impossible, les parfaits et plusqueparfaits signalés par MM. Dpzon et Cristoforidis devaient être considérés comme faisant partie de la conjugaison albanaise depuis les temps les plus anciens, l'identité de ces temps avec les temps respectifs de la conjugaison grecque acquerrait un haut degré de vraisemblance.

(1) Je viens pourtant d'en découvrir quelques exemples dans la Ms^io-o-a A>|3avix^, recueil de chants et de récits albanais publiés en 1878, par M. Mitko, p. 165, Kt^v>7x« m p3ç va iUrri fuit hoc (ac) non fait. Au commencement du second récit, p. 166, la même tournure se trouve répétée. P. 176, Kt^voupx>7 tt? pwç va ikm. C'est toujours la même tournure ; seulement xt^voujoxv? est une forme composée du participe xiYjvou/) {étè)^ et de xs, troisième personne du singulier, présent de fcam j*ai.

§ 5. — NOTE SUR LES MOTS aç ET xouXXua.

1. Il existe en grec moderne une particule «? qu'on place volontiers devant Timpératif et qui alors, dans le Izaconien au moins, souffre quelquefois Tapocope i « ^loX-^ (à; cp<îr/), ày xaOffSt/jie, ocç xaGtVofiif. On cousidère Cette particule ordinairement comme née de Timpératif «cpcç de àytV 0)- L'albanais semble l'avoir adoptée pour certains cas, par exemple oiç rt (jxoïjme : passons. Mais cet «j nous semble différer profondément de la négation aç pas, point; on la redouble aussi «ç -«? ni -ni. Cet aç est souvent abrégé par les Albanais, qui n'en laissant debout que la consonne : a x«î « <f'^^ o^» il ne mange pas, car il n'a pas faim.

2. KouXXtxa vache (grec moderne y«Xa^a). Deville compare x«>Xt$, mot très-rare expliqué par Hésych. Poîî; rb iv xépaç îx'^v ^«ecrrpa/xfjigvov. En albanais îjoyXoT signifie paître. Kàhxoptot était le nom de l'antique population de la Sicile réduite au servage par les colons grecs. C'est elle qui devait cultiver les champs et mener paître les bestiaux. La désinence vp, oup a un caractère éminemment pélasgique. Syracuse fut fondée par Archias en 735, et le nom de cette ville s'explique par une étymologie albanaise (aoppea corneille; coppaxou mauvais).

(1) Deville,. p. 81.

Umt DBS RECHERCHES GRANNATICALES.

DANS QUELLE FAMILLE DE LANGUES CONVIENT-IL DE PLACER LA LANGUE ALBANAISE?

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