‹ Analyse de la langue albanaise: étude de grammaire comparéeChapitre 108 sur 114 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES; COMPARAISONS · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES; COMPARAISONS

Personne ne niera, je pense, que les chants entonnés aux noces par des chœurs albanais que nous venons de mettre en français ne rappellent quelque peu les épitha^-

lames des anciens Grecs. Hahn a signalé d'autres ressemblances entre le cérémonial de mariage des Skipétars et celui des Grecs et des Romains. Citons d'abord le grand voile qui couvre la future : c'est le flammeum des Romains. L'Albanais dit : j'ai voilé, c'est-à-dire j'ai fiancé ma fille, avec le sens- du latin nubere. '—La mère du futur jette du riz sur le jeune couple et le cortège qui l'accompagne. Ce fruit est le symbole de la fécondité et de la richesse. Chez les anciens Grecs, c'étaient les grains de sésame qu'on faisait entrer dans le gâteau de noce. Chez les Sémites, nous trouvons Ashéra qui a pour attribut la grenade ; on aura remarqué que c'est par le nom de grenade mûre que la future belle-mère est désignée par les chœurs. Hahn croit avoir reconnu dans les confetti qu'on jette en Italie au carnaval un souvenir des xoraxvafAaTa des noces de la Grèce ancienne.

Le jeune couple a soin, en franchissant le seuil de sa nouvelle demeure, d'y entrer d'abord par le pied droit. Il en était de même chez les Romains. Chez eux, la fiancée ne devait pas toucher le seuil. Mais auparavant on présente chez les Albanais un cerceau aux mariés. Il faut qu'en se tenant par la main ils le traversent en rampant ; puis on brise le cerceau pour indiquer par là que l'union est éternelle. C'est ainsi que chez les Béotiens on brûlait devant la porte de la demeure du jeune couple l'axe du char conjugal ; c'était dire que le retour en arrière était impossible (1).

Avant l'accomplissement du mariage, les jeunes gens se

(1) Plut , QuœsU rom,, c. xxix : ÈfA^atvovreç to -riiv vv/xynv Ippisvcev

rendent à la source du village ; ils tiennent des plats à la main, et ils doivent s'asperger mutuellement ; la future sort le plus souvent toute trempée de cette cérémonie. Hahn se demande si cet usage ne serait pas. un souvenir du Xourpbv wfufixw que les mariés prenaient jadis en Grèce au jour de la noce. L'eau de ce bain devait être cherchée à une source déterminée par le Xourpoyopoç. Le savant albanophile croit retrouver aussi dans les différents repas qui ont lieu dans la maison de la fiancée comme dans celle du prétendu, chez les beaux parents respectifs, les

irpoauXia, cirauXca, âirauXca dcS ancicnS.

La filière qui relie le rituel nuptial des Albanais à celui des Grecs et des Latins parait donc assez bien établie. Nous nous proposons seulement de traiter encore quelques points dont l'importance parait avoir échappé jusqu'à présent aux albanophiles.

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