L'ÉPITHALAME CHEZ LES ALBANAIS
Ceux même qui ne possèdent qu'une teinte légère des lettres anciennes ont lu assurément avec plaisir le bel épithalame composé par Catulle, vraisemblablement d'après des modèles grecs où un chœur de jeunes gens et un chœur de jeunes filles alternent leurs chants, celui-ci célébrant la vie innocente et heureuse que la fiancée va quitter en même temps que la maison paternelle, celui-là invoquant Tastre du soir qui va combler les vœux du jeune et ardent époux.
Vesper udest, juvenes, etc.
On ne peut guère espérer trouver chez des montagnards rudes et presque barbares des fleurs d'une poésie aussi exquise et d'un art quelque peu raffiné. Mais enfin, si Fart des Skipétars est imparfait, l'élan poétique ne saurait leur être refusé. Puis, il faut le dire à leur éloge : ils restent fidèles aux traditions de leurs ancêtres, car, malgré la distance des temps et des civilisations, les chants
que les Albanais de la Sicile et de la Calabre font entendre encore aujourd'hui, lorsqu'ils assistent à la célébration d'un mariage, ne sont pas sans avoir conservé une vague ressemblance avec ce produit si parfait de la Muse latine dont nous venons de parler.
Les chants servent d'accompagnement aux différents actes de la fête, à un cérémonial fort compliqué, dont Hahn nous a fait connaître dans son livre les détails les plus circonstanciés, et dont M. Dozon semble nous transmettre la teneur authentique dans un texte albanais. Mais ce texte, recueilli à Pœrmet, est entaché manifestement de certaines corruptions qui s'y sont glissées à la suite de la fréquentation des Turcs et des Albanais. Puis l'épithalame lui-même y est singulièrement déformé et mutilé. Il paraît, au contraire, avoir conservé une pureté relative dans la bouche des Albanais de la Sicile et de l'Italie méridionale. Le souvenir de la patrie absente a constamment hanté leur esprit, et tout ce qui la rappelait a été religieusement respecté (1).
Dans l'étude qui va suivre, c'est aux albanophiles italiens du Sud que j'ai cru devoir m' attacher, et parce qu'ils donnent la pièce plus complète, et parce que dans la répartition des personnes du chœur et dans l'alternance des chants, ce texte paraît avoir gardé les traces d'une antiquité bien plus haute.
(i) On connaît le chant naïf composé par les Albanais qui, forcés de s'expatrier après la mort de Scander-Beg, se fixèrent en Italie et en Sicile. Leurs descendants le savent par cœur encore aujourd'hui, et le font entendre souvent : c belle Morée ! depuis que je t*ai quittée, je ne l'ai plus revue. C'est là que j'ai mon vénérable père; c'est là que j*ai ma mère aussi ; c'est là qu'habite mon frère. belle Morée ! depuis que je t'ai quittée, je ne t'ai plus revue. » (Gamarda, Appendice, p. 126.)
Le premier qui, de nos jours, ait fait mention de C3S chants, est Vincenzo Dorsa, dans son intéressant ouvrage {Su gli Albanesi ricerche e pensieri, NapoU, 1847). Il en reproduit quelques-uns dans une traduction italienne libre; mais il n'en donne pas le texte. Ce texte se trouve dans deux publications de la même année (1866) : TUne est due à MM. Girolamo de Rada et Niccolà Jeno De' Coronei {Rapsodie d'un poema Albanese, p. 54), et l'autre au savant Camarda {Appendice al Saggio di grammatica comparata sulla lingua albanese, p. 116). Toutes les deux ont puisé évidemment à la même source, car, malgré des variantes et des changements considérables dans l'ordre des vers et des chœurs, le texte est en réalité le même dans les deux ouvrages. Celui de M. Camarda est un peu plus court : des passages qui ont paru moins importants ont été retranchés; les chants des chœurs ont été placés dans un ordre qui révèle, sinon un art exercé, au moins une certaine méthode. Nous pensons que M. Camarda a procédé quelque peu comme les diascévastes des chants homériques^ — nous sommes loin de l'en blâmer, — mais nous croyons le texte de MM. de Rada et Jeno plus ancien, non seulement parce qu'il est plus complet, mais aussi parce que, dans son ordonnance un peu confuse, semble percer une inspiration plus rude et plus primitive. C'est à ce texte que nous nous sommes attaché dans les pages qui vont suivre.
Le texte des poésies nuptiales que nous rencontrons dans le livre de M. Dozon a un caractère absolument fragmentaire. — On doit en dire autant des âXj3avtxà ^ca/^Ta yapYîXta réuuis daus le recueil de morceaux de prose et de poésie albanaises que M. Mil ko vient de publier au
Caire (1). Il y a cinquante-six petites pièces, dont la plus longue compte quatorze vers et la plus courte deux seulement; mais elles sont sans connexi té entre elles.
Nous ne nous proposons pas d'étudier dans tous ses détails le cérémonial très-compliqué et très-varié d'un mariage albanais ; on peut en prendre connaissance dans le livre de Hahn (2). Nous ne nous occuperons que de ceux qui sont indispensables pour l'intelligence des chants ou qui peuvent fournir quelques données ethnographiques.
§ 2. — LE CÉHéHONIÀL.
MM. de Rada et Jeno nous apprennent que le mariage revêt encore aujourd'hui, dans les colonies italiennes, le caractère d'une fête publique. Le jeudi qui précède le dimanche des noces, la maison du futur se remplit d'hommes et de femmes. Deux chœurs composés de ces dernières entourent la jeune fille qui pétrit la pâte du gâteau nuptial (pettà); on entonne un chant dont on ne possède, à ce qu'il parait, que quatre vers ; le gâteau est fait de farine, d'œufs et de sucre, et il offre à la surface en basreUef des images d'arbres, de serpents et de quadrupèdes divers^ avec celles du soleil et de la lune placées au-dessus. Les auteurs, en parlant du chant, conjecturent que les vers perdus expliquaient le sens symbolique du gâteau,
£• Mrnovy p. 59.
(2) Haho, p. 144-U7,
et que ce dernier, ainsi que le rite entier, date des temps païens. — En effet, le serpent est un des attributs de Déméter, et il marque la fécondité. Le soleil et la lune font allusion à la double influence des arbres sur les fruits de la terre et ceux de la femme, c'est-à-dire sur la naissance des enfants ; c'est là ce que^ymbolisait à Eleusis Vocvo^oç et le xa9o^oç de Gérés et de Proserpine. Le gâteau rappelait les bienfaits de la déesse qui avait enseigné aux hommes l'agriculture, et qui était considérée comme la représentante de la fécondité conjugale (1). Voilà pourquoi Déméter était invoquée comme xaXXty/vcia, comme la déesse qui accordait de beaux enfants. Chez les Béotiens, les thesmophories avaient lieu en plein été et en plein midi (2), et les femmes d'Érétrie et d'Eubée, lorsqu'elles célébraient la même fête, faisaient rôtir les viandes, non pas au feu, mais au soleil (3). Le sens de cette cérémonie n'est-il pas que les produits de Gérés mûrissent aux rayons de l'astre du jour et qu'ils ne sont pas le résultat d'une chaleur artificielle? — Nous croyons d'autant mieux retrouver dans ce premier acte préparatoire de la fête nuptiale en Albanie un reste des anciennes thesmophories que, d'après Hérodote, ces dernières n'étaient guère d'origine grecque, mais avaient été déjà célébrées par les femmes des Pélasges.
Voici le sens des quatre premiers vers chantés par les femmes entourant la jeune fille qui pétrit la pâte : c
(1) A/ooujMe ô>î>eta TraéSoiv yvn^itM Siporoç, — Voyez Hermann, Grieeh» Alterthumer, II, 289.
(2) Mi(Tïiit^pix(;. (Xénoph., Hellen., v, 2, 29,)
(3) Plut., QuœsHones gr,, c. xxxc : Ou npb^ trO/j, oOOià nphç Hhw
OTrTWfft Ta Xj06«.
toi, jeune fille gracieuse^ gracieuse autant qu'ingénue, toi qui pétris cette pâte, étends-la avec vigueur et rends-la ferme. » Chaque vers se compose de quatre trochées, dont le dernier peut perdre la brève, — c'est un mètre fort affectionné des anciens poètes. Ainsi :
Se ti va$h^za ga^eare w u — u — o
Sa ga^eare aky dylhUr — ^ — u — u —
Cy w' gkieshyn atia bruum, — o — v^ — u —
Gkieshe fort e ngcûre shuum — vy — w— -cr— (i).
Celle qui pétrit la pâte doit être une vierge dont les parents sont tous les deux en vie, et qui a des frères ; plus il y en a, mieux cela vaut; elle est estimée heureuse, quand même elle serait pauvre. On souhaite au jeune couple un bonheur semblable. li est certainement curieux qu'à Rome il y ait eu une expression spéciale pour désigner les enfants dont les deux parents étaient encore vivants ; on les appelait patrimi et matrimi. Toutefois Minerve était appelée virgo patrima, et un pater patrimus l'homme qui a encore des enfants du vivant de son père (Festus).
La jeune fille qui a pétri la pâte en remplit un plat et fait le tour de la société en priant chacun d'y jeter de
(1) M. de Rada parle d'autres rhythmes encore qui, par leur variété, semblent rappeler ceux des odes pindariques. Nous avouons que nous n'en saisissons pas bien le principe. Les vers trochaïques dont nous venons de donner un échantillon sont appelés ottonari par M. de Rada ; mais il nous entretient aussi à'endecasillabi dont la marche est trèsirrégulière. Il faut surtout retenir la remarque qu'il laisse échapper ailleurs : c Les poésies anciennes paraissent soumises seulement à la loi d'une accentuation assez vague ; les poésies composées récemment sont souvent rimées. »
l'argent. Lorsqu'elle arrive près du futur, elle essaie de lui mettre de la pâte à la figure ou ailleurs, et de lui tirer le plus d'argent possible. Ce dernier se défend d'abord ; puis il finit par se laisser mettre un peu de pâte. L'argent ainsi recueilli appartient à la jeune fille. Une autre jeune fille met pendant ce jour les beaux habits et les armes du prétendu ; elle en joue le rôle, car ce dernier n'a le droit de mettre ses vêtements de gala que le dimanche. Cet usage est au moins singulier, et il rappelle plutôt certains rites de l'antique Orient sémitique que les mœurs de la Grèce.
Le vendredi (jour de la mort du Christ) il y a interruption des fêtes. Le samedi, rien ne bouge à la maison de la fiancée, mais il n'en est pas de même dans celle du prétendu. Tous ses proches parents sont invités ; chacun apporte un agneau. On mange, on boit et on danse pendant toute la nuit.
§ 3. — continuation; le cérémonial et les chants.
La vraie fête a lieu le dimanche; le nombre des invités y est très-considérable : il y en a cent et plus dans les villages un peu populeux.
On se réunit dans l'habitation de la jeune mariée, qu'on place sur un siège élevé et dont on lave la tête avec du vin. C'est alors que les femmes, divisées en deux chœurs, entonnent un chant destiné à émouvoir le cœur de la jeune fille et à lui enseigner les devoirs matrimoniaux en lui rappelant qu'elle devra quitter sa maison,
sa famille et ses parents. Les deux chœurs alternent leurs chants; mais ceux-ci n'ont pas besoin, comme dans les odes grecques, d'être d'une égale longueur.
Premier chœur. — « Prenez place, jeune fiancée. L'heure est venue où vous vous en irez épouse et dame à côté d'un époux, allumer le foyer d'une maison nouvelle. »
Deuxième thceur. -— € vous, compagnes et voisines, peignez-lui bien sa chevelure ; tressez-la délicatement ; nattez-la et nouez-la ; ne lui tordez pas un cheveu — qu'à cette heure au moins elle n'ait point à souffrir. >
(Arrive la maîtresse des cérémonies pour orner la fiancée d'un béret brodé de velours et de soie qui couvre ses tresses et son chignon, et qui est la marque distinctive de la condition matrimoniale. Ce béret s'appelle chêsa en albanais.)
Premier chœur. — « Sur votre trône de souveraine, la chevelure gracieusement nouée, le béret coquettement posé sur votre tête, orgueil de votre futur maître, ornement des jeunes vierges, levez-vous, car vous avez déjà trop tardé. »
Second chœur, — « Personne n'est en retard ici, si ce n'est sa vénérable mère qui a voulu lui acheter d'abord la zoga pour l'empêcher de partir trop vite. Pourquoi tant la presser à cette heure suprême? Le soleil s'est à peine levé. »
(Ici intervient un troisième chœur de femmes qui parle au nom de la flancéeé)
Troisième choBur. — € Partout où j'ai pu trouver des fleurs, je les ai cueillies ; j'en ai fait des bouquets, j'en ai envoyé à tous les proches.
Envoyer dans c6s circonstances un bouquet à un parent, c'était l'inviter à la noce.
(La maîtresse des cérémonies revêt maintenant la future de la zoga, espèce d'habit de dessus des mariées et d'un devant brodé. Finalement elle la couvre d'un voile attaché à la chêsa au moyen d'une épingle d'or surmontée d'une colombe.)
Premier chœur. — « fiancée, jeune fille candide, pour qui êtes-vous le pommier non planté, qui a étendu ses racines sans terrain? » (Le traducteur italien explique ces lignes étranges de la manière suivante : Quel melo è un simbolo di virginale purezza intatta alV azione t agli influssi che torbidi ci si agitano d'attomo nella vita. En effet, la jeune fille parait être comparée à un arbre né dans le paradis, ne portant que des fruits purs. C'est une apparition angélique, céleste.)
Troisième chœur (groupé autour de Ut future). — < Personne, en vérité, ne m'a arrosée jamais; naturellement, comme une fleur des champs, la grâce est venue me parer. Sous la seule influence du soleil j'ai grandi et embelli. I
§ 4. >^ LES chants; le GÉltitfONtAL.
(Sur ces entrefaites arrive le prétendu, entouré d'un nombreux cortège d'hommes et de femmes, accompagné de deux garçons d'honneur. Mais parvenu au seuil de la maison de la mariée, il en trouve la porte fermée, et il est forcé de s'arrêter.)
Chœur d'hommes (du dehors). — « hirondelle au cou
blanc, ouvrez vite et montrez-vous, car votre amant vient frapper à votre porte. »
Les femmes ici paraissent se grouper différemment. Un premier groupe, le groupe principal, se forme probablement de la réunion des deux chœurs qui figurent au commencement de l'épithalame. Le second groupe qui entoure la jeune fille (troisième chœur) reste ce qu'il était. Un troisième groupe va se former; il se compose, selon toute apparence, de dames plus âgées qui parlent au nom des parents.
Premier chœur de femmes (du dedans). — « Silence, compagnons, car elle est occupée. Nous avons du linge à la lessive ; nous avons des pains au four. Nous allons les retirer : puis il pourra venir. >
Choeur d'hom,mes (du dehors). — « Courage, seigneur époux. Il ne s'agit point d'aller à la bataille ; vous allez enlever une vierge au visage rose comme la pomme, à la taille délicate et frêle. »
Chœur de femmes qui chantent en msme temps (che cantano à un tempo). — « Puisque l'heure est venue pour vous de partir, soyez douce et gracieuse pour tous, ma sœur, comme le soleil lorsqu'il se lève, comme le vin au fond des coupes, comme la petta sur la table. Voilà que le monde extérieur, que le monde étranger se ferme pour vous. Comme la colombe du ciel, forte de l'amour de votre camarade, heureuse et à l'abri de la pluie . • . >
(A un coup de fusil tiré à un signe donné par les chanteurs, la porte est forcée; le futur et les deux garçons d'honneur, se précipitant les premiers, saisissent avec une feinte violence la fiancée par la main, telle
qu'elle est, couverte de son voile, assise sur son trône, au milieu de ses amies et compagnes qui chantent.)
Premier, chœur de femmes. — « Prenez maintenant, prenez congé de vos compagnes, de vos compagnes et de vos voisines. Recevez la bénédiction de ta mère, de ta mère et de ton père. »
Chœur des femmes qui entourent la mariée. — « Que vous ai-je fait, ô ma mère, que vous me chassez de votre sein, de votre sein et de votre foyer? >
Chœur des femmes groupées autour des parents. — « fille chérie, emporte la bénédiction et de Dieu et la nôtre. Abandonne les coutumes que tu as pour adopter celles que tu trouveras dans la maison de ton époux. Quoi que tu fasses, montre-toi aimable et gracieuse. Puisse notre nom, continué par tes enfants, répandre un nouveau lustre. »
Pendant que )a mariée, accompagnée des garçons d'honneur, s'avance vers l'église à la tête du cortège, le jeune homme, entouré d'un autre groupe de parents de sa future compagne, la suit à une petite distance sans la perdre de vue.
Chœur des hommes. — « Là-haut, sur la montagne, on voit une vaste plaine où s'ébattaient les perdrix. Un aigle fondit sur l'essaim, en choisit la plus belle, et l'enleva avec lui dans les airs. »
Chœur des femmes entourant la fiancée. — « aigle, aigle redoutable, laissez-nous la petite perdrix. Voyez comme, depuis que vous l'avez saisie, des larmes abondantes inondent son sein. x>
Chœur des hommes. — « Il ne la laissera ni ne la rendra, parce qu'il la veut pour lui-même. >
Tous entrent à l'église, et le silence se fait. Les jeunes époux sortent de là la tête couronnée de fleurs. Ils se tiennent par la main, et les chœurs aussitôt, reprennent des deux côtés.
Chœur des femmes réunies. — « Ouvrez - vous, montagnes, et aplanissez le chemin où vont passer cette perdrix et cet aigle aux ailes d'argent. Il cherche un lieu de repos, et il ne Ta pas encore trouvé. »
Chœur des hommes, — « Il le trouve à la porte de la belle-mère..- »
Les chœurs des hommes et des femmes confondus. — <c matrone vénérable, grenade mûre, sortez de la maison, venez à la rencontre du jeune couple. Étendez des étoffes de soie sous leurs pieds, jetez autour de leur cou votre ceinture d'or. . . »
§ 5. — AUTRE ÉPITHALAMË.
Voici maintenant un autre chant fort en usage aux repas de noces, chanté sur un air particulier et original. Il parait presque aussi ancien que l'épithalame dont nous venoûft de traduire le texte, et il remonte peut-être aux mêmes sources^ à en juger d'après les tournures et les images qui sont à peu près les mêmes dans l'un et dans l'autre :
<c De quoi se compose le menu du festin? (Mot à mot : qu'est-ce qui a fait la table?) Il se compose de pain et de vin de Malvoisie fait avec du raisin rouge; de viande de bélier et de sanglier. C'est le festin d'un noble qui envoie à son lieu de destination sa fille nouvellement
mariée. (Voyez) les carafes d'argent, les fourchettes d'or, les matrones vêtues de zogas couleur d'azur, portant des pendants d'oreilles, les joues empourprées d'une joie vive. La perdrix descend de la montagne ; elle arrive les ailes alourdies par la neige. Elle les agite, elle les secoue^ et elle me remplit la coupe devant la fiancée pâle et blanche au cœur troublé. »
Les dernières lignes manquent un peu de clarté. Dans i'épithalame, la perdrix désignait la fiancée elle-môme. Ici, le poète semble entendre par là le cortège qui l'accompagne et qui arrive sans doute des régions montueuses de l'Albanie.
MM. de Bada et Jeno ajoutent : a Lorsqu'ils se sont levés de table, les invités et presque toutes les dames de l'endroit commencent le bal où le jeune couple seul doit rester immobile. Ils parcourent en dansant toute rbabita*^ tion et chantent la ballade du jeune Constantin dont les amours prirent une si triste fin. -^ Cette ballade» que nous expliquerons et traduirons ailleurs, et dont l'origine paraît très-ancienne, est peut-être le fond sur lequel Bûr* ger a brodé son charmant, poème Léonore. Dans l'une comme dans l'autre domine la même pensée triste qui forme le refrain si souvent répété dans les strophes du poète allemand : Les morts vont vite. »