NOMS DE NOMBRE
g.ler. — CARDINAUX ET ORDINAUX.
Les noms de nombre albanais sont les mêmes que ceux des langues indo-européennes ; mais cette identité ne prouve nullement que la langue des Skipétars fasse partie de la famille de ces dernières. On n'ignore pas que les noms de nombre arabes ont pénétré dans une foule de langues africaines, et que Tidiome dravidien des Brahvis, en accueillant les noms de nombre du sanscrit, n'a pu sauver des siens propres que les trois premiers. Les noms de nombre albanais jusqu'à dix sont, d'après Hahn, les suivants :
1 nje.
5 pesé.
8 tête.
2 di (M.
6 gjashte.
9 nende.
3 tre, tri.
7 shate.
10 ^jete.
i cater.
De là sont formés les ordinaux :
Premier pare. Sixième gjashte-te.
Deuxième dite. Septième shtate-te.
Troisième tre-te. Huitième tete-te.
Quatrième cater-te. Neuvième nende-te.
Cinquième pese-te. Dixième ^jete-te.
Nje paraît abrégé de nja, qui subsiste encore et qui peut désigner à la fois le masculin et le féminin. On peut le comparer au bulgare inu et jenu et au gothique aina. Pesé cinq rappelle le bulgare peti que Schleicher croit affaibli de penti; ce dernier viendrait de panti = panktiy car en lithuanien cinq se dit penki.
Quant à gjasht, on voit que Bopp le rattache directement au zend csvas. Pour dire toute notre pensée, nous nous méfions un peu de ces identifications entre des mots appartenant à une langue connue à peine depuis cinq siècles et ceux d'une langue morte depuis plus de deux mille ans. Pourquoi 1'^ initial de sex n'aurait-il pas subi la métathèse ccmme dans yjv<T^e, forme tosque à côté du guègue yju/wcjT moitié (grec ^>toru), et pourquoi gjasht ne serait- il pas pour shakjt (comparez le bulgare shesti)! Pourquoi l'a n'aurait-il pas élé substitué à un ancien i ou e qui aurait succédé lui-même à un a plus ancien encore, comme dans l'alb. armik, anmik, latin inimieus? Dans ce cas gjasht serait identique à sex ou plutôt sekshy forme à laquelle serait venu s'ajouter le / des ordinaux.
Shate sept est évidemment contracté de shaptate. Tête huit nous présente la forme écourtée par l'aphérèse de asthete ou agtete, et $jete la forme ramollie du vieux bul-
gare desenti (pour dakantt) (i). Le < des nombres cardinaux de cinq à dix peut être expliqué par un ancien suffixe ti qui sert à former les noms de nombre cinq, six, neuf et dix dans le vieux bulgare ; sept et huit s'y disent sedmj, osmj. L'un se rattache au suffixe des ordinaux to, comme l'autre au suffixe des ordinaux ma. Bopp a bien fait, ce nous semble, de ne pas identifier la syllabe tc des cardinaux avec l'antique suffixe ti qui se trouve déjà en sanscrit; il croit y voir plutôt le sufïixe ordinal ta qui est le même en sanscrit qu'en lithuanien (grec ro, latin tu). Cette invasion partielle de la série des cardinaux par les ordinaux ne se trouve pas seulement dans le slave, mais déjà en latin : septem, novem^ decemy qui rappellent les ordinaux sanscrits saptamàs, navamàs, etc., auxquels on peut joindre as'tamas.
Pour former ensuite les ordinaux, les Tosques ajoutent au suffixe rt des cardinaux, comme nous venons de voir, une seconde syllabe re, ce qui fait que huit se disant rerc en albanais, le huitième s'y dit Terere. C'est là, en vérité, une forme peu harmonieuse. D'après Blanchus, toutefois, le dialecte du Nord n'ajouterait pas de second tc aux ordinaux déjà pourvus de cette terminaison. Pour lui, le sixième se dit e gjasti, le septième i statij le huitième i teti, le neuvième i nandi, le dixième i $jetiy le onzième i nja mbe $jetiy etc.
§ 2. — SYSTÈME VIGÉSIMAL.
Il est à remarquer que les Albanais disent nje zet une vingtaine (ctxoç). Le mot Ket est considéré par Bopp et par
(1) Schleicher, Vggl. Grammatik, p. 483.
Pott comme identique à la désinence s'ati dans vtns'aii^ qui signifie vingt en sanscrit. L'aphérèse aurait fait tomber la syllabe initiale vin, si significative pourtant. Quant à nous, il ne nous parait nullement prouvé que ^et ne soit pas à la fois corrompu et abrégé de diiiet deux (fois) dix. Quoi qu'il en soit, d'après de Rada, les dizaines paires se comptent par vingtaines, ainsi dKet (pour didiSjet) quarante, tri^et soixante, etc.; les dizaines impaires par dizaines, par exemple triièiet trente, peseSjet cinquante, etc. On sait que' ce genre de numération a été adopté par la langue danoise, et qu'il a laissé des traces visibles dans la langue française, comme le prouvent les expressions quatre-vingts y six-vingts, etc. Or, nous savons par Rosen que la numération par vingtaines est propre aux langues caucasiques(i) : à l'ossète, au mingrélien, au laze, au géorgien et à l'abcbase (2). Le suane, d'après Rosen, ferait à peu près seul une exception.