‹ Analyse de la langue albanaise: étude de grammaire comparéeChapitre 46 sur 114 · SB- PLURIEL · texte numérisé non relu

SB- PLURIEL

Masculin. Féminin. Neutre.

N.Acc. Ckêtà ceux-ci. Ckeià celles-ci. Chetà.

Génit. TëcheUreve, chetire Të chetireve, chetire, chesôh. Chesi, chesish.

Datif. Chetireve. Chetireve, chetire.

Abl. Cà chetà o\x cheti- Cà chetà, chetireshijChesaishi. reshi. >

Loc. Nder cheta. Nder chetà.

Quant au nominatif du pronom de la première personne u (prononcez ou), il pourrait peut-être se rattacher au sanscrit çiham? S'il venait du grec «yw ou latin egOy il serait plus difficile d'expliquer la suppression entière de la gutturale g, j ou de la voyelle i qui est restée dans l'italien iOy l'espagnol yo et même dans le français je. M. Camarda pense que Yi a été retranché pour éviter la confusion avec le pluriel yu (prononcez y ou). En aucun cas nous ne serions disposé à considérer u (ou) comme abrégé de ouvf , owa, et à voir dans ces deux dernières formes l'équivalent de Kantique eywvyj. Nous pensons que les syllabes na, ne ont été ajoutées plws récemment au pronom ow, et nous les identifions avec les particules vj«, vjou et va, qui toutes signifient là. Par la phonétique albanaise ouvc ne peut être ramené qu'à on qui, e« russe, est le pronom de la troisième personne (sanscrit ana, anu). Dans ce cas le sujet qui parle se désignerait lui-même parle pronom de la troisième personne en ajoutant le geste du doigt : celui-ci.

On compare le génitif f«J€ au grec fuTo pour èfuTo, qui répondrait à une forme sanscrite supposée masya. Il nous

— séparait plus naturel de voir dans f^je une forme de la déclinaison des féminins, comme si l'on pouvait dire meitas, meitaiis. On n'a qu'à se souvenir de composés comme vetteheje à soi (mot à mot essentiœ suœ) (1), de chesije pour chetij, et de chetish pour chetire. Il est manifeste que dans ces deux derniers cas des formes féminines ont réussi à pénétrer dans la déclinaison masculine. Quant à poua, fjiout, Bopp (2) les fait dériver du sanscrit mama, mam, qui serait devenu mau, mou? Nous partageons l'avis de M. Camarda qui considère /Aoua comme une forme secondaire du grec fjiot. On sait, en effet, avec quelle facilité les deux diphthongues oc et oua permutent entre elles en albanais, comme dans irayo^aty et wayocy je paie, tshouaij et tslwij je flaire, vcfupowaty et ve^upoty je compte (3), etc.

Le pluriel na rappelle le nas sanscrit, comme le pluriel you de la seconde personne se compare au bactrien yas ou you-zem, sanscrit yu-yam, etc. La déclinaison de ces pluriels n'offre rien de remarquable. 11 n'en est pas de même de la flexion de H toi. Le génitif de ce pronom manque dans les dialectes albanais de l'Italie : il y est remplacé par les formes respectives du pronom possessif. Dans la mère-patrie^ ce génitif se disait teje, formé exactement comme meje, ou encore rmy (albanais italien tiij). Ce Tuty, ainsi que xcny hujus et any illiiLs, est assimilé par Bopp au génitif pronominal des langues slaves en -go, par exemple to-go de celui-ci, lequel lui-même ne paraît qu'une modification ultérieure du sanscrit -sya (ainsi slave

(1) Bada, p. 31.

(2) Bopp, p. 80.

<3) Hahn, p. 76.

togo =■ sanscrit tasya). C'est ainsi que le zend thwa-hya est identique au sanscrit ivasya. Quant à teje, Bopp y voit une forme moins dégénérée de Ivasya que dans ruty.

Dans les génitifs féminins des pronoms composés a<ya«y ^guègue assai), xe^aiy (guègue kessat), Bopp paraît considérer, avec raison, ij ou i seul comme désinence ; il divise donc : o-aa-cy, xc-aa-iy. Nous ferons des réserves, toutefois, pour les autres réflexions que ces formes lui inspirent.

Quant aux pronoms de la troisième personne aï et chii (Hahn : xucy), ils sont manifestement composés, l'un de la racine pronominale a et du déterminatif ê, et l'autre de l'ancien xa, xc (sanscrit kas) et du même i. Cet i est précédé d'un ^ dans les cas obliques, et ce t s'adoucit en s surtout — mais pas exclusivement — au féminin.

On remarquera les formes insolites du féminin ajô, ato; chcjô, chelo, dans lesquelles Bopp croit retrouver des transformations de la terminaison sanscrite as en ô. Nous pensons que l'albanais, qui aime tant à signaler la différence des genres, a attribué la désinence ô au féminin de aï et de chii pour la distinguer davantage du masculin et du neutre {atlà et cliëtà ceci, clietà ceux-ci, chetà ces choses, Itœc). H est vrai que si attà et cheAà désignent le singulier du neutre, et ajô et chejô celui du féminin, on ne comprend pas que chetô et altà en puissent désigner le pluriel, à moins que dans ces deux formes le t [ne soit considéré comme l'exposant du pluriel. Or, cela n'est pas. — On peut supposer que les formes plurielles attô et cheià sont d'une origine plus récente, qu'elles sont le résultat d'une aberration du génie de la langue guidée dans ce cas par une fausse analogie, et que le véritable pluriel commun aux deux genres a été alire, ketire, chelire (guègue atoune, comme le guè-

gue ipivart afomes, répond au tosque èpcpordes airs). — En eiïet, nous retrouvons ici Tancienne désinence du pluriel re, laquelle, augmentée de la terminaison ve, désigne le génitif. Ce n'est que par abréviation que chetire, attire peuvent, privées de cette terminaison, désigner aussi le génitif. A l'origine, ces formes paraissent avoir appartenu au nominatif seul (1).

Page 1