‹ Analyse de la langue albanaise: étude de grammaire comparéeChapitre 47 sur 114 · PRONOMS POSSESSIFS · texte numérisé non relu

PRONOMS POSSESSIFS

Ces pronoms affectent des formes variées et multiples suivant les différents dialectes : nous donnons la préfé-^ rence à celles que nous trouvons dans la grammaire de Giueseppe de Rada, car elles, sont confirmées par des exemples et des passages tirés des auteurs et des chants nationaux. Ces pronoms sont difficiles à apprendre, parca que Tarticle dont ils sont toujours précédés, même à l'aspect indéterminé, se fond avec le thème et rend ce dernier assez méconnaissable. Ainsi meus, mea, meum se dit en albanais (aspect indéterminé) : ime, ùnme, tint, mais avec l'aspect déterminé : imi, immiaj timt. Tuus^ tua, tuum, à l'aspect indéterminé : itte^ jotte, tent, à l'aspect déterminé : ittiy jottia, téntit. Noster, mstra, nostrum, aspect indéterminé : jùiy joon, taan, aspect déterminé : im, jonay tanet. Vester, vestra, vestrum, aspect indéterminé : iij, juaj, taiij, aspect déterminé ; tji,juoja, tajet.

(1) La preuve que la désinence ve, vet du pluriel marque surtout l'isolement, se trouve dans les pronominaux aivet, ajovet, attavet, signifiant ip$e, ipsa, ipsum, et dans chiivet, chejovet, chetavet^ que M. de Rada traduit isle, ista, istud (p. 36).

En y regardant de près, on découvre que ces formes sont composées avec l'article masculin i abrégé d'at, le démonstratif féminin jô abrégé à'ajà, et le démonstratif neutre te ou ta. L'accent tonique s'étant porté sur la première syllabe, celle-ci, qui contient l'article, a acquis la prépondérance, et il n'est resté du pronom lui-même, dans beaucoup de cas, que la lettre initiale. C'est ainsi que ime := i + me; itté ^=^ i + te, Un = t + h (abrégé de na, ne) y iij = i +jou. De même jotte =)t> (pour ajo) + tê; joon = yô + n {nUy ne), juaj =jô + j, (jua étant pour jou — la diphthongue ua pouvant être considérée le plus souvent comme une expansion de l'o). Enfin le féminin mme, comme semble le prouver la consonne double {mm), est pour jô + me. Au neutre nous trouvons : lim pour ta {ti, tij) + m, tent pour te, ten + t, taan pour ta + n, taij pour ta + ij (expansion de je).

On a vu que le neutre du démonstratif ai est attà au singulier; mais la forme abrégée, devenue article, est tê. Dans tim Yi est dû à l'analogie du masculin et du féminin [ime, iînms). Dans iaan et taij, l'allongement de la première syllabe est dû au caractère monosyllabique du pronom possessif et à la forme apocopée du pronom personnel. Dans tent, l'insertion de Yn ne doit pas être expliquée comme un reste du neutre latin tuum. Il faut considérer que le gémiit d'itte tien, se dit aussi bien të titte que të tente; que l'accusatif du masculin aussi bien que du féminin du même possessif a les deux formes tette et tente. On voit alors que la langue a cherché à fortifier la première syllabe, tantôt en redoublant le second t, tantôt en le faisant précéder d'une nasale, comme on dit, par exemple, pentea la plume, au lieu de petea^ grec iwp^v, etc.

Là, sans doute, ne se bornent pas les irrégularités et les singularités que présente la flexion des pronoms possessifs albanais. Le pluriel de ime, imme fait t'ime ou te mii miens (masculin), à l'aspect déterminé fime ou te miity — et au féminin fimme ou te mia^ à Taspect déterminé Vimmet ou te miat. Le pluriel, aspect indéterminé, d*itte, jotte est, au masculin comme au féminin, tuu ou tente, — aspect déterminé au masculin tuut ou tentet, au féminin tiuit ou tentets Ici tuu est manifestement un souvenir du latin tuus; mais on voit en même temps que la langue albanaise n'a emprunté au latin que le thème du pronom tid, nullement la flexion elle-même. Le pluriel de un notre (masculin) et de joon (féminin) est taan (masculin), eitôna (féminin); aspect déterminé : tanet, tonat. On reconnaît dans le ta et le to des premières syllabes le pluriel du démonstratif ai : atta, atto. Le pluriel (aspect indéterminé) de iij, juaj est taij, tuaj, aspect déterminé taijit, tuajat, neutre tajet.

Là s'arrêtent pour le moment nos remarques siir la déclinaison des possessifs ; mais là ne s'arrêtent pas les difficultés pour celui qui étudie l'albanais. Il faut qu'il se décide à apprendre par cœur toutes les formes flexives de cette classe de pronoms.

M. Camarda a fort bien vu que ces formes dérivaient en dernier lieu du génitif des pronoms personnels. Il faut avouer que dans les possessifs des deux premières personnes il ne reste guère de trace de ce génitif, à moins qu'on ne veuille la retrouver dans Vm d'me. En revanche, ce génitif s*est conservé intact dans les pronoms possessifs de la troisième personne. Pour constituer ces possessifs, il suffit de prendre les génitifs singulier et pluriel

de ai et de o/J, et de les faire précéder de la particule i au masculin, d'e au féminin et de të au neutre. On obtient ainsi les formes suivantes :

1. I tiij (pour i aWj), mot à mot: il de lui, e tiij la de lui, ië tiij (neutre). En allemand : der seine, die seine, das seine,

2. I sat (pour t assaî) il di lei (1), e saî la di lel, të sat (neutre). En allemand : der ihre, die ihre, das ihre (singulier féminin).

3. I tireve (pour t attireve) il di loro, e tireve la di loro, të tireve (neutre). En allemand : der ihre, die ihre, das ihre (pluriel des trois genres).

Or, il arrive à ces génitifs ce qui arrive aux noms masculins (2) : quand de Taspect indéterminé ils passent à l'aspect déterminé, ils deviennent thèmes ou plutôt nominatifs à leur tour, et ils donnent lieu alors à des formes flexives nouvelles.

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