INDÉFINIS, ETC
Les Skîpétars ont deux formes pour leur pronom relatif : 1® ce qui, au nominatif, reste le même dans les trois genres, et 2® zilji, zilja, ziljty lequel se décline comme les noms déterminés : Génilif, të ziljii, iè ziljes, te ziljit. Datif, ziljit, ziljes, ziljit. Accusatif, ziljin, ziljen, ziljt. Pluriel, ziljt, ziljaty ziljt, etc. Ainsi que ce (ou Ta'g), zilji, ziljUy tiljt est en même temps pronom interrogatif. On peut même affirmer que c'est là la signification primitive de ces pronoms. Bopp a fort bien vu (!) que le z ou W, par lequel ces pronoms commencent, avait une origine gutturale et devait être considéré comme une dégénérescence du k. Mais lorsque, pour expliquer la seconde syllabe, il rappelle le pràcrit kêrisa, le sanscrit kidrs'as à côté du latin qualis, nous craignons qu'il n'ait poussé un peu loin l'amour des conjectures. Au lieu de TcieXc, TfftXja, on dit aussi Torcpt, Tortpa. Cette permutation n'est pas rare en albanais, et, à première vue, on pourrait être disposé à voir dans roCki une corruption de qualis (2). En effet, en français quely lequel peuvent avoir un sens relatif aussi bien qu'interrogatif. Il se pourrait pourtant que Tdiki fût un mot de création originale formé, comme ses semblables, goùX d'origine noble (<joua race), <J€vjX« distingué de <Tcvj marquer, teindre, peut-être cff<jcX«, UaoMlt à jeun, fc'cTXc noble, de ^^ctc .race, etc.
(1) Bopp, p. 59. .
(2) Hahn, p. 14, cite TraXJe et Trao, qui tous les deux signifient une paire, et sont évidemment le même mot.
Bopp a vu qu'en albanais, comme dans les langues se* mitiques, le pronom relatif ne peut pas exprimer les rapports des cas obliques. Ces rapports sont rendus par un pronom qui suit et qui appartient à la troisième personne, par exemple sgc < ^«pot à qui il a donné, mot à mot : lequel à lui il a donné; xje i tlhj (Luc, vn, 121) qu'elle avait, mot à mot : qui, lui (c), elle avait.
Rappelons que ce fait au génitif të cuij, au datif cuij, — puis au génitif pluriel të cuijsh, té cuijash ou te mive, tècujave; au datif pluriel cuive, cujave, à VahX^ûî cuishi, cujashi.
Enfin il y a un pronom relatif cush (latin quis^ quœ) qui peut être aussi interrogatif et qui présente les formes les plus variées. Il fait au singulier te cuij (génitif), cui (datif), chè (accusatif), et au pluriel té cuive, chê, cuishi. On voit que la déclinaison de cu^h ne diffère guère dô celle de ce. Quand cush est interrogatif, il peut prendre l'aspect déterminé (1).
Les pronoms indéfinis se forment à l'aide du mot do tu veux (latin libet)y par exemple xtrdo chacun (indéclinable), xQvado (epicène), TatXktâo (féminin T«X>jado), vdovje composé de : vrfc si, do et vjc, mot à mot : si tu veux un, c'est-à-dire quelqu'un. Ajoutons ra'» quelques-uns^ Woxouœ, r^WiAXiet cfuou^' quelqu'un (2), et i tcXXi-c, féminin c tcXXc-« un tel, une telle, pronom qui rappelle le latin talis, comme VcXXi rappelait qualis.
Pour rendre le français aucun, personne^ on a recours à la tournure w vj< pas un. Cet as ne serait-il pas une mo-
(1) De Rada, p. 37.
(2) Pour la déclinaison, voir xout' et taùXi,
dification, peut-être une abréviation de la forme plus complète fioç, qui se compare au grec f*^'. Nous ferons remarquer que ce mos se retrouve dans la langue des Tshouvaches, horde ongro-finnoise ; il s'y dit mas.
Au français aucun, personne répond exactement Talbanaîs vjcpc homme, qui alors prend le sens négatif. On renforce ce mot quelquefois en y ajoutant x»T<y' rien. C'est ainsi qu'on dit x«'f<'' yj«' aucune chose, absolument rien.
rjiGc tout, tous est un mot d'origine albanaise pure (que l'on compare yj«, yjotv chose). Il est indéclinable au singulier et au pluriel lorsqu'il se rapporte à un substantif. Seul, il forme au pluriel rt yjtOc tous, xe yjtôa toutes, etc. Un pronom qui se rattache certainement aux langues anciennes de la famille des Aryâs est jatere l'autre, dont la forme guègue est t-jetere, faisant au génitif masculin te jateri, au génitif féminin të jaterie. D'après de Rada, il a deux formes au pluriel : l^ iè jeter, tëjatera; 2® të tieer^ të tiêra. — Composé avec vjc, ce pronom fait njeter ou n-jatei^ dont le sens est unus alter (1), et dont la première partie (vjc) peut se décliner ou rester indéclinable à volonté. Cejater, malgré le y. initial qui semble indiquer des influences slaves signalées par nous ailleurs, doil être identique au sanscrit antharas, gothique anthar. Il contient, par conséquent, un suffixe qui marque la gradation en général ; mais ajouté à des thèmes pronominaux, il indique de préférence la dualité, par exemple ka taras lequel des deux (2). La notion de dualité s'est quelque peu oblitérée dans antharas. Toutefois le lithuanien antras,
(1) De Rada, p. 49.
(2) Bopp, IJeber das Albanische, p. 31.
qui signifie réellement le second, pourrait être peut-être considéré comme étant le comparatif vjc un? La forme forme primitive étant jaler^jeter^ et non pas tjater, Ijeter^ la conjecture de Bopp faisant venir la première partie de ce mot du pronom démonstratif tya conservé dans le dialecte védique et identifié par le célèbre linguiste avec l'article allemand der, die, das, cesse d'être plausible. Ce t, qui a fini par adhérer au pronom ijater, n'est évidemment que le pronom démonstratif albanais te lui-même. Peut-être faut- il placer /a/er, jeter tout à fait sur la même ligne que le grec crepoç qui avec l'article se dit arepoç (1).