‹ Analyse de la langue albanaise: étude de grammaire comparéeChapitre 79 sur 114 · dergkuan (e), p. dergkoven (e). dergho-fshin {e · texte numérisé non relu

dergkuan (e), p. dergkoven (e). dergho-fshin {e

Nous croyons avec Bopp que Vf du subjonctif a la même origine que le v de l'indicatif. Mais en admettant que ce savant ait pu douter si ly était un v affaibli ou le î; un / affaibli, ce doute n'existe plus pour nous ; Vf est certainement un V renforcé : des formes comme daskaleps de ^«(TxoXcyw, paps de irauw, en fournissent la preuve. Dans dergkuam, kerkuam (nous cherchâmes), comme dans pi-ou

(1) De Rada, p. 74, 75.

il but (de piba je bus), il est difficile de méconnaître un v vocalisé (4). Les lettres ^ v^ u (ou) paraissent être les restes d'un ancien verbe auxiliaire qui a servi à former des parfaits latins comme ama-vi, mon-ui, potuiy etc. Aux yeux de Bopp, ce verbe auxiliaire n'est nul autre que la racine bhti, lat. /w, lithuan. bu, lequel, transformé en terminaison, a été fortement mutilé. Nous verrons que le verbe jam je suis, a fourni aussi son contingent de formes pour compléter la conjugaison du verbe albanais. Il reste pourtant un point obscur pour nous dans la comparaison que nous venons d'essayer de faire après Bopp entre les formes latines et albanaises. Il se pourrait fort bien que kerkova, dergkovay kendova ne dérivassent pas du parfait, mais bien de l'imparfait latin. Ces deux temps expriment, il est vrai, deux nuances très-difierentes de la notion du passé. Mais il ne faut pas oublier que les emprunts ne se font pas toujours « en connaissance de cause », comme on dit, d'une langue aune autre, et que les Skipétars surtout n'étaient pas des linguistes bien raffinés. Voilà pourquoi on pourrait, comme Bopp Ta déjà proposé, placer l'albanais dans ce cas spécial au même rang que l'italien en face de l'ancien latin. En effet, kendova a presque le même son et renferme à peu près les mêmes lettres que cantava. Les cantavamOy cantavate^ cantavano du pluriel ressembleraient suffisamment aux kenduarriy kenduate, henduan(e) des Skipétars. Inutile d'ajouter que si kendova répond à cantaviy caiitabam, kendofsha kendofshim rappellent cantavissem, cantavissemus (ital. cantassi, cantassimo), etc.

(1) Bopp, p. 19.

§ 3. — LES AORISTES EN ta.

La désinence ra sert à former l'aoriste non seulement d'une série de verbes irréguliers, comme shtoura de shtie je jette, perZoura de perZee je poursuis, voura de vê je place, — mais encore d'un certain nombre de verbes réguliers dont le thème se termine en e (couvert) et en v, par exemple e-ra du thème ê s'enfler; de-ra de de griser; x^"^^ àeyy entrer, etc. Il est vrai que ces verbes peuvent former leur aoriste aussi en -ita; ainsi on peut dire e4iaje m'enflai, de-ita je grisai, x^-^^oj j'entrai. L'intercalation si fréquente de la voyelle i entre le thème et la désinence laisse subsister quelque doute sur son origine. Cette voyelle estelle purement euphonique, ou bien faut-il la considérer comme le reste de l'ancienne racine i aller, qui paraît avoir survécu dans quelques formes isolées, comme ea et eja viens, eni et êjani venez ?

Mais l'r de la désinence -ra n'a-t-il pas lui-même un caractère euphonique ou, pour mieux dire, purement phonétique? Ce qui est sûr, c'est qu'il ne persiste pas au pluriel. Ce dernier fait voum, voûte, voun de vourra; shioiim (ou shtym?), shtoutej shtoun de shtoura; — êm, étey ën(e) de era; xV^, xyt(e), xyf^(e) de xy^^ci- L^ pluriel se conjugue différemment lorsque la désinence ra est remplacée par celle de ita. Au lieu de m, ête on dit alors eitim, eittte, eitine; de même xyitim, TiV^te, xV^^^f^J au lieu de xV'^^ ^tc.

Il peut arriver aussi que le pluriel ait deux formes quand il n'en subsiste qu'une seule pour le singulier.

C'est ainsi que le verbe irrégulier vete']e vais, fait au singulier de Taorisle : 1. vaita, 2. vaite, 3. vaii; mais au pluriel :, 1. vaitim ou vâm, 2. vailit(e) ou vàte, 3. vaitin{e) ou van{é). Les formes mm^ t;a<e^ i;an semblent rappeler les formes grecques pa^icv, (3àr«, pav.

Nous n'en persistons pas moins à croire que le choix de Yr pour désigner Taoriste n'est pas l'effet d'un pur hasard. Nous savons déjà que la terminaison re ou ra sert à former quelques imparfaits ; nous la retrouvons dans les participes passés en ^-re, -oure et -toure, L'r de cette désinence est remplacé dans le dialecte guègue par un n, conformément à une règle de la phonétique albanaise. Là où les Tosques disent paslwure, pare (vu), dashoure ^aimé), dempyre (endolori), les Guègues emploient les formes de pashoune, pâme {m pour n), dashoune, damyne. Quelques verbes irréguliers ne forment leur participe qu'à l'aide de la désinence -ne et n'admettent pas la permutation avec la lettre r, circonstance qui semble parler en faveur d'une antiquité plus haute de la liquide n au participe passé ; exemple : véne posé, ngréne mangé, théne dit, ienne donné (1). On peut donc aftirmer que Bopp a vu juste en rattachant ces participes albanais aux participes sanscrits et germaniques en ^na, comme bhuf-nas courbé, goth, bugan(a)s. Il suppose que Va intercalé dans ces langues entre le thème et le suffixe s'est affaibli en u (ou) dans l'albanais. Cet a, comme ïou qui lui a été substitué, n'aurait eu qu'une valeur phonétique : les deux voyelles

(1) Vê je place, qui fait vourra en tosque, fait en guègue vouna. Ce dernier, d'après Rossi, se conjugue comme suit: Sing. 1. vouna, 2. voune^ 3. vouni ou vouou. Plur. 1. vououm, S. vououtey 3. vououn.

auraient été destinées, à Torigine, à faciliter seulement la réunion de la racine et de la désinence. Il compare avec beaucoup d'à propos le grec l^-a-voç de loBlt») à des formes • comme <7Ti>yvoç, aepoç d'uu côté, et à des participes gothiques comme itanfa)$ mangé, de Tautre.

§ 4. — d'autres formes doubles.

Nous venons de parler des verbes qui peuvent former leur aoriste à volonté en m ou en ta ou ita ; beaucoup de verbes en aj et en ouaij ont le choix entre va et ita. C'est ainsi que gatouanj je prépare fait gatova ou gatoiuiïta. Gatova se conjugue comme kerkova de kerkonj. De même ndanj fait ndava ou ndaita. Naturellement le v disparaît au pluriel de ndava, comme Vr disparaît dans les aoristes en -ra. C'est ainsi qu'on peut dire :

Sing. 1, ndava ou ndaita,

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