MOTS FRANÇAIS DANS LA LANGUE ALLEMANDE
Quels sont au contraire les procédés à l'aide desquels la langue allemande essaie de s'assimiler des mots romans en général et français en particulier? Lorsque ces mots ont des formes flexives, elle les retranche ou au moins les abrège; mais du reste elle les change le moins possible, et surtout elle leur laisse leur accent. En effet, dans les mots mancherleiy vielerlei, einerlei, c'est l'accent frappant la dernière syllabe qui en révèle l'origine étran-
— légère. Cette désinence^ en réalité, n'est rien autre que le latin legem, l'espagnol %. Il en est de même des substantifs féminins en ei: Barbard, Rœuhei^ei, Spezere^^ formés à l'aide de la terminaison romane m, ie. Cette terminaison tout exotique s'est acclimatée sur le sol germanique; elley est devenue productive, et elle a formé des mots tels que : Heucheld, Schmeichelei, Betrilgerei. Ce qui révèle sa provenance étrangère en dehors de l'accentuation, c'est le sens fâcheux que renferment la plupart des mots composés avec elle.
La classe la plus nombreuse de mots romans et surtout français accueillis par la langue allemande est formée des verbes en -iren. Leur naturalisation, d'après Grimm, date dé;fà du XII^ siècle. En transformant des mots tels que parler, marcher, polir, en mots allemands (parliren^ marschiren, poliren)^ les hommes d'outre-Rhin ont traité les désinences er, ir, ter (vieux français marchier) comme si elles faisaient partie^des radicaux; ou plutôt ils n'ont pas su distinguer entre les désinences et les radicaux, et ils ont ajouté le suffixe en deTinfînitif allemand au suffixe er ou ir de l'infinitif français. Pour échapper à ce pléonasme, ils auraient dû dire : marschen, parlen. Au lieu de cela, ils ont laissé à ces mots transformés à moitié leur accent primitif qui portait sur le suffixe (-iren), et par cela même ils ont imprimé à ces verbes un cachet étranger. Ils sont donc moins bien assimilés que ne l'ont été par le génie de la langue française le petit nombre de mots allemands qui s'y sont fait accepter. Les Slaves ailleurs ont suivi sous ce rapport l'exemple que leurs voisins occidentaux leur avaient donné : marcher en russe se dit marsHrovat, et en tchèque marcivorati. Le suffixe irm n'en est pas moins devenu avec le temps productif
à son tour, et on dit aujourd'hui couramment dans les pays d'outre-Rhin : halbirm, stolziren, hantiren, etc.
Il est rare de voir des classes entières de mots germaniques se^faire une place dans la langue française. Mais enfm le fait existe, témoins entre autres les mots en ard qui viennent de Tallemand hard, fort, dur, par exemple : bavard, soudari, couard, etc. Ce suffixe, qui a cessé d'être vivant et productif en allemand, sert encore à former des mots en français comme chançard, communard. Ce suffixe, comme celui de ei dans les mots allemands, exprime un blâme dans les nôtres.