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NOTIONS SUR LES MŒURS

Pour établir l'identité des Pélasges et des Albanais, Hahn s'est efforcé de démontrer la persistance de certains usages très-anciens chez les habitants actuels de l'Épire et de l'Albanie proprement^ dite. Peut-être attache-t-il une trop grande importance au maintien de la vendetta qui fleurit encore aujourd'hui chez d'autres populations méditerranéennes et ailleurs. Il a fait remarquer que les

assemblées du peuple avaient lieu encore dans les montagnes de la Rica comme dans les temps primitifs. Il parait frappé du fait que les Albanais^ en enterrant leurs morts, leur tournent la tête vers l'ouest, exactement comipe les Athéniens. Et pourtant les faits les plus curieux^ les plus significatifs paraissent avoir échappé au savant albàf nopbile. Ce sont ceux qui s'expliquent par l'empire d'unt espèce de gynécocratie sous lequel les Pélasges paraissent avoir vécu longtemps. Dans Tétat social qui appartenait à cette race primitive, la femme exerçait une influence considérable, sinon prépondérante. Le fait est attesté par les inscriptions de Côs ; on connaît ce qu'Hérodote nous rapporte des mœurs et de la vie des Lyciens (1),

A Élis exista longtemps un collège sacerdotal de ma* trônes nobles qui pouvaient remplir l'office de juges. Encore aujourd'hui, en Albanie, lorsque des négociations s'ouvrent après une guerre, des femmes faisant office de messagères conduisent] les négociations de l'armistice, et ce sont elles qui en fixent le jour et le lieu.

Bellérophon, suivant une antique légende conservée par Plutarque, faisant la guerre aux Lyciens, et Neptune, pour secourir son héros favori, inondant le pays, les matrones lyciennes allèrent au-devant de leur ennemi et, pour le fléchir, entr'ouvrirent leurs tuniques. Belléphoron, à l'aspect de l'emblème démétérien, s'inclina et se retira plein de respect (2)» — Encore aujourd'hui la femme est réputée inviolable chez les Monténégrins ; dans les batailles, il leur est arrivé de placer leurs compagnes

(1) Comparez £a Orèeê avarU le$ Grecê, p. i89.

(2) Ilrid; p. 190, 191 sqq.

au premier rang comme un rempart invincible. Les femmes slaves, dit-on, ne craignent pas, en pareil cas, d'imiter la conduite des Lyciennes ; elles ont la superstition de croire que ce geste portera bonheur aux leurs. Les Albanaises ont adopté cet usage ; mais les adversaires, qui ne révèrent plus l'emblème démétérien, ne leur ménagent pas les coups de fusil (1).

Sans doute, chez les Grecs aussi, le geste de Baubo se faisait dans les mystères d'Eleusis, en présence des initiés. Mais Démêler elle-même était une déesse pélasgique, et le rituel de son culte venait en grande partie des Pélasges. En Egypte, où régnait une certaine gynécocratie, nous retrouvons, au témoignage d'Hérodote, le même geste dans la célébration de certaines fêtes religieuses.

Lei^ gynécocraties appartiennent aux civilisations trèsimparfaites d'un monde encore primitif. Les peuplades qui, les premières, habitèrent notre globe en sortant de la promiscuité, ne reconnurent pas d'abord les avantages du principe plus idéal de la paternité, et voyant que la perpétuité de la race s'attachait à la mère, en firent la base de l'ordre social.

M. Salomon Reinach, jeune philologue d'avenir, m'a fait, au sujet du § 10 de l'appendice II (p. 241), des communications savantes dont, avec son autorisation, je détache ici quelques passages :

1. 11 est permis de croire que non seulement en Grèce, mais dans rinde, les populations aryennes trouvèrent, en s'établissant, le sol

(1) Hahn, p. 182.

occupé par des races inférieures, dravidiennes peut-être, adonnées à des pratiques ignobles dont les Âryas ne purent pas absolument refuser rbéritage. De ce nombre serait, outre Tamour contre nature, le culte du phallus, Linga. Le culte du Linga qui^ aujourd'hui encore, est surtout répandu dans le Dekhan, parait être d'origine dravidienne (Wurm, Geichichte der indischen Religion, 1874). 11 n'en est pas fait mention dans les Védas.

2. L'antiquité nous a laissé deux textes importants au sujet de l'origine de la pédérastie : celui de la Genèse, qui ne dit pas, il est vrai, que Sodome ait été le berceau du yice en question ; et surtout le fargard du Zend-Avesta où la pédérastie est représentée comme ayant pris naissance enVerhkàna, c'est-à-dire dans l'Hyrcanie, peuplée certainement par des Anariens. M. Reinach rapproche du premier fargard du Vendidad un passage des Hypotyposes de Sextus Empiricus, où il est dit que la pédérastie, vice honteux en Grèce, passe pour parfaitement licite chez les FcjOfMcvoûç. Cette leçon est absurde. Tacite (Germanie) ayant signalé les peines sévères dont ce vice est l'objet chez les Germains. Les éditeurs avaient donc corrigé Ka/oafxftvov;. Mais comme la Caràmanie (aujourd'hui Kerman) est la ^ovince où la religion de Zoroastre a subsisté et subsiste encore dans toute sa pureté, M. Reinach est d'accord avec moi pour écrire rcjOxovooV, c'est-à-dire T/oxavoûç, l'Hyrcanie étant appelée Gorkan par les Néo- Persans. 11 reste acquis, dit notre jeune savant, par les expressions mêmes de Sextus, que la pédérastie était considérée par les Grecs comme un vice d'étrangers et de barbares.

3. D'après une antique légende rapportée par Ovide dans les Métamorphoses, Orphée, après la perte d'Eurydice, se console, le premier, par l'amour antiphysique ; les femmes des bords de l'Hèbre {Cicones, Odryses, etc.) se vengent de lui en le déchirant. Aux yeux de M. Reinach, Orphée est l'aède thrace châtié à cause de ses mœurs barbares et s'y étant adonné parce qu'il a perdu son amante, c'est-àdire parce que des institutions gynécocratiqv£s tenaient les sexes se" parés dans le pays oii il habite.

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