LES ANCIENS GRECS
Le ir4po;(oç OU wftfoytayéç a-t-il joué à l'époquc de la décadence de la Grèce et de Rome un autre rôle, un rôle honteux auprès du jeune homme avant son mariage? Certain passage d'un épithalame de Catulle le donnerait à penser. Le vice de la pédérastie, si répandu chez les Osmanlis, n'est malheureusement pas étranger aux Albanais; mais s'il faut ajouter foi à Hahn, ce sont les Tosques surtout qui s'y livrent. Les Guègues connaissent aussi l'affection passionnée d'un homme jeune pour un bel adolescent, — les poésies de Nisib en font foi, — mais cet amour est généralement aussi pur qu'il est exalté. On dirait la tradition dorienne conservée à travers les siècles chez un autre peuple de montagnards sons une latitude plus boréale. Ce sont le plus souvent de jeunes gens de seize à vingt ans et au-delà qui aiment des garçons de douze à seize ans ; c'est une sorte d'amitié enthousiaste, jalouse et romaatiqiie, à laquelle le mariage met fm ordinairement Vom iiattre, die ne tient compte
que de la beauté, et elle se moque des différences de reli* gioQ. Sectateurs de Mahomet et chrétiens sont unis ainsi par la même passion, comme ils sont entraînés quelquefois par le même enthousiasme lorsqu'il s'agit de com* battre pour l'indépendance de la patrie (1).
Nou$ savons par mille témoignages, et notamment par celui de Socrate rapporté par Platon, que la passion dpnt un homme brûlait pour un adolescent était tolérée des anciens Grecs et même encouragée lorsqu'elle restait honnête. A Sparte notamment, le plus âgé des deux devait former le cœur de son jeune ami, le remplir des sentiments les plus généreux, lui inculquer l'obéissance et le respect des lois. Il était responsable de la conduite du jeune homme, et la vie se passait à Lacédémone tellement au grand jour, la surveillance des autorités était tellement sévère, que les égarements honteux paraissent avoir été très-rares (2). Un homme comme Pindare pouvait, dans ses vieux jours, proclamer sans honte la vive tendresse qu'il ressentait pour le jeune Théoxenos de Ténédos. <K Celui, s'écrie-t-il, qui peut regarder, sans être agité de désirs, le feu qui brille dans les yeux de Théoxenos, celui-là porte dans son sein un cœur noir de fer ou d'airain forgé dans une flamme froide (3). Il ne £aut donc pas s'étonner si les jeunes gens en Grèce tiraient vanité du nombre de leurs adorateurs (4), et s'ils rougissaient de n'en pas avoir (5). Platon croit voir dans des attache-
(1) Hahn^ p. 166 et suiv.
(2) Duncker, Histoire de l'antiquité, IV, 393.
(3) Pindare, ScoL II, édit. Dissen, p. 235.
(4) C. Nepos, Prœf,, § 4, 3.
(5) Cicéron chez Servius, ad MMid., ix, 325.
méats de ce genre une supériorité de la race grecque sur les barbares qui dédaignent, dit-il, la philosophie et la gymnastique. Il pense que l'amour rempHt les âmes de fierté et de courage^ et qu'il fait naître ces liaisons durables et fortes qui font trembler les tyrans (!)*)>
Nous sommes convaincus qu'à tout prendre^ ces amiliéis passionnées entre personnes du même sexe ont contribué beaucoup à la dégénérescence des mœurs des anciens Hellènes. Nous savons que la tolérance des lois allait malheureusement fort loin (2). Tout ce que Ton peut dire pour leur excuse^ c'est que les Grecs s'étaient trouvés sur le sol envahi et occupé par eux en présence de cultes impudiques où étaient prônées toutes les débauches, et qu'ils n'ont voulu les accepter qu'après les avoir modifiés et pour ainsi dire ennoblis* N'ont-ils pas agi de même à l'égard des orgies auxquelles l'adoration de la Vénus sémitique 0t du dieu Bacchus donnait lieu? On peut croire, en effet, que la pédérastie, élevée à la hauteur d'une institution ou au moins d'une coutume généralement acceptée, n'a pas appartenu dés l'origine à la race de Yavan. EUe^est inconnue aux Âryâs. Habn dit expressément (3) qu'elle est étrangère aux Serbes et aux Bulgares, deux nationalités voisines des Albanais et constamment mêlées à ces derniers. Ce sera donc chez les populations primitives de la presqu'île du Balkan et d'une partie de l'Âsie-Mineure qu'il faudra
(1) Platoft« Sympoi,, p. 1$2 b.
(2) Gicéron, Rep,, iv, 4 : Laeedemonii ipsi quum otnnia concedunt in amore juvenum prœter stuprum, tenui sane muro dissœpiunt id quod excipiunt; complexus enim concubUusque permttunt, palUis interjectii,
(3) Baba, p. 166,
chercher le germe et même l'expansion première de ce vice contre nature. N'est-il pas naturel que ces populations, qui n'avaient pas su assigner aux sexes leur véritable rang et leur vraie mission sociale, aient donné à une gynécocratie mal dissimulée une pédérastie souvent immorale pour contrepoids?
C'est, en effet, chez les habitants de la Troade et de la Mysie que les Grecs avaient rencontré les cultes de Priape et d'Aphrodite. Ganymède étjit comme llos, comme Assarakos, fils du roi Tros, l'aïeul de l'infortuné Priam. Or, lorsque Ibykos célèbre dans des vers ardents les charmes du bel Euryalos, il rappelle la beauté de Ganymède qui avait subjugué les sens du maître des dieux. Lorsque nous recherchons les cantons de la Grèce ou a sévi ce vice étrange, qui nous inspire une répugnance si profonde, nous trouvons en dehors de Lacédémone, où il était contenu dans des limites étroites: d'abord la Crète, où les colons achéens rencontrèrent à côté des populations phénicienne et pélasgique des Etéocrètes (probablement les aborigènes de l'île), — puis l'Élide et la Béotie avec Thèbes, sa capitale Dans ces deux dernières contrées, la pédérastie parait avoir revêtu un caractère particulièrement abject, s'il faut ajouter foi à Déraosthène (1) et à Cicéron (2). Or, ce n'est pas seulement dans la Crète, mais encore dans Lacédémone et dans l'Élide que la population primitive (Léléges, Gaucones, Pélasges) s'est maintenue le plus longtemps. Dans la Béolie, où a régné longtemps une dynastie phénicienne, Stra-
(1) Démosthène contre Leptine, p. 490.
(2) Cicéron, au passage déjà cité : Eleos et Thehanos apud quos in amore ingenuorum libido etiam permissam habet et solutam UcenUam.
bon nomme plusieurs peuplades barbares antérieures à l'arrivée des Grecs. Si nous considérons que les Albanais, et notamment leur branche septentrionale, les Guègues, sont les seuls Européens où la pédérastie soit encore en honneur, nous sommes amenés à conclure qu'elle y a été ou une institution primitive, ou un vice héréditaire. On peut admettre, toutefois, que chez les Guègues elle a pu, grâce à la sobriété de cette race de montagnards et à l'heureuse influence du christianisme, affecter un caractère plus honnête.
§ 11. — APPENDICE. RÉPARTITION DU TEXTE DE L'ÉPITHALAME ENTRE LES DIFFÉRENTS GROUPES DU CHŒUR.
L'épithalame peut se partager en quatre actes ; les anciens diraient systèmes. Mais on chercherait vainement dans le poème moderne l'exacte responsion des rhythmes strophe par strophe et syllabe par syllabe qui caractérise le lyrisme des anciens Grecs.
Dans le premier acte, nous trouvons trois groupes de femmes ou de jeunes filles, dont le troisième entoure d'une manière particulière la fiancée. Nous les désignons par les lettres A, B, G. Au deuxième apparaît le chœur des hommes (D). Les chœurs A et B se réunissent pour former un groupe plus considérable (E). Enfin, au troisième acte se produit un nouveau chœur, celui des femmes, plus âgées probablement, qui font cortège aux parents de la mariée (F). Voici maintenant le tableau et l'ordre des chants répartis entre les différents chœurs, avec l'indication du nombre des vers à chanter par chacun :
(^hffiiir A
Premier acte.
, . 5 Yen.
Ghœnr D ^ E
Deuxième acte.
8 Ters«
Troisième acte
(après renlèvement de la jeune fille).
Chœur E
5 vers.
Quatrième acte
(après le retour du chœur des hommes).
Chœur D
- P(etC?)
6 vers.