VOYELLES
Si le vocabulaire de la langue albanaise nous présente comme une vaste mosaïque dont il est difficile de reconnaître le fond, sa phonétique nous paraît revêtir en
(1) Bopp, Ueber dos Albanische, 1855, p. 1-3.
revanche un caractère original qui n'appartient qu'à elle seule. C'est une langue de montagnards, langue rude, scabrosa lingtui, comme Tappelle un de ceux qui la parlent, mais langue énergique et nullement inhabile à exprimer des sentiments nobles, élevés et profonds. Giuseppe de Rada et Miklosich y comptent trente-huit sons dont sept voyelles et trente-six consonnes; c'est un nombre respectable qui prouve que les organes de la voix dans le peuple des Skipétars ne se sont pas énervés. Les sept voyelles ne sont pas absolument les mêmes dans les alphabets dressés par les deux philologues que nous venons de nommer. Miklosich, après a, i, o, u (français ou), cite deux e, un e simple et ouvert, et une autre voyelle brève et peu nette qu'il écrit e et qu'il assimile au français eu; puis enfin û qu'il prononce comme un u français. De Rada, suivant en cela probablement la prononciation des Albanais domiciliés en Italie, ne connaît pas ce dernier son. Lorsqu'il le rencontre, il est obligé de le rendre par un i ou un u (ou). En revanche, il distingue trois e: e simple, ê= eu français, et ë muet capable de s'étendre {disiendersi) et de prendre le son d'un e simple.