DE LA VOYELLE RADICALE
Les mots albanais formant leur pluriel à l'aide de la modification de la voyelle radicale ne sont pas très-nombreux; mais ils sont d'autant plus importants qu'ils ne paraissent pas avoir été empruntés à des idiomes étrangers et que le principe en vertu duquel ils sont fléchis doit avoir ses racines dans les viscères mêmes de la . langue. Quelques-uns semblent adoucir la voyelle radicale
soQs rinflaence d'aa i (ou peut-être d'un u?) renfermé dans la désinence, comme cela est arrivé dans les langues germaniques à partir de l'ancien haut allemand. Tels sont : dash bélier, plur. desh; gcard haie, plur. gcjerde; gach sanglier, plur. gheke; kaa bœuf, plur. kee; Ijach réseau, plur. Ijéke; na(/a nuit, plur. nette; nappe étoffe transparente, plur. neppe; plach vieillard, plur. plek; râpe platane, plur. r^pc; sclave esclave, plur. scleve; ziap bouc, plur. ziep, Djalje ou djalj garçon, fait au pluriel djelme, comme s'il existait un singulier djalme; strate, sous l'influence apparemment de Ve de la seconde syllabe, stretena. Dans les pluriels gjerpinje (tosque), gjirpanje (ghèg.), et gjerptra (albanais sicilien) qui vient d'un singulier gjarpe ou gjerpe (grec ïpitYiÇy e^TTSTôv?), il faut reconnaitre surtout des différences dialectales. Dans derc A truie, plur. dirk; brek coWine, plur. brigje; stek raie des cheveux, plur. stigje, on retrouve la série teneo, continui; lego, œlligo, etc.; dans demb dent, plur. deemb, celle de venio, vêni; lego, lêgi. Il paraît bien évident que dans ces derniers exemples nous n'avons plus affaire à l'inflexion (umlaut), mais plutôt à la déflexion ou apophonie (ablaut).
L'apophonie a un caractère particulièrement albanais dans recùal (cardus), plur. rrecolj; dans rreshiel (soncus), plur. rreshelj; dans kaal cheval, plur. kowj ou quelh. Elle passe de Ve à l'a dans les masculins ses sac, plur. San; rreQ cercle, plur. rraB; et dans les féminins ve veuve (avec l'article défini ve'ja)^ plur. va (avec l'article défini vârte)y et dans re (déf. reja), plur. râ (déf. râ-te) (1). Le même passage
(1) Re Duage, peut faire dans la déclinaison définie au génitif et datif singulier ras au lieu de rees, et à Taccusatif ran au lieu de reen.
— Sade Ye à Va se trouve encore dans arez guêpe, qui fait au pluriel araz ; Va à' arez serait-il une simple prosthèse n'ayant pas de caractère radical? D'autres formes de l'apophonie se présentent dans les féminins suivants : deer porte, plur. dier; door main, plur. duar; gcrua femme, plur. gcraa.
§8. — CARACTÈRE PARTICULIER DU NOMINATIF DANS LA DÉCLINAISON ALBANAISE.
Les pluriels désignés par l'inflexion et l'apophonie portent une marque indélébile. Il n'en est pas de même de ceux qui sont exprimés par des désinences, si longues fussent-elles. Le progrès de l'analyse les réduit de plus en plus quand il ne les détruit pas tout à fait, comme cela arrive fréquemment dans l'albanais. Il y avait d'ailleurs des raisons particulières pour aflaiblir de plus en plus les suffixes du nominatif pluriel. Ce nominatif, comme nous le verrons plus tard, avait encore une désinence spéciale dans la déclinaison définie, et cette seconde désinence rendait le maintien de la première moins nécessaire. Puis le nominatif n'est pas placé dans l'idiome des Skipétars sur la même ligne que les autres cas, comme cela arrive dans les langues indo-européennes. Il y forme comme le thème du pluriel tout entier, auquel les suffixes qui désignent les autres cas viennent s'ajouter. C'est le système adopté par le turc et le magyar. Dans l'ossète, quoique cet idiome passe pour être un membre de la famille indoeuropéenne, le pluriel a son exposant à lui qui est inséré entre le radical et les suffixes des cas restant les mêmes
que ceux du singulier. Voici un échantillon de ce genre de déclinaison :
SINGULIER
PLURIEL
Nom., ace, voc.
tsiu) moineau.
tètw-f-a.
Génitif, locatif.
tsiW'ù
UiW'f'i.
Datif.
tsiW'én.
tsiW'f-en.
Instrum., ablat.
tsiw-ei.
tsiW'V-ei,
On voit que Tossète emploie un procédé beaucoup plus logique que le grec et le latin, qui ont au pluriel des terminaisons qui différent absolument de celles du singulier.