‹ Analyse de la langue albanaiseChapitre 23 sur 109 · MASCULINS. FÉMININS · texte numérisé non relu

MASCULINS. FÉMININS

Nom. Velezer-t ou velezer-it (i eupho- Ijulje4 ou I4uljie4 les fleurs, nique) les frères.

Génit. Të velezer-ve-t. Se JjuJje-ve-t,

Datif. Velezer-ve^t. Ijuliie^ve-t.

Ace. Velezer-it. Ljulje-t ou Ijuljie^t

Âbl. Velezershi-t ou cà velezer-it. IJulje'Shi-t ou cà yu^ie-t.

Nous ne partageons pas Tavis de M. Gamarda, d'après lequel le suffixe ve serait identique au sanscrit abhi et au grec ft. Bopp a mieux vu (1) en identifiant ve, vet avec le pronom vête soi-même, dont le premier sens paraît avoir été seul, isolé. Ce pronom est adjectif aussi, et comme tel il désigne des hommes veufs ou des femmes veuves {bour i vè et gcrua e vê). Quant au suffixe shi, sh, Bopp se demande (2) s'il faut le rapporter au suffixe du génitif pluriel primitif en sam ou shâmy ou aux locatifs pluriels en su^ shu, formes abrégées du pronom réfléchi svâ. Mais le suffixe shi servant, en albanais surtout, à marquer l'ablatif, nous serions plutôt disposé à y voir une forme adoucie de tshe, qui, chez les Guègues, a le sens de : à partir de (3). — Dans le te qui précède le génitif, nous ne pouvons pas, comme fait M. de Rada, reconnaître la préposition qui s'écrit de la même manière, et dont la forme la plus complète est Tgx. Non, ce te est purement pronominal ; comment se transformerait-il sans cela en se devant le génitif du pluriel défini des féminins? Il est vrai qu'il subsiste

(1) Page 62, note 16.

(^ Ueher dw Albamsche, p. 5-7.

(3) HahD, DictUmnaire alb.^ p. 233, à l'article Van-an.

quelques difficultés en dépit de cette explication. Pourquoi changer te en se dans le génitif du pluriel défini, quand on ne le fait pas dans le génitif du pluriel indéfini? Réponse : Précisoinent parce que, lorsque le pluriel est indéfini, la langue ne tient pas à y faire ressortir le genre. — Mais pourquoi, lorsqu'on change te en se, ne pas changer en même temps en 5 le f de la désinence du génitif pluriel défini, comme on fait le génitif singulier défini? Réponse : Justement parce qu'il importe de désigner le genre d'une manière plus nette dans les objets isolés, et que le t était destiné, une fois pour toutes, à désigner le pluriel défini des masculins aussi bien que des féminins.

§ H. — REMARQUES GÉNÉRALES SUR LA DÉCLINAISON DES PLURIELS DÉFINIS ET INDÉFINIS.

Lorsqu'on embrasse d'un seul regard le tableau de la déclinaison du pluriel en albanais, on découvre aisément la cause qui a amené déjà et qui amène tous les jours davantage la chute des suffixes -era et -ez qui, à l'origine, paraissent avoir caractérisé le pluriel (défini ou indéfini) d'un nombre beaucoup plus grand de substantifs masculins. Ce sont les désinences des cas d'abord auxquelles est venu se surajouter l'article défini postpositif ^^ ou plus court t (chez les Guègues et même chez les Tosques on entend encore aujourd'hui te?) qui ont pesé de tout leur poids sur les thèmes et qui tendent à les réduire à leur plus simple expression. Le plus souvent ces thèmes ont conservé au nominatif pluriel les suffixes a et e. Mais beaucoup d'entre eux les laissent tomber, l'article postpositif t suffisant à

signaler la présence d'un nom au pluriel. La langue, comme on sait, est économe dans l'emploi de ses moyens ; elle les simplifie autant que possible : c'est par le plus petit effort qu'elle veut atteindre son but, qui est de rendre clairement la pensée. La langue des Skipétars s'offre à nous dans un état de transition. Si elle ne se fixait pas, dans ce moment même, entre les rtiains de poètes et d'écrivains de renom, elle nous serait apparue peut-être un ou deux siècles plus tard sous la forme d'une langue complètement analytique.

L'article postpositif t s'attachant au thème, le ronge quelquefois et le mutile. Cela arrive surtout lorsque le thème se termine en l et Ij, par exemple djalj diable, plur. djojte; kopilj domestique, plur. kopijte; deli vjeine, plur. dejte; engjel 3in%e, plur. engjejt; fil {filum) plur. fijte; kiel ciel, plur. kielte et kjeijte; M étoile, plur. v>st, u>t, ujsrs et uJTg ; î>«vSueX alêne, plur. fwSugijre ; i vogeli le petit, plur. vogeijte ou vegjijete (albanais de la Sicile) ; kalj cheval, plur. kouajte,

(rwoîk semelle, plur. «ruEire.

Mais non seulement la liquide ^, d'autres liquides, Vn et Yr, succombent pareillement dans l'union du thème et de l'article, par exemple kekjijte les méchants, pour

kekjinte; yjepmjTe pour vJe/OTrivjsre, (Txepptjre, pour (txs/xJScvJsts,

et bijte pluriel de bir fils (1).

Nous citerons enfin comme tout à fait irréguliers ^ente les brebis, du singulier ^elje (déclinaison définie ^eljeja), et shyeite râteaux, de shati. Chez les Guègues, le pluriel de ce substantif est shata-te.

Dans une foule de cas, le thème du pluriel se réduit à

(1) Gamarda, p. 200.

sa plus simple expression et devient pour ainsi dire indéclinable, par exemple dans fre-te les freins pour frere-te; dans kjen-te les chiens (pour kjenete)^ dans grour-te les blés, de grour. — Les Guègues préfèrent dire grouriy grcninte. C'est ainsi que l'on peut dire vrektoiiarete assassins, et vrektouar^te, etc. (1).

Note. — Nous avons vu qu'il y avait une certaine relation entre la désinence ez du nominatif pluriel et le suftixe eza, eze des diminutifs. Une relation analogue subsisterait-elle entre la désinence onj du pluriel et la même désinence servant à former des féminins? Nous signalerons skjipon (défini skjiponi) vautour, skjiponje femelle du vautour; ottiA loup (défini ouikou), ouikonje louve; mize mouche (défini mïzea) et mishkonje cousin (les deux formes ici appartiennent à des féminins) (2). Ces coïncidences seraient-elles l'effet du hasard, ou faudrait-il admettre que l'être féminin, considéré comme véhicule de reproduction, ait été traité par la grammaire comme un être collectif, sans que pour cela ce collectif d'un nouveau genre puisse entraîner, comme d'autres mots de même espèce (bota monde, x^^^ foule, asker armée, et même tshe ce qui), le pluriel du verbe (3) ?

(1) Hahn, Gramm, alb , p. 33.

(2) Id., ib., p. 4t.

(3) Id., ib,, p. 39.

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