‹ Analyse de la langue albanaiseChapitre 24 sur 109 · INDÉFINI · texte numérisé non relu

INDÉFINI

§ l«f. — PRINaPES 7.T RÈGLES.

Ce qui caractérise la déclinaison albanaise au singulier indéfini comme au pluriel indéfini, c'est que le nominatif, en tant que cas, n'a point de terminaison. Le suffixe que le plus souvent il prend au pluriel ne sert qu'à indiquer le nombre et diffère, en général, suivant qu'il s'agit de substantifs masculins ou de substantifs féminins. Le nominatif sert simplement de thème auquel viennent s'ajouter les désinences des autres cas, ainsi que l'article défini. Au singulier indéfini, le nominatif est figuré par le thème nu, sans distinction du genre; velà frère, ronz lac, caa bœuf, krache épaule, etc.^ sont mascuUns; vash jeune fille, Ijulje fleur, dêre porte, sont féminins ; ils restent, les uns et les autres, invariables dans les cas directs; c'est seulement dans les cas obliques que les genres sont marqués par des suffixes différents. Les suffixes sont u et i pour les masculins, ie pour les féminins. Le nom au génitif, à quelque genre qu'il appartienne, est précédé du pronominal te.

Les suffixes i, u, ie n'indiquent nullement la nature des rapports qui unissent les noms aux verbes ou à d'autres noms. Comment les indiqueraient-ils, puisqu'ils res-

tent les mêmes dans les trois cas du génitif^ du datif et de Tablatif? Ces rapports ne peuvent être rendus d'une manière un peu précise que par des prépositions ou le pronominal te. Les sufïîxes ne sont donc que des exposants de genres, de véritables articles, un premier degré de détermination. L'article masculin est u^ lorsque le thème se termine par une gutturale ou les voyelles a, e et i, par exemple bark-u le ventre, fik-u la figue, vela^u le frère, njer-u l'homme, Noè-u Noé. Il est i dans gur-i la pierre, prift-i le prêtre, zot-i le maître, Demetro-i Demétrius, Nicolo-i Nicolas (1). Toutefois, cette règle, qui se retrouve aussi dans la conjugaison, n'a rien d'absolu. Hahn, au lieu de vela-u^ écrit vela-i; et, en général, tous les thèmes terminés par les voyelles e, a et u peuvent prendre l'article i lorsqu'il est séparé du nom par un r épenthétique, par exemple gje-r-i la chose, gji-r'-i le sein, 5re-r-t la biche, zê-r-i la voix, fre-r-i le frein, xou-r-i le pieu, etc*. Les Guègues remplacent volontiers Yr par une nasale qui alors est considérée comme la dernière lettre du thème. Ainsi de tra poutre, les Tosques forment tra-u ou tra-ri ; les Gnègues, au contraire, de trà, ira-n-i. Ces derniers disent II, li-n-i; mi souris, mi-n-i; frê, fre-n-i ; kuseri, kuseri-n-i ; les Tosques, au contraire, lï^ li'ri; mî, mi-u; kuseri^ kuseri-u ; frêy frê-r-i. En roumain on trouve frenu, freu. Remarquable est luà^ lua-n-i, où Vu du thème paraît avoir été amené par la consonne l. C'est le latin leo, konem. L'albanais a remplacé Vo primitif par la diphthongue wa. Hahn cite encore comme admettant deux formes :

(i) Miklosich, II, p. 80.

Trou-r-i cervelle ou trou-ja (féminin).

Drotf-r-t perche ou drovja (féminin).

Bri-r-i corne ou bri-u,

MuH-r-d moulin ou mu/t-u.

OuU-r-i olivier ou ouH-ou (plur. oulinjte).

Sy-r-i œil ou sy-ou (1). .

§ 2. — PARADIGMES.

Voici maintenant quelques paradigmes du singulier indéfini :

MASCULINS

Nom. Velâ frère. Zogeh oiseau. Ronz lac. Caa bœuf.

Génit. Tëvela-u. Të zogch-u. Të ronz-i. Te câru.

Datif. Yela~u. Zogch-u, Ronz-i. Câ^.

Âcc. Vêla. Zogch. Ronz. Caa.

Abl. Yela-u ou cà Zogch-^u ou Aonjs-i ou cà Co-u .ou encd

V0{à. eà zogeh ronz. caa.

FÉMININS

Nom. Fos^ jeune fille, l^ulje fieixr. Gcruaîemme. D^6 porte.

Génit. Të vash-ie. Të Ijulj-ie. Të gcrua-je. Të der-ie.

Datif. Vash'ie. Ljulj-ie. Gcrua-je. Der-ie,

Acc. Va»h. Ijulje. Gcrua. Dere,

Abl. Vash-ie ou cà Ljulj-ie ovicà Gcrua-je ou Der-ie ou cà

vash, Ijulje. cà gcrua. dere.

§ 3. — OBSERVATIONS SUR LES SUFFIXES t, Uyje (eT c).

Nous n'hésitons pas à dire avec M. Miklosich que les deux formes de l'article masculin i et u ne peuvent pas

(1) On a remarqué remploi différent de Tt et de Vu dans la troisième personne du singulier de Taoriste. On dit fyrek-u il a touché, vra-u il a tué, $herbe-u il a servi ; mais eu revanche : erS-t il est venu^ lid-i il a lié, kendO'i il a chanté. (Miklosich, II, p. 80.)

avoir d'origine différente. Nous supposons même que la plus ancienne est u ; i n'en est que la forme adoucie, amincie. On descend facilement de Vu à l'i comme, sous la pression de l'accent, on est plus disposé à dire maximus que rmxumus. Mais ce n'est que par l'apophonie que de Vi on pourrait remonter à Vu; encore, pour y remonter, faudrait-il passer par l'a, au moins dans les langues germaniques. Nous retrouvons cet u pronominal dans asthou et keshtou ainsi, dans kou et ketou ici, dans mou et moun jusqu'à, dans xou, terchoun et tetxoun viens çà; et si l'on considère l'étroite parenté qui unit les pronoms personnels aux adverbes, nous pourrons reconnaître cet u jusque dans ow, oun ou ouna moi (1).

Il serait bien possible que le suffixe i eût désigné d'abord, en dehors de certains masculins, tous les féminins en général. Ce n'est que plus tard qu'on aura donné aux féminins un a pour exposant. Cet a précédé de Vi primitif, qui aurait été conservé, se serait affaibli en e, et c'est ainsi que se serait formé le suffixe ie du singulier indéfini des féminins. Hahn, il est vrai, n'a semblé attribuer à Vi de ce suffixe qu'une valeur purement phonique. Il forme le génitif de ^^ve lune, comme le nominatif, et il divise xevv-e. Le génitif de Sf , chèvre, pour lui est St-e, mais celui de pg œuf, pe-j-e (2).

N'oublions pas que l'i est réellement l'article prépositif des adjectifs lorsqu'ils sont au masculin et que, lorsqu'ils sont au féminin, ils sont précédés d'un e.

(i) Comparez ce que nous avons dit sur l'origine du pronom de la première personne dans notre article sur le suffixe am. {Revue de philologie, 1878.)

(2) Hahn, Gramm.y p. 31.

§ 4. — d'une irrégularité apparente.

Il y a un certain nombre de noms masculins dont le thème semble différer sensiblement de la forme adoptée pour les cas obliques. Ce sont les mots en oua dont nous avons parlé plus haut, comme formant leur pluriel indéfini en -nje, et le pluriel défini en -njet. Ces mots contractent dans les cas obliques du singulier indéfini otia en o et font suivre cet o de l'article i. Tels sont buhiia ou bugua poudre, Qua ongle, fttui (lat. cydonium, italien cotogruiy français coing) y pemia val, Çvyoua joug, Ijangvu lévrier, pagv>a paon, poketua fer à cheval. Us font au génitif, datif et ablatif Bo-i, fto-i, kro-i, etc., etc.

Nous plaçons ici la déclinaison de ces mots d'après un paradigme de M. de Rada :

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