DÉCLINAISON INDÉFINIB. DÉCLINAISON DÉFINIE
Nom. Vêr-e printemps, Iw degré. Vêre-a^ i« degré.
Génit. Se vèr-ie, l«f degré. Se* ver-ie-i, 2« degré.
Datif. Vêr-ie^ l«r degré. Vêr-ie-S, 2« degré.
Abl. Vêr'ie(Ur degré) ou cà vêre. Vêr-ie-s (2« degré) ou cà tire-a.
Ace. Vère, !•' degré. Vêr-ie-n, 2« degré.
Loc. Ndë vêr-e, !•' degré. Vêre-t ou vér-t, 2» degré.
Si la déclinaison définie des féminins était calquée entièrement sur celle des masculins, le nominatif des premiers devrait se terminer en -ta. Mais, d'un côté, la plupari des féminins ont la désinence e déjà au nominatif indéfini, — ce qui constitue un premier degré de détermination; — d'un autre côté, la langue albanaise éprouve le besoin de faire ressortir vivement la différence des sexes et des genres. Voilà pourquoi elle ajoute un a à la désinence du nominatif de tous les féminins qu'elle veut complètement déterminer. Il en résulte que les féminins, comme les masculins, forment les cas obliques du singulier en ajoutant les suffixes au thème nu {vêr) ; mais le thème nu a cessé d'être identique au nominatif indéfini, au moins en ce qui concerne les féminins en e, — et le nominatif défini ayant son suffixe propre, ne sert plus de thème aux cas obliques définis. L'a du nominatif indéfini est ou mi-muet ou ouvert. Lorsqu'il est mi-muet, Hahn a soin de l'indiquer en le soulignant; il écrit jSoiÇg-a, jeune fille; 6«xf-«, le couteau ; de Rada, au contraire, vaiK-a qu'il fait venir du
nominatif indéfini vaiz, ou oicchâ pour BkcheUy avec suppression de Ve qu'il maintient au nominatif indéfini Biche. De Rada fait remarquer que l'^ des cas obliques définis doit s'ajouter aux désinences, non pas des cas obliques indéfinis, mais à celle du nominatif indéfini; il écrit Biches et même eichs, H avoue néanmoins que cet e mi-muet peut prendre corps et que trastè sac peut se décliner se trastêSf ou même trastes, trastên ou même trasten. — La déclinaison ies, telle que nous l'avons donnée plus haut, est surtout en usage dans les colonies italiennes. Nous la considérons comme étant de beaucoup la plus ancienne.
Lorque le thème du féminin est déjà terminé en a, cet a ne se confond [nullement avec l'a du nominatif défini, mais un j est inséré entre les deux a, par exemple gcnia femme, gcruor'ja la femme. On peut supposer que ce j est le reste de la désinence ie des cas obliques indéfinis. On complète de la même manière les thèmes féminins terminés en e accentué, par exemple <poXje nid, ?»oXjf-ja (de Rada foljè-a), x« ou x" ombre, xH* (de Rada xêà)' De même (Je (îc-ja, pc pija, etc. W est certain qu'à cause du concours des voyelles qui a lieu dans la déclinaison des féminins, les formes de cette déclinaison ont quelque chose de flottant. Ainsi M. de Rada fait de mare arbousier, marira l'arbousier; mais de dére porte, il fait dêr-a la porte. Camarda admet que vouae fiancée peut, au nominatif défini, faire a;ov«-ja aussi bien que voucr-ja ; mais dans les cas obliques il retranche le 7, donc : vo^jo-cç et à l'accusatif vov(7£-v. Mais cej, il le conserve dans la déclinaison indéfinie, donc : V9u« (nominatif), vouo-cc (génitif et datif). C'est ainsi que de x<P< heure il fait x^pce dans les cas
obliques indéfinis, et x<pc~? dsins les cas obliques définis (de même à l'accusatif : x^P*^)-
Il y a aussi un grand nombre de thèmes féminins en t. Lorsqu'ils prennent la désinence a du nominatif défini, ils ont une fausse ressemblance avec les noms grecs abstraits en «a, par exemple ^jaXcî^t-a la diablerie, jevta la race. Pour se désabuser, on n'a qu'à songer à d'autres noms albanais en c qui désignent des objets concrets, comme ycxpyi-a la lance, xcpOi-a le nombril. Ce sont sans doute ces thèmes auxquels il faut ajouter ceux qui, comme XjouXjc fleur, ffoXit nid, ont déjà un j dans leur dernière syllabe, qui ont contribué à faire retrancher 1' « et d'autres fois Ve du suffixe de la déclinaison indéfinie ie. Voici en effet comment xcpOé-a est décliné par M. Camarda :
Nominatif. xs/oOi-a.
Gén. Dat. xe/oOî-ç pour xf/aOc-t-c.
Ablatif. lupOïs.
Locatif. X8jo0t-f^.
Accusatif. x€joOe-f-y.
Quelques thèmes masculins en e, entraînés par une fausse analogie, forment leur nominatif défini, comme les féminins, en a, par exemple Tarr-a grand-père, XjaXjt-a frère aîné ; et comme il y a quelques thèmes féminins en 0, par exemple pou^o-ja la laine fine, pupo-ja l'arôme, ils se sont fait suivre de même par quelques thèmes masculins en et ou, comme ÇtXou-a fléau (grec ÇvXov), Patrrou-a bâtard, etc., puis d'autres tels que Seppa, Lucca, Groppa, Bresda (1).
Pour nous couvrir d'une autorité qui n'admet guère de
(1) De Rada, Granm. aXb., p. 26.
réplique, nous donnons ici la déclinaison du singulier défini de Ijouljia la fleur, dêra la porte, et foljêa le nid, d'après de Rada.
Nom. Ljulj -î + a î
Génit. Se ljulj -ie + $ ou -es S.
Datif. Ljulj -ie + $ ovines f.
Ace. LjtJj -te + n oa -en 2.
Ablat. ljulj -es 2 oa rà Iju^ia.
Nom. Foljê-a (p. folje-ja) î. Dêr-a (p. dere-a) 2.
Génit. Se folje-e-s (p. folje-ie-^) 3. 5ê dêr-ie-i oa e-s 2.
Datif. Folje-^-^ (p. folje-ie-s) 3. Dêr-ie-s ou e-s 2.
Ace. Folje-e-en (p. folje^-n) 3. Dèr-ie-n ou e-n 2.
Locat. jyrde folje~e-t (p. folje-^e-t) 3. J\rde dér-e^ ou d^r-< 2.
Ablat. Folje-e-i (p. fode-ie-s) 3. Dêr^e-s ou -e-s 2.
Nous avons dit plus haut que la plupart des féminins se terminaieût déjà au nominatif indéfini en e (1). Nous croyons comprendre pourquoi cette terminaison parait avoir été assignée de préférence aux féminins. Voici les raisons qui se sont présentées à notre esprit :
i^ Pour transformer en féminins des adjectifs verbaux comme gchmjetaar trompeur, gjeljebuljoor verdoyant, ga^iâr gracieux, il suffit de leur donner la désiaence e (2). 2^ L'albanais qui retranche dans les mots empruntés au latin les désinences t^^, unif transforme en e la désinence a des féminins. On n'a qu'à comparer kuniet à (u^gnatum, kumerk à œmmercium; et, d'un autre côté, corone à coronam, kofs'e (roumain koâpse) à œxam, kres'te (roumain kreaste) à cristam (3).
3« Enfin e est l'article qui précède le féminin des adjec-
(1) Hahn, Gramm alb,, p. 29.
(2) De Rada, p. 47.
(3) Miklosich, II, 81 .
tifs, comme Yi esl celui qui précède leur masculin. On comprend que la langue ait recours pour les articles aux formes les plus abrégées des pronoms et des pronominaux. Voilà pourquoi nous serions disposés à voir dans t un u affaibli, et dans l'article e un a écourté.