COMPARATIFS ET SUPERLATIFS
Bopp fait remarquer qu'à Tinstar des langues celtes et romanes, l'albanais a perdu la faculté de former le comparatif et le superlatif du thème même de l'adjectif; il a recours en effet, pour y suppléer, à la particule mê plus (albanais du Nord ma), identifié par le célèbre indianiste avec le gothique mais (pour m^-is), allemand moderne mehr, latin ma-gis, et sanscrit védique mah-iyas (nominatif neutre). Suivi de l'adjectif indéterminé, mê annonce le comparatif comme dans l'exemple suivant : breshëri c'ish mê i Ijee la grêle qui était plus légère. Suivi de l'adjectif déterminé, il formerait, d'après de Rada, le superlatif : mê e barda, mê e njôma la plus blanche, la plus délicate. Toutefois les adjectifs possessifs, lorsqu'on veut les mettre au comparatif, prennent nécessairement la forme déterminée : mê immise itti plus mien que tien.
Les Albanais font quelquefois précéder les substantifs du préfixe stra pour leur donner la valeur d'un superlatif sui generis, par exemple se pétrit e strapetrit ô premier aigle parmi les aigles. C'est un véritable italianisme ; qui" ne connaît les strabocco précipice, stragrande, stragrave très-grand, très-grave? Cette particule stra est évidemment le reste du latin extra.
Est-il bien sûr que l'albanais ait jamais formé ses comparatifs et ses superlatifs à l'aide de désinences, comme les langues anciennes et comme font encore beaucoup de langues modernes, telles que l'allemand, l'anglais, 1* russe, etc.? C'est au moins douteux. Les deux particule^
-8fï-
dont l'albanais se sert pour indiquer le rapport entre les objets comparés sont vya et 9c. Or vya est en même temps préposition et signifie comme telle devant, avant (latin prœ)^ ou encore loin de. Par ce dernier sens il rappelle rhébreu miny et il se pourrait bien que, comme ce dernier, yya eût suffi jadis à exprimer le comparatif chez les Albanais, et que le pronominal me eût été ajouté plus tard, comme dans les idiomes néo-latins et celtes, pour donner plus de clarté k la pensée.