‹ Analyse de la langue albanaiseChapitre 43 sur 109 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le verbe albanais a conservé un bagage synthétique plus considérable, non seulement que celui de toutes les langues néo-latines, mais de la plupart des langues indoeuropéennes. Il possède des formes simples pour le présent, l'imparfait et Taoriste, à l'indicatif aussi bien qu'au subjonctif. Il en possède pour la voie moyenne au présent et à l'imparfait. Puis, comme à l'instar d'autres idiomes modernes, il a recours aux verbes auxiliaires avoir et être pour la création d'autres temps et modes, ce verbe présente une variété et une complication de formes qui ne laissent pas d'étonner un peu à première vue. Ce qui ajoute à ces difficultés, c'est que les désinences des personnes et la formation de temps entiers, comme par exemple celle de l'imparfait, difTèrent considérablement d'un dialecte à l'autre. On peut remarquer, néanmoins, que l'albanais.

— no -

comme toutes les langues qui commencent à se civiliser, a aussi dans la conjugaison une certaine tendance à se simplifier, à adopter une marche plus régulière et plus uniforme. Cette tendance paraît surtout sensible dans le grand tableau dressé des différentes conjugaisons par M. Rossi, dans son Vocabolario italiano-epirotico. Les anomalies s'y trouvent en moins grand nombre que dans la Grammaire de Hahn, et — chose notable — on n'y rencontre pas de moyen. Faudra-t-il en conclure que les Albanais catholiques sont sur le point d'y substituer les formes analytiques du passif, comme ont fait déjà à peu près toutes les nations d'origine aryenne ?

Bopp avait déjà reconnu, avec sa sagacité habituelle, que c'est surtout dans la conjugaison que les points de contact de la grammaire albanaise avec celles d'autres idiomes indo-européens sont nombreux et fréquents. Il suffit, en effet, d*un simple coup d'œil jeté sur cette conjugaison pour se convaincre que l'on n'y retrouve pas, comme dans les langues finnoises, l'emboîtement dans un seul mot d'une foule de syllabes exprimant tous les modes imaginables de la notion verbale, modes concessif, optatif, substantif, négatif, etc., ni la variété de formes modales propre aux langues sémitiques : kal, niphal, piel, puai, hiphil, etc. Le concept verbal s'exprime en albanais par des formes grammaticales, ou identiques ou analogues à celles des langues de l'Europe occidentale. Voilà pourquoi on peut dire que l'albanais a réellement le caractère d'un idiome européen; mais on fera bien de ne pas aller au-delà. Lorsque, pour établir un rapprochement entre l'albanais et le sanscrit, Bopp cite les désinences pronominales, tl parait oublier que ces désinences se rencon^

trent pareillement dans les lances ougro-tshoudiques. Nous allons, pour éclairer nos lecteurs, placer sous leurs yeux le présent de deux verbes finnois :

Saan je prends. Sanon je dis.

Saat tu prends. Sanot tu dis.

Saa il prend. Sanoo il dit.

Saatntne nous prenons. Sanomme nous disons.

Saattâ TOUS prenez. Sanotte tous dites.

Saavai ils prennent. Sanovat ils disent.

L'imparfait de ces deux verbes fait sain et sanoin à la première personne singulier, sait et sanoit à la deuxième, et ainsi de suite, les désinences pronominales restant constamment les mêmes. Toutefois, à l'optatif, la seconde personne singulier prend un s : saakos, abrégé saaos^ voudrais-tu bien prendre? — et la troisième personne pluriel prend t: saakotj etc. (1).

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