‹ Analyse de la langue albanaiseChapitre 50 sur 109 · Te vësh, 2. vèrê · texte numérisé non relu

Te vësh, 2. vèrê

3, Të vere. 3. [vfj ou vin],

Zee je commence, Ijee je laisse, shtie je jette, se conjuguent de la même façon. Dans tous ces verbes on a emprunté, comme dans les autres, les formes du passé pour marquer l'incertitude au présent à la seconde personne (vesh) et à la troisième (vêre); puis, pour éviter la confusion, il a fallu trouver une nouvelle forme pour la troisième personne singulier de l'imparfait. Eh bien I cette forme, lorsqu'elle n'est pas celle du thème même (irXjoji, xcpxov, dilj)^ est empruntée elle-même à la première et deuxième personne de l'imparfait du verbe être (c'est-àdire ij, ej, pour Vija^ fije).

Mais quel est le sens de cet r qui désigne la troisième personne subjonctif présent des verbes irréguliers cités plus haut? Il marque lui-même le passé, et nous le retrouvons non seulement au participe, a ripe jeté, pape tombé, ^«pç vu, yXjcpe ou yXjcToupc ayant dormi, mais encore dans la formation d'aoristes comme x"-f-« j'entrai (à côté de

yynTQi), îpoL à côté de cct«, etc.

Si les désinences sA, y, /«, r, propres au subjonctif, ne

désignaient pas à l'origine la personne, il y a des verbes pourtant où la différence des personnes est marquée au subjonctif présent par des désinences vraiment pronominales. Ces verbes sont kam j'ai, qui fait au subjonctif présent hëm, kêsh, két; jam je suis, qui fait^m, jeesh, jet et Qom je dis, qui, d'après de Rada, fait Qom ou Oêm, Oottrash, Qeet (1). Nous savons déjà que kam^ jam et Bom ont conservé au présent indicatif, en partie au moins, les formes de la flexion sanscrite ; mais ce sont les seuls verbes de cette espèce. Faut-il y voir des types abandonnés plus tard par le génie de la langue, ou plutôt des formes exotiques qui auraient pris la place d'expressions indigènes? C'est un point à examiner plus tard. Il ne serait pas impossible que la désinence* -^ de la seconde personne du présent de la conjugaison grecque eût agi sur l'imagination des Skipétars familiarisés avec la langue de leurs voisins plus civilisés, en sorte que leur propre désinence sh leur aurait semblé en être la reproduction. Dans les thèmes se terminant par une consonne, soit qu'ils restent invariables au présent, soit qu'ils prennent la syllabe formative enjy la troisième personne, d'après de Rada, différerait de la première par l'allongement de la voyelle : të vieS que je pille, te vieSësh que tu pilles, të vieeS qu'il pille; tècursènj que j'épargne, të curseenj qu'il épargne. Enfin comme nous venons de le voir, il y a un petit nombre de verbes primitifs, irréguliers, tels que Kfie je commence, bie je tombe, Ijee je laisse, qui font la

(1) Quant au subjonctif të rije, que M. de Rada traduit ch'ei stia, et qu'il nous signale comme une forme irrégulière, nous avouons que nous ne pouvons rien y découvrir d'anormal.

troisième personne subjonctif présent en r, par exemple te Ijeer, te l^eer, te hier.

Il est clair que la désinence sh ne répond pas plus en albanais à un pronom de la deuxième personne que celle de ;e, de n ou de r à un pronom de la troisième. Autre remarque : Toptatif est formé du thème de Taoriste lorsque le verbe conjugué a deux thèmes, par exemple bie je tombe, raa il tomba, optatif rasha; shogh (vox) je vois, paa il a vu, optatif pasha; m je suis assis, aoriste endenja, optatif ndenjesha; kam j'ai, pat il eut, optatif pafsha, pasha, paccia (1).

Il en résulte que les Albanais, pour exprimer le doute, l'incertitude, le conditionnel, le non réel, ont recours au passé. Il nous paraîtra donc naturel d'admettre que le sh de la deuxième personne du singulier du présent du subjonctif ne doit pas différer essentiellement du sh de la deuxième personne du singulier optatif (ou subjonctif de l'aoriste). Selon toute apparence, ce sh n'est que le reste de la racine as être, avec laquelle cet optatif parait composé; il n'indique donc pas la personne. Exemple : 1 irXjax<j'a, 2 wXjax^*, 3 irXjoxTc. — La désincuce je, ije de la troisième personne du présent subjonctif ne parait donc être réellement autre chose qu'une forme empruntée à l'imparfait. En effet, à la première et à la seconde personne de l'imparfait nous trouvons : 1 wXaxijc, 2 TrXoxcje ou bien 1 xcpxo-J€, 2 xepxojf. Nul doute qu'à l'origine la troisième personne singulier ne fût identique aux deux premières. Mais comme elle trouva son emploi au subjonctif présent, à l'imparfait, pour éviter la confusion, on eut recours à

(1) De Rada, p. 77.

une forme écourtée et plus simple : trXj«x, xcpxov, *iXj. A côlé de trXjax, xcpxov, Ilahïi cite une autre forme wXjow-rc xtpxovTc. Quant k TrXjoocTc, on le retrouve à la troisième personne du singulier de l'optatif (trXjaxTc pour irXjaxaVe), — mais dans xcpxov, l\ n'étant qu'une lettre épenthétique^ la troisième personne de l'optatif sera xipxov^rc, avec suppression de la consonne formative.

De Rada forme la troisième personne singulier imparfait indicatif ou subjonctif du verbe Ijaa laver, Ijanej (l); du verbe Ijee laisser, Ijeij ou Ijeej.

Comme le sh de la deuxième personne^ le te de la troisième est probablement un dérivé de l'antique racine as être, ish en albanais, signifiant : il était, esht ou eshte il est. La désinence i;ô, ej, j se rattache elle-même, comme nous l'avons dit plus haut, à une forme abrégée de l'imparfait subjonctif du verbe substantif; seulement le même fait singulier se reproduit : t'ija fije que je fusse, que tu fusses, désignent la première et la deuxième personne; la troisième de l'imparfait du verbe jam je suis, comme nous venons de voir, est ish, pour l'indicatif aussi bien que pour le subjonctif,

REMARQUES SUR LES EXPLÉTIFS YC ET ho.

M. Giuseppe Spata, dans son aperçu des Studj etnolo' gici de Nicolo Chctta, nous apprend (2) que seule de toutes les colonies albanaises de la Sicile celle de Palazzo Adriano conserva la particule explétive re en usage dans la

(1) De Rada, p. 72.

(S) Giuseppe Spata, p. 70.

Morée. Oa en faisait suivre les pronoms personnels u, na, tif ah en disant : wre, nare, tire, dire. Une autre particule du même genre qui n*aurait cours, d'après M. Caraarda, que dans les colonies albanaises de la Sicile, serait vo ou (3o. Je trouve dans les chants publiés par ce savant (1) : D% xU Ôowcja x^wi f ptc-po je voulais l'appeler lune, nouvelle ; puis à la même page, quelques vers plus bas : D% r\ Oowcja, p«w f p«-po je voulais l'appeler jeune fille. Je lis, p. 438 : Tpi/iifâ' I f)cc p© un jeune guerrier. Je citerai encore (2) Tq\ va aéXc xcT^-po *pcTt (toi) qui nous a envoyé cette lumière, et v^^J^H^ P*p» ^«-^o f*»î>fj« tc xtvdiv dors (mon) fils pendant que (ta) mère chante pour toi.

La particule pe, si elle signifie quelque chose, ne peut être que le substantif pt ou pcc, dont le sens est men^^ antmus, par exemple Pc pc animum adverto. Les expressions ure^ ^irc, moi-âme, toi-ârae, pourraient bien être comparées aux locutions hébraïques >Ï/S3 mon âme, pour moi, ÏTÏ/S3

ton âme, pour toi, etc.

Quant à Po je crois y reconnaître une autre forme pour Pc, pcTc seulement, séparément; cette particule pourrait être rapprochée pour son emploi du grec y*. Mais, dirat-on, 1*0 peut-il remplacer ainsi un e primitif? Je citerai précisément le mot Po qui, dans le dialecte des Guègues, paraît se substituer à Pc œuf (aspect déterminé PHa) dont le pluriel déterminé est Pcrc

Il est à remarquer que l'addition de la syllabe re aux pronoms albanais trouve son analogue dans deux idiomes caucasiques : Tabchase et le tsherkesse. Dans l'abchase,

(1) Gamarda, appendice, p. 130.

.(%) Gamarda, appendice, p. 180 et 186.

moi se dit sa + ra^ toi wa + ra, nous ha + ra, vous sha + ra, et dans le tsherkesse nous trouvons pour sara les formes ser, sse^ sa; pour wara : uor, uo; pour hara : dehrr; pour shara : fehrr. Lui dans cette langue se dit arr, le pluriel (eux) achir^ acher (1). — C'est plutôt pour mémoire que je crois devoir ajouter que dans l'idiome des Abchases les noms de nombre de deux à dix prennent la syllabe ba (2). Elle ne fait pas partie du radical, et elle se retranche lorsque le nom de nombre est suivi de l'objet dont la quantité doit être déterminée. Le substantif exprimant cet objet est alors suivi de la syllabe ke, ainsi svi'ba deux, chu-ba cinq, s'wa-ba dix, etc., mais s'wa monatké dix roubles. Nous ne prétendons nullement établir un rapport direct entre cette particule ba et l'albanais bo.

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