‹ Analyse de la langue albanaiseChapitre 53 sur 109 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

D£ LA SECONDE PERSONNE DU PLUHlEL.

La désinence ni n'est pas la seule caractéristique de la seconde personne du pluriel; elle se distingue aussi quelquefois par Vapopbonie, ce qui était arrivé déjà à la seconde personne du singulier, par exemple : shës je vends, première du pluriel shessémi, deuxième shilteni; ngas je chemine, première du pluriel ngassemi, deuxième ngchinni; app je donne, première du pluriel appemi, deuxième ipni; éo et éo^^^ je vois, première du pluriel so^emiy deuxième éix^i ou sini, troisième éoxene; doua je veux, première du pluriel douami, deuxième doni ou ctoi, troisième douane; vê je pose, première du pluriel vèmi, deuxième viri ou vini, troisième vé7ie (4); enfin kam j'ai, première du pluriel kemi, deuxième kîni, troisième kâne, et jam je suis, première du pluriel jérni, deuxième jmi, troisième jâne.

Bopp essaie d'expliquer Vn de la seconde personne du pluriel comme une corruption d'un t primitif (2). A cette fin il cite le nom de nombre neuf qui, dans le lithuanien, se dit dewyni, dans le slave devanlj. Un exemple ana-

(1) Hahn, p. 80 et suiv.

(S) Bopp, p. 11.

logue, emprunté à Talbanais même, est cité par Camarda (1). Le tosque v(îc<7c ou Si^t ou ^cVe j'allume, fait viZ dans le dialecte de Scodra. Puis Bopp propose une autre conjecture. La première forme de la seconde personne du pluriel aurait été tani, teni, puis Uni ; elle aurait été mutilée et, aiprès la suppression de la première syllabe, m seul serait resté. Le dialecte védique présente, en effet, à la place des désinences iha et ta, les formes allongées de thana, iana (même thanâ, tanâ). Tha ou ta étant tombé, na se serait affaibli en ni, comme ma en mi. Des suppressions de syllabes entières n'ont rien qui doive nous étonner dans un idiome comme l'albanais. Vn même de la seconde personne du pluriel disparait quelquefois comme dans doi, vous voulez, pour doni; Ooc vous parlez, pour Oove ; dans kjaji pleurez, pour kjani (2). D'après Hahn, la deuxième personne du pluriel au présent du passif se formerait même toujours en ii pour ini, avec suppression de Yn intermédiaire, peut-être par analog^ie avec la seconde personne singulier qui n'a pas d'n et se forme en ie (3)? L'élimination du t, qui constitue un changement bien plus violent, se rencontre aujourd'hui dans plusieurs dialectes italiens. Ainsi, le peuple dit à Florence fahe et dihe pour fate et dite, remplaçant le t par une simple aspiration, tandis que le Bolonais dit mettii pour mettete (4-).

On pourrait admettre l'une ou l'autre des explications de Bopp s'il y avait un seul, un unique exemple d'un t

(1) Gamarda, p. 258.

(2) Id., ibid.

(3) Hahn, p. 65.

(4) Gamarda, p. 302.

conservé à la seconde personne du pluriel présent, comme il s'est réellement conservé dans les deux prétérits de la langue. Or, cet exemple n'existe pas, et c'est ainsi que croule tout l'échafaudage de preuves péniblement accumulées par le célèbre indianiste pour établir Torigine indoeuropéenne de la conjugaison albanaise. En effet, cette origine, comme nous venons de voir, ne saurait être prouvée pour les trois personnes du singulier ni pour la troisième du pluriel. Quant à la désinence de la seconde personne du même nombre, elle appartient à l'albanais seul. Reste la première du pluriel en -mi que cet idiome a en commun non seulement avec les langues de souche sanscritique, mais encore avec celles de nombre de peuples de race finnoise.

Ce n'est pas tout. Les désinences pronominales ne s'accordent nullement en albanais avec les formes primitives des pronoms personnels. A l'exception de quelques verbes qui forment la première personne singulier en -m et la troisième en te, ni le j de la première dans les thèmes vocaliques, ni l'apophonie qui se fait jour dans la deuxième et la troisiéine personne de quelques verbes qui du reste sont réguliers, ne rappellent les formes des pronoms indépendants au singulier : ou ou oune, H ou tij, aï ou alij. De même les désinences plurielles mi m, ni i, ne n, n'ont guère de rapport avec les na, les yu ou you, les atà et les chetà des pronoms indépendants ou, H, aï au pluriel. Il est inutile d'ajouter que la concordance n'est pas non plus absolue dans les langues indo-européennes. Rappelons seulement que des différences considérables se remarquent aussi entre les formes des pronoms et les désinences de la conjugaison dans les idiomes fmnois. Que l'on compare :

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