MOTS ITALIENS ET TURCS DANS LE GREC MODERNE
Si nous voyons dans l'occident de TEurope langues néolatines et langues tudesques agir les unes sur les autres et se faire des emprunts mutuels, le mélange des populations et des races étant plus fréquent dans l'Orient, les idiomes parlés de ces dernières doivent s'en ressentir et présenter un caractère pour ainsi dire plus bariolé et même plus confus. Néo-Grecs, Serbes, Bulgares, Roumains, Turcs, de même qu'ils ne sont pas séparés par des frontières déterminées, paraissent vouloir ébranler les barrières qui séparent leurs langues sans pouvoir les abattre. Les Grecs font encore sentir leur influence aux Slaves et aux Roumains ; mais les temps sont loin où, en enseignant leur propre langue aux enfants du Latium, ils arrêtaient le déclin du latin, qui tendait à devenir un idiome barbare. Malgré les efforts, peu intelligents suivant nous, tentés de nos jours pour ramener le grec moderne
aux formes du grec classique, on ne fera pas revivre de si tôt la devise : Ex Oriente lux. C'est TOrient au contraire qui subit aujourd'hui Tinfluonce de plus en plus profonde de l'Europe occidentale. Des flots de mots italiens ont pénétré dans la Grèce depuis les temps de la domination vénitienne. C'est ainsi par exemple que les Hellènes ont naturalisé chez eux bon nombre d'infinitifs en are, comme les Allemands les infinitifs français en er et ir.
Lorsque nous disons : j'arrive, l'Italien dit arriva^ le Grec moderne dit àpipâpco, àpi^apl^tù^ comme l'Allemand dirait : ich arrivire. C'est ainsi que Ton trouve xta/xa^tÇw de chiamare, xouptavTa/ji'Çw de commendare, même /5exopavSà/7w de reccmmandare, xo^pTravrà/îw d'acœmpagnar, ^E/jera/îtCw de meretare, /siÇtxà/jw de risicare^ (Ttyo\jpàpoi de sicurare, .ort^tà/jw de slimare, etc. Dans les îles Ioniennes on dit même nev(Tip(û de pensar, et mpZovupi(ù de perdonar pardonner. Un verbe y^evrâw ou yhvTàp(û je réjouis, vient du turc eglenmek. En eflet, les mots turcs se sont glissés en assez grand nombre dans la langue des modernes Hellènes. Celle-ci a emprunté à l'idiome des conquérants tatares une série de verbes à l'aoriste, et de ces aoristes elle a fait des présents. Nous citerons d'après Miklosich : «dStÇw je suis orgueilleux, du turc azmaq, aoriste asdym; xaÇavTtÇw j'acquiers, de kazanmak, kazandym; ptTrotavttÇw je teins, de boyamaq, boyadym; (7«(7TtÇw je m'étonne, de shashmaq, shashdym, etc.
Il est vrai qu'en revanche beaucoup de verbes et même de noms grecs ont pénétré dans le serbe, le bulgare, le roumain et, qui le croirait ? dans le turc. Je trouve dans les recherches albanaises de Miklosich (lll, p. 5) à^o/jtÇw j'excommunie, devenu afurisesk en roumain, et aforos en turc.