‹ Analyse de la langue albanaiseChapitre 7 sur 109 · SON VOCABULAIRE · texte numérisé non relu

SON VOCABULAIRE

Presque toutes les langues de T Europe, langues néolatines, germaniques, slaves, font des échanges entre elles, prêtent et empruntent les unes aux autres des mots, des désinences, des tournures, tout en restant elles-mêmes et en conservant les bases de leur organisme. Ce dernier, en effet, doit faire preuve d'élasticité en s' assimilant avec plu^ ou moins de bonheur les éléments nouveaux au fur et à mesure qu'ils se présentent. Mais ne pourrait-il pas arriver qu'un idiome reçût tant de matériaux étrangers qu'il en fût pour ainsi dire submergé, et qu'il en perdît comme le sens de son unité et de son individualité? Nous avons vu que la langue anglaise, malgré le nombre immense de mots et de tours latins qui y avaient pénétré, a pu conserver son caractère germanique. C'est que les

Anglo-Saxons, à l'époque de la conquête normande, étaient déjà une nation à demi-civilisée. Mais lorsqu'il s'agit d'un peuple qui n'est entré dans l'histoire que depuis quelques siècles, et dont les traditions littéraires et scolaires sont peu anciennes, aurait-il pu conserver intacte, au milieu d'invasions et de conquêtes successives, l'âme de son idiome national? On voit que nous voulons parler de Talbanais. Cette langue nous intéresse par le mystère même qui semble l'environner. Elle a été parlée certainement par une partie des populations qui ont précédé les Hellènes sur le sol de la Grèce, et quoiqu'elle ait avec la langue de ces derniers des affinités nombreuses et profondes, que d'autres rapports semblent l'unir au latin, que des points de contact existent entre elle et d'autres idiomes encore, elle n'en paraît pas moins, à première vue, présenter une physionomie tout originale, qui l'éloigné quelque peu, si nous ne nous trompons pas, de la grande famille des langues indo-européennes.

La plus grande partie du vocabulaire albanais se compose de mots qui ne lui appartiennent pas en propre. Parmi ces mots il faut distinguer, entre ceux qui sont des emprunts récents et manifestes, les mots d'origine turque et slave, et ceux qu'il a pu avoir en commun depuis la plus haute antiquité avec les langues grecque et latine, avec les idiomes des Italiens et des Celtes peut-être.

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