‹ Analyse de la langue albanaiseChapitre 88 sur 109 · xio^ff'cvf · texte numérisé non relu

xio^ff'cvf

Qui ne voit que nous avons affaire à l'ancien aoriste du verbe kam qui remplace l'aoriste absent du verbe être? Si l'on en doutait, nous n'aurions qu'à rappeler que l'infinitif de jam se dit kenowr, keen, le participe passé i, e, t'è hmouVy le participe futur (futurus) i, e, te kenem; rinfiiiitif du verbe avoir^ au contraire, d'après de Rada, qui donne ici la préférence aux formes tosques, est passaur, le participe passé i, e, lé passour, et le participe futur passif t^ e, tèpasiem (latin hubendus). Il est vrai que la première personne singulier keshe est composée ellemême avec une forme du verbe jam^ comme Oa^'c, iwf\, paat ; mais il nous parait évident que la forme la plus usitée a été keva; cela paraît ressortir de la forme de Toplatif kiofsha. Même on peut conjecturer qu'à l'origine

on disait kava au lieu de keva, Vo de l'optatif nous ramenant plutôt à un a qu'à un e primitif. Le j qui s'est glissé après le k dans toutes les personnes de l'aoriste peut être attribué sans doute à Vinfluence du verbe jam lui*même ; chei les Albanais de l'Italie, ce j a entamé le fc et en a fait une palatale {eh ou sh). D'ailleurs le j du verbe jam n'est lui-même pas radical : les Skipétars l'ont en commun avec les anciens Slaves de la Bulgarie. Que l'on se rappelle les formes du présent du verbe auxiliaire être chez les Bulgares : Sing. 1. jeime^ 3. jesi, S. jesti. Plur. 1. jesmUj 3. jeste, S. s^i.

Puisque l'aoriste de kam a pu prendre la place de celui de jam, la signification des deux verbes n'a pas dû différer essentiellement à l'origine. Dans beaucoup de cas» en effet, elle est presque identique dans la plupart des lan* gués indo^uropéennes. Que l'on se souvienne de tournures grecques comme nStç r^ciç; ou bien (xrc/Aao^c jf^^u, du latin habere et se habere, de l'albanais 9 xa at ai c'est invraisemblable (mot à mot : non est quo modo)^ et enfin des locutions françaises /a t froid, fai chaud, il y a, etc.

Le verbe jam a exercé sans doute une influence considérable sur la formation de la conjugaison albanaise en générah Après avoir aidé à constituer l'imparfait des verbes ham et 60m, il parait avoir servi à créer l'optatif ou subjonctif aoriste, ainsi que l'imparfait et le présent passif de tous las verbes. Et pourtant, au moment où il contribuait ainsi à élargir le système de la conjugaison albanaise, il rencontrait à côté de lui un autre type, qui ne parait pas rentrer dans le cadre des flexions sanscrites. Les verbes albanais paraissent avoir été à peu près invariables au singulier présent, ou bien avoir eu recours surtout à

l'apophonie, pour distinguer les personnes. Cette apophonie elle-même est trop irrégulière pour pouvoir être expliquée par la suppression des désinences, comme cela a eu lieu souvent dans les langues teuloniques; elle est virtuelle et non pas simplement' phonétique. — Si kam a subi rinflueûce de jam à la première personne du singulier et du pluriel, à la seconde personne c'est le contraire qui a eu lieu : jini s'est moulé sur kini; il en est peut-être de même de je formé comme kê. Quoi qu'il en soit, le parallélisme des deux verbes auxiliaires, au présent et à l'imparfait, est certainement un fait étrange et peut-être unique dans le système de toutes les grammaires existantes.

Une dernière question à poser serait si le verbe kam n'aurait pas son analogue dans la langue grecque. Il se prête merveilleusement à l'explication de la désinence xa du parfait des verba pura et de l'aoriste premier des verbes t/O»^, ^«(îwfxt, «u/uk, puis des terminaisons -x«, -xov dans des formes verbales comme ipuxu, àXu9xa%, c<7xov, enfin des adjectifs si nombreux en -xoç. Peut-être même, en cherchant bien, trouverions-nous sous le déguisement qui la dérobe à notre attention la vieille racine albanaise elle-même. Qui ignore que les Grecs ont fortifié quelquefois une consonne initiale, surtout ir et x par l'insertion d'uu T purement euphonique? Nous citerons seulement

irroXcç, irr^Xc/MÇ à CÔté de ttoXcç, ttoXc^oç, irrepva à CÔté de

irépva, ?xavov à CÔté de xTcévw. Beufey fait venir xrépta du sanscrit kshar et le rapproche de xccpea, comme il fait dériver xTVTToç du sanscrit kou (1). Dans xr<cy«> (sanscrit

(1) Benfey, Griech. Wurzellexicon, I, 202; II, 186.

kshan) et xctp» pour xrcépw, xr^ea, le T aurait appartenu à la racine. Ne pourrait-on pas supposer que xrao^ac posséder, xTîifvoç bétail, c'est-à-dire possession, sont des variantes de formes dans lesquelles le r n'aurait pas figuré? En tout cas, ka-ou le bœuf se rattache fort bien à kam j'ai, je possède. A quelque opinion que l'on s'arrête sur l'origine de kam, on n'approuvera pas Bopp rattachant kjeshe à une racine xT = scr. s'i = gr. xcTpxe, ni M. Camarda rapportant le même verbe auxiliaire au siculo-albanais xcXkvj dont l'aoriste très-usité est «cXc^a (1). M. Camarda ne manque pas d'identifier ce verbe avec le grec -ïréXo), wsXo/uwxt, troisième personne imparfait ffirXero (2).

(1) Camarda, p. 295. L'aoriste xsXs^a y est conjugué comme suit : 2« pers. xeXsPs. 3. xsXt. PI. 1. xXssp. 2. xXsers. 3. xXcev.

(2) Ce paragraphe était écrit avant que nous eussions pris connaissance de la grammaire shkipe de M. Dozon. Ce qu'il dit des temps € admiratife > formés par Fadjonction au thème du présent et de Timparfait du verbe auxiliaire c avoir » (kam et keshe) vient à l'appui de notre conjecture sur l'origine du parfait grec en xa. Voyez d'ailleurs à ce sujet les observations présentées dans l'appendice I.

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