AVANT-PROPOS
La connaissance des sources minérales de Spa> ou de celles qui se trouvent dans le pays circonvoisin , remonte à une haute antiquité , comme il le paraît par le passage suivant de Pline , qui décrit avec une précision surprenante quelques-unes de leurs propriétés remarquables , et qui ne peut se rapporter probablement qu’à une de ces Fontaines célèbres : « Tungri civitas Galliæ , fontem liabet « insignem , plurimis bulîis stillantem , ferruginei « saporis quod ipsum non nisi in fine potus in te h cc ligitur. Purgat hic corpus , tertianas lebres (liste cutit, calculorumque vitia. Eadem aqua, igné « admoto, turbida fit, ac postremo rubescit. » ( 1 ) Quelques commentateurs , il est vrai , ont voulu interpréter ce passage en faveur d’une Fontaine qui se trouve près de la ville même de Tongres ;
(i) Pline, lib. 31, chap. 2.
La Cité de Tongres, dans les Gaules, possède une fameuse Fontaine dont Peau toute pétillante de bulles, a un goût ferrugineux qui ne se fait sentir qu’en finissant de la boire. Cette eau purge le corps & guérit les fièvres tierces et les attaques de la pierre. Quand on la fait chauffer, elle devient trouble et rougeâtre.
mais cette Fontaine peu ferrugineuse et très-faible» ment gazeuse ne répond point à la description de Pline, sur- tout à ces paroles : « Plurimis bullis stiP îantem, » qui marquent si fortement le caractère des Eaux minérales de Spa ; et le mot civitas , doit sans doute s’entendre relativement au territoire que possédaient les Tongriens , qui vraisemblablement comprenait le pays où Spa est situé , plutôt qu’à la ville de Tongres en particulier. (2)
Chez les modernes , c’est vers le seizième et sur-tout au commencement du dernier siècle, que les Eaux de Spa sont devenues très-célèbres , et qu’elles ont été annuellement fréquentées par une foule d’étrangers de toutes les parties de l’Europe.
Il n’existe certainement nulle part des eaux minérales qui aient autant exercé la plume des médecins et des chimistes que celles de Spa, et l’on pourrait citer près de cent traités qu’ils nous ont laissé à ce sujet; mais dans tous ces écrits, à l’exception d’un très-petit nombre qui ont paru vers ces derniers temps , on ne trouve , à côté de beaucoup de notions très-vagues et très-erronées , guères plus de connaissances certaines sur la nature
i<- s opinion sur ce pacage ae Haie la pias généralement reçue. J’avoue cependant que l’auteur anonyme trèséclairé de l’histoire de Spa , allègue des raisons pour prouver que Pline a voulu désigner ia Fontaine de la ville de Tongres même, qui doivent au moins nous causer des doutes sur ce sujet; au reste, je ne prétends pas avoir approfondi cette question, qui n’est que de pure curiosité , et à laquelle je n'attache aucune importance.
et les qualités de ces eaux que l’on en avait déjà du temps de Pline. En effet , lorsque ces auteurs écrivaient, les connaissances que l’on avait sur les eaux minérales en général , étaient extrêmement bornées. La chimie , qui seule peut mener à des idées exactes sur ce sujet , était encore dans l'enfance. On ignorait la nature et même Texistence des substances aériformes qui constituent une partie si essentielle de ces eaux , et si Pon avait des aperçus sur un petit nombre de leurs principes minéralisateurs , on y en supposait d’autres qui n’étaient que purement imaginaires. Ce n’est que vers la fin du dernier siècle , que la chimie a pris cet élan si rapide et si étonnant dans l’histoire de l’esprit humain , et qu’elle est parvenue à dévoiler des secrets que la nature semblait vouloir nous cacher pour toujours, et c’est à dater de là que l’on a commencé à acquérir des notions précises sur la composition des eaux minérales. La découverte des substances gazeuses , les connaissances plus étendues des lois de l’affinité appliquées à l’invention des réactifs que nous devons maintenant à cette science, et l’exactitude rigoureuse de ses procédés , nous ont mis à portée de découvrir non -seulement toutes les substances dont une source se trouve imprégnée, mais de les séparer et d’en connaître avec certitude les plus petites quantités. C’est ainsi que l’on a enfin porté l’analyse des Eaux minérales à un granà degré de perfection , quoique ce soit encore un des problèmes les plus difficiles de la chimie.
C’est au célèbre Bergman, qui éclairé par les nouvelles découvertes de la chimie a été un des premiers à les appliquer à l’analyse des eaux, que nous devons le premier travail sur les eaux minérales de Spa qui ait donné des notions précises sur leur composition ; mais ce savant distingué , analysa seulement l’eau de la fontaine du Pouhon, et non pas sur les lieux, mais en Suède, où il l’avait apparemment reçue par les voies ordinaires du commerce; circonstance qui laisse du doute sur les résultats qu’il a obtenus.
Quelque temps après que Bergman eut publié les résultats de son analyse dans ses essais chimiques, le docteur Ash, médecin anglais, se rendit à Spa et entreprit l’examen des fontaines principales qui s’y trouvent. Le traité qu’il a publié sur ce sujet, contient en outre des observations très justes et très utiles sur les vertus médicinales de ces eaux et peut être regardé comme le plus étendu et le meilleur qui ait paru jusqu’ici.
Je visitai' Spa en i8i4> et d’après quelques essais que j’y fis sur les eaux minérales, je soupçonnai que les connaissances que nous possédions jusques-là sur ce sujet, n’avaient pas toute l’exactitude que Ton pouvait désirer; ce qui m’a engagé à en entreprendre une nouvelle analyse.
J’y fus occupé, pendant un séjour de quelques mois , du travail dont j’offre ici le résultat. Je laisse
à mes lecteurs à juger de F exactitude plus ou moins rigoureuse de mon analyse ; j'ose cependant me flatter qu’elle suffira pour déterminer avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’ici, la vraie nature chimique de chacune de ces fontaines salutaires.
Pour rendre mon ouvrage plus complet, j^ai cru devoir faire précéder les détails purement chimiques , par quelques notices topographiques de la ville de Spa et de ses environs ; et après avoir déterminé la nature des eaux, je les ai considérées relativement à leur action sur le corps humain , et à leur effet curatif dans les maladies.