‹ Analyse des eaux minérales de Spa, avec des observations sur leurs propriétés médicinales; précédée de quelques notices topographiquesChapitre 37 sur 38 · SUR LES PROPRIÉTÉS MÉDICINALES DES EAUX MINÉRALES DE S P A · texte numérisé non relu

SUR LES PROPRIÉTÉS MÉDICINALES DES EAUX MINÉRALES DE S P A

D’après les résultats des recherches que je viens de terminer ; il doit paraître que les eaux des différentes sources minérales qui se trouvent à Spa , sont toutes minéralisées par les mêmes principes, et qu’elles doivent par conséquent être considérées comme un seul et même remède, ayant les mêmes propriétés , les mêmes vertus , mais à des degrés différens, selon qu’elles contiennent plus ou moins de fer et d’acide carbonique ; car les autres principes ÿ sont en quantité si petite, qu’on ne saurait croire qu’ils puissent avoir aucune part dans les effets que produisent ces eaux sur le corps humain.

Néanmoins, l’ignorance où l’on était sur la vraie nature de ces eaux célèbres, l’enthousiasme, ou l’intérêt qu’on a eu de les accréditer , ont fait attribuer à chacune d’elles des vertus particulières et même opposées dans les unes à celles qu’on a voulu trouver dans les autres. La plupart des auteurs qui ont écrit sur ce sujet se sont attachés à distinguer et à

décrire leurs propriétés médicinales respectives, et à les en croire, il n’y a presque point de maladie qui ne cède à l’effet curatif des eaux de quelqu’une de ces fontaines salutaires. J’ai déjà rapporté quelques-unes des notions et des opinions de plusieurs de ces auteurs , et j’aurai l’occasion de revenir sur le même sujet; il est vrai qu’il serait fort inutile de m’arrêter un moment pour considérer ces opinions, si elles étaient entièrement tombées dans l’oubli et si leur influence ne dirigeait pas encore quelquefois dans l’usage de ces eaux.

Ce serait sans doute une circonstance très-heureuse que toutes ces eaux fussent ainsi distinguées entre elles par des vertus particulières , et que l’on trouvât à Spa une source pour chaque genre de maladie ; mais les vérités rigoureuses de la chimie doivent détruire une pareille illusion en démontrant l’identité de leur nature. Les résubats des analyses font voir qu’elles sont toutes des eaux ferrugineuses très-carbonatées , et je vais tâcher de déterminer quelles sont les vertus réelles qu’elles ont en commun sous ce rapport ; ce qui vaudra mieux , tant pour la réputation solide de ces eaux , que pour l’avantage des malades , que de leur en attribuer d’illusoires : elles en possèdent, comme nous le verrons, d’assez considérables pour mériter la grande réputation dont elles jouissent, et pour produire les effets les plus salutaires dans un grand nombre de maladies , quoiqu’on ne puisse pas y trouve#

on remède pour toutes celles qui affligent le corps humain.

Il faut cependant admettre que la différence qui se trouve entre ces eaux, quant à la quantité de fer qu’elles contiennent, doit en modifier les qualités et les rendre respectivement plus ou moins couve» nabi es selon la nature de chaque maladie. L’eau du Pouhon , par exemple y étant la plus chargée de fer, possède des vertus plus actives que les autres, et il j a des circonstances où ses effets pourraient être trop stirnulans ; ce serait là le cas d’employer celle de quelqu’une des autres sources. Celle de la Géronstère , comme nous l’avons vu ; est la plus faible de toutes y et c’est probablement par-là qu’on en a vu résulter de si bons effets dans plusieurs maladies ; cette eau peut même être préférable dans certains cas, par la moindre quantité de gaz qu’elle contient. Dans d’autres circonstances, l’usage copieux de quelque autre de ces eaux faiblement ferrugineuses, mais très -gazeuses , pourrait être avantageux.

Les eaux minérales de Spa peuvent être employées dans le traitement des mêmes maladies pour lesquelles l’expérience a démontré que les eaux ferrugineuses sont salutaires. La méthode et les précautions à observer dans ce traitement, doivent aussi être, en général, les mêmes que celles qu’on a trouvées convenables lorsqu’on fait usage

de toute autre eau minérale de ce genre ; et comme tant d’auteurs estimables ont écrit sur les eaux ferrugineuses et sur leur usage dans les maladies, je puis me dispenser de m’étendre ici sur le même sujet. Je me bornerai donc principalement à faire quelques observations qui appartiennent aux qualités particulières qui modifient les effets des eaux minérales de Spa et les distinguent de beaucoup d’autres eaux ferrugineuses.

On trouve dans beaucoup de pays , une abondance d’eaux ferrugineuses; mais les eaux minérales de Spa, ont cette distinction importante qu’elles sont chargées peut-être de plus de gaz acide carbonique que celles de toutes les autres sources ferrugineuses que l’on connaît, à l’exception de l’eau de la célèbre fontaine de Pyrmont, qui paraît leur ressembler à cet ég'ard. Cette abondance d’acide carbonique modifie singulièrement dans le corps humain les effets du fer qu’elles contiennent. Elle les rend très-agréables et rafraîchissantes ; elle excite les esprits vitaux, et produit l’hilarité et un sentiment de bien-être général; elle augmente d’une manière remarquable les effets toniques de ces eaux, et en même temps les rend moins échauffantes et moins irritantes , de sorte que l’on peut en permettre l’usage dans des maladies où le fer sous toute autre forme ne serait nullement convenable.

Mais tout en reconnaissant les effets que font sur le corps humain le fer et Facide carbonique que contiennent les eaux minérales de Spa, il ne faut pas perdre de vue ceux qui peuvent résulter du volume et de la pureté de Feau même dans laquelle ces principes sont contenus. L'eau joue dans l’économie animale un rôle des plus importans, soit dans l’état de santé , soit dans celui de maladie. Elle est le menstrue qui dissout tout ce que les matières alimentaires peuvent avoir de nourrissant, et donne par-là plus de facilité aux organes de la digestion de remplir leurs fonctions. Elle est la base de toutes les sécrétions et entre pour beaucoup dans les excrétions ; elle entre dans la composition des solides ; elle est une des parties constituantes principales du sang et des humeurs , auxquels elle conserve le degré de fluidité qui leur est nécessaire pour pouvoir librement circuler dans les vaisseaux capillaires ; elle diminue Fâcrimooie de la bile et des sucs dépravés ; elle résout les viscosités, et délaye les humeurs épaissies ; elle augmente les sécrétions défectueuses ; elle diminue la soif et l’ardeur fiévreuses , etc. Ainsi donc cette boisson prise journellement en quantité beaucoup plus grande qiFà l’ordinaire , doit produire des effets considérables dans la constitution physique et habituelle du corps humain. Les eaux qui contiennent le moins de matières salines et terreuses ,

possèdent à un plus haut degré les qualités que

nous venons d’énoncer, et il est démontré par Inexpérience, que l’eau simple très-pure , peut seule, lorsqu’elle est prise copieusement , produire les effets les plus salutaires dans un grand nombre de maladies très-opiniâtres. C’est ainsi qu’en Angleterre, on emploie fréquemment aujourd’hui l’eau de la source de Malvern comme remède, avec le plus grand succès dans beaucoup de maladies chroniques. On sait que cette eau n’est empreignée d’aucuns principes minéralisateurs , et qu’elle ne doit toutes ses vertus qu’à son extrême pureté. Le célèbre Hoffman était dans l’opinion que les vertus des eaux minérales les plus accréditées, ne pouvaient provenir des matières qu’elles contenaient , parce que la quantité de ces matières est si petite qu’on ne peut, selon lui, leur attribuer la moindre efficacité ; aussi rapporte-t-il toutes leurs vertus à l’eau simple qui en est l’excipient , qu’il regarde comme un remède universel. Je ne m’arrête pas à discuter la trop grande généralité de cette opinion de Hoffman. Cependant il me paraît que l’on ne peut refuser d’admettre, que dans beaucoup de maladies où l’on fait un usage copieux des eaux minérales, l’eau même , indépendamment de ses principes minéralisateurs, entre pour beaucoup dans leur guérison.

Les eaux minérales de Spa sont chargées de si peu de matières étrangères, que l’on peut les considérer, en général, comme des eaux d’une pureté

singulière; par exemple un gallon de beau du second Tonnelet ne contient d’après mon analyse , outre 1 .5 grains de fer, que 2 . o de matières salines ou terreuses; et même celle du Pouhon, quoique plus chargée de principes fixes que toutes les autres, est cependant une eau très pure. Sous ce rapport elle est préférable à celle de Pjrmont qui, bien qu’elle ressemble à l’eau du Pouhon par la quantité de fer et d’acide carbonique, est néanmoins une eau très dure qui répugne quelquefois aux organes délicats et irritables des malades. Diaprés ce que nous venons de dire, il devient extrêmement probable que c’est à la grande quantité d’eau très pure qu’on introduit tous les jours dans le corps en faisant usage de ces eaux minérales , autant qu’à Inefficacité du fer et de l’acide carbonique qu’elles contiennent, que l’on doit attribuer les effets remarquables et salutaires, qu’elles produisent si souvent dans les maladies.

Quant à l’opération des eaux minérales de Spa à l’égard des excrétions et sécrétions , leur effet se manifeste le plus ordinairement, en provoquant les urines et les sueurs ; néanmoins par leurs qualités généralement stimulantes, et peut être aussi par leur volume , elles augmentent quelquefois tous les genres de sécrétions. C’est probablement aussi par leur seul volume qu’elles deviennent quelquefois relâchantes, quoiqu’elles n’ayent d’ailleurs aucune qualité purgative, et que leur effet le plus ordinaire est de produire un état de constipation.

( go )

Les effets immédiats les plus remarquables que produisent ces eaux, sont de porter à la tête, et de causer peu de temps après qu’on les a prises, des vertiges suivis quelquefois d’assoupissement. Ces effets sont communs , il est vrai, à beaucoup d’autres eaux; mais celles de Spa ont cette propriété à un plus haut degré que la plupart des autres. Un grand verre d’une de ces eaux pris à jeun et par un temps chaud , ne manque presque jamais , avant qu’on y soit accoutumé, de produire des sensations vertigineuses, ainsi qu’une espèce d’ivresse qui continue souvent pendant plusieurs heures, et qui est suivie d’un penchant au sommeil auquel il est difficile de ne point céder si on ne le combat en marchant, ou en faisant tout autre exercice. Le docteur Rutty pense que l’eau de la Géronstère produit ces effets d’une manière plus remarquable que celle des autres fontaines, ce qu’il attribue à l’imprégnation sulfureuse qu’il y supposait ; je pense au contraire que cette eau porte moins à la tête que celle des autres fontaines.

Les effets de ces eaux, dont nous venons de parler, doivent sans doute être attribués, en partie , à Faction directe du gaz acide carbonique sur les nerfs de l’estomac , puisque ces effets commencent à se faire apercevoir dès le moment où les eaux sont prises , sur-tout lorsque l’estomac est vide; mais on observe des effets analogues, quand

on

qu'on fait usage d’autres eaux dans lesquelles il n’existe point d’acide carbonique, et qui ne contiennent même aucuns principes minéralisateurs ; Peau très-pure de la source de Malvern, dont j’ai déjà parlé , produit des effets analogues. Le docteur Martin Wall donne une explication très - ingénieux de ce fait dans ses observations sur l’eau de Malvern ; il l’attribue à la pléthore passagère des vaisseaux de la tête, causée par la facilité et la rapidité avec lesquelles cette eau pure est absorbée par les vaisseaux lymphatiques. Cette explication du docteur Wall peut s’appliquer particulièrement aux eaux de Spa. La grande pureté de ces eaux les rend propres à être absorbées facilement par les vaisseaux lymphatiques, en même temps que ceux-ci sont excités à exercer vigoureusement leurs fonctions par les effets stimulans du fer et de l’acide carbonique. Cette idée d’une pléthore, est fortifiée

par le fait suivant, que la détermination à la tête, les vertiges, etc. diminuent et quelquefois cessent entièrement, dès que ces eaux commencent à se porter sur les reins et à passer copieusement par les urines; ce qui arrive ordinairement au bout de quelques jours après qu’on a commencé à les prendre. Quand ces eaux agissent de cette manière, on considère cela comme un signe presque certain que l’on s’en trouvera bien ; au contraire si ces évacuations salutaires n’ont pas lieu, et si en même temps la détermination à la tête est

toujours considérable et accompagnée de symptômes fiévreux , on doit considérer que l'opération des eaux n’est pas favorable et cesser leur usage. Les minoratifs contribuent beaucoup à déterminer leur action salutaire , et il est bon de les employer dans un grand nombre de cas, pendant les premiers jours , et quelque fois pendant tout le temps qu'on fait usage de ces eaux.

On ne doit pas perdre de vue , en prescrivant les eaux minérales de Spa, cette détermination qu’elles occasionnent si souvent à la tête. Elle doit être , dans quelques cas , un motif pour en défendre entièrement l’usage ; elle doit dans d’autres faire suggérer la saignée, soit générale soit locale , ainsi que des évacuations purgatives Comme des précautions préparatoires.

Les qualités acidulés de ces eaux les rendent propres à tempérer la soif, beaucoup plus que l’eau ordinaire; elles sont particulièrement par-là très rafraîchissantes , et conviennent conséquemment dans l’état de débilité accompagné d’une fièvre lente, de sécheresse de la bouche, du gosier et de l’estomac ; elles deviennent en pareils cas très salutaires en faisant disparaître ces symptômes et en restaurant en même temps les forces par les qualités toniques que leur communique le fer qu’elles contiennent, lequel sous toute autre forme, serait dans ces états du système, d’un effet au moins douteux;

mais dans de telles circonstances , on doit généralement choisir les sources dont les eaux sont le moins imprégnées de ce métal, préférablement au Pouhon.

On ne peut douter , d’après le témoignage de quelques auteurs respectables, que ces eaux n’ayent souvent été d’une grande utilité dans des maladies opiniâtres et douleureuses des voies urinaires, surtout lorsqu’elles sont accompagnées d’un écoulement de matières sanguinolentes , purulentes et fétides , soit que les matières proviennent d’une état habituel d’ulcération ou de la présence des concrétions calculeuses , comme Hoffman et Saunders l’ont observé (i). Ce sont les eaux qui contiennent peu de fer qu’on doit généralement employer de préférence , et c’est le Groesbeeck qu’on a le plus souvent fréquenté dans ces maladies. L’inscription du petit édifice qui couvre cette fontaine, nous apprend que le baron de Groesbeeck fut guéri d’une maladie très grave des voies urinaires, causée par des calculs tant dans les reins que dans la vessie. Le docteur Ash rapporte une histoire très intéressante d’un enfant âgé de cinq ans qui souffrait d’une maladie calculeuse très grave et très douleureuse ; cet enfant paraît avoir éprouvé un soulagement presque merveilleux, s’il ira pas été entièrement guéri, par l’usage copieux et long-temps continué

( i ) Ces qualités des eaux de Spa étaient connues de Pline comme il le paraît par le passage de cet auteur ancien que j’ai cité au commencement de cet écrit.

de celle eau. On a supposé que le Groesheeek avait plus d’efficacité dans ces maladies que les autres sources, parce qu’il contenait plus d’alcali. Le docteur Ash croyait qu’il avait trouvé dans cette eau , ainsi que dans celle de la Sauvenière , dont on fait quelquefois usage pour les mêmes maladies, du carbonate de potasse aussi bien que du carbonate de soude, et la quantité qu’il indique de ces alcalis, suffirait pour communiquer à ces eaux quelques qualités légèrement dissolvantes; mais j’ai déjà démontré qu’elles ne contiennent point de carbonate de potasse , et la quantité de carbonate de soude y est si petite, qu’on ne saurait lui attribuer la moindre efficacité. On avait supposé aussi , d’après des faits rapportés par quelques auteurs sur les effets du gaz acide carbonique dans les maladies calculeuses, mais qui n^ont point été dans la suite confirmés par l’expérience, que ce gaz avait beaucoup de part dans la vertu lithontriptique qu’on attribuait à ces eaux. Il n’est pas probable , je pense , que ces eaux puissent avoir l’effet de dissoudre des calculs d’une grosseur un peu considérable, et les bons effets non douteux qu’elles produisent si fréquemment dans ces maladies, doivent être attribués à la facilité avec laquelle ces eaux passent abondamment par les voies urinaires, ce qui fait qu’elles préviennent la formation de nouveaux calculs, ou l’accroissement de ceux qui sont déjà formés, tandis qu’elles lavent et purifient les

parties ulcérées , et contribuent beaucoup par-là â les guérir et à les cicatriser. Le fer et l’acide carbonique sont aussi d'une grande efficacité pour rappeler à leur état primitif de santé les voies urinaires et pour restaurer les forces et ranimer le système , affaibli communément par ces maladies. On pourrait probablement augmenter de beaucoup l’efficacité de ces eaux dans les maladies calculeuses en y ajoutant quelques grains de carbonate de soude , ce qui leur communiquerait une vertu dissolvante qu’elles n’ont pas dans leur état naturel. Quoique en général on ait fait usage de l’eau du Groesbeeck dans ces maladies, je ne vois pas de bonnes raisons pour lui donner la préférence à l’entière exclusion des autres eaux, et quand ces maladies sont accompagnées de beaucoup de langueur et de débilité, c’est l’eau du Pouhon qui serait la plus convenable.

Les eaux de Spa sont d’une utilité non douteuse dans les différentes maladies des premières voies, en faisant disparaître la faiblesse et en rétablissant le ton de ces organes. Une partie de leurs bons effets dans ces maladies vient probablement de leurs qualités délayantes et atténuantes comme eaux pures, aussi bien que de leurs vertus toniques ; mais comme ces eaux n’ont pas de propriétés purgatives , il est presque toujours utile et même nécessaire, en pareil cas de combiner avec leur usage celui de quelque remède évacuant. Il m’est arrivé très- souvent de prescrire dans ces cas , des sels neutres ,

dissous dans une quantité suffisante de l’eau minérale même. Il est bon de faire remarquer que Peau du Pouhon contient à-peu-près la même quantité de fer que celle de la fontaine célèbre de Cheltenham, en Angleterre , et on peut imiter assez exactement celle-ci , en faisant dissoudre les mêmes proportions des mêmes sels qu’elle contient , dans l’eau du Poubon. Cette imitation de Peau de Cheltenham m’a paru agir et produire à-peu-près les mêmes effets que l’eau même de cette source, et convenir trèsbien dans les maladies ou celle-ci serait indiquée. J’ai retiré aussi de grands avantages, dans plusieurs de ces cas , en combinant l’usage du mercure avec celui de ces eaux, soit sous la forme de calomélas, soit sous celle de la pilule mercurielle. Je fais prendre l’une ou l’autre de ces préparations à l’heure du coucher, et le matin suivant les sels neutres, dans l’eau du Pouhon , comme je viens de le dire.

Dans certaines affections des organes de la digestion, produites par l’abus et l’excès des jouissances de la table , telles que dyspepsie et toutes ses suites , comme flatulences , aigreurs , cardialgies , voinissemens bilieux, etc. Outre l’usage des sels neutres et du mercure, lorsqu’ils paraissent nécessaires, on peut retirer de grands avantages, en ajoutant une petite quantité de carbonate de soude, à chaque verre que l’on prend de ces eaux, qui acquièrent par cette addition des vertus semblables à celles de l’eau de Seltz , outre celles qu’elles tiennent de leur nature ferrugineuse.

La saveur agréable de ces eaux , et Lliilarité qu’elles produisent , les rend à Spa d’un usage journalier, et particulièrement à table, soit seul, soit pour détremper le vin , avec lequel , elles forment une boisson salutaire , et souvent très-convenable dans les maladies. On y est aussi dans l’habitude de mêler avec ces eaux du syrop de framboises , de groseilles , de citron , ce qui forme une boisson délicieuse et rafraîchissante , sur-tout par un temps chaud ; ces mélanges peuvent souvent êti^e employés utilement comme remède. Le peuple ne fait usage à Spa d’autre boisson que celle de l’eau du Pouhon. Je fus curieux de connaître les effets que pouvait produire sur le corps humain l’usage journalier d’une eau si chargée de fer. Tout ce que j’ai pu apprendre sur ce sujet a confirmé les observations , faites par de Heers il y a deux cents ans , par beaucoup de médecins depuis , et dernièrement par le docteur Âsh y savoir : qu’en générai les habitans de cette ville sont une race vigoureuse et qu'il ne règne parmi eux aucune maladie remarquable ou prédominante. Lucas , il est vrai , rapportait, que l’usage continuel des eaux du Pouhon causait des goitres aux habitans de Spa ; mais cette assertion fut vivement combattue de son temps, et je puis affirmer que je n’ai jamais pu découvrir dans ce bourg , un seul exemple de cette maladie , quoi qu’on m’ait assuré que les goitres ne sont pas rares dans quelques parties des Ardennes ,

comme il arrive dans d’autres pays montagneux* La saveur agréable des eaux de Spa , est une circonstance très-favorable pour les malades, dont les organes, par suite d’une longue indisposition, sont devenus irritables , et qui ont pris du dégoût pour les remèdes ordinaires ; cette circonstance fait non» seulement qu’ils prennent ces eaux avec grand plaisir dans le commencement , mais aussi qu’ils continuent à en faire usage pendant le temps nécessaire, sans la moindre répugnance.

Enfin , ces eaux sont d’une utilité si reconnue dans le dérangement des fonctions de l’utérus , ainsi que dans beaucoup d’autres maladies auxquelles le sexe est sujet, qu’il serait superflu de les préconiser à cet égard. En outre, elles réussissent aussi d’une manière admirable dans toutes les maladies des deux sexes, où l’usage des eaux ferrugineuses est indiqué , tandis que l’abondance d’acide carbonique dont elles sont chargées, augmente non-seulement leur efficacité dans les circonstances dont il est question, mais même les rend propres à être employées dans d’autres maladies où le fer, sous toute autre forme, iie serait pas convenable.

On a cru trouver dans certaines de ces eaux , et notamment dans celles de la Géronstère , comme nous l’avons déjà remarqué , un remède efficace dans les maladies de poitrine ; mais les auteurs qui ont écrit sur ce sujet Font traité si généralement

et si vaguement qu’ils ne nous laissent aucune cer« titude sur les espèces particulières de ce genre de maladies ,■ dans lesquelles ils ont vu employer ces eaux avec de bons effets. Il est probable qu’ils ne s’embarassaient pas de les distinguer, et qu’il suffisait de tousser ou d’avoir la respiration gênée , pour être condamné à prendre les eaux de la Géronstère, qui, selon la déclaration du collège des médecins de Liege « se prennent utilement « et avec des effets surprenans dans les catarrhes « les plus violens et dans quantité d’incommodités « de la poitrine : « C’est au soufre, dont on supposait que l’eau de cette fontaine était imprégnée, que l’on attribuait comme je l’ai déjà dit , des qualités si merveilleuses; mais quand même il y existerait du soufre , il resterait encore à démontrer qu’une eau sulfureuse fût un remède convenable dans ces incommodités ( i ). Considérée comme eau

(i) Sandberg qui publia un traité sur ces eaux en 1780 en parlant du soufre , » dont l’existence est particulièrement constatée dans l’eau de la Géronstère v> dit , que 33 ce minéral volatilisé par ?5 la chaleur qui règne dans les viscères , laisse échapper quelques s? particules odorantes très-subtiles et très-volatiles qui pénètrent >5 ensuite dans la masse du sang sous la forme d’une vapeur , le 1? raréfient et l’échauffent. Ces émanations sulfureuses affectent de »» se porter vers la peau et l’intérieur du poumon, et c’est assity> rément à cause de cette propriété qu’on le regarde comme

un excellent remède dans les maladies de ces organes. II a été 33 reconnu de tout temps pour béchique , incisif, expectorant , bon 33 contre l’asthme, les toux violentes et sèches, dans les tubercules 35 des poumons et les ulcères internes, dont il adoucit les acres, etc. etc.

ferrugineuse , il est douteux qu'on puisse l’employer avec cfheureux effels dans le plus grand nombre cf affections de poitrine; il paraît que l’on en a fait usage dans la phthisie pulmonaire, et il est vrai, que depuis quelques années on n’a pas craint de prescrire assez souvent le fer dans cette maladie ; on en a même vanté les bons effets dans quelques cas , mais dans d’autres il a été évidemment nuisible. Il faut beaucoup de discernement pour saisir les circonstances de cette maladie dans lesquelles ce remède actif et stimulant doit être prescrit , et la plus grande attention pour en suivre les effets , sous quelque forme qu’on remployé. Si cependant

Le docteur Ledrou, dont l’ouvrage parut en 1752 , se vante d’une belle découverte qu’il a faite , dans cette eau , d’un principe auquel il attache des qualités non moins admirables que celles qu’on attribuait au soufre. Après avoir parlé des autres principes qu’elle contenait, selon sa manière de voir, il dit : « outre tous ces prin- »» cipes elle en a encore un autre surprédominant à savoir , du »> Talc. Dans tous les auteurs qui ont écrit de ces eaux , il est grand r> silence de cette mine « et après avoir dit bien des choses sur la nature du Talc, il ajoute: >» Avicenne dit qu’il eft d’une qualité froide »? au premier degré, et sèche au second, qu’il est astringent, qu’il »? arrêts le sang , qu’il guérit les abcès de la poitrine , ies flux »? de ventre et d’autres écouiemens, &c. Morhoff assure qu’il sait »? en tirer un soufre par où il peut guérir les maladies ies plus 5» désespérées, et qu’il vaut autant que le grand élixir, etc. »» Martinus Martini prétend qu’il conferve l’homme long- temps en 5» fanté , et que les chinois s’en servent à cet égard. On peut pré- 9» parer divers excellens remèdes du Talc. “ Il n’y a que soixante ans que l’on rapportait et que l’on écrivait encore de pareilles inepties!

il y a des cas de phthisie pulmonaire où Ton jugé que les eaux ferrugineuses peuvent être convenables, et qu’on s’avise de faire usage des eaux de Spa , celles de la Géronstère méritent peut-être la préférence, parce que, étant plus faiblement ferrugineuses , et par conséquent moins stimulantes , elles peuvent convenir mieux dans l’état irritable du système , qui existe si généralement dans cette maladie.

Les eaux minérales de Spa , comme toutes les eaux ferrugineuses-, doivent évidemment être nuisibles dans toutes les maladies dont les symptômes sont , une diathèse inflammatoire , un pouls dur et plein, des rougeurs au visage; dans toutes celles où l’on doit craindre d’accélerer la circulation ; et sur tout , dans celles où le sang se porte habituellement vers la tête : il y aurait même le plus grand danger à en faire usage dans ces dernières maladies.

Je viens maintenant à une partie de mon sujet très-intéressante; c’est la méthode de prendre ces eaux. Il est prudent d’en commencer l’usage avec modération, par exemple, avec un verre de trois ou quatre onces répété quatre ou cinq fois par jour , et il est, en général, bon d’en augmenter peu à peu les doses jusqu’à ce qu’elles produisent des effets très-décidés sur les sécrétions. Je ne prétends point déterminer la quantité de ces eaux qu’on peut se permettre de boire par jour , parce que

cela dépend de la nature de la maladie et des effets qu’en éprouve chaque individu. Mais je dirai généralement quhl serait inutile et même nuisible , dans le plus grand nombre de cas , de la porter au-delà de trente à quarante onces et qu’elle ne doit surpasser soixante onces que dans des circonstances très-rares. On était autrefois dans l’usage de faire prendre aux malades une quantité énorme de ces eaux et presque incroyable.

De Heers , qui exerçait la médecine , et qui jouissait d’une grande réputation à Spa, il y a près de 200 ans, dit à ce sujet : « L’expérience, la « seule maîtresse qui doit donner les règles de « boire les eaux, nous enseigne que tous ceux qui « en boivent peu n’en retirent aucun profit, mais « en reçoivent au contraire un grand dommage. » — « Ceux qui boivent une grande quantité d’eau « en reçoivent un grand bien. J’en ai vu l’exemple « dans le visiteur des Chartreux, qui tous les mate tins en buvait trois cent cinquante onces. Jour- « nellement on trouve des personnes qui surpassent « le nombre de trois cents onces ; ce qui paraît « excessif. J’établis donc qu’on doit en boire a liée tant qu’on peut , pourvu qu’on rende bien les « eaux; et le savant médecin Monsieur de la Fram- « boisière est de mon opinion, ec — te Feu mon <e beau-père, Thomas de Rye, a sagement ordonné ee à toutes les personnes qui vont à Spa , de boire « la quantité d’eau qui leur sera prescrite le plutôt

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« possible; c’est-à-dire dans une demi-heure ou ente viron. « — « J’ai bu tous les matins cent soixante « onces, et quelquefois cent quatre-vingts de Peau « de la Géronstère ; j’ai continué à en boire la « même quantité pendant plusieurs jours et jamais « je n’en ai reçu de médiocres avantages. » — • « Ceux qui d’un âge médiocre ne peuvent en sup- « porter la quantité de soixante et même de quatre- « vingt onces , ne doivent pas venir à Spa , s’ils n’y « ont pas choisi leur sépulture, ou s’ils n’aiment « pas d’y augmenter leurs maux et d^y mourir « bientôt. « (1) Il est probable qu’on n’a jamais suivi à la lettre les opinions et les conseils de De Heers sur ce sujet ; mais il paraît qu’on continuait de prendre des quantités excessives de ces eaux jusqu’au milieu du dernier siècle , car on lit dans les livres écrits sur les eaux de Spa vers cette époque, que ceux qui les prenaient, ne pouvant pas se lier à leur mémoire, portaient de petits cadrans suspendus au col , moyennant lesquels ils tenaient compte du grand nombre de verres qu’il leur était prescrit d’en boire. Aujourd’hui même, quoiqu’on ait en partie abandonné l’ancienne pratique, on est dans l’usage de prendre des quantités de ces eaux qui me paraissent encore excessives. Prises en quantités si immodérées , ces eaux doivent peser sur

( i ) Spadacrène ou dissertation physique sur tes eaux de Spa , par Henri de Heers , docteur en médecine , etc.

l’estomac et les viscères, les fatiguer et eu troubler toutes les fonctions ; absorbées et introduites dans le torrent de la circulation, elles doivent trop délayer le sang et causer une pléthore aqueuse , qui • peut être nuisible et même dangereuse si elles s'écoulent par les sécrétions, elles doivent fatiguer' et épuiser les organes secrétoires ; de toutes les manières, un pareil abus de ces eaux doit nécessairement affaiblir le système , au lieu de le fortifier. L’expérience journalière démontre qu’une bien moindre quantité d'eau rend les cures plus sûres et n’expose pas les malades à de fâcheux revers.

G’était l’ancienne pratique à Spa d’ordonner aux malades de boire toute l’eau dont ils devaient faire usage chaque jour , le plutôt possible ; De Heers voulait même que les volumes énormes qu’il en prescrivait fussent pris dans « une demi-heure ou environ » On suit encore cette pratique de trop près , en prenant la plus grande partie de la quantité prescrite, de grand matin et à jeun. Je n’approuve pas cette manière de prendre les eaux. L’estomac se trouve accablé par un volume d’eau pris coupsur-coup qu’il supporterait facilement, et même davantage, si on le buvait avec moins de précipitation. Il est mieux, sans contredit, de prendre ces eaux , quand même la quantité prescrite en est peu considérable , à plusieurs reprises et à des intervalles convenables , comme tout autre remède qui doit agir graduellement et produire des effets durables sur le système.

Malgré ces précautions, ces eaux par leur volume et celui du gaz qu’elles contiennent, pèsent quelquefois sur l’estomac, et causent chez les personnes délicates des spasmes et des distensions de cet organe. Pour prévenir ces effets désagréables, on a l’usage judicieux à Spa, de prescrire des dragées d’anis, de menthe poivrée, de carvi, ou d’autres carminatifs sucrés , qu’on mange après avoir bu, ce qui remplit ordinairement l’intention qu’on a en vue. A ces précautions, on peut ajouter celle de se couvrir l’estomac d’une pièce de flanelle pour y retenir la chaleur et diminuer le refrodissement que peut éprouver ce viscère lorsqu’on y verse une quantité , tant soit peu considérable , d’eau d’une température si peu élevée.

Quant à la durée du temps pendant lequel on doit continuer de prendre ces eaux , on ne peut espérer d’en retirer quelque avantage en moins de trois semaines ou un mois, et il serait inutile d’en prolonger l’usage au-delà de deux mois , dix semaines, ou tout au plus de trois mois, au bout desquels elles doivent avoir produit tous les bons effets qu’on en attendait. Après ce terme, les organes commencent à s’habituer tellement à Faction de ces eaux , qu’ils n’en ressentent plus aucun effet considérable. Il faut alors discontinuer à les prendre , et faire usage, s’il est nécessaire, d’autres remèdes convenables , sauf à revenir à celui des eaux après un intervalle de quelques mois.

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Dans quelques cas , il est sans doute utile et même nécessaire , de seconder les effets de ces eaux par l’usage d'autres substances médicamenteuses, qui doit tantôt précéder, tantôt accompagner et tantôt suivre celui dés eaux. Mais, en général (à Fexception des minoratifs de futilité desquels j'ai déjà parlé) , on fera mieux pendant qu'on prend les eaux, de s'abstenir de remèdes; les malades en ont ordinairement passé par une grande variété avant de venir à Spa , et je suis persuadé que l’avantage qu^on gagne, en quittant les drogues dégoûtantes dont on a été dans l'usage de s'accabler l’estomac^ pour y substituer les eaux minérales, n’est pas un des moindres de ceux qu’on retire d’une visite à ces fontaines célèbres.

L'exercice à l'air pur d'une campagne riante^ les plaisirs d’une société gaie et agréable , les amusemens et l'éloignement des affaires sérieuses, coïncident admirablement à Spa avec l'efficacité des eaux à favoriser le retour de la santé. L’usage qu'on y a de se lever de bonne heure et de prendre quelques doses des eaux avant le déjeuner, contribue aussi beaucoup à assurer leurs bons effets; mais on peut facilement porter cette partie du régime ainsi que l’exercice à l’excès , comme on en voit à Spa de fréquens exemples ; j'ai vu des personnes délicates et faibles, se lever à quatre heures, monter à cheval , se gorger l’estomac d’une quantité

tité immodérée de Feau de deux ou trois sources minérales, ne prendre presque aucun repos pendant toute la journée , et finir par se livrer aux amusemens du lieu prolongés bien avant dans la Huit. Il serait inutile de m'étendre à relever Tabsurdité d'une conduite pareille. Sandberg dit au sujet de l’exercice , « qu’il n'est rien où le méde- « cin rencontre plus d’opposition chez ses malades « et sur-tout chez les femmes délicates et vapo* *< reuses, que dans ce point intéressant du régime, «« qui est l'exercice ; ardens à défendre leur itaadfc tion , ces malades s'aigrissent et se refusent aux « plus vives sollicitations * c'est les mettre dans un « état violent que de les tirer de leur solitude. « Cette observation de Sandberg n’est pas entièrement sans fondement ; mais il faut convenir , que chez beaucoup de ces malades * l'aversion qu'elles montrent pour l'exercice-* vient de l'expérience qu'elles ont de leur faiblesse* et de l'épuisement qu’elles ressentent toujours à la suite de la moindre fatigue.» « Mes trois docteurs m'ont recommandé l'exercice. « Promenez-vous pour rétablir vos forces. — Ré-* c< tablissez mes forces, docteurs, pour que j’aille et me promener. » ( i ) On fait très-souvent plus de mal qu'on ne pense, en excitant ces personnes à faire un exercice au-dessus de leurs forces. Quoique donc l’exercice soit une partie du régime

(i) Hermite delà Chaussés d'Antin. Tome 5^ page 249.

très-nécessaire pour assurer les effets de ces eaux, il faut en même temps qu’il soit proportionné aux forces du malade. On peut le faire en se promenant soit à pied , soit à cheval ; mais quoiqu’on ne doive pas abandonner entièrement l’exercice à pied, celui qu’on prend à cheval lui est généralement préférable ; c’est l’exercice par excellence ; il produit sur le corps tous les bons effets , sans la fatigue du mouvement. Aussi est-ce celui que Syndenham a tant recommandé comme le grand remède dans une foule de maladies. Il réunit à d’autres avantages , celui de mettre les malades à portée de se promener au loin dans la campagne , de respirer l’air pur des montagnes et de se récréer par la vue des sites agréables et pittoresques qui s’y présentent. Au reste, les malades à Spa font très volontiers usage de ce genre d’exercice , et quoiqu’ils en abusent quelquefois, il n’y a point de doute que ce ne soit une des causes qui contribuent le plus puissamment au prompt rétablissement de leur santé.

Quant à l’heure du lever , tout en convenant des bons effets que les malades peuvent se procurer en se levant de bon matin , je leur conseille néanmoins de ne pas quitter le lit, avant de s’y être reposés pendant un temps suffisant pour reprendre les forces du corps, que les actions vitales et les mouvemens musculaires avaient épuisées le jour précédent. Ce temps varie selon le tempéramment de l’individu et la fa-

ligue qu’il s’ést donnée. Les personnes sur-tout d'une habitude de corps délicat et faible exigent beaucoup plus de repos et de sommeil que les autres. Pour se lever à quatre ou à cinq heures , il faut qu’on se couche de très bonne heure, ce qui amène nécessairement la privation de tous les amusemens de la soirée ; et jouir avec modération de ces amusemens , c’est une partie très utile du régime : mais je ne vois nullement la nécessité de se lever de si grand matin pendant qu’on fait usage de ces eaux* On s’amusait à croire, il est vrai, qu’elles avaient beaucoup plus d’efficacité alors que pendant le reste de la journée. « Elles sont de grand matin , « dit Sandberg, plus fortes et plus spiritueuses. « L’atmosphère rendu plus pesant par la conden- « sation qu’il éprouve pendant la fraîcheur de la « nuit, presse encore la surface des eaux, et s’op- « pose à l’évaporation de leurs esprits singulière- « ment volatils, et dont la moindre chaleur facilite « la dissipation. » J’ose cependant assurer aux malades , qu’ils peuvent dormir tranquillement aussi long-temps qu’il leur est convenable, sans craindre l’évasion de ces « esprits singulièrement volatils , » et que ces eaux n’ont pas moins de vertu ni d’efficacité pendant toute la journée, quelles n’eu ont de grand matin.

Au sujet de la diète que doivent observer ceux qui prennent les eaux minérales de Spa, je dirai en général qu'ils doivent se restreindre, relativement

à celle-ci ainsi qu’à toutes les autres parties du ré» gime, à la manière de vivre qui, d’après leur propre expérience ou les conseils de leur médecin , serait convenable à leur état , à la même enfin qu’ils devraient suivre en faisant usage de tout autre remède. On lit cependant dans les auteurs qui ont écrit sur cette matière, de graves discussions sur les alimens qu’on peut permettre ou qu’on doit défendre aux malades, particulièrement pendant qu’ils prennent ces eaux. De Hers, par exemple, remplit plusieurs pages de suite à examiner si la chair de lièvre peut convenir avec les eaux , et si la nature craintive de cet animal et les choses dont il se nourrit doivent en défendre l’usage etc. Sandberg , au sujet des boissons, se déchaîne contre le thé. „ De toutes j, les boissons , la plus malfaisante et celle qui „ m’accorde le moins avec nos eaux minérales, est „ le thé : feuille meurtrière qui a causé des maux

infinis, et dont l’usage est presque universel. Son

principe astringent nuit sur -tout aux buveurs „ d’eaux minérales ferrugineuses , par la propriété ,, qu’il a de précipiter le fer de ces eaux , d’en „ rendre l’effet nul sur le corps humain , et de pro- „ duire des constipations opiniâtres, par l’amas de „ ce minéral accumulé dans les intestins. “ Cette belle déclamation est un précis de tout ce qu’on a écrit, et de tout ce qu’on a débité contre ce malheureux thé depuis qu’il est en vogue ; mais examinons si toutes ces assertions sont conformes à la

vérité des faits. En Angleterre le thé a été, depuis près d’un siècle, d’un usage preque universel; tout le monde en général, jusqu’aux plus pauvres, en prennent deux fois par jour. Mais quels sont les maux infinis que « cette feuille meurtrière » nous a causés? a-t-elle amené la détérioration de notre race , ou détruit notre population par les maladies qu’elle a fait naître ? Au contraire, cette population (malgré les pertes que nous avons nécessairement essuyées dans des guerres continuelles) n’a-t-elle pas augmenté , sous ce régime malfaisant , plus rapidement que ne l’a fait celle de quelqu’autre pays de l’Europe? Les anglais d’aujourd’hui sont-ils moins vigoureux que ceux qui vivaient dans l’avant dernier siècle? Nos marins, nos soldats, ont-ils jamais déployé plus de forces, tant physiques que morales, que de nos jours? Le thé ne fait-il pas depuis longtemps une partie essentielle de la diète des malades ( et c’est celle dont ils font le plus de cas ) à bord de nos vaisseaux , dans nos armées, dans les hôpitaux qui sont attachés à ces deux services? et malgré l’usage journalier de ce poison, la mortalité parmi ces malades , depuis le commencement de nos dernières guerres, n’est-elle pas diminuée d’une manière incroyable? Où donc ira-t-on chercher les preuves des « maux infinis » dont on accuse cette boisson ? Mais voilà comme on se refuse à F évidence des faits qui sautent aux yeux, et comme on débite, sans les examiner , pour de grandes vérités , des opinions qui sont absolument sans fondement.

Quant à Faccusation que le thé préeipite le fer de ces eaux, je ne saurais, il est vrai, l’en défendre entièrement ; cependant il ne peut le précipiter > que de l’eau qu'on prendrait presque en même temps que lui ; et alors le seul mal en serait , que le fer existerait sous une autre forme , d’une moindre activité peut être , quoique nullement nuisible : mais que la précipitation journalière d’une fraction de grain de fer , par ce principe astringent , puisse produire des constipations opiniâtres « par l’amas de ce minéral accumulé dans les intestins « , c’est une assertion si absurde qu’on ne peut pas s’arrêter pour y répondre sérieusement. Il est bon cependant de faire remarquer l’extrême inconséquence de ces auteurs sur ce sujet ; tout en parlant des suites fâcheuses que peut avoir le thé , en précipitant le fer par son principe astringent , ils sont dans l’usage de prescrire le quinquina et les astringens même, dont une seule bonne dose contient plus de ce principe prétendu nuisible , que l’on n’en trouverait dans la quantité entière de thé que prendrait le malade pendant huit jours. « Les toniques amers « et astringens , dit Sandberg , conviennent beau- « coup ici , tel que le quinquina , qui , pris avec « nos eaux, peut se donner avec avantage. >• (1 ).

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(i) Pai cité assez souvent cet écrivain, parce que son ouvrage contient ie précis des opinions de îa plupart des auteurs qui ont écrit sur ces eaux , comme il en convient lui-même : » Je suis bien n plutôt ^éditeur des idées des autres que des miennes ? «

Je soutiens donc que tout ce qu’on a avancé sur les propriétés malfaisantes du thé, est non-seulement sans fondement , mais contraire à tous les faits. Je n’irai pas si loin que de faire entrevoir, comme l’ont fait quelques auteurs , que l’usage de cette feuille a banni entièrement de chez nous quelques maladies , et qu’il a beaucoup diminué les autres ; mais je recommande en général cette boisson , même avec les eaux de Spa, comme extrêmement salutaire. Elle excite doucement l’estomac sans 1’épuiser ; elle produit l’hilarité et des sensations agréables, et sa saveur est si délicieuse qu’on ne s’en lasse jamais. Yu selon les règles de la saine diététique , le déjeuner léger à Fanglaise avec du thé , du pain et du beurre , doit être préférable à celui où il entre de la viande et des alimens très-nourrissans. On ne mange ordinairement que trop de ces alimensau dîner, et c’est bien assez d’en faire usage une seule fois par jour. Je suis persuadé que ce déjeuner convient mieux que tout autre à ceux qui prennent ces eaux; et c’est à cause de cela que je me suis permis d’entrer dans des discussions sur ce sujet, qui d’ailleurs seraient étrangères au but de mon ouvrage. Je conseille donc, sur-tout à mes compatriotes qui font usage des eaux de Spa, de ne pas abandonner , pour des préjugés , leur boisson favorite , à laquelle il leur serait bien difficile de substituer quelque chose qui pût les dédommager d’une si grande privation.

{ ix4 )

ta saison la plus favorable a Fusage des eaux; minérales de Spa , est depuis la fin de mai jusqu’au milieu d’octobre. C’est probablement dans cette saison, qu’elles sont le plus fortement imprégnées de leurs principes. C’est alors aussi, que la sérénité du ciel et l’aménité de la situation de cet endroit , invitent les malades à faire un exercice régulier et agréable à l’air pur qu’on y respire , ce qui doit , comme nous l’avons observé , contribuer puissamment à assurer les bons effets des eaux de ces fontaines salutaires.

ADDITION So

Etant revenu à Spa cette année (1816) vers le milieu de juillet, j’ai eu l’occasion , pendant que cet écrit, que j’avais confié à l’imprimeur en passant par Liege , était sous presse } d’y faire quelques nouvelles observations sur les eaux minérales , qui m’ont paru assez intéressantes , pour que je me sois empressé de les faire insérer à la fin de mon ouvrage avant de le faire paraître,

La saison actuelle a été remarquable par les pluies excessives qui depuis plusieurs mois jusqu’à ce jour, le i5 août, n’ont presque point cessé de tomber. En arrivant à Spa , j’ai trouvé que ceux , qui avaient autrefois pris les eaux, se plaignaient de ce que la saveur n’en était plus la même , et qu’elles étaient devenues fades et beaucoup moins ferrugineuses. En buvant moi-même de ces eaux , j’ai cru que les observations qu’on me faisait à ce sujet n’étaient point sans fondement ce qui m’a engagé de nouveau à en examiner quelques-unes.

C’était une occasion favorable de déterminer

quels changemens l’influence d’une pareille saison peut produire dans la composition de ces eaux.

Le PouJion . Eu examinant beau de cette fontaine ; elle me présentait les mêmes apparences que celles que j^y avais autrefois remarquées ; mais quoique toujours agréable au goût , elle avait perdu beaucoup de sa saveur ferrugineuse. Je ne me suis pas aperçu , après plusieurs examens , qu’elle eût de rôdeur , ce qui prouve qu’elle n’a pas , si généralement que je l’avais pensé, une odeur décidée à la suite de grandes pluies.

N^ayant pas avec moi, cette année , un appareil hydrargyro-pneumatique , j’ai cherché à déterminer la quantité de gaz acide carbonique contenu dans cette eau , par la précipitation avec l’eau de chaux; cette méthode m’y a indiqué à-peu-près le même volume de gaz, que j’en avais autrefois obtenu.

Soumise à l’évaporation , elle ne m’a donné sur un gallon ou 23i pouces cubes, que 17.8 grains de matières fixes , quantité très-peu au-delà de la moitié de ce quelle en contenait il y a deux ans ; ce résultat est contraire à l’opinion dans laquelle je fus alors , d’après les faits qui se présentaient , que la quantité totale de matières fixes, se trouve généralement augmentée dans cette eau , à la suite d’une saison pluvieuse.

La table suivante présente les proportions respectives des principes que j’ai trouvés dans un

gallon ou 2ôi pouces cubes de l’eau du Pouhon, puisée au commencement du mois d’août 1816 ;

Matières fixes , . 17.80

Savoir : -

Sulfate de soude, . o.35

Muriate de soude, . o.4<>

Carbonate de soude, . 0.90

Carbonate de phaux . . . 7 . 5o

Carbonate de magnésie, . 1.95

Oxide de fer, . . . 1.75

Silice, . 2.5o

Alumine, . 1.60

Perte, . i.o5

Il paraît donc que cette eau ne contenait , lors de mon analyse cette année , que le tiers de la quantité de fer que j’y trouvai, dans le même mois en i8i4

La Sauvenière. Sur un gallon de l’eau de cette fontaine puisée vers le commencement d’août, j’ai obtenu 5.3 grains de matières fixes, dans lesquels je n’ai trouvé que 0.8 grains d’oxide de fer; ce qui monte seulement à un peu plus que le tiers de la quantité de fer que contenait cette eau , il y a deux ans. Je n’ai pas eu le temps de déterminer les proportions des autres principes, que d’ailleurs il n’est pas important de connaître.

La Géronstère . J’ai trouvé dans un gallon de cette eau, o.35 grains d’oxide de fer; ce qui ne monte qu’à deux cinquièmes à-peu-près , de ce qu’elle en contenait il y a deux ans; de sorte que la quantité de ce métal est très-considérablement diminuée cette année dans celle-ci , ainsi que dans les autres eaux dont je viens de parler.

J’ai de nouveau examiné l’eau de la Géronstère pour savoir si, sous l’influence de la saison actuelle, elle contient une quantité sensible de gaz hydrogène sulfuré ; mais après y avoir mis les plus grands soins, et varié mes expériences de toutes les manières, je n’ai pas mieux réussi que dans mon premier travail sur cette eau, à y découvrir le moindre vestige de ce gaz.

Etant pressé de faire paraître mon ouvrage, je n’ai pas eu assez de temps pour examiner les eaux des autres fontaines ; mais il y a lieu de croire qu’elles doivent avoir éprouvé toutes à-peu-près les mêmes changemens

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