III. Résultats des analyses des eaüx de Spa
FAITES PAR LE DOCTEUR AsH EN 1787.
« Les résulats de la table suivante , dit le «c docteur Àsh, sont calculés pour la mesure d’un « quart anglais égal à 70.6 pouces cubes ou à « 52 à 55 onces suivant la gravité spécifique des « eaux respectives. »
Il dit que les substances gazeuses contenues dans ces eaux consistaient entièrement en acide aérien; excepté dans celle de la Géronstère où il se trouva mêlé avec une portion incertaine de gaz hépatique.
Dans cette table la quantité totale des matières fixes est beaucoup plus grande , et pour quelquesunes des eaux, plus du double de celle que donnent mes résultats , et nos deux rapports ne sont pas d'accord sur les proportions , le nombre , ni même sur la nature de quelques-uns des principes que nous avons respectivement indiqués. Le docteur Âsh ne trouve de la magnésie que dans la seule eau du Pouhon , et la quantité qu'il en donne est près de vingt fois autant que celle que m’ont fourni mes expériences : il indique de la potasse dans les eaux de la Sauvenière et du Groesbeeck , qui certainement n’y existe pas. Il ne découvre dans aucune des eaux, ni muriate, ni sulfate de souder ni silice, ni alumine. En comparant les deux tables de nos résultats, on s’apercevra de quelques autres différences. La quantité de gaz acide carbonique qu’il donne pour chacune des eaux est presque la même que celle que j’ai rapportée, et il paraît que nous avons employé tous deux la même méthode pour l’obtenir.
Quoique la quantité de matières fixes qu’indique le docteur Ash , pour le Pouhon , soit si fort audessus de celle que donnent mes résultats, elle est
cependant considérablement plus petite que celle qu’j a trouvé Bergman. L'évaporation , à l’effet d’obtenir les matières fixes contenues dans les eaux minérales , est cependant une opération si simple qu’on ne conçoit pas qu’avec des soins ordinaires, aucun de nous ait manqué de recueillir assez exactement la quantité de ces matières qui existaient dans cette eau lorsque nous l’avons examinée; d’où viennent donc ces différences dans nos résultats ? On pourrait peut-être rendre en partie raison de ces différences, si nous connaissions la température que ces deux savans employaient pour la dessication des produits de leurs analyses ; car cette circonstance , comme nous l avons vu, influe puissamment sur les résultats des expériences chimiques , et cependant iis ont gardé le silence sur cette circonstance. Mais en supposant même que chacun de nous ait employé une température différente , l’influence de cette cause ne serait pourtant pas suffisante pour expliquer des différences si considérables dans nos résultats , et pour résoudre entièrement la difficulté nous serons obligés d’admettre que depuis le temps où Bergman a écrit , cette eau a subi des changemens considérables dans la quantité de ses principes minéralisateurs. Des changemens pareils , d’après la différence entre les résultats du docteur Ash et les miens , doivent avoir eu lieu dans les autres eaux. Mais ces changemens dans composition de ces eaux, ont-ils été accidentels
et passagers, ou graduels et durables? On conçoit que les principes minéraîisateurs des eaux peuvent être augmentés ou diminués par différentes circonstances. Ces eaux reçoivent leurs principes en passant par différentes couches de minéraux ; ces minéraux peuvent s’épuiser insensiblement en s’écoulant avec les eaux ; quelquefois au contraire les sources peuvent s’insinuer dans de nouvelles couches de ces minéraux et en devenir plus chargées de principes. On assure que le Pouhon devint plus abondant et plus minéral après le tremblement de terre en 1692. D’autres causes naturelles auront pu y produire, ainsi que dans les autres fontaines, depuis le temps de Bergman et du docteur Àsh , des changemens considérables et permanens, outre les variations fréquentes et presque journalières , mais passagères , que ces eaux doivent avoir éprouvé dans leurs qualités par l’influence de l’atmosphère et des saisons : néanmoins , il est probable que c’est cette influence seule qui aura produit ces changemens. Nous pourrions peut-être résoudre cette question d’une manière plus satisfaisante, si ces auteurs avaient indiqué que! avait été le caractère dominant des saisons , aux époques où les eaux qui servirent à leurs analyses respectives furent puisées. Tout ce que je viens de dire à ce sujet est une nouvelle preuve qu’il importe d’examiner de temps à autre les eaux minérales.
Mais quoique d'après ces observations on soit fondé à croire que la quantité totale, ainsi que les proportions relatives des principes qui se trouvent dans ces eaux, ont éprouvé des changemens considérables y il ne me paraît pas probable que ces eaux contenaient autrefois des principes qu'on n’y trouve plus de nos jours, ou qu’on y en découvre aujourd’hui qui n'y existaient pas du passé, comme on pourrait penser en comparant les résultats du docteur Ash avec les miens. Il est plutôt à croire que ce médecin a été induit en erreur sur ce sujet par l'inexactitude de quelques-unes des méthodes qu’il paraît avoir employ ées dans son travail sur ces eaux,