CHAPITRE I
IKniODUCTIOH»
Insuftisance des travaux du iS* siècle.— Direction meilleure dans l'étude de Tantiquité. — Étude des monnmens. — Travaux des voyageurs et savans modernes. — De la découverte de Talpbabet égyptien, — État des études surTÉgypte.
Les leçons d'archéologie dont nous offrons un peu tardivement l'analyse aux lecteurs des Annales de philosophie chrétienne^ se recommandent à plus d'un titre à l'attention des personnes instruites. Elles ont été faites l'année dernière au Collège de France par M. Letronne, l'un de nos savans les plus illustres. Le sujet développé dans ces leçons est par lui-même fort impoi^ tant 9 et il paraîtra tel à tous ceux qui sMntéressent aux progrès de nos connaissances positives sur l'antiquité. En outre, ce sujet, en apparence renfermé dans des limites assez étroites , soulève plusieurs questions^ relatives à TÈgypte ancienne, qui ont beau-
2 ËTUDB DKS MONUMENS ASTRONOMIQUES ;
occupé les érudits dans ces derniers tem8,,et qui sont loin encore d'àVètr reçu Uûe sôlutioti dtéfiHitive. 0UËlqttes-UneS de ces questions touchent à Tbistoire des sciences et des religions dans Tantiquité, et se rattachent dtPêbfëihent à l'étude des origines de la civilisation grecque. Sous ce rapport, le cours ô^archéologie que nous nous proposons de reproduire f mérite de fixer l'attention, litui^séUleihetit de& antiquaires, mais encore des astronomes et des historiens ; nous croyons même qu'en certains points il ne sera pas dëitué d'intérêt pour Us personnes les plus étrangères aux recherches de Tarchéologie.
Si les lecteurs de ce journal n'étaient familiarisés avec les questions les plus difficiles , et qu'il nous fallût recourir à un artifice innocent pour piquer leur curiosité, et solliciter tout d'abord leur attention en faveur du travail que nous entreprer nous, nous nous permit triotlis d^iàlictpèr^ et de leur annoncer dès le début qu'ils trouveront dans nos articles un examen sérieux, une réfutation solide et vraiment scientifique du système développé par Dupuis dans VOrigine de tous les cultes. Qu'il nous suffise de dire en commençant, que le cours à^archéologie dont nous voulons rendre compte, n'est pas aussi étranger qu'on pourrait le croire d'abord à l'objet que se proposent les rédacteurs dés annales dé philosophie chrétienne ; il s'y rattache au cbntrail'e directement. Les savantes recherches de M. Letronne ruinent complètement un système funeste qui a exercé un grand empire sur d'excellens esprits ; elles détruisent ce prodigieux édifice élevé contre la religion avec une coûfiaûce superbeé Le tempk de la vérité ne se construit qu'avec lenteur; et c'est beaucoup d'avoir mis pour toujours hors de combat un ennemi iong-tem5 redouté, d'avoir écarté sans retour deft avenues du temple ce nouveau sphinx qui proposait ses teitibles én^mes.à tous ceux qu'il pouvait attirer à lui '•
* Du{Snîs faisait^ dans les dernières années de sa vie^ un enseignement oral conforme aux principes qu il a développés dans ses ouvrages. Nous sdvbhs de science certaine qu il cherchait à entraîner dans le godffre de Talhélshi^e tous ceux qui conversaient avec lui.
UÉFUTATION DE DUPLIS. d
Avant d'entrer dans le fond du sujet traité, dans son cours, par M. Letronne, nous rappellerons en peu de mots les transformationa par lesquelles est passée la science des anticjuités égyptiennes. Tout le monde sait qu'il n'y a rien dans l'histoire andenne de plus difficile^ de plus épineux que la chronologie des Egyptiens. Le fondateur de la science chronologique che2 les modernes, nUustre Jos. Scaliger, discutant Un passage d'Hérodote qtii a long-tems fait le désespoir de ceux qui ont tenté de l'expliquer, et ne pouvant en donner une interprétation dont il fût content lui-même, laissait échapper cette parole » que depuis oti asott* vent rappelée : « Missa igitiir illa mendacia et somnia Mgyptio'^ » rum faciamus '.» — Le P. Petau résumait son opinion sur le^ origines et les dynasties des Égyptiens, en disant qu^elles étaient des fables indignes de V attention des savans. Lorsque l'on songe aux obstacles sans nombre que devaient surmonter les premiers érudits des tems modernes , pour présenter sur les antiquités égyptiennes un système bien lié dans toutes ses parties, on ne s'étonne pas que deux d'entre eul ai^nt prononcé tin tel arrêt ; on s'étonne bien plutôt qu'après eux tant d^autres hommes har* biles aient osé en appeler.
Jusqu*au commencement de notre siècle on put croire en effet qu'il serait à tout jamais impossible de mettre un peu d'ordre dans le chaos inextricable de l'histoire et de la chronologie égyptiennes. Jules l'Africain, Eusèbe, le Syncel!e, essayèrent vainement de porter la lumière dans les obscures annales de l'Egypte; ils ne purent concilier ni les récits ni les systèmes des anciens auteurs. Toutes les questions quMls soulevèrent, sans les résoudre^ furent reprises par les premiers érudits des temS modernes. Mais ceux-ci, malgré l'emploi d'une méthode plus rigoureuse et les secours d'ane critique plus écUirée, n'atteignirent pas le but Vers lequel ils tendaient. Tons leiir» travaux sur la chronologie
' De Entend, temp,\ t. ni^ p. 198 — 11 s'agissait du fameux passage relatif aux changemeus survenus dans les levers ci les couchers du soleil {Hérod., Il, 14^,) et qui est cité dans les Annales de phil. chrétienne^ t. X , p. 525. ~ Nous aurons occasion d'y revenir dans la suite.
4 ETUDE DliS 3IO.\U31i:i\S AbTKOAOiJIQLhb ;
égyptienne n'aboutirent qu'à signaler des contradictions entre les principaux historiens, et à accréditer celle opinion, qu'il était impossible de les faire disparaître. Le peu de succès des tentatives de Scaliger> du P. Petau , du chevalier Marsham, d'Ussérius, de Oesvignoles, de Fréret, de d'Origny et de beaucoup d'autres, avait fait prendre en dégoût des éludes qui restaient à peu près stériles. Relativement à l'histoire des événeniens, il semblait résulter de ces travaux, qu'il n'y avait pour nous d'authentiques et de certains que les faits postérieurs à l'établissement des Grecs en Egypte. Ainsi, à l'exception de deux ou trois faits antérieurs à la conquête des Perses , à la fin du G^ siècle, et de quelques autres qui se rattachent à l'histoire des Hébreux, on ignorait tout le reste. Même, on savait bien peu de chose sur l'état de l'Egypte pendant la domination successive des Grecs et des Romains. On ne connaissait guère non plus l'histoire des mœurs, des institutions, de la religion. Sur ces sujets importans, les anciens ne nous ont transmis que des documens incomplets ; les uns, comme Her0d0te2.se [sont abstenus de rapporter tout ce qu'ils en savaient ' ; les autres, comme les écrivains alexandrins, ont souvent altéré les traditions égyptiennes, dans le but de les rattacher par quelques points au système mythologique des Grecs.
Ainsi l'on émit sur ces questions les opinions les plus contradictoires, et l'histoire varia, pour ainsi dire, au gré de ceux qui l'écrivaient. Les uns, comme Freret, laissaient de côté Hérodote et Diodore, et aimaient mieux s'en tenir, pour la chronologie, aux documens tirés de Manéthon, documens bien incomplets, qui nous ont été transmis par Josèphe et les premiers chrono-
' On est injuste, selon nous, envers Hérodote, toutes les fois qu'on lui fait un reproche de n*avoir pas tracé dans son ouvrage un tableau corn* plet de Thistoire égyptienne. Autant vaudrait lui faire un reproche de n*avolr pas éclairci Iss antiquités de la Perse et de la Babjrlonie. On oublie toujours que le but d*Hérodotc a été d'écrire une histoire nationale^ de raconter la grande lutte qui avait fondé Tindépendance des Hellènes. Le livre 11, consacré tout entier à rËgypté, n est, à vrai dire, qu'une digression, un épisode.
logistes claélienf:, tels que Juleg rAfricain, Eusèbc et le Syncelle. Ils pensaient que ces docuniens contenaient la substance d'une histoire de l'Egypte conforme aux idées que s'en faisaient euxmêmes les Égyptiens. Les autres suivaient de préférence Héro« dote, et immolaitnt au Père de l'histoire Diodore et Manéthon '.
Aucun de ces systèmes d'opinions ne tint devant un examen approfondi ; ils furent tous renversés du jour où on les soumit à l'épreuve d'un raifonnemcnt rigoureux.
Tant d'essais infructueux n'étaient pas de nature à encourager. Aussi l'on put croire que l'étude de l'aotiquité égyptienne serait toujours ingrate , et n'offrirait que des difficultés insur* montables à ceux qui s'y livreraient.
Tout à coup la direction des travaux changea. On comprit que pour faire avancer la solution des questions tant de fois débattues en vain , il fallait laisser reposer pour un tems les textes anciens, et puiser à d'autres sources inexplorées jusque là. On se mit donc à interroger l'Egypte elle-même, et à lui demander le secret de ses antiquités. Au lieu de tourner perpétuellement dans le même cercle d'argumens et d'objections, on transporta les questions sur un autre terrain ; on e'iudia les monumcns qui avaient résisté à l'action du tems et des hommes. L'idée si féconde de faire l'histoire pnr les monumens, fit concevoir l'espérance de donner enfin de la réalité à l'étude de l'antiquité égyptienne ; elle ouvrit une voie nouvelle dans laquelle chaque pas devait être marqué par d'importantes découvertes. Dès le
' On sait où celte préférence aveagle, exclusive, a conduit Larcher. Pour le dire en passunt, il nous semble que généralement on ne jage pas assez sévèrement la traduction d*Hérodote par Larcher, ion plus que ses recherches sur la géogr;iphie et la chronologie. La traduction de Miot est aussi exacte et plus élégante que celle de Larcher ; les recherches du major Uennell sur la géographie d'Hérodote sont marquées d*uu cachet d'originalité que Larcher n*a jamais imprimé à ses travaux ; et quant à la Chronologie d* Hérodote , nous doutons qu'elle ait encore beaucoup de partisan! parmi les savans; on sait, d ailleuis, que Larcher a avoué qu'un esprit tout opposé au christ ianisme l'a giiitîr tians ce travail t ce qu'au reste il a déploré .^ la fin de^n vii ,
6 KTUDR DKS MOIVUMRNS ASTRONOMIQUES ;
milieu du siècle dernier, Tanglais Ricbard Pococke avait recueilli un grand nombre d'inscriptions grecques et latines gravées sur les édifices de TÉgypte ; il avait donné une description détaillée de plusieurs monumens, et par là, il avait fourni un nouvel aliment à Tactivité des savans. Les membres de la Commission d'Egypte augmentèrent prodigieusement ces richesses archéolo* giqucs. Enfin 9 après eux , d'illustres voyageurs français et anglais ' publièrent avec un zèle qui leur a mérité la reconnaissance du monde savant | les dessins des moindres vestiges de Tart égyptien. De sorte que dans l'espace de 40 ans, l'Egypte et la Nubie furent parcourues dans tous les sens ; toutes les ruines furent visitées et décrites, toutes les inscriptions furent recueillies '.
L'étude des monumens devenait inséparable désormais de la recherche des faits. Avant tout, il fallait inventorier cette riche collection de matériaux , les classer , discuter et fixer Tépoque des monumens, pour pouvoir en tirer des indiictions certaines. Mais il se trouva des esprits impatiens qui s'engagèrent dans la voie des systèmes, avant d'avoir reconnu la nature, la qualité et l'importance relative des matériaux qu'ils employaient. Ils produisirent prématurément des généralités historiques dénuées de preuves solides. Les discussions se ranimèrent > et elles furent d'autant moins fructueuses , que l'on connaissait moins bien les ressources dont on disposait, et qu'on se permettait de devancer par des conjectures le développement de la science.
Ainsi, Ton s'épuisait en de vaines collisions. Cependant quelques esprits plus sages s'étaient retirés de cette arène où Ton ne pouvait descendre qu'avec un système nouveau , et ils poursuivaient en silence des recherches positives, utiles et fécondes. Ils
' Citons seulement parmi les étrangers^ Hamilton, Bankes, Sait, Belzoni, Burtou, Wilkinson, Hoskins, etc., et parmi nos compatriotes, MM. Gailliaud, Huyot, Gau, Champollion, Hector Horeau, etc.
* £n nous exprimant ainsi, nous ne voudrions pas donner à penser qu'il ne reste plus de découvertes à faire en Égypre pour les antiquaires et les artistes ; le dernier ouvrage de M. Nestor Lhôlc {Lettres e'crites d'Egypte et de Nubie en 4 838 et 1839) prouve bien que la mine n'est pas encore épuisée.
R6FUTA.ttON DR DUPUfS. 7
•'occupaieot de reelltuer et d'expliquer les ioscripiiôns grecques cl Iftdaes, i^eueiUies sur les monumens , ils en liraient parti pour réfiandr^ la lumière sur des questions obscures. Eux aussi avaient laura génémlitéa ; mais ih les exposaient avee réserve, et smdemeftt après les avoiv éprouva au eontact des faits. Plus d'iuM ibiii« ih eurent occadoQ de prouver que, sur telle ou telle quevtiof » qotbllifs Ugnes d'une iiiscription en apprennent plus que toutes les conjectures. Et en effet, l'étude persévérante des insci^tiâna devait liAt^r Tuqe des plus belles découvertes ^es li;ems modernes, etUed0l'4i//9À«dfl phonétique des hiérogi^phei égxptims'.
Une ère nouvelle commença pour la scienee des antiqukés de rÉgypIe* et I^oq espéra qn^^n en viendrait , avec le tems, è eonnaiire ce p^f s aussi bien, mieux peut»étrje, que tous les autres. 45aaa douta ees espérances sont bien loin encore d*étre remplies» et la mort prématurée de Champollion (16SS) en retardera long- Umê l'entier aceompUssement; maie dès â présent on peut reeoniMitlre qu'elles ne semai point vaines^ puisque le domaine de la science a'enriehit tmis les jours de découvertes nouvelles. Ces progrèl inceetaiia sont dus aux savans qui entrent dans l'étude dea antiqiiitéa égyptiennes avee un esprit l&lEwe de toute préoccu-
1 Rappçlon9 seulemeat que les premiers éléipens 4e cette découverte, qui voue le nom de ChampolHoD-à une iiçmortalité glorieuse, lui furent fournis par l'examen de rinscriptiou bilingue de Rosette. Mais cette inserîption seule n'aurait pas suffi pour assurer la découverte. Il fallait une seconde épreuve. Heureusement elle devenait possible par la comparaison que l'on fit d*une inscription hiéroglyphique gravée sur l'obélisque de Phil», et de Tinicription grecqua qui couvrait le socle de c3t obélisque. Les deux inscriptions ont entre elles, ainsi qoe le démontra M* Leironne {Journal des savons^ i8)i)i une relation qui permit cett*} comparaison. 3ans cette seconde épi^^uvei o^ aurait été lopi^teips; réduit à des conjectures plus ou moins probables, et peut-être la découverte dont Champollion a doté le monde savant serait-elle encore à faire, yoir Letronne, Recherches pour servir à l'histoire de V Egypte ^ i823. //»troduction^ p. xxx, noteS.— 'Les-^/i««/e* de philos, chrétienne ont donné deux planches représentant lès différens alphabets égyptiens ; voir i'« sérîe^ t. Il, p. 43oiet 3* série», t. i, p. 999.
8 ÉTUDE DE« MONUMENS ASTKONOMlQl^Eft;
paiion systt^matique, et qui nVinploienl qtt*avec circonspection ia méihode hypothétique. C'est à ces savans qu'il appartient de reculer de plus en plus les limites de nos connaissances ; soit que, marchant sur les pas de Champollion , ils se vouent à l'étude de la langue égyptienne et au perfectionnement des méthodes dont il a le premier fait usage, soit que, portant leur attention sur les monumens, ils s'en servent pour éclairer les points les plus obscurs de l'histoire.
Telles sont les transformations principales qu'a subies succès- ' sivement la science des antiquités égyptiennes. En parcourant rapidement les phases diverses du développement de cette science, on reconnaît que dans tous les tems rien n'en a plus retardé les progrès que ce funeste esprit de système contre lequel la critique ne sera jamais trop sévère ; on demeure convaincu que dans l'avenir ses progrès seront dus principalement à l'emploi d't^le bonne méthode.
Puisque nous avons prononcé le nom de méthode, disons un mot de celle qui a été suivie dans les Recherches archéologiques que nous analysons. Elle est simple et naturelle ; elle n'a rien de commun avec cette méthode d'hypothèses qui, de nos jours, a enfanté tant de systèmes faux et absurdes. Il nous semble que dans l'état actuel de nos connaissances sur TEgypte, et dans des questions aussi délicates que celles dont s'occupe l'archéologue, elle seule peut conduire à des résultats ceitains , ou au moins assez probables, pour entraîner l'essentiment des esprits sévères. S'agit-il d'étudier un monument ancien? Avant tout, il faut s'attacher à le connaître en lui-même, à le décrire exactement, à noter toutes les circonstances remarquables qu'il présente. Cette étude préliminaire doit servir de fondement à toutes les recherches ultérieures. Les notions qui résultent de cette étude n'ont pas réellement de caractère scientifique, tant qu'elles restent isolées ; elles n'acquièrent de l'importance que du moment où l'on parvient à les coordonner dans un ensemble de notions analogues. Aussi, après avoir étudié le monument en lui même, il faut le considérer dans tous ses rapports avec l'histoire. Dès lors s'élèvent plusieurs questions : \ quelle époque ce monu-
REFUTATION DE DIIPUIS, 9
ment appartient-il ? pour quel but, clans quelle destination, sous Tempire de quelles idées a-t-il été constiuii? en quoi ressenible* t4l à tels ou tels autres^ etc. ? Quand on a résolu ces questionSf on est arrivé à connaître le monument dans tous ses détails et sous les aspects les plus divers; on a les moyens de lui restituer sonTéiitable caractère, puisque l'on sait expliquer toutes les particularités qu'il présente. Parvenu à ce point, l'archéologue n'a pas encore terminé sa tâche : il lui reste à tirer parti du monument pour l'histoire elle-même. C'est aloi-s que, combinant tous les faits qu'il a constatés par un exainen approfondi, il cherche à les lier par une théorie qui les embrasse tous , et leur assigne une place importante dans la science. S'il joint une grande sagacité à une érudition profonde, il peut quelquefois, à la faveur de rapprochemens imprévus qu*il établit entre des faits de l'ordre le plus élevé et des circonstances en apparence dénuées d^intérêt, il peut, dis-je, mettre en lumière des points obscurs, confirmer ou ébranler des opinions accréditées sur lès plus gravts questions. C'est ainsi que l'histoire se complète par l'étude des monumens. Cette méthode qui va procédant du connu à Tinconnu , qui n^admet aucune hypothèse arbitraire, n^est autre que celle dont remploi a tant contribué aux progrès des sciences naturelles. Elle peut paraître lente aux esprits impatiens de tout expliquer ; mais elle est rigoureuse, et les résultats auxquels elle a déj^ conduit sont désormais acquis à la science. Nous aurons plus d'une occasion de le prouver dans les articles suivans. Sans insister sur les points de détail, nous ferons en sorte de n'omettre aucune conséquence importante , et de reproduire la série des argumens les plus décisifs, afin que nos lecteurs trouvent dans cet exposé un enchaioemeut rigoureux des pretrves qui ont établi la conviction du savant professeuu
10 ETUDE HES MONUMftATS ASTRONOMIQUES ;
cBAFiriEiE n.
Rçpré^entôlion» yodiaooIe$.-^5y9(èjQe de Bu\Wy.^lxfK^fié et i;érmaMoQ
sommaire du8ys(ômede Pupuis. — SurForigine du sodiai^iie.^ Examen du mémoire sur iff çon^t^liafions et de l'origine dç tous les cultes^
Le» moottineni' aociena qui panitfaeiit m rapporter plui pavjticuHèremenfc è Tastronomie sont a«tez nombraux pour (oriii«r UQ« clane à part, et aaaez importans pour qu'on Uaëtudie d'une manière toute apëciale. la liaison qu'ils ont arec certaincscroyao- «e$ religieuses et certaines institutions civiles, l'usage qu'on en a fait pour étayer divers systèmes sur l'origine des religions anciennes, justifient pleinement l'attention dont ils ont été l'objet de la part des archéologues modernes. De tous ces monumens, ceux qui, sans contredis ont acquis le plus de célébrité, sont ceux qui portent des représentations zodioQ^les* L'E^urope savante a retenti pendant plus de 20 années des vives discussions auxquelles ils ont donné lieu. Les érudits étaient partagés. Les uns prétendaient que ces représentations appartenaient à la plus haute antiquité; les autres soutenaient qu'elles avaient été exécutées à une époque comparativement très récente. Et comme au fond de cette question scientifique se cachait un intérêt religieux, la polémique
devint très âpre» très passionnéej et cela, saaa grand profit pour lascience. Il n^y a pas long-tems encore, on ignorait TépoqufS et la signification historique de ces monumens, on ne pouvait leur assigner la place qui leur appartient dans Thistoire dcTart» et Von s'égarait de la manière la plu3 étrange dan9 le vaste cbomp qu'ils ouvraient aux conjectures. Aujourd'hui, op est revenu de toutes les doctes erreurs dans lesquelles on était tombé au $ujet de ces monumens. On en a déterminé l'époque, le CAr^ctère, on sait te qu'ils valent pour l'histoire de la civilisation antiquçi et çomuieut ils se rattachent à certaines idées qui dominaient dans les eapritS| aux tems où ils furent construits.
Ge sont les recherches de M. Letronne qui ont n^is enfin un terme à la fameuse et trop longue controverse relative aux zpdiar ques. Elles ont obtenu les suffrages des savans, et fixe' irrëvocablement le sens de ces monuipens si diversemant ei^pUqués. L'ensemble de ces recherches constitue une monographie historiqua et archéologique complète dans toutes ses parties. M. Letronne s'est proposé, dans ses leçons au Collège de France, de présenter k ses auditeurs un re'sumé concis de tous les travaux qu'il a entrepris sur cette matière importante. Avant de reproduire sommairement l'exposé qu'il en a fait, non» remonterons avec lui Jusqu'aux idées de Dupuis, qui ont long-tems exercé une influence décisive sur la marche de toutes ces discussions.
A la fin du siècle dernier, il s'était r^lpaindu p^rmi les savans une opinion qull faut rappeler ici, parce qu*elle occupe une place importante dans le système de Dupuis. Bailly l'avait soutenue avec un grand ta.lent dans son histoire 4e VAsironomie ançiennfi^ et l'avait mise en faveur. Suivant lui, la civilisation que vulgai-» rement Ton nomme antique ^ et que l'on étudie comme telle, ne mérite pas ce nom ; elle n'est pas une civilisation primitive, elle ne nous oiTie qu^ des débris uiutilés d'une civilisaiion dont les monumens ont diaparu, et dont l'origine se perd dans la nuit des tems. D'où il suit, que plus on remonte dans la série des siècles, plus on se rapproche de la source de toute science, de toute lumière, de toute civilisation.
Il n'entre pas dans notre plan dVnumérer ici toutes les consé-
12 KTUDP. I>R MONUMENS ASTRONOMIQUES;
quenccs que Bailly tira de cette hypothèse, coïKpIètenient abandonnée aujourd'hui ; mais il faut dire comment il en fit usage pour déterminer Tëpoque à laquelle le zodiaque fut inventé. On verra par là que Dupuîs a eu un précurseur dans la voie des hypothèses où il s'est avancé si loin. Bailly admettait donc sans res« triction ce principe : que toutes les notions scientifiques qui nous restent des anciens ne sont que des souvenirs confus et altères d'une science parvenue à un très haut degré de perfection, bien des siècles avant les tems historiques. Ayant à examiner la question de l'origine du zodiaque, il remarqua que les douze signes du zodiaque grec existent sur des raonumens égyptiens, dans les sphères des Persans, des Arabes, et jusque dans l'Inde, et il ne douta point que le zodiaque ne fût venu de l'Orient. Bien entendu qu'il fit honneur de cette invention à son fameux peuple antédiluvien, originaire de la Haute-Asie '. Quanta l'époque de cette inventiori^ il la faisait remonter bien au-delà du déluge ; car il croyait que plusieurs constellations zodiacales étaient nommées dans le livre de Job V Ainsi dans le système de Bailly: l'' Le zo*
* D*Alerobert regrettait malidensement de ne pas connaître le nom et on peu aussi l'histoire de ce yeap\e perdu, objet de la prédilection de Bailly, ce peuple qui nous avait tout appris, excepté son nom. Bailly crut mettre fin aux regrets ded'Alemberti en publiant (un voh in-8.1779.) ses Lettres sur V Atlantide de Platon et sur F ancienne histoire de (Asie^ adressées à Voltaire. Dans ces lettres, il cherche à établir que le peuple antédiluvien, dont il avait admis l'existence dans.son Histoire de t Astronomie ancienne, n est autre que le peuple des Atlantes y sorti de VAtlan" tide, dont parle Platon dans le Tim^e et le Critias. L*ile submergée iHtrait été située, suivant Bailly, dans la mer Glaciale, aux environs du Spttste'g.
* Bailly avait adopté en cela Topinion d* Yves Gogoet, qui trouvait dans le livre de Job des preuves de l'existence du zodiaque. Il est bien vrai que des constellations y sont désignées an cb. IX, v. 9» et au ch.xxxviii| V. 3i et 33; mais quelles sont ces constellations? on ne le sait guère. Goguet pensait que les noms hébreux de Ascii, VJft Kimah, n0^3« Késil^ *^D3> désignent la Grande- Ourse, les Pléiades, (qui font partie de la constollalion zodiac.dc, le Taureau) et le Scorpion» tcsancirns Irailuc-
KÉFUTATlOiN DE DUPUlâ. 13
diaque élait originaire d^ la Haute-Asie; 2<> il y avait été invente
avant le déloge ^3° après la disparition du peuplé doué de Toniui* science, ilavait été transmis, avec bien d'autre^ débris des connaissances primitives, aux Indiens, aux Perses, aqx Ckaldéens, aux Chinois, aux Arabes, aux Egyptiens.et enfin aux Grecs.
La question en était là, lorsque Dupi|is ', alors professeur de rhétorique au collège de Lisieux, publU son fameux Mémoire sur Vorigine des constellations et sur Vexplication de la fable par Vas' tronomiey dans lequel il tenta de la résoudre d*une manière diffé* rente et entièrement neuve.
Dupuis part de cette supposition» que les fign^res qui désignent les constellations du zodiaque ontdû,dans rorigina, signifier quelque chose, et que les noms de ces constellations ont un sens qui est en rapport, soit avec les phénomènes qu'elles offrent, soit
tcurs c'étaient pas d*accord sar le sens de ces mots. 11 y a plus, c'est qu'un même mot hébreu est traduit de différentes manières par un même interprète. Ainsi dans la Ynlgate, Asch est rendu par uirciuruni, an ch. IX , V. 9, et par ^e^|yeriim, au ch* asivui, v. 3i.<— Voyez à cesajel la dissertation de Goguet. ( Ori^t /le des lois, T. I*^ p. 412 et suiv. édit. 1820. in-8.) Cette opinion de Goguet fut exprimée et adoptée par Lalande dans les premières éditions de son Traité djéstronomie. (Toy. le T. i^s p. ,q34,$ 6o3, de la v édit. 1771). Plus tard, Lalande, séduit par le système de Dupuis, changea complètement d'opinion à ce sujet. ' An lieu de donner 1700 ans seulement d'antiquité an zodiaque, comme il Tavaiffait d'abord, sur l'autorité de Goguet, il lui attribua une antiquité fabnleusc.
* Charles^François Dupuis n3<|uit à Try-le*Château (Oise) le 16 oc« tobre 1742. Il jeta lesfondemens de son ^stème dans plusieurs lettres écrites aux auicars du /oiir/ia/ ^« ^ai^a/i^ (ann. 1779; juin, p. 4ao; octobre, p. 687. — Aon. 1780; février, p. 85). Plus tard, en 1781, il réunit ces publications en un vol. in-4- de 3^8 pages, sous le titre de Mémoire sur T origine des constellations y etc. H entra, en 1788, à l'Académie des Inscriptions. Député k la Convention nationale, par le département de Seine-et-Oise, il publia, en 1794» son grand ouvrage, V Origine de tous les Cultes \ il mourut le 39 septembre 1809. — Voyez la notice sur DupuiSy par Dacier, dans les Mémoires de tinstitut, classe d'hitt. et de litt, ancienne t T. Y. p. 1 ai et suiv*.
14 ÉTUDE DBS MONUMËJyS ASTHOiVOMlQliES;
avec les ti^avâUi d« t'agricuUui'e, et lés variétés des saisons. Cette double hypothèse Avait ëté faite long-'teins avant Dupuis. Ma^ orobe expliqua 1^ dduie ^n^é du zodiaque, en supposant que (chaciitid àé ^Bi fiftares iSil Un symbole de la inarthé et deë effets du soleil. y^tpUclltiOii qu'il propose est tpédetlse patt^le (^cmr mlie Gaprtetnrnt' s « Le àmeé^j élMf mat-cfae à reculons et ofoli- « quenitfirt ; A» ittèliie te sdteil, pairvetitt dans ce signe, tommence » i rëtrogrttdefj et à dilét^ildre obliquement. La chèvre sauvage n paît ett mottiàot tdtijOùr^, elle broute en gagnant lés hauteurs ; » de même le soleil, arrivé au Capricorne j Commeûce à quitter lé ^ point le plus bas de ëacdarsé, pôUr revenii* au point le plus i ëlevé. 1» Maisilélf molûs heureux, quaùd il VêUt établir des anàfegie» entré lei$non)s des autres constellations et tes phénomènes i|ui sèpaiéent^ lorsque te soleil se trouve dand ces constellations. Ainsi, il prétend que les instituteurs du zodiaque ont voulu réella*' ment marquier la saison des Agnéauês par le Bélier jk TËquinoxe cieprintems; U tems de kimoiif^Dflpiirlft /^erge, tenant un épi) le tems des pluieji d'hiver par \e Fwséau^ ete. Il résultait de eeue explication que U feodièque ti'avait point été inventé eU Egypte, car les pldies y sont très rares* ; la moisson ne s'y fait pas dans la Séi^n où le soleil est dans là Vierge ; en un mot| l*ordre exprimé par les signes ne peut convenir au climat de l'Egypte. Macrobe en conclut que le zodiaque n'a point été invente en Egypte», qull y a été transporté d'une autre contrée^ probable* inentdelaChaldée.
Cette dilBiculté qui paraissait capitale à Macrobe^ et qui le fît renoncer à placer en Egypte le berceau du zodiaque, Dupuid osa l'aborder hardiment, et il crut la résoudre complètement, en in» troduisant dansla question un élément nouveau, Xhpréctsshn des équinoœei^ dont^ jusqu'à lui, OU n'avait point tenu Compte. Son système sur le zodiaque peut se résumer en quelques mots; il admit àpNorii 1» Que le zodiaque n^était point le résultat des pro-
*Macrobè. Satiirn. i, i^ ct2t. — ^Macrobu raisonne sur le zodiaque gt^i tel qa*il était au temâ dlîipparque.
' Hérodote. 1 1. i4, et surtout lih lo.
ttÊFUTAtlON DE DUPlJ IS. 1 5
grès suctïeësifii dfe rÂàtroaoïiiie, itiâis qû'U avait été formé tout d^uhë ttièfeé.,2^ Que \ë zodiaqUô est uil calenddër rural, tout au^* lâiit qii'titi téàji^iidriei^ astrondmîqiié ; e'est-â-dlré , qUMl ëàt Une ëxpl'essioK ii^inbôli^e deis dlferëés clftdhi^tàHcési dé I^âfihée agri- (C6lë. 3® Que Je iddiaqtié était originaire de Î^Ëgypte.
des trois hjf (hithèscâ âtàieiit été déjà flàités avant lui ; mais on H'àvàit pu tid(ûiA\iht là âtâtdnde et la tt^bisiètîiê. I^ôus venons de toir que M<icH)bk, ltS9 trdûVâiit ititotnpaiiblés, avait iéjelé la th)isième, léià^éXkiàiïhnntïeMrkûtChaldéèrtS âe riàyention du zodiaque. L^originàllté profonde du Système de Dupiiis consiste dénis \t moyeu qu'il iknaginà pour faire disparaître cette contradtètion.
Là prèiiiièk*ë idée lui en vint lé 18 mai l?7â, au cours d'astro* tlomie que Làlandé faisait au Collège de France *. Voici comment il raisonne :
Lé zodiaque gret, tel qtt^il était au têiiià dtïlpparqué, né peut coiitënit à Tastrôiiôttité tntâVe de t'Êgypté , ni fixer la saison du labburagé et des récoltes dans Ce pays ; car la succession des si'gnéS dé té :eodiaqué exprimé uU ordre tout différent de celui de la tefré. Si donc il exista jamais un acéôird parfait entre ces symboles et Tâgriéutture égyptienne, ce fut à une époque ou Ntat i!ù. ciel différait notablement de ce qu'il était au téms d'Hipparqué. Cette époque, quelle qu'elle sôit^ doit èlre déterminée de manière que, d'une part, les signes qui sont des symboles de ragricultûrë s'accordent en partie avec les phénomènes terrestres,^ et d^autre part, que les signes qui sont des symboles astronomie'
' Je cite cette daté fdtale, pàr^e qne Dupuistà cite lui-même en tête dé ^on Me'môht sut tèi tonstéUàlion^f^ï parce que Irlande l'a, pour aiiuti dihî> cbusàfcréé, par eétië phrase curieuse que j*ëxtraîâ téxtuellé>> méilt du MbhHeHf- dé i^g5. « Éet ouvragé, dit Lalandé, eii parlant h de tOripm tiéf Ctites, cbtitleht la plus belle décOiiVenë qU on ait » foité dans Tétude de i'àhtiqtlitë, et dafas I*hist6ire de f astronomie ; 9 lillé prit llaisftailtàe, le i6 mat 1778, à mbn cours d'Astronomie du Col: h lége dé t^r^ihte, que sUîtàit lë citoyen Dupuis» ^n — Voir raHicle dé faHUMllb ^tïi \è «Upplftnent dli Jlfùnliaur du 3d fructidor, an III, tff s eptem bre 1 795 . n'^ 5()0.
16 KTUDE DKS aIONUMfi^$ ASTftO£(OMtQU£S.
ques s'accordent avec les pliénomënes célestes» Il ne suffit donc pas de rapprocher du solstice d*élé le signe des moissons, la \ierge; il faut encore qu'après ce changement, les emblèmes qui caractérisent nettement des circonstances astronomiques, comme la Balance et le Cancer, se trouvent aux places qui leur conyien-' nent ; savoir , la Balance à Tun des équinoxes, et le Cancer à Tun des solstices. On satisfait à toutes les conditions du problème, ea imaginant une demi-conversion du ciel, par reflet de la précession des équinoxes, eu faisant répondre nos signes d'été à ceux d'hiver, et nos signes du printems à ceux de l'automne.
Mais, en soutenant que cette demi-conversion est le seul moyeu de rendre raison des noms et des figures attribués aux signes du zodiaqiie,Dupuiss*exposait à une objection presque insurmontable.' Car, pour que ce déplacement de ISO"" dans la position de chaque signe, résultant de la précession des équinoxes, ait pu s'achever, il n'a pas fallu moins de 13 à 14,000 ans *. L'invention du zodiaque était donc antérieure de 130 à 140 siècles à répoqued'Hipparque ; et, comme, après tout, uo peuple, quelque merveilleusement doué qu'il soit, n'a pu faire tout d'abord une invention aussi savante, aussi ingénieuse que celle de ce zodiaque, invention qui suppose de nombreux essais, de nombreuses observations, lepeu* ple, qui en est l'auteur, devait être déjà parvenu à un très haut degré de culture intellectuelle, au moment où il a fait cette bril-
* Les étoiles, dites fixes, se déplacent dans le ciel; elles ont un mouvement commun d'occident en orient, et ce mouvement s'cxécnte dans des cercles para Hèles à Técliptique. De ce mouvement il résulte que telle étoile qui répondait autrefois à l'un des équinoxes enest actnellenient éloignée vers Torientd'une certaine quantité, c'est-à-dire, que Tintervalle de tems qui sépare deux équinoxes consécutifs de même nom est moindre que celui qu'il faut au soleil pour revenir à la même étoile. Ainsif la précession ou ranticîpalion des équinoxes consiste en ceqoe lesoleilétant parti de Tuu des points équinoxiaux, revient à ce même point, avant d*avoir achevé dans Técliptique son tour par rapport aux étoiles. Ce mouvement des étoiles est très lent; il fant 73 ans pour quelles s'avancent d'un degré; et, par conséquent, 12,960 ans ou 1^ nulle ans pour qa*elkes s'avan* cent de i8«*«
RÉFUTATION DR DIJPLIS. 17
lante découverte d*un calendrier à la fois rural et astronomique. D'où l'on doit conclure, dans le système de Dupuis, que Torigine de la civilisation égyptienne remonterait jusque dans une antiquité tout-à- fait fabuleuse. Mais comment justifier cette monstruosité en fait de chronologie ? Le moyen de concevoir que, plus de IS^OOOans avant notre ère^ il ait existé des peuples possédant des connaissances très étendues, et, par conséquent, une civilisation fort avancée, sans que ces peuples aient eu une histoire^ aient élevé des monumens <)ni déposassent de leur puissance et de l'état de perfection où étaient arrivées quelques-unes de leurs connaissances. Il est bien vrai que les traditions fabuleuses de presque tous les peuples leur donnent une antiquité prodigieuse, et que , par exemple, les £[!;yptiens comptaient 23,000 ans depuis le règne du premier de leurs dieux jusqu'à celui d'Alexandre-Je- Grand *. Mais laissons de côté cette chronologie toute religieuse et tenons-nous -en à la chronologie historiqu'ë , telle que rétablissent les fragmens de Manéthon et trois passages formels de Diodore de Sicile '. Il est constant que, dans Topinion même des Egyptiens, la durée de toutes les dynasties humaines réunies, de* puis leur premier roi Menés jusqu'à Cambjse, n'excédait pas 5,000 ans.
Le nouveau système chronologique qui était ia conséquence de toutes les hypothèses de Pupuis était en opposition manifeste avec tous ceux qui reposent sur des traditions véritablement historiques; il n'était compatible qu'avec le système extravagant que les Egyptiens auraient pu former, en prenant au sérieux les règnes
' Diodore de Sicile, I, !25 et I, uô.
* Voyez une discussion savante et approfondie de ces trois passages de Diodore, dans un mémoire de M. Letronne, T* xii des nouveaux Me' moires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres^ Qe partie, p. 94et8uiv. -—Du premier, (I, 44*)^1^b^1^^* i° Q^^ les dieux et les héros ont r^né un pea moins de i8,ooo ans; a» Que les hommes ont régné un peu moins de 5,ooo ans, jusqu*à la i8o* olympiade. Les deux autres passages (I, a5 et T, a6) se conGrment mutuellement, et ils viennent à l'appui du premier. Dans celui-ci, il faut lire: 6ic 'dcvSpuiruv ^ï ttiV-
18 KTUDE DES lVJO^UMKINS ASTROHOMIQUES;
de leurs dieax et de leurs héros '.Dupais s'aperçut bien ^ne c'était là ia<pàriie faible de sou système, et il râcha d'échapper à la difficulté historit{Uequi résultait de i^inmense étendue de sachro- "iiold^ié. « Ln seule objection qui paraisse de quelque importance », contre cette explication, dii-ll lui-même, est la haute antiquité . » que'lious suppoions à riaveuûon du zodiaque ; mais elle pour- «* rait êCre h'fen moindre, si i'on supposait qu'il est arrivé q^uel- 'n que -|;rande inégalité dans la px^éce^ision des équinoxes. D'ail- » leurs-, nous avons suppt>$é que c'est le isigne dans lequel enti-nt » le soteil cfu'on à désigné par un caractère hiéroglyphique re- » "préseirtatrr de 'l'état du ciel où de 'la terre daâs chaque mois. » Mais on^otirrait dire que les inventt'urs avaient placé ces sym* » boles, nàti pas dans le lidu qu'occupait le ftoleil, mais dans la » ipartîe du ciel opposée; de minière que la succession des levers » du soir de chaque signe eût réglé le csileàdrier; l'invention de » l'astrodomie "appartiendrait incont^àtaUemént à l'Egypte, maïs » ne remonterait pas plu^loin que l'époque où le Taureau était ie M signe é<quinoxial ciu printems, deux ou trois nirlle ans avatic » l'ère vaigî»h*e....% 'Cettte ttiéthode s'accorderait beaucoup mieux » avec la chronologie reçue, que nous ne prétendons point^contis^ M ter. C'est au lettem* adjuger et à choisir '. »
•IkafoffTTÎç *at ôf^ovpcôét^ç ôXo|A*'at8'ôç, en 'strppriwant les mots dbt^-ptupietôbc^ '^tli Vôfit atttcàn^ens ^i^mmiitiiâienient, et qui mettent'Diodbreen cbn* tradictidn srvec lui-même. La leçon ành Moipi^oç ou àno MûpC^oç n*'é6trpas recevuble, car elle introduit une erreur historique que Diodore n'a pu commettre. Wess^ling Ta rejetée, comme étant tme-gtose des copistes. — 'On pourrait encore citer un quatrième-passage de Diodore (I, 69), qui se concilie très bien avec les trois première. Il est prouvé désormaiS'par cet accord entre le tén!ibigna!ge de Manéthon et celui de Diodore, que ces deux historiens, en assignant 5,oûo ans à la durée des règnes des rois en Egypte, nous ônt<présenté l'opinion constante des Égyptiens eux-mênaes stir ce point important de leur chronologie.
' Voir une curieuse dissertation du P. Pianciani sur le règne des dieux et dés héros en Egypte, dans les Annales de PhiL ÙhréU 5* Série, T. I. p. 107 et q45.
' Me'nmre sur les Constellations. 178 1 . in 4. pages 3o et 3i .
RÉFUTATION DE DUPlIIS. 19
Par cette hypothèse, Dupuis retranchait tout d'un coup 12,0Û0 ans, et il retombait dans le système âe Bailly. Mais cette toiodificatfon, qui consistait simplement à substituera une hypotlièse insoutenable uue hypothèse moins étrange, avait l^inconvënient d'altérer l'harmo^uie qui existait entre les diverses pfarties de fion sjistéme. Aussi ne s^y arrêta-*t-il point,; et, malgt^éles exfiressîûns qui terminent la citation précédente, il ne considéra jamais trette modification que comme une concession forcée, et HfVibanSûniia complètement dans ses ouvrages subséquens snt cette m^ière <. G^estdonc à la première explication qu'il ïattt revenir, à savoir que les pointssolsticiaux etéqulnoxlaux avaient iiùbi, |Tati'effet de la précession deséquinoxes, un déplacement #e îB0* stir Péd^ptique, depuis Tinstitution primitive dû zodiaque jusqu'au tems d'Hipparque ; en d'autres termes, que dansForigine, le sâistîced*Uver répondait au Cancer, le solstice d'été au ^pricorwe; Féquinoxe de printems à la Balance, etféqttinoxe d^tomne ttuSéRer.
Encore, si, avec toutes ces hypothèses, Dupdis était parventi^ rendre parfaitement raison des noms et des figures îles con^ëllatîons zodiacales! mais il s'en faut bienqu^e tes explicalions qu^l en donne soient complètement satisfaisantes ; elles ne sont qtie plausibles pour la moitié des signes ; elles sont arbitraires et^rcécs pour les autres, et, à la rigueur, contestables pour tous. ^Ge n'était guère la peine de faire trois hypothèses purement ipratuites, et de les couronner par une quatrième> qui conduit eu c'hronologie à une absurdité manifeste.
u La nouvelle position, dit Dupuis, que je donneÀ la sjihère , » en renversant tout, remet tout à sa place ; le zodiaque devient » le calendrier le plusfrappant du climat de l'Egypte, et^ronvient »> à ce pays, exclusivement à tout autre. » C'est ce que nous allons examiner en peu de mots.
I. Signes d'été, dans le système de Dupuis: Capricorae, Verseau , Poissons, « Ces trois signes sont évidemment, dit-4l, sym- » J>ole8 de l'i^oM.Xe^premier est un Capricorne amphibie, à queue
■ Hîém&ire *e»pUctUff ntrie zodiaque. r8d6. Dm» ee Ménoive, 4>npuis revient à sa première liypotkèse Voyez surtout^k 12* édit.dti JMrt. sur l'Orig, des Const, dans VOrig. de tous hs Cakes, m-^A'',^* it» , p. 367, V* partie.
20 ÉTUDE p£S MOMUMËNS ASTRONOmIqUES ;
» de poisson, ou uni au corpâ d'un poisson. Le second, une urne^ » ou un homme penché sur une urne, de laquelle s'écoule un w fleuve. Le troisième, deux poissons enchaînés, ou, suivant qucl- » ques sphères^ un seul poisson. Ces trois symboles aquatiques, » qui ne signifiaient rien dans cette saison pour les autres cli- » matSy peignent de la manière la plus claire l'état de l'ï]gypte » dans les trois mois qui suivent le solstice d'été*. » L'analogie est plausible pour les deux derniers signes^ le Ferseauei les Poissons, quoique cependant on ne connaisse aucun texte formel, tiré des auteurs anciens, attestant que l'on ait jamais donné à ces deux signes le sons symbolique que leur attribue Dupuis. Mais ne soyons pas trop difficile, et admettons avec Dupuis que ce sens symboUque est le véritable. Passons au Capricorne, Quel rapport y a-t-il entre la saison des inondations et le Capricorne ? Cette figure zodiacale, dont le nom grec est aiyoxspcoç, £i cornes de chèvre, était représentée primitivement sous la foriue humaine, celle de Pan ou celle d'un satyre. Ce n'est que plus tard que cette figure devint une chèvre terminée en queue de poisson^ ; or, il s'agit pour Dupuis d'expliquer le zodiaque primitif; il aurait donc fallu qu'il montrât clairement l'analogie qu'il peut y avoir entre la saison des inondations et la figure d'un satyre. Il convient bien, « que la réunion du corps du Capricorne avec ce- » lui du poisson, n'est que des siècles postérieurs ^\ » mais il prétend que, dans le calendrier rural ou primitif, on peignit un double symbole, un capricorne et un poisson. Il faut choisir : si le ve'ritable signe solsticial est le capricorne, noire objection revient, la difficulté subsiste ; si c'est le poisson, il y aurait en réalité deux figures presque identiques parmi celles qui représentent les signes d'été, ce qui est toul-à- fait inadmissible.
II. Signes d'automne, toujours dans le système de Dupuis: Bélier j Taureau^ Gémeaux, l» « Quand les eaux étaient retirées, on
« Mém, sur les Constellations, p. i3.
^ Ici, nous anticipons un peu sur ce que nous, dirons plus tard, quand nous étudierons la formation successive de la sphère grecque, et les mo> difications diverses qu'ont subies les cooûgurations de celte sphère.
' Mem, cité, page i5.
» lâchait les troupeaux; leur entrée aux pâturages est marquée >» dans les cieux par l'image d'un bélier, ou du chef du troupeau. » 2° Au cinquième mois, c'est-à-dire, en novembre, commen* y^ çait le labourage, A l'époque où nous considérons la sphère, le » soleil en novembre parcourait le taureau céleste ; et cet etn- » bicme ne fut placé dans lescieuxque comme le symbole ducom-* » mencement des travaux d'un peuple agiicole. 3 La terre, un » mois après avoir été ensemencée^ ouvre son sein et montre au la- » boureur Tespérance de ses récoltes. Les productions nouvelles et » l'état d'enfance de la nature, ne pouvaient être mieux peints que i> par l'emblème de deux enfansnaissans. »
Celte explication est spécieuse. Mais quand on veut l'approfondir, on y trouve beaucoup à reprendre. Et d'abord, on ne conçoit pas bien comment la saison des pâturages peut devancer celle des labourages ; ordinairement il n'en est pas ainsi ; or, dans le zodiaque primitif de Dupuis,lei?&7rer, emblème des pâturages jpvé^ cède le Taureau, emblème des labourages. Mais esl^il bien vrai que le Taureau puisse être considéré comme le symbole du labourage en Egypte? Voici un passap;e cl 'Hérodote, qui nous parait décisif. M II n'y a personne maintenant, dit-il, dans le reste de TEgypte, ni u)ême dans le monde, qui recueille les grains avec moins de sueur et de travail que les habitans du pays situé au-dessous de Memphis. Ils ne sont point obligés de tracer avec la charrue de pénibles sillons, de briser les mottes, et de donner à leurs terres les autres façons que leurdonnent le reste des hommes; mais, lorsque le fleuve a arrosé de lui-même les campagnes, et que les eaux se sont retirées, alors chacun y lâche ses pourceaux et ensemence ensuite son champ. Lorsqu'il est ensemencé, on y conduit des bœufe, et après que ces animaux ont enfonce' le grain en le foulant aux pieds, on attend tranquillement le tems de la moisson ', »
' Me'm. sur les Constellations^ p. 19 et a o.
* Hérodote, u, i4; Traduction de Larcher. On lâchetés pourceaux,, dit Hérodote; mais c est pp«r qu'ils remuent le limon humide, avant que Ton y répande la semence. Dupuis dit bien açissi : on Idchaii les trou-* peaux; mais il entend par là, qu'on les conduisait aux pâturages : ce qai est bieD différent. Hérodote dit encore: lorsque le champ est ense*
22 ÉTUDK 09B BION|>IIB|lft /^STROIfOMlQUBS;
IHipoif M dw^me potai ce piuaage d'HérodoU» ^ui lui fafUmt trop d« piçin^ ; il iuYOq/ê^ le témoignage de Diodove et de PUae. qui ii'mfif men t p«f f>o$itiyein«iit celui d'Hérodote . Mau il y 9 cou- Ue l'esplieaiktOfi propoeée par Dupiùsi une objeciioa TrMateat iaeumontable t c'est que le Béiiior ne fut placé que trèa tardivement dans le xodiac^* Au dire de PUue '« , (et Dupuî» n'est pas ceeeTable quand U met de c6lé le témoignage de cet auteur «. qu'il vient d'invoquer à Tappui de son opinion mx leJbdK>urage) S 7 Ah întiroduit, ainsi que le Sa^tairef par Géostiratf de Téné* d<oi» cilla vivait peu de tems après AnaximaQdre , dans le 6* siècle avant notre ère.
m. Signes d'hiver % Cancer, lion^ Herge. V Le Cancer est l'emblème de la marche rétrograde du soleilf parvejji^ au solstice d'hiver ; ^^ «Vn mois après que le soleil a quitté ce solstice, et M qii'il commence à se rapprocher du peuple égyptien, Il repi^nd i»a)x^rs)a fiKipe qu'il avait perdue : les productions de la terre ac- » quii^ept celte vigueur qui précède la maturité ; déjà les campa-
menç^, on y conduit des bœufi qid enfoncent le grain en le foulant au¥ pieds ; mais ce n'est point là ce qu'on appelle labourer. Du reste les dçux passages; cités par Dupuiç, ne sont pas très concluans en faveur de la thèse qu'il soutient. « Diodore^ dit-il, nous appretid qu'on jette en » novembre le blé sur le limon que le Nil a laissé dans le» pkinei, et « qu'on le couvre en y traçant un sillon sans profondeur avec une chat' « ru» très figère, Pline eonfirme œ téaioignage ( svni « 47 )f en réfa- « tsat l'opinion de Ceux qai assaraient qu'on m bornait à faire remuer ie « limon bumide par des pomxeaux. Cela^ dit-il, apu étPeftutr^ois; msia « aaJQurd^hm, inarari ceriwn estabjectapriiis seminei, in limo digressi « amniff hoc est^ noyembri mense incipiente» n (Hfémoire sur les Cons^ telL p. 19}. Comment Dupuis a-t-il cité Pline? Cela apu être autrefois^ dit cet auteur ; or c'est précisément le zodiaque ^autrefois que Dupuis veut expliquer.
» Pline, 11,6: « Signa deinde in eo (signifero) Cleostratus, et prima Arietis ac Sagiitarii, Ce passage est formel; Il constitue à Itii seul une difficulté inexplicable dans le système de Dupuis; il frsj^pè de nullité toutes les tentatives de celui-ci pour établir une analogie coAiptèté entre les signes du zodiaque et les diversèé circonstances de Tannée àgrioDle des ISgyptiens. -^ NoaS reviendront sur ce passage.
» gues jaunissantes attendent la faux du m<nssonneur. On peignit » dans les cieuxun Kion, soit coipine le synibok d« la force que. » Ih v^étatio» a déjà acquise, soit parce que l^a couVeur de cet » anlnal est ceRe des moissons dorées : fuM Leones, flttvc^ » Aristœ \ d La F^ierge tenante la main un épij indique clairement la saison des moissoHs.
La srg^iâcatîon symbolifque que Bupuis attribue au Cancer lut a été aussi attribuée par Macrobe, qui k considérait comme signe sohticial de Fétë.l>opuis n\)se se prononcer au sujet du i^ion; est-it Kembl'éme de la force de It végétation^ ou bien de la couleur des ttioissons jnunàs finies ?• /édhitc suh judice lis est,
ÏV. Signes du PHntems : Balance ^ Scorpion, Sagii taire, 1** La balance désigne Yégfrlité des jours et des nuits, la division égale de la lumière et des ténèbres. 2° Le Scorpion, reptile malfaisant, est l'emblème naturel des "vents charp,ésdc vnpeurs dangereuses qut, presque tous les ans, soufflent de VËthiopVe en Egypte, vers le moi» <i^avfi)^, auquel ce signe répondait primitivement. 3"* La flèche du Sagittaire est IHmagc de Iq rapidité des vents ; on a vou lu désigner par cette figure le retour des venisEtésiens, qui com- «^ft^l^ h SiOV^ç <fe9§ k ni,qi>. %\)'i précède le solstice d'été et, le diboir4wwi^d^Blil, dqiiA sm le^ ç^qy^it ï^ v'ausç. Qx^f^iÇil^ Iç SagUjfeaire*^*aittesjNaibiC)Jift d^ \?i g\i€i:ve. C3?«« uap<^i|p!ebfi!sUqqfii3ç, coinn^e £tt|.lft peuple égyptien, et qu^ après, avoir terminé çe§ vér coke», R'a^atl; plus, riei^ ^ faire, ^arce qqe le Kil allait inonder toul le pay9, rtn^sl pas ravraisemblable qu'on aura destiné à porter la . guerre chez ^étranger un tems pendant kqoel la nature même du climat condaninàit à l'inaction ».
Ç'e^tpourlfs signes du priniems que Dupuisest le moins heureux d^n;^ ses expliçatiçns.
V feftj8(^gCi?R'%fiÇ ^ntr.Qayilç,Gpmnij?^igneéquuioxia), daps ^«. ^MmM p^i 9H^ ^Fr§ \î ^ommejnce^y^e^t i\^ se.cond sièçje avant notre ère; les textes lç§ plu^ a^cien^ qui mentionnent cjqji'W«DU^!^»iPJlpi ,dt€|c»si^ftiî, ^QPjxwx de y^rrone^ d«Gé»iipjis,
^:Mem,istmlfs éiofiét p. a4,. ' » Mémoire sur les Constellatràas^p^ 27'et Si8*
24 ÉTUDK DES MONUMENS ASTHONOMIQUES ;
ils ne remontent pas au-delà du premier siècle avant notre ère"« 2"" Avant qife la Balance figurât dans le zodiaque grec, comme signe de Tcquinoxe, la constellation du Scorpion comptait pour deux signes; le premier était formé par \ecoqjs de l'animalyelle second parles serres (XviXat); elles occupaient la place, qui, plus tard, fut assignée à la Balance, L'explication de Dupuis, qui voit dans le Scorpion un symbole des vents chargés de vapeurs pesti^ lentielleSy n^a donc pas de consistance ; elle tombe d*elle-même. 3"* Enfin, pour le Sagittaire^ il éiait bien inutile à Dupuis de se mettre en frais de suppositions, pour pénétrer le sens de ce symbole; car \e Sagittaire n'a point été inventé en Egypte; c'est Cléostraie de Ténédos qui l'introduisit dans le zodiaque grec , en même tems que le Bélier '.
Nous avons passé en revue les dpuze signes du zodiaque. De ce qui précède il résulte, pour tout esprit non prévenu, que lesdi verses circonstances de l'année agricole des Egyptiens ne sont pas représentées symboliquement par les figures des constellations
' Ce n'est point ici le lieu de donner les preuves de rintrodaction tardive de la Balance dans le zodiaque; dans la suite nous le ferons au long. Dupais soutient que la Balance est un symbole astronomique aussi ancien que tons les autres, et que s'il a été inconnu à quelques peuples, ce ne fut certainement pas au peuple égyptien, auquel, dans son système, il rapporte ces emblèmes astronomiques. Mous examinerons plus tard Jes preuves qu'il allègue à l'appui de son opinion, et nous montrerons combien elles sont faibles. Bornons-nous, pour le moment, à prendre acte de cette phrase, qui termine la digression qu*il fait à ce sujet: « Il était important de bien constater Tantiquité de ce symbole, }) parce qu'il est un des plus expressifs: Timage d*une Balance, mise » précisément à trois signes de VEcrevisse, est un des argumens les
» plus forts de notre système sur la position primitive du zodiaque. » f Mémoire sur les Constellations^ page 26.^ '
* Voyez plus haut , page 11 note 1 , le passage de Pline sur Cléostrate de Ténédos; ce passage est décisif. JVousn* avons point remarquéque, dans son Mémoire sur Vorigine des Constellaiions^ Dupuis y ait fait allusion, Pourquoi Ta-t-il passé sousjsilence?
zodiacales; et, par suite, que Topinion de Dupuis sur le déplaceinentqu'auraiçut subi tops les signes^par Teffetdela précession des équiiioxes, ne se soutient pas devant un examen sérieux des divers élémensde la question. M. Letronne a fait remarquer avec*beaucoup de raison, qu^en prenant le zodiaque, tel qu'il était au tems d*Hipparque, et en l'appliquant à la Grèce ouà l'Asie Mineure, on pourrait signaler entre les noms, les figures des Constellations zodia* cales et les travaux agricoles dans ces pa)*s> des analogies au moins aussi frappantes que celles dont Dupuis se prévaut pour placer cil Egypte le berceau du zodiaque. On aurait alors sur lui Tavan* tage de prendre le zodiaque tel que nous le connaissons, et d'être en accord avec la chronologie historique.
Telle est en abrégé la première partie du système de DupuiS| dont le moindre défaut est de reposer sur trois hypothèses que ri<^n ne justifie, et entre lesquelles il n'est possible d'établir un lien qu'à l'aide d'une quatrième hypothèse, dont l'invraisemblance n'est palliée ni par l'intrépidité rare avec laquelle Dupuis l'a soutenue, ni par les conséquences qu'il en a déduites.
Le Mémoire sur les Constellations^ qui est la partie scientifique du système, frappa d'étonnement tous les savans. Làlande, auquel Dupui^ l'avait communiqué, en fut émerveillé; cette fois, il ne demanda pas: qu est-ce que cela prouve} Il en enrichit une édition nouvelle dç son Traité d^ Astronomie, On ne peut l'en blâmer; en cela, Lalandefit bien pour la réputation de son livre; car jusque là, puisant au hasard dans les divers auteurs qui avaient traité de L'origine des constellations et du zodiaque^ et cousant ensemble les lambeaux qu'il leur dérobait^ il n'avait préselité sur cette question que des généralités vagues, sans aucune vue systématique. Le long et ingénieux f farail de Dupuis, dans lequel, après tout, on ne peut méconnaître une grande originalité et un puissant esprit de combinaison, remplaçait avantageusement les idées confuses que Lalande avait semées sur ce sujet dans les deux premières éditions de son Traite d* A Étronoinie. Le suffrage de l'astronome à la mode, qui écrivait pour son amusement s con«
' (c Tai tâché, dit Lalande, d'écrire pour tont le monde, tantôt pour
tribua^ siOÇiiliërement ^ dopner dju Cf^dit aux hypothèses de D||puÎ8.
Çfi n'est poiiit cependant la thA>rie de Dupuis sur te zodistqae qui Bk tendu son nom pppuTaîre. La c^brité qu*fTa acqohe lut vient cTune autie^ partie de so^ système, celle à Yaquelte fi tenait le plus, et q^uî rei^ime une ti^'ntatîve clf^expïîçatiton de la fkhte par Tastroiioi^ie. Dapsspn premier ouvi^ege, il avait esqui^ssé plutôt qu'a|)pro.foqdi et généraîisé ce nouveau système rrexpfitation;iiravaH restreint aiix fables d\i paganisme. Mais dans he coTossstl Quvrage qui a pour titre Origine de tous hs Cuhes^ovL J?eîieiont, unîversette^ il a toi|t enveloppa, it a confondu dans ticie explication unique les superstitions grossîëi'ës de f antiquité et le ChristiaQisipe Itjiiinéme. « Abandonné de meti , qui punit e6 se retirant ,^ it ne connaît phis d» frein '. » 6e trop fkmeux pQvr^ge, monument de Ta science â la fbi^ la phis vaste et la plus confiise, offre un des exemples fes phis retnarquaWes^ que I*bn piiisse citer, de Tinsuftsajaçe de l^iindTtion; <^uand ette n'est pas écTatrëe par une méthode ré<etlement scientifique, et quand elle est mise au service d*ldëes systématiques ou de matuiraîses passions. It repose en entier sur ^exagération d'une opinion Juste el vraie, savoir, qiie Gastronomie a joué un rôte dans la finrma^oa desrelig^iona anciennes. Renfermée dans des Rmites convefial^liasv cette proposition est incontestable; mais il faut bietï se garder cte la fortnuler dhine manière absolue, de la jjénéraUser sans re'ttric-
M les tmaleav»^ tâi|tèt pou»4es astronomes dt'pBof«tâoftii..Xa»priab6Uir » aiap àa peif e pour corcigcr oatté ateondt. édition ; pMltâlr% \ mf^Ùêr » je dû en prendre davantage; xf^ÎBi-étréstpmgf. màn anf^Meinmêi' jfl^i'y
» pmfm^m^t si j*ilt»¥i ^l^iîgé ^e, rniHir^ fktnii vm ^'^ hi^^ f^^l^i^
rol€0 4^n^ ui^ Traité d'4$troiipmiç, le^|L|ief t et la^oripux Tyc)io-Braiie[?i partent fie YljtelWf^ . ^ . .. , . .,. :. :v, i
REFUTATION pç DU PUIS. %l.
tion ; car, Au moment <|u'on li|i donne trop d'extcQsipn^ ell^ iptee
Oi:^ c^^est précisément dans cet excès qii'est ton^b^ Dli|,pui$^ S<^ n?re nVst qae le déyeloppemenl de ces propo8iti<^p$< ^^\ 1% rçsiiment eiv entier : « C'e^t par la Nature et ses parties ^ ^in^î que pac » le jeu des causes ph^siques„que Ton doit e3(p]iqi»er Iç systènift » tbe'ologique de tous les anciens peuplea, Pour retrouver leura » dieux, les découvrir aous le voile que TaUé^arie et la mysti^té » ont souvent jeté sur eux, il faut porter nos ro^rcb sur le Ciel, » leSoIdtl, ta Lut]^e, sur fes astres, sur fa terre et sur Tes été-* » mens. La méthode d'explication temproyer d^abprd est celte » qui porte tout entière sur le pnécanisme de rorganisation du » monde^. »
NottS allons rappeler en peu de mots les principes g^éraux qui dominent toutes les rechei'cties de Dupuis ; on verra comment^ se mettant en deliors de toute tradition, it refait rhistoire diaprés uu système arrêté d'avance et crée à Thumanité une existence qu'elle n'a pas eue.
I. Toutes les idées viennent des sens. Dieu ne peut être que ce que la nature et la force interne qui ta meut nous paraissent être. Ce n*est done point hors du monde quHl faut chercher l^tre étefnet et improduit. L'Univers seul peut soutenir Kmmens* idée que le nom de Bteu présente. L'Eternité d'existence ap-» parttent tout atitanf à ce que l'on voit toujours exister, qtf*à tin être abstrait^ imaginé uniquement pour expliquer cette pérpé** tiihé aussi ^BexpttcaUf eti lui, qoVHe Test dapt I9 natnre.
II. Tqus le» bommes èe tent Ifs paya, dès )a plqa haute atitftt qoité, ti'cmi eu d'aut«etf Eéem que les Dieux ttatmreit ; de qweb*' que oàtfi que naua îc^tîois nos regards, dans Fattcieii monde comme daiia le nonveaa^i partout la Natooe et ses pviaeipattx aj^ena eus eu des auieb» CTest son oorps au^ste, oe sont sea membres sacrés qui ont été Vo|ijel de 1|l eeRératten dft peiiplaa« L'hiateireetleainenuméM pvwi^nt que ce qu»a àà être a été effsetivement.
« jéàr^é êÊ t(Mi9.d$i auflça, ok. IL
28 ETUDE DRS MONU.VIBNS ASTRONOMIQUES; .
lil. Le premier moyen dVxpIication doit être de rapporter au jeu des causes naturelles les anciennes ficlions surla Divinité. Les Dieux étant la Nature elle-mcnie, l'hisloire dés Dieux est donc celle de la Nature; et comme elle n*a point d^autres aventures que ses phénomènes, les aventures des Dieux seront donc les phénomènes de la Nature mis en allégorie. La physique et Tastro* nomie donnent la clef de toutes hs religions.
lY. La granule Cause universelle, ou TUni vers-Dieu, se décomposa en une foule de causes partielle:»} vivantes, animéeSy intelligentes, qui furent subordonnées à son uniié. C'est ici que commence le culte ; car nous n adressons des vœux et des prières qu*à des êtres capables de nous entendre et de nous exaucer.
y. L*homme, en présence de la nature, fut d'abord frappé du I
spectacle de la lumière et des ténèbres, qui sont dans un éternel 1
contraste; il fut frappé de la succession des jours et des nuits, de Tordre périodique des saisons, et de la marche de l'astre brillant qui en règU: le cours. Le besoin de la lumière, de son énergie créatrice, a été senti par tous les hommes, qui n'ont rien imaginé de plus affreux que d'en être privés. Voilà le dieu Bel des Chaldéens, rOromaze des Perses, TOsiris des Egyptiens, elc; voilà le dieu qu'ont chanté tous les poètes, qu'ont peint et représenté soi|s divers emblèmes, et sous une foule de noms différens, les peintres et les sculpteurs, qui ont décoré les temples élevés à la Cause Universelle.
Ces principes généraux étaht posés, Dupjuis applique sa métliode à la Mythologie des Egyptiens eides Grecs^ Il passe en revue les travaux d'Hercule , de Thésée et de Jason ; les courses ou voyages de Bacchus, d'Osiris et d'Isis, et il n'y voit que des poèmes solaires ou lunaires, dont, les héros sont le Soleil ou la Luné, et dont le théâtre est le Ciel- Il reconnaît encore le soleil sous toutes les formes empruntées, soit.du bélier, soit du bouc, soit du bosuf, comme dans jérnman^ Pan, j^pis^ Miibra, etc. Adonis^ HoruSj Atys^ Apollon^ sont l'astre du jour sous une forme élégante, revêtu de toutes les grâces de la jeunesse; Serapis^ Esculape^ Pluton^ sont encore cet' astrey mais d^adé par le
REFUTATIOIS DE DUPUiS. 29
tems, et avec tous les signes extérieurs de la vieillesse. Isir^ Diane^ Cérès^ sont une seule et même divinité, la Lune.
Il faudrait être doué d'-une patience surhumaine, pour accompagner cet homme dans tous ses voyages au milieu des corps cc« lestes. Quand on en a fait un seul^ on peut se dispenser des au(reS| on n'y apprendrait rien de nouveau. Ils se ressemblent presque tous. On y voit presque toujours le Soleil parcourant majestueusement les douze signes du zodiaque, accomplissant ainsi, dans le cours d'une année, ses douze travaux, triomphant de Thiver à réquinoxe de printems, etc. etc. Il s'appelle tantôt Hercule, tantôt Osiris, tantôt fiacchus, Jason, mais toujours d'un nom divin ou héroïque. C'est d'une monotonie fatigante.
M. Letronne a fait grâce à ses auditeurs des savantes rêveries de Dupuis; il ne l'a point suivi dans toutes ses courses astronomiques. 11 s'est attaché seulement à réfuter l'explication du mythe à* Hercule et de celui de Bacchus développée dans V Origine des Cultes ; car c'est à ces deux personnages héroïques que Diipuis a fait avec le plus de succès l'application de sa méthode universelle. Montrer par ces exemples mêmes, où Dupuis parait surtout triompher, que l'assimilation du Soleil aux Dieux et aux héros du paganisme n'a reçu quelque vraifeinblance, qu'au moyen de rapprochemens forcés^ de l'altération des traditions^ du mélange et de la confusion des témoignages des époques les plus différentes, c'était renverser d'un seul coup le système tout entier.
Et d'abord, est-il bien vrai que Dupuis ait créé comme il le prétend, la méthode dont il est si fier? Pour répondre à cette question, nous ne pouvons tnieux faire que de citer M. Letronne lui-même. « Par suite du contact des Grecs et des Romains avec » les nations asiatiques, il se forma un singulier mélange des su- » perstitions de l'Occident et de l'Orient. La religion grecque et » romaine accueillit, avec une facilité merveilleuse, les cultes » étrangers ; plusieurs des divinités de r£gypte et de l'Asie pas- » aèrent en Italie et dans les autres provinces européennes de » l'empire romain. Des cultes purement locaux prirent une exten- » sion nouvelle; les aitributions des diverses divinités furent mê- >» lées et confondues ; des superstitions inconnues naquirent ; on
30 iTUDE DES MONUMBNS ASTRONOMIQUES;
» vit paraître des symboles extravagans et des iuviges odieuses on ^ ridicules^ résultats de cette étrauge confusion^ une&nledefno- « nuuiens et plueiejirs des liymues ^prétendus Orphi^^ues nous
V u^BtreiU que le pa|;aiiisine, daas les premiers siècles de uoi^iie » .ère,4>i>ésetilaû un effiiQyahle chaos. I)«^mms loiigtSMi^ <|adques sectes .philQsci^iques9tp0Qr'Ql«er€J;ier uac ejE|)|iBailon Taisoa- » nable à des si^Msrstitioas absu rdes, avaient imagiuéde&aU^iaiies » etdies sjfu^boli^ lendantà faire croire que sous de telles e^tua^ » vagauces'ëiaît cachée une «nence profonde ou^ioe méiaiilypiâi- )» que raffinée. Plus xarc^/l'amiaritioii et leli|)«pgrès4oujottra^r€li•' » sants du Christianisme firent entrer plus;Ma&t ^les ,pa3<2<is «dans »* cette voie d^e^plicaiion. Eu présence d'une rcl^ion DDiMPelle » dont la morale et les dogmes Faisaient tant de proaélyte&, ian .re- »^oubla d'efforts pour montrer que le polythéisme, bien cooi- «pris, éloH une religion pour le mokis aussi épurée '. Les ecrks » des Bor|»hyre, des Jauiblique, des Proclus et des PlQtin9 lé- D'moignent de ces efforts infructueux du.paganisme expitan(.j)oiir
V se relever etselégiiimar.aux ^eux de la raison. C'est à xetite » cause qu'il £aut r^ippor ter l'origine du ay&tème dontMaecrobe »,( grammairien du Y** siècle de notre rère.) nousa.conservé4es » principaux traits, mais à l'appui duqael on ne peut trouver » que ées^autorités bien postérieures à l'èr^ vulgaire. Selon ce » système, les^prmcipaux dieuX) Jupiter, Mar^» Oûri*^^ JCercure, il
* Nous pourrions citer bien* des exen^plesà T^ppui de celte assertion; nous nous bornerons à en rappeler an seal; qui est décisif. On sait qtie vers la un du 2* siècle denotre ère, PimpératrioeJulia iDomna, Temme de aèptfttte 'Sévère, Servent païen, donna l'ordre à Pliilôstrate de composer »'lkne'fkî'ia'Aïwi!tekiiife ^ Tyaûe, et cela, dans rhitent^hta laVïppioser te ^^Phiiitmstffi^'à 9é^so<%riM. tes pâfift^ns véulaièilt doàttèr lL*^tH»ire par ^là, Iqu'il avSiit iOxl«N>é ptfrtni ^eiox «n ^oaMe d*uiie t^ttn «ccèatipite, ')êoaé>dn îien id«s«rif«oles^ 'et-^dîgtte d-étive adoiJé coMSie an envor^é de «Aen. Gibbonitite i^pie^liAle *mt «été rrârSentionrdu jMfgrsp^e^'et^deAa 4Mii8santefpvetCctl4ee. Mi^is^il*est.|nq)Q8sibledese rendis 4 .cette opinion. Voyez M. Leironne, Statue vocale de Memno/^t sect. m. ( 5, pag. 5a, 55, 256,257«
REFUTATION DE OUPUIS. 31
» Bacchus> Horus, Hercule, Adonis, sont le Soleil sous des formes y> et des représentations diverses: les mythes et les différens cultes » de ces divinitës sont des symboles de mouvemens astrouomi- » ques'. »
Ainsi, Dupuis n'a pas le mérite qu'il s'attribue, celui d'avoir découvert une méihq4e nouvelle. Ce qui lui appartient, et ce que personne ne lui contestera, 'c est' aâvoTr 'exagéré le système dont parle Macrobe, d'en avoir multiplié les applications jusqu'au ridicule, de n'avoir reculé devant aucune absurdité pour plier tous leS'^Mflftiàxsvtlc'^j^riiûMi^ft tmiqti^»
' SÛT rOfi^rne grécqùe'diës zodîàqHts prcWhStùs e^^^féSrts^ ÏMMIn lu à rrùstîtut te 3oyuafe1%a4, publie &âns ta }téifue1l(^iyèi&-imdes,
32 ÉTUDE DES MONUMEfIS ASTRONOMIQUES;