EXPLICATION DU MYTHE DHERCULE D'APRÈS DUPUIS
Hercale est le soleil diaprés Dapuis. — Examen et réfutation de ce qa'il dit des cinq premiers travaux. — C'est un système ancien déjà réfuté. —Dapuis refait Thistoire à son gré. — Histoire d'Hercule d'après Tantiqoité. — Elle n'a jias connu les ii travaux d'Hercule. — Ils n'ont été coordonnés quà l'époque alexandrine i au 2« siècle. •— Contradictions histoiriqoes.
Hercule est l'astre puissant qui anime et féconde l'univers.La fable desdouse travaux exprime la marche de cet astre à travers les douze signes du zodiaque , le poème des douze travaux n'est qu'un calendrier sacré embelli de tout le merveilleux dont Talle'gorie et la poésie, dans ces siècles éloignés, firent usage pour donner l'âme et la vie à leurs fictions. A Tépoque où fut composée VHéracléide ou poème sacré sur le calendrier, le solstice d'été répondait aux étoiles de la constellation du Lion. On peut donc fixer à cette constellation le départ du SoleiUHercule dans sa route annuelle. Le premier animal céleste que le Soleil ou Hercule trouve en entrant dans sa carrière annuelle, à l'époque de sa plus grande force,
c*est le Lion.
Premier travail. Victoire sur le lion de Némée. Il correspond au passage du soleil sous le lion céleste fixé par le coucher du matin àtVlngeniculuSf ou de la constellation de l'Hercule céleste '.
* Cest ici le moment de parler de la théoKÎe des Paranaielions, dont
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Deuxième travail. Hercule lutte contre une hydre redoutable dont les têtes renaissaient, et à la résistance de laquelle concou-
Dupuis a fait un usage perpétuel, et qui est comme la base de toutes les explications qu*il donne. Les anciens n'ayant aucun des instrumens dont nous disposons pour déterminer avec précision la position des étoiles, ne pouvaient employer ces coordonnées angulaires que nous nommons ascension droite et déclinaison , longitude et latitude. 11 parait qu'avant l'époque Alexandrine, toute l'astronomie de position était fondée sur des levers comparatifs d'étoiles. On rapportait les levers et les coachers des astres au lever et au coucher des plus remarquables d'entre eux, par exemple, de Sirîus. L'inlervalle de tems qui séparait le lever et le coucber de telle éloile du lever et du coucher de Sirius, étant connu par l'observation, on en déduisait par le calcul leur distance angulaire; quand cette distance était obtenue en fonction du tems employé à la parcourir, on marquait sur une sphère la position de l'étoile par rapport à Sirius. Il est possible que certaines étoiles brillantes des constellations zodiacales aient servi de point de repère , mais le zodiaque en masse, considéré dans son ensemble, et comme zone du ciel renfermant la trajectoire du soleil et les orbites des planètes, le zodiaque, disons-nous, ne paraît pas avoir servi, dans l'origine, à déterminer la position relative des étoiles. Mais lorsque le zodiaque fut devenu le trait saillant de la sphère grecque, on remplaça l'ancienne méthode des levers comparatifs d'étoiles par celle des paranatellons (TrapavareXXii), se lever auprès). On appela de ce nom des astres qui se levaient ou se couchaient en aspect avec les signes du zodiaque. Cette méthode p^ra/iate/Zo/z/tçi^e, empruntée par les Grecs aux Chaldéens, consistait à rapporter au lever de chacun des signes du zodiaque ou de leurs parties, les levers d'étoiles que, dans Torigine, ou rapportait les uns aux autres, ou bien aux'solstices et aux équinoxes. Dans le système de Dupuis, Thistoire mythique d'Hercule n'est autre chose qu'un calendrier sacré et paranatellontique ^ dans lequel chaque époque de la révolution annuelle du soleil et de la marche du tems est marquée par des levers et des couchers de constellations , qui se liaient aux 12 signes du zodiaque. Par exemple, le premier travail d'HerculCj sa victoire sur le lion de Némée, n'eiait pour Dup\iis qu'on symbole du passage du soleil dans le Lion céleste ; il tâche de le prouver en disant que le Lion céleste est le paranatellon deVIngeniculus^ c'est-à-dire, que tandis que le soleil est dans le signe du Lion, son lever correspond au coucber du matin d'une constclhiiioii appelée Engonasis^ Inge/iiculus ou Hercule agcnouilfc.
34 ETUDE DES AlOiNUMKJNS ASTAOI^OMIQUES ;
mit le Cancer,^ qui Taidail à se reproduire, et piquait le talon du héros. — Passage du soleil au signe de la Vierge^ marqué par le coucher total de V Hydre célesle, appelée Aj^<fre de Lerne, et dont la tête renaît le inattn avec le Cancer,
Troisième travail. Sanglier d'Érymanthe. — Hercule arrive chez les Centaures, et Tun d'eux lui donne Thospitalité. Les Centaures se querellent pour du viu, et veulent tuer celui qui a reçu Hercule. Ce héros remporte sur eux une victoire. Ce comLiat il'Hercule est lié à une chasse, dans laquelle Hercule prend un sanglier monstrueux, qui ravageait les forôts d'Ëiyaianthe. — Paft5a|;e du soleil au signe de la Balance, à l'entrée de TAutomne, fixé par le lever du Centaure céleste, celui qui donna l'hospitalité à Hercule. Cette constellation est représentée avec une outre pleine de vin, et un Thyrse orné de pampres et de raisins , image des productions de la saison. Alora se lève , le soir, Tourse céleste, appefëe par d'autres le porc et V animal d^Erjrmanthe
Quatrième travail. Triomphe d*HercuIe sur une biche aux cornes d'or et aux pieds d'airain, qu'il prit au bord des eaux où elle reposait. — Passage du soleil au signe du Scorpion fixé par le coucher di) Cassiopée^ constellation dans laquelle on peignit autrefois ijine biche.
Cinquième w&vuiL Hercule^ pies du ko de Stjrmj^ de, donpe la chasse à des oiseaux qui sont représentés au nombre de trois dans on médaUlon de ta ville de Périnthe, frappé en fhonneiir de &ordien. — Passage du soleil atf signe du Sagittaire, consacré à la déesse Diane qui avait à Sty mphale un temple, où l'on voyait les oiseaux Stymphalides* — Ce passage est fixé par le lever des trois oiseaux célestes, qui sont sur les bords de la voie lactée, laquelle ressemble à un grand fleuve. Ces tiois oiseaux sont le Fautour^ V Aigle et le Cygne \ près de l'Aigle est une flèche» 8p|.elée/ècÂe dtHercuU,
Nous ne pccisseroos paaplus loin la comparaison. Ces cinq exemples suffisent pour donner une idée de la méthode de Dupuis. Il faut convenir que si ces rapprochemens n'ont aucun fon^ dément solide, au moins ils sont foit ingénieux.
Pour pouvoir continuer \M^c(VLdiW douzième travail ctii^ compa*
RÉFUTATlOfi D£ DUPUIS. 3g
raison des travaux d'Hercule et de la marche annuelle du soleil, et pour paryeDir à la rendre plausible et au premier abord très séduisante, il fallait que Dupuis unît à une érudition très étendue et très variée, une connaissance approfondie des sphères des différens peuples, et qu'il possédât à un très haut degré Tesprit de combinaison- Mais tous ces rapprochemens, qui font honneur à la sagacité de Dupuis, n*ont que l'apparence de la vraisemblance ; ils ne sont pas du tout concluans. C'est ce qu'il faut prouver actuellement* Pour le faire avec clarté, nous admettrons un instant avec lui qu'Hercule est en efifet le Soleil , et nous examinerons d'abord quelle est la valeur des combinaisons astronomiques qu'il emploie, pour prouver que l'histoire d'Hercule n'est qu'un poème sacré sur le calendrier. Ensuite, nous reviendrons sur l'hypothèse elle-même, et nous venons jusqu'à quel point elle est fondée.
n'oublions pas que Dupuis suppose en premier lieu que ces fictions et ces chants sur Hercule ont été composés à l'époque où k Lion était le signe solsticial d'éto, c^est-àrdire, 2160 ans environ avant Hipparque. . Il faut donc de toute nécessité , pour que son système d'explications ait quelque consistance, que toutes les constellations dont il compare les levers et les couchers, aient été, dès cette époque reculée, nommées et représentées par des emblèmes significatifs.
Premier travail. Dès Ijb début, Dupuis est obligé de distinguer le premier Hercule, ou le dieu Soleil^ de deux autres Hercules placés dans les constellations, mais d'un ordre inférieur au grand dieu-Soleil, dont ils n'étaient que l'image. Cette distinction est maintenue dans tout le cours de ses recherches sur Hercule. Aussi cxplique-t-il les fables, en les rapportant kJELeitcxAe- Constellation quand elles n'appartiennent pas clai^rement à Hercule- Jo/ciï • ce qui ne convient pas à l'un, il l'applique à l'autre. Il serait pourtant bon de choisir ; car celte dualité dans le personnage d'Hercule implique contradiction. D'ailleurs, il n'est pas vrai que la constellation de VÀ^nouillé ait été de tout teins un emblème d'Hercule. Eudoxe et Aratus rappellent ti\\ï^\e\t\e\\i En^ottasis, hht Yovadi, et Aralus déclare que, de son tems, :iu 2* siècle avant
notre ère , personne ne savait ce que représentait cotte figure d'homme agenouillé. Du tems d'Auguste, on n'était plus embarrassé : le mylhographe Hygin n'hésitait pas à dire, qne cette figure était celle d'Hercule combattant. Un passage du Ufo^rfithi î^uôi^svcç d'Eschyle' semblait conduire à celte explication; et, malgré le témoignage formel d'Aratus, on concluait de ce passage, que, dès le tems d'Eschyle , l'Engonasis représentait Hercule Agenouille, combattant les peuples de la Ligurie (Provence ac^
tuelle) •• , , 1 1 • . • j'if I
Deuxième travail. L'explication donnée de la victoire d Herc.i e
sur l'hydre de Lerne est fondée sur ce que le signe de la Vier{;e a pour paranatellon la constellation de l'Hydre. Mais l'Hydre fctend sur trois signes} la tête se lève avec le Cancer, le corps s a\longe sous le Lion et sous la Vierge, et se termine aux derniers degrés de la Vierge. Il y aurait doue tout autant de raisons de considérer l'hydre céleste comme le paranatellon du Cancer ou j du Lion, que d'en faire celui de la Vierge.
Troisième travail. Trois difficultés assez graves se présentent. 1» La Balance, ditDapuis, signe du troisième mois, a pour paranatellon la constellation du Centaure. Cela est bien vrai; mais il ne faut pas perdre de vue que la Balance n'a été introdmie dans le zodiaque que fort tard, peut-are au tems d'Hippareue • conséquemmeul, il est tout à fait impossible que, 2160 ans avan'tce grand astronome, on ait songé à observer le paranatellon de la Balance. 2- Dupuis nous parle du lever du soir de l'Ourse cél. ste. Mais la Grande-Ourse est toujoure visible sur rhorizon de la Grèce ; dès le tems d'Homère, on avait remarque cette circonstance; aussi le poète dit-il que la Grande-Oarse est la seule dos constellalions qui ne participe poml aux bains de l 0céanK -r 3» En outre, la Grande-Ourse ne peut être prise pour
• C'est le/m-mc«< i" dans rëdilion de M. Boissouadc , t. ti, p. i\i. ^Vovez Straboo, liv. iv ; - Denys dHalicarn-isse, Aniiq. Rom h 4, j HvL, Poel.astr. ... 6; - Apollodore, I. ... ch. v, § 10, ub. Cli.v.cr.
. I « noms mythologiques des constellations sont, pour la pluparl, .le rc,K,;oc alexa«d.i..e ; i» "> a qu'un t.cs petit nonibre «»«^^r"«-;
kÉFUTATlON DE 0UPUIS. 37
un sanglier. Dupuîs, qui sent la difliculiç, dit. bien que dans les sphères orientales on peignait un pore^ au lieu d*unc Ourse, dans celte constellation ; mais ce fait est révoqué en doute par M. Ideler, savant astronome de Berlin, qui a examiné avec un grand soin toutes les sphères de TOrient. D'ailleurs^ quand bien même il ny aurait pas lieu k contestation sur ce point, la difficulté ne serait qu'éludée; Dupuis serait toujours obligé de sortir de la Grèce pour trouver sur une sphère la figure d'un sanglier ; or, c'est par la sphère grecque qu'il s*agit d'expliquer le mythe d'Hercule.
Quatrième travail. Le Scorpion a pour principal paranatellon la belle constellation de Giissiopée dont le coucher du matin fixait le lever du Scorpion, et marquait le passage du soleil dans ce signe. Mais ici encore, il faut distinguer les tems et les lieux. La constellation de Cassiopée ne faisait point partie de la sphère grecque , avant le tems de Sophocle et d'Euripide , qui ont in- . troduit les premiers en Grèce le mythe oriental de Géphée, Andromède, Persée et Cassiopée; et puis, Gassiopée n'a nul rapport avec la biche aux cornes d'or. Dupuis se tire d'embarras en ayant recours à un planisphère arabe, où l'on a conservé, dit*il, l'image d'une biche, à la place de Gassiopée. Mais encore une fois, Dupuis ne doit point sortir de la Grèce.
Cinquième travail. L'explication du cinquième travail est très ingénieuse. Encore pourrait-on objecter : 1® que, selon la tradition mythologique, les oiseaux Stymphalides tués par Hercule, étaient des oiseaux de proie, et conséquemntent fort différens du cygne; 2^ Que le Sagittaire ne fit partie de la sphère grecque qu'au 6® siècle avant notie ère*.
Il est inutile de poursuivre davantage cet examen. G*est assez de ce qui précède, pour prouver que, malgré les efforts prodigieux d'érudition queDupuis a déplo>'és, l'assimilation d'Hercule
V, Î75. Ce qu'Ovide a traduit par : immunemque œquoris Arcton {Mé^ tant. \ni^ 298), et Virgile par : Atcios Oceani meluentes œquore iingi ( Géorg, 1, 246). — Kous reviendrons dans la suite sur cet important passage d'Homère, quand nous étudierons la sphère grecqne. ' Pline, Ti, 6. Supra ^ p. 2!i, n. i.
38 ÉTUDR DES MOVtJMKNS ASTRONOMIQUBS ;
an Soleil n'est nullement justifiée. Cependant Dupuiê crrcmiphe ^ il ae eouronne liii-niéine 2 « Si le$ ëfudits k cerreau étroit trourent » notre marche trop libre, parcequ'elle n'est point pesante, nous » ne chercherons point à nous justifier auprès d'eux, puisque la » nature, en leur refusant le génie, les a, par là méme^ rendus inca- » pables de le reconnaître, partout où il se montre dans l'antiquité, » & la hauteur de laquelle ils ne peuvent s^élever '. »>
Il nous reste maintenant à examiner l'h3^othèse elle-même.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, le système hiëro-astronomique n'est pas de l'invention de Dupuis ; Macrobe nous en a conservé les traits principaux ; c'était un des moyens de défense dont se servaient les sectateurs du paganisme. Eusèbe a consacré le troî* sième livre de Isl Préparation ét^angélique k comhdiiire le sens allé* gorique que les adversaires du Christianisme prêtaient alors aux fables du polythéisme grec. Pour ce qui est d'Hercule en particu* lier. Porphyre, bien longtems avant Dupuis, le confondait avec le Soleil, et ne voyait dans les douze travaux du héros que des symboles delà marche du soleil à travers les douze signes du zodiaque. Eusèbe objectait avec beaucoup de raison contre ce système qu'il était insuffisant, puisqu'il ne rendait pas compte de tous les travaux attribués à Hercule *. Macrobe, après Porphyre, le soutenait par des argumens très futiles \ — Court de Gébelin
' Orig, de tous les cultes, livre iir, Avant-propos y t. i*', p. 3o4., în-<*.
• Porphyr. ap. Ëuseb. Prcep* Êvang. ni, i u — L'objection d'Eusèbe n*a rien perdu de sa force.
* Herenle, dit Macrobe ( Saturn, 1, ao), n est pas nue divinité différente du soleil : Quippe Hercules ea est solis potestas quœ humano gêner i virtuum ad similitudinem prmstat deorum. Le nom de ce héros prouve bien qu il est le soleil \ àpoxXvi; signifie gloire de Voir} or, qu estce que la gloire de F air? c'est le soleil qui en illumine les ténèbres natives. — La raison qu allègue Macrobe est tout à fait puérile ; on ne sait pas quelle est Tétymologie du mot ApoocX^;. M. Hermann pense qu'il désigne la vertu personnifiée^ remportant la gloire^ ftpoxXvi;* 5; inpaTo xXicç, On Ta fait dériver aussi de xXîoc et de i^ct,, vieux mot inusité, qui signifie terrcy ÈpoxX^ç^ la gloire de la terre (Knight et Clavier, ffist» des prem, tems de la Grèce, 1. 1, p. 938). Si l'on s'en rapporte au Scholiaste de
nÉFUTATlON DE DOPIIIS. 39
et BaiHy furent encore des précurseurs de Dnpnîs. l/id^e d'emf^^et tes iMtranftfellons appartient à notre auteur ; cVst la partie Heure» originale et vraiment ingi^nieuse de ses recherdies fmr Hercule. Mais il s'en faut bien qite smi excursion sur le domaine ée l'iiiitotre lui inériie les éloges qu'on ne peut refuser â la m€iv ▼eilletiae sagacité dont il fait prenTe dans ses combinaisons astre* nomiques. Les preuves prétendues historiques alléguées par lui aont tooi à fait inadmissibles ; les erreurs et les cootradictiona y aboadeni. L'assise principale du système commode qu'il s'est fait sur l'histoire grecque, est nbe hypothèse. Il suppose que, 1600 ans avant Homère et Hésiode, il y eut en Grèce un âge d'or de la poésie, fille du ci»let des dieux. Dans cette haute antiquité, on composa ces poèmes sacrés sur le calendrier, dont il ne nous reste pins que le eanevns, comme V Héracléide, la Théséide^ etc., dans lesquelles le soleil était célébré souh l'eniblcme d'un héios. Entre cestema reculés où prirent naissance et se développèrent tant de fictions brillantes et ingénieuses, et ceux où vivaient Homère et Hésiode, il a dà s'* couler plusieuis siècks de barbarie en Gièce, puisque le fil des anciennes idées s'y est entièrement | erdu* Homère et Hésiode ne recaeillirent que de précieuses étincelles deçà fea sacré; mais les Grecs répétèrent, sans les comprendre, les chants que leuim pères avaient autrefois composés en l'honneur du so-
Pindâre, « Hercule se serait appelé d'abord u4lcée^et n aurait pris qu% plus tard le nom tt Hercule pour obéir à V oracle d'Apollon : ?vici p.£vTci aÔT^ Tov ftpatxXfoi À.Xxa(cv xaXittfftai pcuXovrat, p.ercavou.'jtadat ^\ ftpflueX'vi, AirdX- X«vô< TouTo xpv)ou(i>din9avToc, Sckol, vet. Pind. Ofymp, vi, 1 15, où Hercule est appelé «javov ftéXcç ÀXxat^av, illustre rejeton des Alca'ides, Voye« aussi Apollodore, liv. ii, oh. 4t§ i^ > qui dit : n La Pythie lui donna alors pour la première fois le nom A' Hercule; d\i])ord i) avait pcxrlé celai ^Alcide : to ^s Ilu^fa roVe irpÛTOfv JfpoxXsa aÙTcv Trpccni^'dpiyo»* tô ^g ttoûtcv AXxiJifj; wpcffïi-YopfcûgTO ; ibique Clavier,» — Diodore de Sicile (iv, lo) nous apprend «que le nom d'Hercule fut substitué à celui d *-^/ciWc par les Argîens » : ^loîrsp Ap-j^sTct, iTUÔo(it.8vci to •)^gv&pi.ev&v , ÂpaxXea irpccnr.-yopiu(Tav,5n ai*Hpav foxs xXéoç, AXxaTov irpo'tepov )caX&ûji.cv&v. — - Vojez encoie IJiod. Sicul., I, q4, ubi Wesseling ; Servius stir V Enéide^ vi , 397 , où Hercule (St appelé Alcide^ et Clavier sur jépolhdore, t. n, p. 25;,
40 iVriiDK ni'S ajoiNumens astronomiques ;
ieil. Les clrbris de ces chants fornièreut Tamas confus des i*ui« nés mythologiques. Une fois rompu, le fil sacré ne fat plus renoué par les Grecs, et on n'a pu le retrouver qae dans les temples de l'Egypte. Le sens allpgorique de toutes ces fables n'e'tait point connu du vulgaire ignorant , mais dans Tensei*gnement que recevaient les initiés aux doctrines secrètes des mystères, on leur dévoilait le sens caché de toutes ces énigmes, inintelligibles pour le peuple. Si quelques poètes pénétrèrent dans CCS arcanes profonds, ils durent s'imposer silence y et criiindre de divulguer ce qu'ils avaient appris.
Il est évident que de ti'lles hypothèses, absolument dénuées de fondement, et même dépourvues de toute vraisemblance, ex* cluent la possibilité d'une discussion sérieuse. Dupuis invoque l'histoire à l'appui de ses idées, et, au lieu de la prendre comme elle est, il la façonne et la reconstruit au gré de son imagination* Au lieu de Féludier dans les monumens ptimitifs, il a recours aux témoignages d'auteurs récens, et qui écrivirent lorsque les traditions étaient confondues et presque mccounaissables ; îl choisit ses autorités, et il eu apprécie la valeur, non d'après les règles d'une saine critique, mais d'après le système qu'il veut faire prévaloir. Ainsi, tout d'abord, il nous transporte dans des tems sur lesquels nous ne savons presque rien, sans s'inquiéter s'il est d'accord avec les traditions qui se maintinrent constamment en Grèce. Il renverse la chronologie unanimement adoptée, et fondée sur des documens authentiques ; il veut que 1600 ans avant Homère, les habitans de la Gièce aient possédé une astronomie très perfectionnée, qu'ils aient nommé et désigné par des emblèmes significatifs toutes les constellations, qu'ils aient eu de grands poètes, un système religieux très profond. 11 affecte de mépriser Homère, Hésiode, et les poètes qui les ont suivis, ne les considérant que comme des échos ininlelligens des antiques traditions. Dans son désir de faire de la mythologie grecque un ensemble raisonnable, une suite d'allégories vivifiées par un principe unique, il puise ses argumens dans les ouvrages des Néo -Platoniciens, écrivains subtils et passionnés^ qui soutenaient, eux aussi, dans l'intérêt d'une cause perdue, que lamy-
RBFUTATION DK DI)PUI»« Ai
tliologie f^recque cachait sous un voile grossier un système de vérités astronomiques, philosophiques oa religieuses. Tandis qu'il répudie les monmuens originaux, il se recommande de Porphyre, ce grand ennemi du christianisme, de Macrobe, de Servius, de Jean Diacre, d'Arnobe et de Martianus Gapella , tous postérieurs à notre ère. Puis, si on le presse de revenir aux sources primitives, si Ton entre en défiance à l'égard de tous les auteurs qu'il appelle à son aide, soit parce qu'ils sont trop récens ^ soit parcequ'ils furent des hommes de polémique et de passion, il vous renvoie aux doctrines occultes des mystères, aux temples de l'Egypte, aux poésies Orphiques, et a Vfféracléide, grand poème qu'il semble avoir lu, tant il en parle avec assurance, mais que personnelle connaît, dont aucun auteur n'a jamais dit un seul mot '. Après avoir fait un tel abus de l'imagination , et ainsi foulé aux pieds toutes les règles de la critique historique ', Dupuis conclut en ces termes : <( Le témoignage de plusieurs siècles et de plu* » sieurs peuples en faveur de l'existence; comme hommes, des hé- » rosdes différentes religions, dont la mémoire est consacrée par » un culte, par des poèmes ou des légendes, n'est pas toujours un » sûr garant deleur réalité historique ^. La philosophie d'un seul » homme vaut mieux, en ce cas, que l'opinion de plusieurs mil- » liers d'hommes et de plusieurs siècles de crédulité. » Puis il ajoute: « Ces réflexions trouveront leur application dans lafable M solaire faite sur le Chef des douze apôtres, ou sur le héros de la » légende des chrétiens ^. « Dupuis pouvait se dispenser de faire celte annonce ; car on est bien sûr , avant qu'il le dise , qu'il ne se donne pas tant de peine, uniquement pour révoquer en doute
' L'ancienne Uéracléidedw poète Pisandi*e, dont il reste encore quelques courts fragmens, n^avait rien de commun avec le poème inventé par Dupais, quoi qn^en dise cet auteur*
' M. Ludwig Ideler i appelle ï incritique Dupais. Mém, sur Vorig, du zodiaque t lu à T Acad. de Berlin , le 28 jnin 1 838.
^ C'est ce qu a dit plus tard l'école symbolique.
* Origine de tous les Cultes 9 Ws, m, ch. j. T. r, p. 35 1 et 352, édit. in« 4°; et Abrtgcde VOrig. des C, ch. v.
42 ÛTVDE DI^S MONUMRlVf» MTROSOMIQUFS ;
reKisieoce d^Hercuie comma personnage bktorkpie , «xwtence quif après lout^ n'iniéieasa plus peiionne.
Puisque ]e b«au poèino de Vffiracleiia ne bous est point par— veaUf et que boiK ignorons les doctrintu que Ton enseignait aux iiûUés, Doos n'avons d'aiili'e moyen de coonaitre Tc^tniOQ des anciens Grecs sur Hercule^ que d'ouvrir les œuvres d'Homère^ et celles di's poètes qui l'ont suivi '. Homère parie d*Hercule fiomme d'un héros né à Tbcbes de Béotie, fils de Jupiter et d'AIcmène * ; et même) dans deuxeodroiis, ilappelle Hercule^if/f iVAmplUvrjroTi*,
* Hérodote, queDupuis s'est bien gardé de citer, et dont raatorité vaut mieux cerhiinement que celle des tuteurs dont Dupnis itiiroque/e témoignsgOt nous apprend que toute Is tlieologie des Greet est fondée sur les écrits d Homère et d*Hésiode. « On s iotig<tenis ignoré, dit-il , » l'orîgino da chaque Dieu* leur forme» leur nature, et ails avaient » tous existé de tout teius : ce n'est, |>Our 9va%\ dire« que délier quoa le » sailt Je pense en effet qu'Homère et Hésiode ne vivaient que 4^0 ans » avant moi. Or, ce sont eux qui, (es premiers, ont décrit m vei^ la théo- » gonie, qui ont parlé des surnoms des Dieux, de leur culte, de leurs » fonctions, et qui ont tracé leurs figures; les autres poètes, qu*on dît » tes avoir précédés, ne sont venus , du moins à mon avis, qu^après eux. » Hérod, Il , 53, traduct. de Lsrcher. — L'intéressante Dissertation de M. Guigniaot sur fa Théogonie d'Hésiode (i835) est nn exceltetit comnientaii^ da te passage d*Hérodote.
* iiiad. v, âç/Hi xtv, 9Û6$ xrx, 98 et suiv.*, Odyss, %t, a66 et suir., etc. ' Hf «Tt^bf ttcùç Àf^trf ufuyec , Jliad. v, S93 ; k.\Mf%r^t$wi Mihç , Odjss,
XI, 070. Heyne, Knight et Dugas-Montbel pensent que ces deux passages ont été interpolés, parce que , disent-ils. Hercule étant appelé partout ailleurs dans Homère Jils de Jupiter^ le poète n*a pu suivre deux mytliologies différentes. Cette raison n'est pas suffisante pour prouver qu'il y a eu en efi'et interpolation; car d'abord les pe/lto ^<^^o/i64 admettent qu'Homère s bien pu suivre les deux traditions ; de plus , je ferai remarquer que presque tous les poètes ont fait en cela comme Homère. Hésiode» qiii donne k Hercule Jupiter pour père,nereu appelle pastuoins Àp.(piTpuci>vttt^Yj$ ( Théog, 3t6 ; Scut^ Uerc. 41^» 4^a«438 )• De mêmePin-' dare ( Olymp. m , 26 ; Jsihm. vi , 56. Heyne), Théocrite ( xxiv, loa ; XXV, 7 f , i5q), Euripide {JSercfur, 3, 353). Dans ce dernier poète, Amphitryon appelle Hercule son fils, & Wxvw ( Herc» fur* 1087 ) et HéNîale
RÉTOTATION DR DWOIS. 43
Meiiori ikitt$ m \eutmmef Ta connu ', comme i\ a eoniiii Thésée, Pidubous ei d^autres héros',* Tlépolèm«, qui commande les RhodLsns aat slén^ de Troie, est fils d'Hercule ^. Sous le régne de LftOméddKi, Hercule s'est emparé de la ville de Troie, ei Ta raTft« gée^; il a fait plusieurs autres guerres ' ; il a tué Iphitus ^; Ulysse, Tisitaut les enfers , y rencontre l'image d^Hercule ?, etc. Aîssit au tems ou furent composées les poésies homériques , la tMditioD qui aratt cours sur Hercule, le représentait comme un héros, tel que Tliésée, Piriihoûs, Jasott , eic U ëteit fils d'un Dieu et d'une mortellef c'était un héros iléifié, ^fHK ^e^(> comme rappelle Pindare ^
Homère parle bien des travaux qu'Hercule entreprit par les ordres d'Eurysthée» ; maia il ne dit nulle part que ces travaux fussent au nombre de douze. Il y a plus ; c'est qu'aucun des douze trarauK n'y est désigné, si ce n'esi l'enlèvement de Cerbère'*'. Ainsi il n'est question dans Homère ni du lion de Néniée, ni de l'hydre de Lerue, etc. fin un mot, sauf deux ou trois faits tnerveilleux, comme sa descente aux enfers, po ir en rameiiet* le chien de Pluton, comme sa lutte contre Junonet Pluion ", toutes les actions
appelle Amphitryon son père ( Herc. fur. io85 et iîîSS. Boissonade). — Il n'y a rien d'étonnant qu un même auteur ait suivi les deux traditions ; rien n'est plus fréqnent ; e*est ainsi que Castor et Pollux , !*an fils de Tjndare, l'autre fils de Jupiter, sont appelés collectivement par les poètes, soit Tjrndarides, soit Dioscures,
■ Itkid, xf . 690.
* lUad, I. a65 et sniv.
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4 lUad. ▼. 640 et sniv. xiv. uSt.
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' iV/m. m. 38. Heytie.
îiiad. Tut. 3ÔQ ; six. r^i et i35; Oéfysi, xi. 610 et soW.
^« Iliad» viii. 5(i6 et iuiv. Odyss» xi. 6'i3 et safv.-*- Encore quelques commentateurs pensent-ils que ces passages ont été interpolés. Voy. Iliad, V. 391 et suiv.
«« Ibid.
44 érUDR DES NONUMËNS ASTRONOMIQUES;
d'Hercule I mentionnées dans les poèmes liomériques» ont un caractère historique: elles consisleni en gueireseten expéditions diverses, soit dans la Grèce, soit dans TAsie-Mineure. Eiifiii, après sa mort, ce héros fut transporté dans i'OIjrmpe, et son image demeura dans les enfers '•
Hésiodei qui vient après Homère, nomme quelques-uns des travaux d'Hercule; il parle de la victoire sur le lion deNémëe^, sur rhydre de Lerne\ sur Cycnus^ide l'enièvemenl des bœufs de Gé» ryon^de la délivrance de Prométhéc^; mais il<ie nomme pas les autres ; ei rien n'indique dans ce qui nous reste de ce poète qu'il ait eu connaissance d'une tradition sur les douze travaux. A mesure qu'on descend le fleuve de la poésie grecque, oa voit s'agrandir le mythe d'Hercule; chaque poêle y ajoute quelque chose, soit des faits nouveaux, soit des circonstances merveilleuses. Le personnage historique devient bientôt un personnage fabuleux, auquel on attribue toutes les grandes entreprises dont on ignorait les auteurs et toutes les aventures extraordinaires qu'il plaisait aux poètes d'imaginer et de décrire. Ainsi, Pindare raconte? comment^ la nuit même desa naissance, Hercule au berceau étouffa deux énor« mes serpens que Junon avait envoyés pour le dévorer; comment
* Odyss, XI. 60 a et suiv. et Y Hymne homérique, ei^ A^oxXéa Xecv«
TOÔup.CV.
» Hésiod. Théog. 33 1.
^ Théog. 3i5. Hercule la tue avec le secours d*Iolaus,et la protection de Minerve.
4 C'est le sujet du Bouclier d'Hercule, attribué à Hésiode. Les poètes n'étaient pas d'accord sur les circonstances de ce combat ; les uns, comme Hésiode, disaient qu*Hercule était resté inébranlable; dantres, comme Stésichore et Pindare, disaient qu Hercule avait d*abord lâché pied; ce qui explique ce passage de Pindare : ** Les armes de Cycnus mirent en » fuite rindomptable Hercule lui-même. nT^ôinî $ï Kuxvtta Moéxa xftt ùinp- 610V ÈpaxXsa. ( Olymp, x. 19 et 20. Heyne, ) Voy. les Scholiastesàe^ïndaresur cet endroit, et Suchfort, Fragm. Stésich, p* 57.
* Théog. a86 et suiv. 980.
® Théog, 525 et suiv.
7 Nftn, i»"»; — Théocrite, xxiv.
il poursuivit jusque dans les contrées hyperboréennes, la biche aux coroes d'or*- Stésichore parlait (!e Géiyon comme d*un monstre ayant des ailes, six bras et six jambes, tandis que Hcsinde * se bornait à lui donner trois têtes. CVst ainsi que plus tard, Thydre de Lerne, qui, dans Hésiode % n*a rien de bien eiTraj-ant, eut sept têtes, puis neuf, puis cinquante, et enfin cc-ut^i et que Ton pinçai jusqu'auprès des colonnes d^Hercule les états deGéryon, qu*Hécatée de Milet ^ avait placés dans l'Ëpire. Les Tragiques ne se firent pas faute de surcharger la lég< nde d'Hercule Mais, quoiqu'ils y aient ajouté beaucoup, nucnn d'eux ne f^it une mention expresse des douze travaux ; ils n'y font pas même allusion.
£t cependant les occasions ne leur m.inqnèrcnt pas. Sophocle, dans les Trachimennes ?, dont le sujet est la mort d'Hercule, Euripide^ dans VJlcestCy dans V Hercule furieux^ ^ dans les HéracUdcs^
* Olymp. iif. 5o et sniv.
* Théog, 286 : TpixapYivcv Tyipucv^a. Ubi vide Scholiasl. 3 Tliéog, 3 1 2 ; î^p/iV, X67P' ci^oîav.
* Diod. sicul. IV. II.
* Apollodore, it. 5. îo. « Erylhie était nnc île située près de rOccan ; » Maintenant on la nomnie Gadire. Épu6sia ^è i^v Ojctavou irXvioîov xstp.9vT) vîjffoç, ii vOv rà^etpa xaXeîtat.
^ Hécatée de Mtlet, cité par Arrien (Afiab, \\. 16). Voyez farticle Hécatée dans Y Encyclopédie des gens du monde^ par M. Guigniaat.
7 Dans cette tragédie, (v. 1091 et suiv.,) Hercule, atteint d'un mal incurable, rappelle quelques-uns des exploits qui ont signalé son courage invincible; el, quand il en a cité six^ il s'arrête dans son énumération, et dit: •innombrables sont les antres travauic que j'ai accomplis», âXXuv 71 {AoxO«)y p.upi(i»v èiiuaaariv. ( v. 1 io3. Boisson. ) Du nombre douze, il n*en est pas question.
* Dans V Hercule furieux ( v. 547*446* Boiss.), le chœur célèbre les louanges d'Hercule; c'était là une belle occasion ; mais le choeur ne suit aucun ordre déterminé dans son énuméralion, et il omet plusietjrs des travaux qui figurent duus la liste dApollodore. De même, v. laSp et suiv. — Or,' ponr que le système de Dupuis ait quelque stabilité, il faut absolument: 1^ que le nombre des travaux soit de douze y a*^ que ces 13 travaux soient toujours les mcmrs ; 5° que Tordre dans Icquelils sont cnaméi es soit invuiliibU*.
Pindare, qui se plntt à célébrer le héros de sa patrie, et qui y re- Tient à tout propos ', auraient-ils négligé j^tridiqoér ce nombre douzey SI, de leur teuis , il eât été consacre par la tradition poëtique? Dans tons ces poètes, Hercule figure comme un héros célèbre par son courage, sa vigueur, sa vie active et laborieuse- ; mats on n'y peut saisir la moindre trace de Popinion qui attribue à ce héros douze travaux principaux ; à plus forte raison, n*y trouvent- on pas ces travaux ranges dans un ordre détcfmîrié, comme ifs le furent plus tard« Dupuis se trompe donc étrangement, quand il affirme , comme un fait incoutesiable , que , dans Tantiquité grecque, les travaux d'Hercule furent toujours au nombre de douze; il ne pouvait trouver une base plusfragrfe à Texplication qu'it propose du mythe d'Hercule.
Ge Bc fut qu'à l'époque alexandrine que les poètes et les niy^ thograpiies fixèrent à douzele nombre de ces travaux. Pourquoi ce nombre fut-il choisi de préférence à tout autre ? On ne le sait : peut-être cela tient-il à l'influence de quelque idée égyptienne. Quoi qu'il en soit *, c'est dans Théocriie, poète contemporain de Ptolémée Philadelphe, que ce nombre p-iraît pour la première fois ^ ÉvideiniueBt, il ne coœpreuait pas la totalité dea tradéiimks
> Ném^ f. 49^5:1. « lie souvenir d'Hercule tt son antique histoire «emparent ém mon ame clMToiée. i»
* S»* les \Aaê anciens ouvrages ^*att, tels que le coffre de CypêëoB et le Irène d'Apotton Amyclé(in,<m n^avalt représenté q«e quelques travaux to/e^t tels que les combats centre G^on, rAchébii», t*Hydre^Bioiiiède, puis les pomme» de» Hetpérîdês, le lion de Némée , Cet^èrs ( PaoïaniaS; IT. i8; v^ 1^)9 iMiis dupais veut toujours que ce soieikt le» I3 lravs«x. Voyez VOrig. de tous les Cultes 1 1. 1, p. 54^, note (1). Édit. rii*4''.
^ Tbéocr. xxrr. 8o. Le devin Tirésiaft, qui prédit k Alcuène la destinée de SOI» fila, lui dit : « Les Destins lai imposent doute travaux ; qmnd i^il le» aon tans accomplis, il habitera dans le palais de Jupiter^ > elc, hm^tmk ol TeXltfsm mnpwfftlvoy U ^^h^ wish M^x^coc II n j a pas de texte pld» amâeo où soit mentionné ce nombre dotœ. Dan» les Tmehiniermes^ ( V. 806. BoisB.) il est bien qacstion d*un oracle qui fixe à doute ans la durée des épreuves imposées à Herenle; mais, cette prédiction de l'oracle (citée aussi par Apollodore, 11, 4i i^)» ne dit rien sur le nembrede
RBfCTATION DE DUMJIS. 47
qui 60lr«tenl dans le eadrc det aveiituret do béros * ; uiats quoiqu'il fût lout-à fait arbitraire i6l de conv«itieD, il fui luaialenu cmnine ua nombre Gomacre.
Entre les maîos de» roytliograpkes d'Alexandrie, le foodi Imtoriqiie de la l^ende d*Hercttle dis|nrut sona Ici fktiona ht phis ndkuks. Le héros ,doBile8|ioènieshoinériquesatteateiitl'exi9leMe comme faoœinetétait devenu an personnage {abttWttx, lorsque veis le milieu du Sl^siède avant l.G, Apollodore l'Athénien eompoaaeon Traité swrUs dieux^ en vin^t li?resy où il résumait tous les travaex entrepris par l'école d'Aleiandrie sur le» généalogies des dieua et des héros. Cette yaste composition ne nous est coMiue qoe pat ma extrait, qui porte le titre de biblioihique à^JtpoUodore^ mais qui probablement n'a pas été lait par ApoUodore loi-même ^ C*est dans cet abrégé, rédigé avec peu de soin et peu d'caactilude, que Ton trouve la première fois une liste des deif^r irat^Hx ; cette liste est celle que Dupuis a adoptée, en la modifiant toute» fais un peu d'après celle qoe Diodore de Sicile, écrivain postérieur à Apollodore» nous a laissée dans son ffistoire mmrêt$eUe. Dana ces deux listes on découvre au prc^mier coup d*œil rinier^ polation,Lemélangc de tontes les traditions; lesdonze travaux ne a'y succèdent pas sans interruption, ils sont séparés les uns des «utFca par les expéditions d'Hercule dancrAsie-Mineure^le PdcH
ces épreuves. Du reste, cette prédiction ne s'accomplit pas , puisqae , selon le même ÂpoIIodore (ii, 5, 1 1 ), les \i travaux dTHercale Furent terminés eu 9 ans et i mois. ^ï fe mot attribué au fameux Diagoras de Mélos était bien autheutrque, TbéDcrite tte serait pas le premier qui aurait ctté le nombre douze; mais ce mot nencuos est eennu qire par les gohoHiivcts des Niêées, v. 9a8.
■ Far eieaiple, tontes Iss aventures merveilleuses ds re&fsaoe d'Bercule ( Voy. Apollod. 1. ii, ch. iv. § 8, 9, 10.) ; non plus que ce prodigieux travail, accompli dauf une nuit, en laveur des 5o &ll«s de Tjboitius, dont parlent Pausauiaa ( ix, %j ), Ta tien et le Schôliaste dHésiode, et qui, selon l'auteur d'one épigramne conservée dans VAnêhohgic ( lîv. iv, tiL 8, ép. 0) fut le plus rude de tous,
*' Telle est du noins l'opinion de Henri de Valois, Tannegai Iiefebvre et d'Isaac Vossius; Clavier ne fait pas difficulté de Tadmettre.
ponèse , ia Grèce centrale , et la Thessalie, expéditions qui constituent l'histoire véritable du héros.
Yoilà comment l'histoire d'Hercule, d'abord auihentique et consacrée par la reconnaissance des peuples, fut modifiée suivant le caprice des poètes et des m^ihographes, jusqu'à devenir un tissu d'aventures prodigieuses et d'anecdotes ridicules. Dans Torigine, Hercule fut pour les Grecs un prince quiétaitné et avait vécu à Thèbes. Ils en firent bientôt la personnification du principe delà Force. Les anciens poètes n'avaient jamais connu que THcrcule Thébain ; mais quand les relations de l'Orient et de la Grèce se furent multipliées, on donna le nom de ce héros à toutes les divinités étrangères dont les attributs ressemblaient à ceux de l'Hercule grec, et qui, comme lui, personnifiaient le principe de ia Force, en Egypte, en Phénicie et ailleurs ; on mit sur le compte du fils d'Amphitryon et d'Alcmène tous les exploits dont la mythologie orientale avait embelli l'histoire de l'Hercule égyptien, de l'Hercule phénicien, etc. Ces dieux de l'Orient furent bientôt éclipsés par celui que célébraient à l'envi tous les poètes de la Grèce. La confusion allait toujours croissant, quand les mytholographesdeprofession se mirent à réunir toutes les traditions qui avaient cours sur Hercule, ne distinguant ni lestems, ni les lieux. Enfin l'esprit de système s'exerça sur les fables primitives, et acheva de les n ndre méconnaissables en voulant 1rs expliquer. Alors Hercule devint le Soleil, et sa vie fut raltacbéee à la marche de cet astre. Cette tradition, inconnue à l'antiquité ', fut ac« cueillie et trouva des défenseurs intrépides.
Donc, quand Dupuis voulut connaître l'opinion véritable des anciens Grecs sur Hercule, il ne pouvait s'adresser plus mal qu'aux auteurs recens de l'école d^Alexandrie ; il devait remon-
' Dans les Trachinienttes ( v. gô etsniv. Boisson ), le chœur s'écrie : ■ Je demande au Soleil^ je conjure le Soleil de m'apprendre où est leji^s » dAlcmène. » X.Xi&v , X.Xtcv atTcâ toûto , xapu^at rbv ÂXxp.'iQvaç. Le Soleil et Hercule ne sont pas confondus. De même, dans Théocrite (Id. a5), Hrrcntc visite Augîns, fils dn Soleil, Aristophane, qui ne ménage guère Hercule, ne se moque jamais do V Hercule-Soleil.
RÉFUÏAÏIOK DE DDPUIS. 49
ter bien au-delà de l'époque où les défenseurs du paganîtJm*, pressés par les attaques de leurs adversaires, cherchaient dans les an* ciens auteurs tout ce qui pouvait leur fournir quelques argumcns à Tappui de la thèse qu'ils soutenaient.
Le fait que Dupuis prend pour point de de'part, comme si ce fait était bien Reconnu, c'est que de toute antiquité les travaux d'Hercule ont été au nombre de douze. Il les énumère dans Tordre où ils se trouvent dans Diodorede Sicile. La liste de cet historien diffère de celle d'Apollodore quant à l'ordre suivant lequel ces travaux se succèdent' ; or , comme rien n'est plus important dans le système de Dupuis^ que de suivre un ordre déterminéf dans Ténumération des travaux; comme la moindre interversion détruit tout son système d'explications, on aimerait à savoir pour quelles raisons il a préféré la liste de Diodore à celle du niythographe. On n'en finirait pas si l'on voulait suivre Dupuis pas à pas, et signaler tous les défauts qui frappent les lecteurs attentifs dans cette partie de son ouvrage. Nous en citerons encore quelques-uns, pour montrer que la critique trouverait à s'exercer sur les plus petits détails.
l^Tout en adoptant l'ordre indiqué par Diodore, Dupuis s'é^ carte souvent du récit de riiistorien, et puise des détails dans ÂpoUodore. Par exemple, dans l'explication du deuxième travail, il parle d'un Cancer ^ qui concourait à la résistance de V Hydre; or cette circonstance, très importante pourDupuis; n'est pas relevée par Diodore ; c'est dans ApoUodore qu'il en est fait
' Diodore met au 5« rang le combat contre le sanglier d'Ërymanthe (iv. la); dans ApoUodore ce combat n'occupe que le 4*^ ^^^ O'* ^> 4)» il y a encore deux diftérenc€S du même genre entre les deux listes. Le 5« traifoil de celle de Diodore est le 6' dans celle d*Apollodore. Il y a pa-reillement interversion entre le ii*^ et le la^. Ces changemens mériteraient à peine . d'être remarqués dans tout autre système que celui de Dupuis; mais ses explications reposant essentiellement sur la comparaison des travaux d'Hercule et de la marche du soleil dans le zodiaqae, un i^nvcrsement dans Tordre des travaux ôte toute probabilité à Tassiniilalion que Dupuis prétend établir entre Hercule et le soleil»
50 KXUDË Dli3 MOMiMËMS AâTftONOAIlQUES ;
.meBtioo '. -* 2<* D'aatres fois, Dupuis $*éoarte du récH de Tua et Tautre auteur. G^<Bst ainsi que pour le ciâciuièoie travail il foatde toute son explicaiioo sut «e qtie les o»eaax Siym|ifaalide»6ont représentés au nombre de trois sur un naédailfeu de la ville de Ptfrinthe» Qr Diodore et Apollodere d«setit qàe ees <Hseiiux jetaient innùmbruhlesi *. â"" Bnfin il n'est pas rare qiM le travail principal disparaiéae 4oUs une foille de circonstaiàices aetesao^ft ; par exemple» à lire l'expiicatinti de Dupui«» il semblerait que le tiDîsième trafail d^HeiMHile est sa vict0ire sur les Getitaures ; le sanglier d'Bryiaautbe n'y figure c]ue pour mémeÂr^
Dirons-nous que IhipUisv voulant afaBolument qae les douze ir^- VAUX d'Hercule fassent un symbole poétique de la course annuelle du soleil) s'est fait les idiéfts les plus étranges sur la ehronolof^ie de l'histoire giecque?!! est forcé d'admettre, nous l'avons déjà ditii que les poésies cObsacrées à U gloire du kéf os, ont été composées à l'époque où le lion étinit 1^ sif^ne solsticial d'été, c'est-àdîrC) 2160 avant Hi))parqae^ A cette époque reculéei, les ^recs devaient «voir acquis des connaissances approfcmUt^ eb uratto» graphie ; ils devaient, non-scuieiuent avoir ûbsoTvé les douée £0nsl?ellatil^ns du 2odiaque et lears i^ranatelloiis, «maÂs (^ivcore leur av^ir attribué des noms et4es figures ; ce qu'il est difficiLe de crare dis la pari d'un peuple etofant» et ce qui d'aiUeurs est for- «tellement c^ntraii'e à tout ce que nous savons de précis sur ki tnarch^ et les progr^ de Tastronomie. Dupuis ^ donc fait un cer^ «de vicieux, en ce que ternte so4) explication du mjthe d'Hercule est fondée sur l'existence de ces poésies anciennes, existence dont
^ Ï¥K!SA, Sic. kV. 11.-*^ Apollûd» II. 5 , ^ : Êmiëci^tt ^% i^L^xht^ ^ H^ça,
» Dfdd. «le. : èiteiroXteffs "Y^, ^< letwv, BpvCSMv «XflS^ ûfix0n*tù^. fV^ %l, ihiqué I^«**è?m5'. -^ àpolldë. * Et< toûttcv (ÔXkjv) Ipvètç «ovi^o^o* éwX€T6t-. \\. 5, 6, uW C;/drpi«K— On ti'è pu repré^entei" sar \e méfktUon itc Périntlie tette mnUîtûde d'oiseaux. On en a figuré trois se^ileinent:, et eelâ Miflfrsait y^tit irsppelfV celni des travaux d'Hercule quVm voulait déat^f^er. t)^Mn«tti1s, ee 'médérlIoQ appartenant à une époque où tîntes les no^ tiObs sàrtteftiule étaitettt (^nfondtieB » On ne peUl eu tirer aucmi ai^gumeut décisif.
Dupuis ne doûne d'autre preuve que son hypothèse elle-inêtne. Il n^a pas pris garde que Diodore, en rapportant les diverses traditions qu'il avait recueillies sur Hercule, a fait aussi ses restrictions, et a reproduit la distinction tlë]à établie par Hérodote '. £t puis n'y a-t-il pas quelque chose de choquant et de contradictoire a prendre pour emblème du soleil, cet astre puissant, qui anime et féconde l'univers, 6ercule, Jouet de la STatalité^ poursuivi depuis sa naissance jusqu'à sa mort par la haine implacable de Jttjion, esclave dXur y sthée, et forcé d*accomf)Ursous ses ordres tous les travaux qu'il plaît à ce maître rigoureux de lui imposera
On ne peut douter qu'il i/y ail un ordre déterminé dans les douze travaux d^Hercule ; mais m ordre est purement géographique; c'est ce que prouvé le tableau ^uiv^^t qui donne Tofdre suivi par biodore. Les travaux y sont ran^^és, diaprés l'éloigncment de la scène où ils ont eu lieu.
!• UojkéeNémée. •.*...•. Jirgoiide.
Q<> fiydile é« Le¥iiv. ♦ . . • . ^ » • ibiiL . *
3» Sanglier d'Eryftiwwlife. . . . ^ JÊrtadi». ,
4* Biehfe Cérynile. • . • Md. ^ P«»opo»è«e.
6« ÈxMfê d'Aagiw . « £Me. .
7« Taureau de <Si^e. ^ * » • ^ • . Oète^ . . i Hm «o Caualei de Dioi^èdfe. ...... nrace, . j tate'St:
g** UmpéMoQ contre les AmatoMs. A^^^Mmeutt^ ^o« BœàfsâeGéh(r>on. • . w . . • . Sèspérte^ i«« Jm^îb éos Hébrides. ... « Afrique,
4 a* Descente îiok entera. , * , , . Extrémités de ia terre.
L'inspection de ce tableau prouve que les douze travaux «'y succèdent dans un ordre tout à fait arbitraire, quant à l'histoire mais déterminé , par l'ordre même dans lequel les Grecs ont acquis leurs connaissances géographiques. Souvent même on changea fe tradition qui Rusait de cfenains lieux le théâtre de tel ou tel exploit. Ainsi, Wiistorien Hccatée, qui précéda Hérodote, disait que le
■» Dfod.'Sic. m. 73, — Hérodote. 11, 45-<5.
52 ihuiH*: DlîS MOINU^IKISS ASTliONOMlQUFS;
dixième travail avait eu lieu eu Epire\ plus (arJ, on transporta en Hespérie le lliocitre de ce dixième travail ; de même j)Oiir la biclie aux cornes d^or, les uns disaient qu'elle avait été prise en ^rcadie; les auti*es supposaient qu'Hercule l'avait poursuivie jusque dans le pays des Hjrperhoréens .
Résumons toute cette discussion, et formulons les conclusions qu'a prises M. Letronne. 1*" Le système bîéro-astronomique adopté par Dupuis ne lui appartient pas ; on en trouve dans Macrobe les traits caractéristiques et l'idée première. — 2° L'invention de ce système se rattache h l'histoire de la lutte du paganisme et du christianisme. Entre tous les systèmes que les païens émirent alors> figure celui que Dupuis a renouvelé, système suivant lequel les dieux et les héros ne sont que le soleil sous différenles formes. — 3*^ Quand on range les autorités dans Tordre des tcms , on voit naître et se développer, avec les progrès des lumières, tous ces systèmes plus ou moins plausibles par lesquels on voulut expliquer les traditions souvent contradictoires de la haute antiquité; ces systèmes dénaturent les fables, pour en rendre compte» Ainsi la fable d'Hercule, qui prit naissance en Grèce, éprouva certaines modifications, lorsque les doctrines et les cérémonies symboliques des peuples étrangers y pénétièrcnt ; ces modifications , fondées sur des analogies souvent fort éloignées, défigurèrent et enfin rendirent méconnaissable la fable primitive ; puis , ces analogies , plus apparentes que réelles, ayant été multipliées de plus en plus, dans un intérêt de polémique, la fable dégénéra en une allégorie h. laquelle sont bien loin de se prêter quelques- unes des traditions conservées sur Hercule. Plus on s'éloigna des tems anciens, et pins le niytlie du héros grec alla s'altcrant. — 4° Dupuis est tombé perpétuellement dans la même erreur ; il a attribué une haute antiquité à des opinions qui n'ont pris naissance qu'à une époque comparativement très récente, et dont on peut suivre fac.lt ment dans riiistoirele développement successif. Il a manque absolument de ctiiique dans la discussion des textes et des monuraens figurés, ne tenant aucun compte de la difiérencedes tems et des lieux, rejetant le témoignage des auteurs les plus anciens pour s'attacher uniquement
RÉFUTATION DM DUPUIS. 5Ii
à celui lies auteurs les plus lécens; auteurs dont Tautorité est justement suspecte, puisqu'ils ont écrit dans l'intcrél d'un système, et lorsque toutes les traditions pi imitives étaient défiguiées. — 5" Les argumeus tires de l'existence de Vl/éracléide souinon avenus, puisque ce poème nous est entièrement inconnu. — 6** Enfin l'autorité des poésies Orphiques n'est d'aucun poids dans la question; car ces poésies sont pour la plupart postérieures de trois ou quatre siècles à notre ère, ainsi que l*ont prouvé les travaux d'Hermaun; elles sont d'environ deux mille ans moins anciennes que Dupuis ne le suppose.
Nous nous sommes beaucoup étendu sur l'explication que Dupuis a donnée du mythe d'Hercule, parce que c'est la partie la plus séduisante ,'la plus spécieuse de son système hiéro- astronomique, celle où les rapprochemens sont faits avec le plus de sagacité et de vraisemblance. Si, comme il nous le semble, nous avons ébranlé ce fondement principal de toutes ses recherches ultéileures sur les religions , nous serons dispensés d'entrer dans d'aussi longs développemens sur l'explication qu'il propose du mythe de Bacchus, et des traditions relatives h d'autres personnages qui appartiennent à la fois à l'histoire et à la mythologie : Àb uno disce ont nés.
56 jtTtJDB DCS MOISCJMENS astronomiques;
prouver que celle de Dupuis n'a pas de fondement solide. Nous suivrons la même marche que pour le mythe d*Hercule ; nous interrogerons d'abord les plus anciens auteurs, et nous rangerons les autorités dans l'ordre chronologique.
C'est à peine si Homère parle de Bacchus. Le peu qu'il en dit prouve que de son tems le culte de Bacchus n'avait pas encore acquis une grande popularité , si toutefois il existait. Pour Homère, Bacchus n'est point un dieu : c*est un héros, comme Hercule, un demi dieu, fils de Jupiter et d'une mortelle, Sémélé, fille de Gadmus ' ; c'est un contemporain de Thésée, dont il a connu l'amante Ariane^; ua contemporain du roi deThrace^ le terrible Lycurgue ^. Ces trois particularités sont les seules que les poésies homériques nous apprennent sur Bacchus ^. — Hésiode n^en parle guère plus au long. 11 se borne à dire que Bacchus est le fils immortel de Jupiter et d'une mortelle, Sémélé, fille de Gadmus ^ ; qu'il a épousé Ariane, ÇUe de Minos ^, et enfin qu'il a fait présent aux hommes du fruit de la vigne ^. Hésiode ne dit rien sur ce personnage qu'Homère n'eût dit avant lui. Dans Stésichore aussi, Bacchus n'est qu'un héros. Il en est peu parlé dans ce qui nous reste des poésies de Pindare ; seulement, on voit que la tradition encore en vigueur du tems de ce poète donnait à Bacchus Sémélé pour mère ^, et Thèbes pour ville natale ^. Ainsi les poètes
' b 8i, AicSvuacv 2&p.éXv} réxs, x^PH^^ pjpOToTaiv. Jliad, iiv. 3^5.
* Odjrss, xî. 325,
' Iliad. VI, i3oetsuiv.
* Bacchus est encore nommé une fois, mais en passant, dans nn.qua* trième passage d*Homère , Odjrss. xxiv. 74* Quelques commentateur ont pensé que tous les passages de V Iliade et de Y Odyssée ^ relatifs à Bacchus, étaient interpolés. Voyez Dugas-Monthel, Observ. sur l' Odjrss. p. i85.
^ SeiAsXy) TSKC Aiûvuocv.. âddivATOv Ovvini * vSv ^*à(Af oTspci 6ioi ciotv. Theog, 938 et suiv.
6 Theog. 945.947.
7 Les OEuvres et les jours ^ 612. Aûpa Aiwvûaou ffoXu')pp,6îoç.
* Olymp, ir, 5o.
9 Isthm. vil, 5.
nÊFUTATlON DE DUPUIS. 57
anciens ne nous font rien connaître de précis sur les avenlures de ce personnage.
Ce ne fut qu'asses tard que le coite de Bacchus deyint florisaant en Grèce ; il ne s'y ëiablit qu'après des guerres longues et sanglantes'. Gadmus l'avait introduit, non sans peine % dans la Béotie, et les partisans de ce culte éprouvèrent une vive résistance, quand ils voulurent le faire pénétrer dans le Péloponnèse. Mélampus 9 fils d'Anaythaon, le régularisa et le fit admettre dans VArgolide et une partie de la péninsule, conformément aux traditions qu'il tenait des descendansdeCadmus. Il institua les Phallépkories^ et régla les courses bacchiques qui faisaient partie de ce culte ^.
Avec le tems, et par suite des communications de la Grèce avec rOrient, la légende de Bacchus fut surchargée d'aventures. Un rapprochement fortuit entre les noms de Aipvu<7oc et de I^^j^sa donna l'idée de placer le lieu de sa naissance, sur le mont Wysa en Béotie *. Aussitôt que Bacchus eut été assimilé à
' Voyez les détails de ces guerres dans Clavier, Histoire des prem, tems de la Grèce, t. i, p. aoy et suiv. édit. i8'22. Dans la suite, on attribua au dieu lui-même quelques-unes des aventures qnî signalèi*ent ces guerres; ainsi, le chef des partisans du nouveau culte ayant été tué dans un combat que lui livra Pcrsée, alors roi de Mycènes, les poètes dirent plus tard que Bacchas avait été blessé dans cette rencontre^ et qu'il était mort de ses blessures à Delphes, où l'on montrait encore ses restes du tems de PItftarque. Voyez Fréret , Ac. des Insc. t. xxiii. p. aSo, Aî€m,t d'après Paasanias, Ëasèbe et Plotarque.
* Voy. les Bacchantes d'Euripide.
> Hérotlote ii. 49^ " C'est Mélampus qui instruisit les Grecs du nom » de Bacchus, des cérémonies de son culte, et qui introduisit parmi » eux la procession du Phallus... Ces cérémonies sont éloignées dos )) mœurs et des usages des Grecs, et elles ont été nouvellement intro- » daites. »
4 II paraît quePiudare est le plusancienautenrchez lequel on découvre la trace de cette tradition Quoique dans ïlsth. vu, il félicite sa patrie d* avoir donné le jour à Bacchus, on voit, par le Grand Etymolo^iste ^ que, dans un autre passage, il supposait que Bacchus était né et avait été élevé sur le mont Nysa. Eiymol. Ma^n. p. 377. 4o. voc. Ai^uaoç : « D'au- » très pensent que ce nom de Dionysus vient du nom de Jupiter (Aîo^)
58 ÉTUDE DES MONUMmS AtTROHCIMIQURS;
Qnmi Mi Ifttmfiorta k MiQntNyMh d'akard danA iMMet» Arabie, puis en Ethiopie, et Bacchus sortit de la ^Otèe0 ^ culte ftitiaao«sùv«iiieni ratiadté à la Bé^tie, à I'£id|c4yà klle 4e NaYoa, à la GarM» aa Cancane, à^ l^ît§J(p<«) à PAvat^îe^ «l enfin ib T'Inde K Lea pt ^(ndèrea rolatioiia des Greca at«e ee tkfmkr fii»y=9 leuv appriveni que ta vigos y ^ii oaltiYés. Celtfl sfols eirco«e-* tanœ suffisait pour qu*ila i«iagîiuMse9i un voyage de Bacchva dans rindo; cari eommcul lea Indiei^is aurs^ieotTilt coniitt la cuk^ tur^ de la vignes ù Baoehua nç la leur eût eoseii^iiée^ Peu à pe»» Qtt s*habilua à cette idée (|us Baedius avait parcouru TCbiest ; dans les ^açcha^fûs d'Euripide, H tâatquaaiioa de sea voij^ges. daaa
» et de Ay^«i, motilagnts sup Iftffvielie il naqtiH el fut éteté, sehn Fin- » i/ar^.» Oi ^s àffi T6U Âi&ç xflii TÎi; Némiç tcù l^euf àve^AoEoiSct, lirsl jv tc&tc» sY^vviàA)»» À$ nîv^a^c4 4 xai dvftTp^l^Kw Biotlo^re de Sktle semble admettre celle éiyiufUugic : m^^oiriQ^^'iM^ ^h wo t&9 icat^ç xxl tgO t^u âi(»r»«9w. m. 64- On a proposé de ce mot Atovuoc; plusieurs étymologies. Apolludore dit (1^,4) ^u'iUv^ été «^nsiuftwiii^e^ luéaiaire de U «saalèredont il avait échsippçapx filainmics. Clavier dit c|i»e i^Avu^c; esit po^r Ane H^^^big^ h 4't^u adoré sur U m^^ i\^^«Ai> I* ^ pu ^ )k Fpéire^ ( Zo^. eii* p. siSf >: (^ Diioa^^ofi^ ^^ 1^ d¥>Wçte c^M^ojKi » et /«^«HXf dai^ k dilklecte éo»lien , siguifie le peii^ 4wi oin^u*; maison a des exemples «|«i'il se preud pt^uif HU enfant vpitf'!» de mliiâe <t^ if juk/Zim des Latias^ A^ocastf» oiià réi)|Ueiti|f^ Ai»v.\it««oi9 ( coMiWC â4Vf4A pOkur ov6jii.« > sf ta ibi'Âf ptdktsit h $lk bieo-aiu^é di» Jupiiciv I^m U mythologie gK«c<|ae , Biaccèas est le èern nier des eofans de Jupiter qui aient élé dieus dèalenrnai^ssaBce» » N'esta ce pas ici le cas d'appliquer le mot de Yoltaive i pjcopos^de la &ili«itte devise Bec pluxibus bnpop ^ « Ce qu ««i peuft expKquer de plusieurs ma- » uieres ue mérite d'être expliqiié d'auouiio» »
* ApoUod, 1. \\\. cl> IV. ^5: Èf {A^ 9r^9C Nu|A9«< 8M^|ri.iant (iVMywov);fltv K4«)i TQ( Àaïaç x^Tci)^v««ç. Diod. &ie. m. §4 * ^^ Î^v9du» vk^ k^aSMUi^ \a» S^holiaste d'Homère, 1. xviii , 4^^ t indique encore une autre traditiont: An»vu9oy TftTç A#£wi«|t wfK^cdc Tp^uv. j[&MKaw«. m 1(1 eOufia aux u^rmpbês. d? De- » dçne le soi^ d'élever Baçokus. y\Y^ schok d'ArisSapk. are» ai &, aii>.
> Mynm^ kûm^^ x&vi : « Sémélévous aait a« inande, Bacebua, enfisAt » divin, les uns disent à DMcâne, l«s autres dan» Icaf«e, les autres à Ntu^os, » ks antres près do TAlptiée, et d^t^lres ei^. publteot que Voua éica » né dans Thèhes; asais ils 80»% tous meuieura... lï tst une kiule mon-
flatteurs feignirent qu'il avait marché sur les traces d'Hercule et de Bï^cçt^H?. 5 alor^cw dw^?^ we nouvelle çi^tensiçi^ ^^ iisiyil^e de Ça^cçhu^^ IlfeUut 4pn^Ç> l^A gï'é, inal g^-é, qii'il ^û( (ai^ *i»tvefcài la conques de l'Indu Qo^iie» r««6ei»bliuKea d« nwui doonateBl un fondement appai«nt à oel(« opinmi. Les Gfecs connaissaient le P^anopamims (Nysa éleré) ; ils ii'liésitèvent i^as à y placer le lieu de la naissance de Baechufi. Oe mont Nvsa qui avait déjà tant defofs changé de position fut donc transporté en Orient, à lafaveurde cette homonymie. En outre, les Grecs trouvèrent dan? rinde i^^ne ^nontagne à lac^uelle étaient liées pour les Indiens certaines traditions reïigieusçs : c'était Iç moftl Mérou, Oç, Jupitçr^ nour sauver Çf^cchus de l'incendie qu\ verrait i^e déypv^r Sépaélé, s'étçiit. ouvert \a^ ouissç^ çt y «va^ dépo^p *o^ ^l^; de \^ le^ép>^\^ète?^^<TRe<>^?W«^|jwfipo^tt9.TQç,7iç>(<rr< da^s ^a6^iss,^yÇOU$^ d(ms, Uk amsi^j 4<MAuées 4 Bacçl^D» p^r loa^ pi^è^«4^. C^était un rap*
» lagne npmmée Ny^* ^%y loia de U Phénicie» elle s*élèv» près des » bords an lleiive ^và arroneXEgyp^e» etc. » Voyez Qiod. Sic* in, 65.
* BacoK «. ^5 et surr^
* Les Egypiîeas ne si» firent pas famte non plus d^grandin ainsi k ca* dre des expédition d'Ctei^ns^ daâéioatxw, de Icitr rai Osj^manilyas, dpnt r«&kt«i»oe a été si viveiiMBal o oay tée; ik vniilaiejfit a avoir rien à en* vieraux Grec»; à les entendre, ks pays conquis par Akxanéc^ Favaient été, bien longtems avaat luj, parles grands rois de l'BgypIe. Voy; M. I^e^ trene, M^m. suif le maMumjGni tP Qsymc^dfçs , p. 4^ ^t 5o. Voy. aassl le Mém, du même aivte«tr sur la Simêu€ vasak tk Memnon , pasaîni; et son arttqîe sar Vhthme de Suez , $ i^S Jfewte <&J deux Mimées , tS jnil*let 1^4 1.
' Voy. t'hymn. komén. a6«, où B^ocbtfs est appelé £ipai^«'nQ$. Euripide fail alIosioD à ce oonte ridicide. Voy» les BacckanieSy v. 97 et suiv. y. 241 et saiv. Boissanade. La poète pi^eod «iêftie )a peine d'expliquer VoFigine de cette tradition hizairç . Ibid. v. 'aS4 et soiv. Elle prévalat bientôt, et devint un des trait» caractéristiques de la légende de Bacchus. Les poètes l'ayant, ponr ainsi dif*e, consacrée, les mythographes ne manquèrent pas de la racneilllr et de l'enjoliver» Voy. Apollod. I. ni, ch. IV, § 5. — . Diofl. sic. m, €14.
prochement de plus à faire ; leaGrecs le firent aussitôt' ; et {xrtpoTpottp'^c signifia pour eui, nourri sur le mont Mérou. On n'en resta pas là : on
(( * On sait que^ grâce à rimagination de leurs poètes , et même de leurs » historiens, les Grecs ne furent jamais embarrassés pour donner une » origine aux dénominations géographiques de la Grèce et des autres » pays : ils avaient toujours sous la main des héros et des héroiaes, dont » le nom était fabriqué avec celui-là même doot il fallait rendre compte. » Les noms de ces personnages imaginaires, et souvent leurs généalogies, » qui ne le sont pas moins, se retrouvent dans leurs mythograpbes, leurs » historiens, leurs géographes et leurs grammairiens ou scholiastes, qui » n'élèvent aucun doute sur ces origines fabuleuses... Ainsi; Canope avait » été fondée par Canopus^ pilote de Ménélas; AbydoSf par Abydus Pe- » toe, par Pélée\ Syène, par Syénus, etc. Enfin, quoiqu'il fût con- » stant que la ville elle nome àeMénelas, près d'Alexandrie, avaient pris » leur nom de Ménélas, frère de Ptolémée Soter, il se trouvait, sous le » règne même des Lagides, de graves auteurs, tels qu'Artémidore, qui » s'obstinaient à donner à ces lieux une origine héroïque, et en faisaient » remonter le nom jusqu'à Ménélas, frère d'Agamemnon* » Letronnc, Statue vocale de Memnon, p. 65 et 66. Nous citons d'autant plus volonticra cette savante monographie , qu'elle fournit un exemple extt*emoment remarquable des altérations que les traditions primitives ont subies dans la suite des siècles. Memnon, nommé deox fois seulement dans VOdjrssée^ eut de bonne heure ane histoire complète, surchargée d'événemens merveilleux, et que les poètes post-homériques embellissaient à l'envi. Longtems il ne fut qu un héros asiatique, sans aucun rapport avec l'Egypte ou l'Ethiopie : mais, à partir des expéditions d'Alexandre, le c^cle memnonien s'agrandit; et quand les Grecs eurent connu les Memnonia de Thèbes, ils s'emparèrent de cette homonymie, et attribuèrent à leur Memnon la fondation des grands édifices placés dans ce quartier de Thèbes. (Jne fois installé en Egypte, Memnon, dont l'origine avait déjà varié souvent, au gré des poètes et des mythograpbes, devint un roi égyptien ; l'un des deux colosses qui étaient situés eu avant de VAménophium fut considéré par les Grecs et les Romains comme étant une rc« présentation de sa royale personne. La partie restante de ce colosse mutilé faisait entendre naturellement un craquement sonore, quand elle était frappée des rayons du soleil ; c'était, disait-on , la voix de Memnon, saluant l'arrivée de l'Aurore, sa mère. De là vint la célébrité inouïe doht jouit ce colosse pendant les deux premiers siècles de la domination romaine en Egypte.
lŒFlJTATIOOr DE DEPUIS. Gl
iiiouiraplus ianl le lieu de Tlndeoù il était né* \ on dit que plusieurs villes avaient pris de lui le nom qu'elles portaient. Et pourtant Plutarque nous assure* qu'on montrait encore de son tems^ les restes du corps de Bacchus, près de l'oracle de Delphes. I>es détails de cette sorte prouvent d'autant moins, qu'ils sont plus précis ; n'est^il pas certain que les prêtres attachés au culte d«s dieux et des héros, araient toujours à leur disposition des reliques précieuses pour donner un peu de célébrité aux temples qu^ils desservaient ' ?
A l'époque où Nonnus> de Panopolis, composa son long poème des Dionysiaques^ toutes les notions étaient confondues. Cet infirmé ouvrage n'est qu'une espèce d'exercice poétique, dans lequel l'auteur a réuni indistinctement, sans acception de tems ou de lieux, toutes les traditions qui avaient cours sur Bacçhus, à 1 epoque alexandrine. Si Von y v(Ht quelquefois Bacchus assimilé au soleil, on n'en peut conclure rien autre chose, qile l'existence, au tems de Nonnus, d'une tradition selon laquelle Bacchus était le soleil. Et puis, quelle autorité moins grave en matière d'histoire, que celle de ce Nonnus^ vivant au 5* siècle de notre ère, époque qui fut par excellence celle des faussaires ? comment prendre au sérieux toutes les fades allégories dont les Dionysiaques
' Diod. Sic. III, 6a : ^«ixvuoôai ^è wap' tv^oîç pt-expi toO vOv tov ts tottgv, év Z) <Tuv£l&fi -^'îv/ïTÔai TOV 6«èv, x«i irpooy.'yopiaç icoXemv 6ir' aùrcû xatà t^v tôv ^tx**" pîov ^tàXsxTov. *i On montre encore actuellement dans l'indc le lieu où naquit Bacchus, » etc.
» Plut, de Isid. et Osir.
3 A Tégée, on montrait la lettre autographe de Sarpédon, Toeuf de Léda et les dents du sanglier d'Érymanthe; à Bénévent, celles du sanglier de CalydoD ; à Sicyone , les flèclies de Teucer, la tunique d'Ulysse, e vase d\'iirain où Pélias avait bouilli: en Troade, la citbare de Paris, et les enclumes que Jupiter avait attachées aux pieds de Junon ; à Memphis et ;i Coptos, une boucle des cheveux d'Isis. Scaurus montra au peuplo, lors de s5n édiiité, la carcasse de la baleine à laquelle Andromède avait été exposée; on faisait .voir encore, auprès de Joppé, les vestiges des chaînes dont on avait attaché sur un rocher la bei|e Andromède. P^qy. M. Letronoe, Stat voc. de Memnon^p* 67, G8, 73 et 73.
62 ETUDE DfiS MONUMËAâ ASTKONOMIQUES;
loot reHi)»Ues? Pbr exemple^ i« voyage de fiacckas en Assyrie^ où règne le ix>i Raisinyy £Tacpok«c> qui a po«h4* fils 4e prince Ya Grappe, lUt^ii pour femme^ la prMiaeaàe. Ivrmn^ Mi^, et pour éffic»er
Qoand lesNéqibtetilcîeMi, donu Maenobe s'est Oetii Tinterprète, eurent pewésur le «aytlie de Bacdms^ U tradition qui confondait Bacdmls aras soleil prit quelque cMiftistenee. On en donnait des taisons bisarresi Bacchas, disat«Hon^ est le méine qu'Osiris, qu'Adonis , Apis , Sérapis, Apollon ; or« ces divet'ses diviaiiés sont le soleîl ; donc fieœohns êsc k seleHv Ainsi , 44 nt: suffisait plus alors de considérer )Miileiiient deax BacdMiS* : 4nn , fils de JupiiH: et de Pirosei'pine qui, sons k noin A^i^M^ôhms, Jouaii un r^le important dans les Hijstères d'Slensis* \ Tantre^ fih de Jupiter et de SéméVé, nnyenteur de la vigne. La multâfiliicité des traditions qu'on rattachait à ce p(ersimBage semi*divin, semi-4iuniaiiiiy obligea à reeonnattre plÉsienrs Batckwi^ comme t>to avait reconnu plusieui-s
Dupuis a tttisomië connue ks ^^i^laConlciens, et dans toâ essai sur le mythe de Bacéhtts^ il a tnonti^ fKNir l'antiquité vérilaide le métiÊ9 m^pins que nolis lui aVonare p t^ôchiédans sa théorie em* fieidild. Il à négligé les eelivi«sd«s anèiens fpoètes, tfiit reflètent si bien les croyances populaires, et il a puisé tous ses argumens dans des auteurs très rëcens, Piutarque, fljgîn^ les Néoplatoniciens, Servius, l'etnpereur Julien^ Martianus Gapella, et eneore dans leà poésies Orphiques, lesquelles, ainsi que bous l'avons déjà dit, sont bien loin d'avoir la haute antiquité que Bapuis leur attribue. C'est en combinant les tciiMHgnages tes pluscontrsdietôil'e», qu'il s'est iTail un liyst^ne ^el quel ^ur Baeclius. Par exemple, rencontre-t-il dans les poètes les épithètes de xep«<r(p<Jpô(;, xepaTOçopoç, Taupoxeûtoi;, pouxEpcuc, TaupopieTcoiroç, etc ? il en tire une preuve queBacchus estle soleil entrant dans le signe du Taureau, et fécondant la Natui*e. Or, pour ne parler que des deux premières, les épithètes de xspaêtpdpcx^ KcpoiTo^opoç^ appliquées à Bac-
• rpy. DM. Sic. i«,«iJ«5, tv, i-S.^Ciàêt. SeNat, deùr. ni, aS. ' For. les GtmouiUes d-Arîstef^fte. t. 524 ^ siiiv« BOissonade.
chusi ne feni qa'imc «orta d'ailiuion à la nature ^t à la forint
des vases d<Nakt on se servait ancietinémcmt pour boîie le rin i les
ancien^ eux'^inênit'S nous ai^pt'ennfHat que ces vttaes étsieiit des
-cornes et mêfiné des ^oi^tes de bm^\ Une «utr^ preuve qft'il cite
eneoro' de l'ideiitilé de BacchUs et du soleil dans ses rapports
avec la t^taUoii artoudle elles beséius de Tagrioiiltitre) «esout
les sculptures d'ua vase antique^ où Bacehus €8t repré^^nié avec
8cpiÂltes^qu'd[seuiUecoiidttii>^f Baccktisala iéte«les pitdsetla
queue d*li boëliC. Or^ dlt^'li» <3fBSsepC filles sont heê sept étotltrs de
hi coteisteUatton du Taureau» les Hyades» les nourrices de.Bae-
chus^. Mail ce vase est itreonna «nain tenant poUr étrédefabri^tte
moderne. Ici eàtore nods retrou Irons cette perpétuelle confuliou
des tnouuntens des Coques les plue div^rses^ qui est le d<i8&ut
capital de toute rargiunentation de Dupiûs.
Nous n'insisterons pas davautige sur ces biaarresexplkati^Ds. Bupuis n'a posé Ija pluiniD qu'après avoir tenté d'appliquer sa inëthode favorite à tous les ni^'tlies de Tantiquité païenne, « fais et « ses courses représeoteiitln Lune et ses inouv^mens ; la Câble de » Jason est allégorique ; le grand navigateur est le Soleil; son vais- » sean est encore une consteHaiion, et le bélier qu'il va conque- » rir est aussi l'ul^ des doitiie si(|nes^€^ltti:» qut> dans ces siècles >v kéi^iques, annonçaii. le retour faéureux du piintemâ» » Pour peu qa'^n veuille examiner dephrèsoes diwtesrévenesi et reoion" ter^ux source priinitites^ on troiivtera bien tite le cèté vulné^ irable de la tbéorie de Dupuis» ainsi Iq^p^lîquée à font ce que les anciens nons ont laissé de iradllioos oootradictoires sur leurs dieux et leurs bé^o^.
Dè^ que notre «uteur «ocft du domaine de Tafiftiquilé^ pour onil*er à^M celui de la religion iobrétienfie> Il est vraiment impossibles un bomnie de bon smis de le enivre dans «<« folies
• P^oy, M. Letfonttc, Ùbsèrvafîons phihhg^'^ues et àrchéotogiguès sur lt$ n&ms de^ i>ttsès grecs, p, 10$.
» i}n^ de ^uèlès 'ékdies, T. ii, p. 5>t6l. t> plandic i5.
3 f^qjr. Tabbé Séviii sur les Nourrices de Bacchus dans les Mém. de VAc, deslnscrti t. v, p. 07 et suiv. M^.
64 ËTUDB DES MONUMEJMS ASTRONOMIQUES;
solennellrs.Nous respectons trop nos lecteurs, pour leur retracer cette burlesque et cynique débauche d'esprit. Un mot seulement sur la prétendue explication astronomique de Vuépocalfpse de saint Jean, Les aberrations déplorables du grand Newton sur ce sujet auraient du pourtant inspirer à Dupuis quelque défiance de ses propres forces; et sans doute, cet exemple mémorable eût arrêté un homme moins amoureux de Kes idées. Mais, arec une outre^Guidance qui est bien voisine de l'ineptie, il a passé outre. Qu^est-ce donc^ selon lui, que l'Apocalypse? « C'est l'ouvrage » d*un initié aux mystères de la lumière et du soleil, adoré sous » le sjinbole de l'agneau du printems ou du bélier céleste ; k? but » de cette fiction était non- seulement d'exciter l'étounement des " n initiés, mais encore d'imprimer la terreur dans le cœur de tous M ceux qui ne seraient pas fidèles aux lois de l'initiation*. »
Je voudrais pouvoir dire de Dupuis ce que Voltaire disait de Nvwton, au sujet de sa tropfameuse exégèse sur l'Apocalypse: «( Il N a composé cet ouvrage pour consoler les autres hommes de la •» supériorité qu'il avait sur eux. » Mais tout le monde protesterait.
Dupuis s'est encore abusé, quand il a voulu expliquer par l'astronomie l'usage qui a prévalu de placer à côté de chacun des évangélistes une figure symbolique. Pour lui, le taureau et le lion qui sont comme les attributs de saint Luc et de saint Marc, ne son t autres que le Taureau etle Lion du zodiaque. Le Verseau étant représenté dans le planisphère grec par un jeune-homme qui épanche de l'eau d'une urne, Dupuis ne doute pas que Vange qui accompagne saint Mathieu, ne soit le Verseau du zodiaque ^ enfin l'aigle de saint Jean représente le Scorpion du zodiaque, parceque l'Aigle est le paranatellon du Scorpion. Mais il s'en faut bien que ces assimilations soient exactes. Les quatre animaux sont tiios de la vision d'Ezéchiel ; le taureau est Temblême de la force ; le lion, de l'agilité ; l'ange ou l'homme, de la beauté; l'aigle, de la sublimité. D'ailleurs, il y eut longtems des variations dans la manière dont ces emblèmes furent appliqués aux quatre évangélis-
' Abrégé de Forig, des cultes, Gb« xi«
tes Ainsi, du teins Je saint Au{]uslii], ropinloii n'clnit pas enlièremeui fixée ; quelques-uns plaçaient le liou à cote de saint Mutthieu, et Tai^^le à coté de saint Marc. £u oulre, il faut dire que celte luauièie d'indiquer synibuliquement les quatre évaogélistes n'est pas la plus ancienne. Ptiiuitivement, h s quatre évangélisles furent ligures par quatre sources sortant du pied d'un rocher, audessus duquel était Jésus-Gbrist ; ce rocher est le symbole des fondeinens sur lesquek repose l'Eglise chrétienne. On retrouve dans lesinonuuicns des Catacombes des repré^eutatious de ce genre.
66 ÉTUDE DES NOMUMBNS ASTROMOAIIQUES ;
cajÊunvBE V,
Les zodiaques de Deudérah et d^Ësneh sont de l'époque romaine. — On n'a jamais trouvé de représentations zodiacales sur les monameus égyptiens de Tépoque pharaonique. — Tous les Zodiaques que Ton a trouvés sur des monumens romains sont postérieurs à notre ^re.-— Recherches sur Forigine du zodiaque.
Quelques années après la publication du long ouvrage de Dupuisy eut lieu la mémorabh; expédition des Français en Egypte. Jusque-là, on n'avait accordé que très peu d'attention aux zodiaques représentés sur les anciens monumens de ce pays ; Richard Pococke n'en avait décrit qu*un seul', dont il ne restait plus que de faibles vestiges en 1798. Le Mémoire sur l* origine des constellations et V Origine de tous les cultes donnèrent soudainement une grande importance à ces sortes de représentarions. Les idées de Dupuis étaient trouvées ingénieuses et profondes à cette époque où la critique historique était bien loin d'avoir acquis lesdéveloppemens que lui ont donnés les savans de notre teins. Mais, pour qu'elles prissent rang dans la science , il fallait qu'elles fussent confirmées par des faits positifs et irrécusables. Jusqu'à ce qu'elles reçussent cette sanction, elles risquaient de rester confondues avec tant d'autres idées systématiques ^ plus ou moins habilement
' C'est celui du Propy Ion d'^cAr//t<m ou Chemmis.
REFUTATION DE DUPtJlâ. 67
coordonnées, qui font honneur à la sagacité des auteurs, mais n*entraiiient pas l'assentiuient des esprits sévères. Tout-àcoup ces idées acquirent, par la découverte des zodiaques de Dendérah et d'Esneh , une célébrité presque populaire , que certainement Dupuis n'avait pas espérée pour elles.
Les savans illustres qui accompagnaient Tarmée française étaient sous le charme des iàées de Dupuis. Ils croyaient en outre, suivant une opinion assez généralement admise de leur tems, que la conquête de l'Egypte par Gambyse (525 ans avant J.-G) avait porté un coup mortel à la religion et aux arts des Egyptiens, avait profondément altéré leurs institutions, et fait tomber d'assez bonne heure en désuétude le langage hiéroglyphique. Cette opinion se joignant à la préoccupation systématique qui dominait dans leurs esprits , ils furent entraînés dans de graves erreurs au sujet des zodiaques iculptés qu*ils trouvèrent dans des temples égyptiens.
Voici comment ils y tombèrent:
Les temples de Dendérab et d*£sneh, où Ton découvrit quatre zodiaques, sont d'un style d'architecture et de sculpture semblable^ à peu près en tout, à celui d'autres monumens égyptiens dont l'antiquité n'est pas douteuse. De plus, ils portent des inscriptions en caractères hiéroglyphiques. Ces deux circonstances parurent décisives aux savans de la commission d'Egypte ; ils en conclurent que Ces temples étaient antérieurs à la conquête des Perses, et qu'ils appartenaient à l'époque pharaonique. D'autre part, la présence de zodiaques dans ces temples qu'on jugeait fort anciens, leur parut confirmer pleinement 1 hypothèse de Dupuis sur Voripne égyptienne du zodiaque.
Mais ce n'était rien encore! Ces quatre zodiaques présentaient des circonstances telles, qu'ils semblaient là tout exprès pour justifier une autre hypothèse de Dupuis, la plus hardie de toutes, à savoir, que la position des divers signes dans la bande zodiacale avait changé avec le tems par Teftet de la rétrogradation des étoiles fixes.
En effet, les zodiaques de Dendérah ne comtnencent point parle même signe que ceuxd'Esneh, et ni les uns ni les autres ne commencent parle même signe que celui d'Hif^parqueDans ceux crEsueh,
08 ETUDE D£S MOiMIMhMS ASTRONOMIQUES;
Fierté ouvre la luarclie ; dans ceux lîe Deudéi ali, c'est le Liun, \jts membres de la cummission d'Kgypie expliquèreul cette diilereuce, en disant que ceux-ci étaient moins anciens que ceux d'Ësneh. Ils admirent donc que les Egyptiens, en dressant ces zodiaques à des époques différentes, avaient eu égard aux eftlls de la précession des équinoxes. Celait bien 1«\ abonder dans le sens des idées de Dupuis. Dès lors, si Ton. supposait, ce qui semblait assez naturel, que les zodiaques de Dendérah et d'Esuek représentaient l'élat du ciel à l'époque où les temples furent construits, il en résultait que les temples d'Esnek étaient plus anciens de 2100 ans que celui de Dendérah. D'un autre côté, celui-ci devait être antérieur du même nombre d'années à l'époque d'Hipparque, puisque, dans leszodiaques qu'il contenait, on prenait pour signe solsUcial (Tété y le Liorij qui commençait la série des 12 signes. Ainsi, Ion donnait au moins 4,000 ans d'antiquité aux temples d'Esneli et aux zodiaques qu'ils renferment. Mais si, plus de 4,000 ans avant notre ère, les Egyptiens avaient déjà fait assez de progrès dans l'astronomie, pour tenir compte de la précession des é(|uiiiOxes, phénomène si déffiâle à constater , jusqu'où ne remontait pas l'origine de la civilisation égyptienne? Une si prodigieuse antiquité devait trouver bien des incrédules, et faire reculer quiconque ne jurait point par Dupuis et son système.
Aussi, de vives discussions s'engagèrent au sujet des zodiaques. Les philologues, les mathématiciens, les antiquaires, les philosophes, les théologiens eux-mêmes, s'j mêlèrent avec une ardi ur dont il y a peu d'exemples. Et comme la religion semblait Inléressée dans cette controverse, on était tenu^ pour ainsi dire, d'avoir une opinion sur l'époque et l'objet des représentations zodiacales, d'attaquer ou de défendre la haute antiquité qui leur était attribuée par Dupuis et son école. L'histoire ne dit pas qu on en vint aux coups, comme au moyen-âge; mais ce qui est certain, c'est que la courtoisie et l'urbanité furent très souvent bannies de toutes ces discussions. Il n'en sortit que des systèmes plus ou moins plausibles, soutenus et combattus avec plus ou moins de talent et d'érudition. On dissertait à perte do vue sur le .^ens d*emblème5 inconnue* j chaque parti était triomphant dans Tat-
UKF(JT\TIOX DR DUPUîS. 09
latine el fians vigueur dans la défense. Quelqu'un essay.iil'il de se porter pour arbitre entre les deux puissances belligéranlrs? il avait !oat le monde contre lui Enfin, après vinjjt ai\s d'une polémique acerbe, on ne se trouva guère plus avancé qu'au premier jour; les diflicultcs subsistaient dans leur entier, le sujet était encore tout neuf.
Pour mettre fin à tant de spéculations stériles , il fallait se prendre à quelques points fixes, et y ramener toute la discussion. Ce qui avait longtems exclu la possibilité d'un débat méthodique, régulier et vraiment scientifique, c'était l'absence de quelques faits bien constatés, et sur lesquels tout le monde fût d'accord. On ignorait à quelle époque appartenaient ces monumens ; par suite, on ne savait pas à quel ordre d'i le'es ils étaient liés. Comment aurait- on pu saisir dans l'histoire un point de vue d'où Von dominât toute la discussion?
C'était beaucoup que de sortir des limites dans lesquelles on avait circonscrit la question , et de mettre en lumière quelques faits simples qui servissent de base à toutes les recherches ultérieures. CVst ce que M. Letronne fit le premier. Il soumît à un examen approfondi ' quelques inscriptions grecques et latines recueillies en Egypte par les voyageurs. Il fut conduit par ses recherches historiques à admettre sur les effets de la conquête persane une opinion diamétralement opposée k celle qu'on s'en était formée jusque-là.
Il résultait clairement de cette étude attentive diverses conséquences importantes, dont l'expression se réduit aux deux propositions suivantes :
1" « La religion égyptienne s'est conservée sous les Perses, les )> Grecs, et au moins pendant lps*deux premiers siècles de la do- » mination romaine , sans subir de modifications essentielles.
2* n Les Egyptiens ont réparé les temples de leurs dieux , les
• Dabord, d.ins \e Journal des savan s ^ (mars, mai et août 1821), puis dans louvr.ige intitulé : Recherches pour servir à lliisfnirc d' F.^ypt^ pendant la domination des Grecs ef des Ro nains ^ |8'.>?).
» ont cûinplétës ou décorés, en ont même construit de nouveaux' ^ » avec la proteciion des Lagides et des empereurs , au moins »> jusqu'à la fin du 2® siècle de notre ère ; et ces travaux furent » exécutés dans un stjle d'architecture et de sculpture assez >» semblable à ce qu'il était antérieurement pour que la diffé- M renée n'ait pu être aperçue que par l'œil exercé dts artistes'. »
Ces conclusions tout-à-fait nouvelles et inattendues détrai* saient entièrement l'opinion qui avait été jusque-là une source d'erreurs. Elles causèrent comme un scandale dans le monde
' Ce fait est maintenant Tun des mieux constatés de l'histoire d'Egypte. Yoy. le Nouveau commentaire de M. Letronne sur Vinscription grecque de Bosette , notes 67 et 72. Il est indubitable aussi que du tems de Néron et même de Trajan, les hiéroglyphes étaient encore employés sur les monumens publics, comme ils l'étaient sous les Lagides , tontes les fois qu'il s'agissait de la religion. Sur la permanence des antiques usages de TÉgypte sons la domination des Grecs et des Romains, voy. M. Letronne, Matériaux pour servira Vhistoire du Chris--^ tianisme ; le docteur Parthey, de Philis Insulâ; sir Gardner Wilkinson , Tûpograph. de Thèbes. Même après le célèbre édit de Théodose, File de Phihe servit de refuge aux derniers sectateurs de la religion égyptienne.
*■ Recherches sur F Egypte, p. 446 et 447 • C'était en Egypte un lien commun, un thème banal de déclamations, d'imputer à Cambyseetaux Perses la dégradation ou la destruclion des plus beaux rooDaœei.s. A entendre les prêtres, T Egypte ne fut plus, après la conquête des Perses^ que l'ombre de ce qu*elle était auparavant. Ainsi, on dit à Slrabon qu'à Thèbes Cambyse n avait fait que des ruines. On allait jusqu à prétendre que ce terrible conquérant avait enlevé le fameux cercle éCor de 365 coudées de circonférence et d'une coudée d'épaisseur, qui surmontait le fabuleux tombeau d'Osymandyas. Du tems dePausanias,on racontait que c'était encore Gimbyse qui avait mutilé le célèbre colosse de Memnon \ et pourtant, à l'époque où Strabon voyageait en Egypte, il était de notoriété publique que la partie supérieure de ce colosse avait été renversée par un tremblement de terre, trente ans seulement avant l'ère chrétienne. Voy. M. Letronne, Statue vocale de Memnon^ sect. 11. $ a. t. X des Nouveaux Mém de VAc. des Insc,
RÉFUTATION DB DUPHiS. 71
savant , tant elles parurent paradoxales ; mais on eut lieau protester, il fallut céder à l'évidence des preuves.
Du uioinent qu*il fut démontré, 1' que les ressemblances que l'on remarquait entre le style de divers monumens égyptiens ne prouvent pas nécessairement qu'ils soient de la même époque ( car les artistes y ont reconnu trois stjles distincts, quoique se rapportant toujours à un type unique), 2** que la présence d'hiéro* glypbes sur un monument n^était pas toujours rin4ice d*une haute antiquité ; de ce moment, dis-je , on put concevoir des doutes légitimes sur l'opinion de ceux qui faisaient remonter si loin la construction des temples d'Esneh et de Dendérah ; d'au<* tant plus que sur la façade du pronaos de celui-ci il y avait une inscription grecque portant le nom de l'/empereur Tibère ^
Comment de ces doutes passa- t-on à une certitude complète? c'est ce que nous allons dire.
Le grand iemple de D.'ndérah (ancienne Tentyni, située sur la rive gaucho du Nil, un peu au nord de Tlièbes) , célèbre par sa belle architecture, contient, avons-nous dit, des bas-reliefs astronomiques, qui servent de décoration à deux de ses plafonds. On trouva un zodiaque rectangulaire au plafond de W-/ van i- temple (llpovao^) ; les signes y sont disposés sur deux ligues parallèles, six d*un côté, six de l'autre ; la bissection a lieu entre le Cancer et le Lion; ce dernier signe ouvre la marche.
Dans une pièce intérieure du même temple, on trouva un autre zodiaque dont la forme est circulaire (c'est celui que l'on voit aujourd'hui dans Tune des salles de la Bibliothèque royale, à Paris ')• Quoique dans celui-ci) Ton ne voie pas aussi clairement que dans le zodiaque rectangulaire par quel signe commence la série, il est probable cependant que le Lion esi encore le signe initial .
Quant aux zodiaques d'Esneh, (ancienne Latopolis, au sud de Thèbes) ils offrent, comparés à ceux de Dendérah, des différences importantes sans doute, mais sur le sens desquelles on se méprit complètement. Celui du pronaos d'Esneh , dans le grand temple,
' Recherches sur l'Egypte^ p. 172 etsuiv.
' Les Annales de philosophie en ont donné la figure, t. vtr, p, 80.
72 KTllDF. ors MONUMF.NS ASTRONOMIQUF.S ;
est recUngiilaiie, ainsi que celui qi/on a trouve' dans un tciuple égyptien tout voisin de cette ville, au plafond du Pronaos. Dans Tun et dans l'autre, la bissection <i lieu entre le Uon et la F'ierge ; ce dernier signe commence la série.
Aux yeux des parlisans des idées de D u puis , la présence des zodiaques déposait clairement de la hante antiquité des temples. Kt pourtant, il y avait des indices certains que Tun d'eux: au moins est assez récent. Les auteurs de la description d^Esneli avaient eux-mêmes reconnu que le petit temple au nord de celle ville était encore parfaitement conservé, peu dé tems avant l'expédition française, quoiqu^il eût été construit fort à la liâte, sans beaucoup de soin , et avec des matériaux de mauvaise qualité. Mais la présence d'un zodiaque dans ce temple les empêcha de donner à ces circonstances remarquables autant d'attention qu'elles en méritaient.
De même , quand Yisconti voulait ■ qu^on tint compte sérieusement de la présence du nom de Tibère sur la façade du pronaos dans le temple deDendérah, et en concluait que le temple, ou au moins le pronaos, était de Tépoque romaine , on prétendit que celte circonstance était presque indifférente. L'inscription du pronaos y disait-on^ indique seulement la simple consécration de ce prnnaos sous le lègne de Tibère. Mais fî le pronaos était aussi ancien que le temple, comment concevoir queles habitons de Tenlyra eussent attendu jusqu'au rèj^no de Tibère, pour t\éà\es\\i pronaos à ladiv'mité (A ilior,'AcppooiTr,) qu'ils adoraicutdans le temple? Pour qu'il en fût ainsi , il aurait fallu que, primivWement,li: pronaos eût été seul excepté de la consécration^ ce qui n'est guère pnvsuuîable. Cette inscription grecque n'a aucun sens, ou bien elle démontre quiî le vaoçd'Albor étant resté sans irpovaoç jusqu'au Itnns de Tibère % les Tenty rites complétèrent alors l'édiiÎLc, eu y ajoutant celte partie importante. Aussi, de la présence
' Voy. la LcliredG cet illustre antiquaire, à la fin du q« vol. deVHéj,odoie de Z^a/Wic/; inédit in-8*.
* Voyez dans les Jiecherches, etc., p. a a et suiv. les conjectures de IM. Letronne sur la formation successive des diverses parties d'un tempin égyptien. Voyez encore le même onvi'ngo, p. 71, 7^, 73.
RÉFUTATION DR DUPÏIIS. 7îi
de cette inscription, M. Letronne avait coucln tout d*aboi*d. <c que le pronaos de Tcutyra, commencé peut-être sous la domin nation grecque, ne fut achevé que sous les règnes d'Auguste et » de Tibère». »
Ce raisonnement ne convainquit point tous les partisans de Tantiquité des zodiaques. Mais bientôt des faits nouveaux vinrent à Tappui de l'opinion qu'ils combattaient. M. Gau découvrit en 1822, dans le petit temple au nord d'£sneb, sur une colonne du Ilpovaoç. une inscription grecque, que M. Letronne restitua le premier*. Elle nous apprend que les sculptures en bas-reliefs et les peintures des figures d* hommes et d^ animaux ( ^Xu^"}) xa\ ([coYpx^^a ) ont été faites la 10' année du règne d'Antonin, c'est-à-dire, Pan 147 de notre ère.
Or, au dire même des auteurs delà description d'Esneh, toutes les sculptures du pronaos sont du même style et appartiennent à la même époque. La décoration de la colonne est donc du même tems qtie le reste des sculptures du temple, et par conséquent que le zodiaque lui-même qui décorait le pronaos. Le tout appartient au milieu du 2* siècle après J.-G.
Deux autres preuves d'un ordre tout différent et entièrement indépendantes l'une de l'autre sont venues se joindre à la première, et la fortifier. MM. Gau et Huyot, qui ont donne des dessins si parfaits des monumens de l'Egypte et de la Nubie , sont parvenus, chacun de son côté, après avoir fait une étude approfondie de l'art égyptien, à reconnaître, malgré runiformité apparente du style dans tous ces monumens, des différences notables, que des artistes exercés pouvaient seuls apercevoir. En se fondant uniquement sur ces différences, ils ont classé les monumens selon Tordre des tems. Ils s'accordèrent à ranger au nombre des plus récens les temples de Dendérah et d'Esneh '.
Enfin, Ghampollion ayant appliqué aux cartouches royaux de
' Journal des Savans^ août 1821, et les Recherches, etc., p. 19?. * Recherches sur l'histoire d'Épj'pfe, p. 447 et suiv. ^ Voyez l'opinion de ces doux artistes dans les Recherches^ ele. p. 457, ft à la p. XXV de X Introduction,
74 * ÉTUDR DRâ MONUMEN6 ASTRONOMIQUES;
cas templcft Valphabei des hiéroglyphes phonétiques yC(Sx'\\àécowvt\i en 1822 , y lut les noms de plusieurs empereurs romains ; et it recounut que ces temples ayaient été élevés ou décorés dans les deux premiers siècles de notre ère ^ .
Un accord aussi frappant entre des preuves de nature si diverse ne peut laisser de doutes sur Texactilude de cette proposition : Les zodiaques troussés dans les temples de Dendérah et d^Esneh ont été sculptés à V époque de la domination des RomeUns en Egypte.
On en peut dire autant de deux autres zodiaques découverts en Egypte. Le premier décorait un propylon égyptien à Chemmis (la Panopolîs des Grecs). Les figures en étaient tellement effacéesà l'époque de Texpédition française, qu'il fut impossible d*en donner une description détailie'e'. Mais la pierre sur laquelle on en a discerné quelques faibles vestiges, porte upe inscription grecque d*où il résulte^ que le temple dont ce propylon faisait partie, fut construit la 12" année du règne de Trajan (109 ans après J.-C.)
Le second n'est connu que depuis 1823. C'est un zodiaque rectangulaire, peint en dedans de la paroi supérieure d^une caisse de momie > rapportée de Tiièbes à Paris , par M. Fr. Cailliaud. Sauf une circonstance tout- à- fait digne de remarque sur laquelle nous reviendrons plus tard^, ce zodiaque ressemble parfaitement, quant à la dispositioii et à la con6guration des signes, au zodiaque rectangulaire de Dendérah. Une inscription grecque, qui s'é-
* Voyez le Journal des Savans, octobre iSaa , et la Lettre de CAampollion à M, Letronne dans les Observations critiques et arche'ohgiques sur tobjet des représentations zodiacales qui nous restent de tanti' quité, 1 824. Les Annales ont donné avec le zodiaque les cartouches qui contiennent les noms de ces empereurs.
* Hamilton ( Mgyptiaca , p. ^63 ) ii*y a pu distinguer que le sagit-' taire ; mais, en 1739, Pococke y yit encore les la figures.
^ Letronne, Recherches^ etc., p, 194 et suiv.
^ Le signe du capricorne manque dans la série. Il est placé an-dessus de la tête d'une grande figure peinte sur ia paroi. Les onze autres signes sont disposés en deux bandes le long dd corps de cette déesse. Le capricorne^ ainsi isolé, semble dominer celle espèce de tableau.
RliFUTATION DK DUPUI8. 75
tend sur toute la longueur de la caisse, dans uoe bande étroite» a permis d'assigner exactement la date de ce mouumenl figuré *. Il est de la 19* année du règne de Trajau (116 ans après J.-C, J. oham poil ion fit encore une application de son alpliabet aux légendes hiéroglyphiques qui sont sur la caisse de la mouniet et il y lut les noms mêmes que Tinscription grecque avait indiqués*.
Enfin 9 M. Nestor L'Hôte ayant visité tout récemment les grottes situées aux environs de Panopolis a découvert dans plu« siea%*s de ces grottes des zodiaques complets qui paraissent y avoir été sculptés et peints avec une intention funéraire i ces zodiaques iout-à«-fait analogiKs à ceux de Dendérah ^ sont à peu près du même tems ; an jugement de ce voyageur, ils ne peuvent être antérieurs au 2® siècie de notre ère.
C'est donc un fait acquis désormais à la science que tous lês sodiaques trouvés jusqu'à ce jour sur Us monumens ég^pîitns^ ont été peints ou sculptés ^ du milieu du l*' siècle après J»^^C, au milieu élu second^ ou même plus tard*
Mais n'a-t-jl jamais existé en Egypte d'autres zodiaques qu'on puisse rapporter à une époque plus ancienne ?
Quelle que soit la réponse à cette question , on peut tout d'abord, et sans rien préjuger relativement à l'origine du zodiaque, faire remarquer , que sur les monumens égyptiens de l'époque pharaonique, on n*en a jamais trouvé. Cette circonstance est d^au> tant plus digne d'attention, que plusieurs de ces monumens ren* ferment de^ scènes astronomiques , dans lesquelles le zodiaque
» Voiries Observations sur t objet des représentations zodiacales , p. 19 et suiv. où celte inscription a été restituée par M. Lctronne, avec une entière certitude dans ce qu*elle a d'essentiel. Il est bon de remarquer que celte caisse fut retirée, ainsi que deux autres, d*un caveau qui servait à la sépulture d'une famille d'origine grecque, et qui devint égyptienne par alliance. Ce fait est mis hors de doute, tant par les noms d'hommes qui se lisent dans Tinsciiption, que par la forme de la caisse et par les circonstances singulières que présente la momie elle-même.
' Voyez sa Uttre à M, Letronne à la suite des observations, etc. déjà citées,p. iiietsuiv.
76 i-TVDV. DES MONTMENS ARTRONOMIQUFS ;
aurîiit bien pu figurer. Ainsi, dans les temples Nuhit>nt$ il*nucu>n style, on n'en a pas aperçu la moindre trace, non plus que dans Ceux de Thèbes. Les momies les plus anciennes qui sont eu grand iiombre dans les tombeaux de Memphis et de Thèbes, n'en cou* tiennent point ; et pourtant, les parois des caisses sout souvent ornées de représentations astronomiqnes où le zodiaque aurait bien pu trouver place ^ Les temples de Pselcis^.de Parembolé, d*Ombos, etc., qui scfnt du tems des Lagides, u*en offrent aucune trace. L'absence totale de représentations zodiacaks sur les mormruens les plus anciens de rÉgypte constitue une preuve négative d'un {];rand poids, et qui suffirait à elle seule pour rendre suspecte l'origine égyptienne du zodiaque. Car enfin, si le zodiaque prit naissance en Egypte ; si, comme on l'a tant répété, il y fut connu et employé dès la plus haute antiquité; il est bien étrange qu'on ne le trouve sur aucun des mohumens de ce pays antérieurs au premier siècle de notre ère. Pourquoi en aurait-il été exclu ? On ne le voit pas. £n y réfléchissant bien, on reconnaît que cette preuve, iût-elle présentée toute seule, est assez forte, pour inspirer des doutes sur l'opinion de ceux qui font honneur aux Égyptiens de Tinvention du zodiaque. Mais quand on voit le zodiaque acquérir tout-à-coup dans les premiers siècles de notre ère une grande importance, devenir assez populaii*e pour passer dans le langage des arts, on s'affermit dans ces doutes, et l'on est porté à croire que cette apparition soudaine des représentations zodiacales sur les monumens tient au développement de quelque supersii-
' II importe de fixer le sens de ces mots : représentation zodiacale; car on en u beauconp abusé. Une représentation astronomique a le caractère zodiacal, quand elle offre Ja succession de plusieurs signes du zodiaque, disposés dans unordre'régulier ; ou bien encore, quand elle contient seulement une de cesfjguresqui n'appartiennent qu'au zodiaque, comnie le Capricorne ei \c Sagittaire. Un Bélier, un Taureau^ un Lion isolés, n indiquent pas nécessairement une représentation zodiacale. Ces animaux se trouvant partout, on a très bien pu les figurer sur un monument, sans tes considérer le moins du monde comme emblèmes des constella^ tions du zodiaque.
RëFUYÀTION de DUPUlâi. I é
tioii nouvelle clian^jère à l'Egypte, et qui pcaélra aasez piofoodément dans les esprits pour laissev jusque sur les inonuiuens la trace de son influence. Cette idée se présente tout naturellement; et comme elle n'a rien que de plausible, elle mérite d'être prise en considération. Nous verrons bientôt que cette idée n'est pas seulement une vue hasardée de l'esprit » une vague hypothèse , mais qu'elle soutient bien l'examen , et que les faits historiques lui donnent la plus grande yraisemblance.
Si nous quittons rÉgypte, pour passer en revue les nionumens grecs et romains quiporteatdes représentations zodiacales, nous arriverons aux mêmes conclusions, quant à l'époque où ils furent peints ou sculptés.
l"* L'un des plus anciens est une peinture de Pompéiy où l'on voit Minerve-Uratâe et la bande zodiacale sur laquelle est représenté Véiat du cielau tems d'Auguste. Onsait que Pompei fut engloutie par une éruption du Vésuve, l'an 79 de notre ère. Les constructions de cette ville étaient en général fort légères , et celles que l'on a dégagées des ruines ne paraissent pas être antérieures de beaucoup plus de cent ans à l'année de l'éruption. Les pein* tures qu'elles renferment , et notamment celle qui nous occupe, sont donc environ du règne d'Auguste. Quoique cette date ne soit déterminée par aucune inscription , elle est établie cepen* dant par des raisons qui n'ont rien de conjectural.
2'' Le planisphère y àii de ^lancAim, porte deux fois les 12 signes du zodiaque, disposés sur le contour de deux zones concentriques. Ce planisphère, qui a beaucoup d'analogie avec le zodiaque circulaire de Dendérah, est de stylv gréco-égyptien et il est certainement postérieur au 2*^ siècle de notre ère.
3' U ^llaS'Farnèse , statue d'Hercule qui porte un globe sur ses épaules, paraît avoir servi de base à un cadran solaire ; c'est un monument de l'époque romaine. Le zodiaque qui traverse le globe ne peut donc être allégué en preuve de l'nntiquité des zodiaques , (las plus que celui que le comte Albert de la Marniora a trouvé récemment à^Sassari, en Sardaigne.
4o Au plafond du pronaos du temple du soleil à Palmyre; on a trouvé un zodiaque circulaire*^ il ofiVe une disposition analogue
à celle qu'on observe sur ulie médaille de i'an 8 d'AntoDÎn. Oa y Toîc deux cercles conceotriques^ les 12 signes du zodiaque sont distribués sur le cercle extérieur , et les 7 planètes sur le cercle intérieur; au centre est une figure de Sérapis. Ce nsoBomcnC a certainement un caractère astrologique, sur lequel notis rerieadrons plus tard Ce qu'il nous inpoite de savoir ]Kmr le moment, c*est que ce aodiaque m peut être antérieur au 2® siècle de notre ère ; le caractère d'architecture du temple le prouve évidemment. Palmjre, fondée dans le déteK par Salomon, au point de rencontre des deux grandes routes commerciales de PArabie et de la Mésopotamie , fut longtems l'entrepôt où s'accumulèrent les richesses de Tlnde et de la péninsule arabique. Quoique riitstoire de cette ville soit peu connue , on sait cependant qu'elle fut pillée plusieurs fois, notamment par la cavalerie d'Antoine le triumvir. Lesmonumens, dont on admire encore les ruines, ne sont pas anciens ; ils sont du siècle des Antonins , et quelques-uns même ne datent que du règne de la fameuse Zénobie. On sait d'ailleurs que la plupart des villes de la Syrie furent restaurées sous les Antonins, ainsi que certaines villes it l'Arabie, telles que Pétra *. Dans le zodiaque de Palmyre il n'y a aucune induction chronologique à tirer de la position des signes; le point initial n'y est pas plus marqué que dans les autres monumens que nous venons de passer en revue.
5^ Il nous reste à parler des médailles qui portent des zodiaques. Les unes sont datées, et par conséquent, l'époque en est connue avec une entière certitude; les autres ne le sont pas, mais la comparaison des styles fournit un moyen assez^sûr d'en déterminer approximativement la date. Nous distinguerons deux classes de médailles. Sur les premières il n'y a qu'un signe du zodiaque mis en rapport avec les planètes, ou bien, un signe isolé, au centre de la médaille. On n'en connaît aucune de cette espèce qui remonte plus haut, que le règne d'Auguste. Quant à celles qui portent des zodiaques entiers,elles ne sont point antérieures au règn<* de Trajan .EUes
' Voyez, pai* etemple, ce que dit de Septime^Sévère Dion Cassius,
sont entourées d'un cercle sur la circonférence duquel sont distribués les 12 signes ; au centre, il y a une tête de Sérapis ou d'Isis. Quelquefois, entre cette tête qui occupe le centre, et le cercle qui termine le contour de la médaille, il y a un second cercle concentrique au premier, sur lequel sont marquées, tantôt les planètes, tantôt les constellations zodiacales, qui alors se trouvent deux fois sur la médaille. Celles où les constellations du zodiaque sont répétées deux fois ne se montrent pas ayant Trajan ; il n'y en a même qu^une seule de cette espèce qui appartienne au r^ne de ce prince ; elles deviennent très fréquentes sous ses successeurs. Celles où Von voit les constellations du zodiaque mises en rapport avec les planètes sont du règne d'Antonin.
Ici se place naturellement une remarque très importante. Parmi les médailles ornées des 12 signes du zodiaque, il y en a qui, appartenant à la même époque, et, qui plus est, au même règne, offrent cependant cette différence, que la série n'y commence pas par le même signe. C'est une preuve évidente que le point initial du zodiaque ne servit nullement à exprimer un caractère chronologique. Si l'on s'avisait d'appliquer aux médailles qui offrent celte difféi*ence le raisonnement que les partisans deDupuis ont applique aux zodiaques d'Esneh comparés à ceux de Dendérafa, on serait conduit à dire que deux médailles frappées sous lemênie règne appartiennent à des époques extrêmement distantes l'une de l'autre. Il n'y a donc pas la moindre vraisemblance dans cette opinion de Dupuis, que les anciens Égyptiens eurent égard à la précession des équinoxes en sculptant des zodiaques dans les temples deDemiérab et d'Esneh. Où en serait-on, si l'on voulait assigner Tâge de Notre- Damede Paris, en s'en tenant uniquement aux indications chronologiques qui, selon cette opinion^ seraient exprimées par la disposition des signes du zodiaque sculptés à la porte du Nord?
Ua dernier lait achèvera de ruiner cette opinion. Quel est-il ? C'est que les anciens Egyptiens n'ont pas coniui la précession des éifttmezes. Les astronomes Alexandrias ne l'ont même pasaoupçonnée. Hipparque est le premier qui s'en soit aperçu (130 ans ^vant Jésus-Christ) ; c*est là un fait établi sur des textesformels de
Plolémée, et que licn ne peut détruire. Hipparque ayant compaïc ses propres observations avec celles qu'avaient faites, environ 160 ans ayant lui , Arîslylle et Tiinocliaris, reconnut une différence de 2° pour la distance de Vepi de la F'ierge au point équincxial d*au(ouine. Cette découverte fortuite surprit beaucoup Hipparque lui-incine ; et longtcnis api es lui', Ptoléinée ayant à son tour comparé les observations d'Hipparque avec les siennes propres, acquit une nouvelle preuve de ce mouvement de précession. Meanmoins il semble que de son tems on se permettait encore d'en douter; et lui-méuie il fait ses réserves '.
Ces faits seraient entièrement inexplicables , si, dès une haute antiquité, il eût existé des monumens sur lesquels les effets de la précession des équinoxes auraient été clairement indiques. Dans cette hypothèse , ce phénomène si remarquable n'aurait pas été ignoré d'un astronome aussi érudit qu'Eratoslhène , bibliothécaire d'Alexandrie, et qui put , en ceUc qualité, consulter tous les ouvrages égyptiens relatifs à l'astronomie. Hipparque aurait été moins étonné quMl ne le fut de la différence qu'il remarqua entre ses observations et celles de ses prédécesseurs ; it aurait bien su dire si ce mouvement de précession avait lieu autour de l'axe de l'ccliptique ou autour de l'axe deTcquateur, tandis qu'd conserva des doutes sur ce point important ^ Enfin Ptolémée, qui connaissait assurément les ouvrages de tous ses devanciers et tous 4es monumens dont le caractère était astronomique^, Ptolémée, au lieu de comparer ses observations à celles d'Hipparque^ aurait
' Il avait compojé un traité sur le déplacemeiU des signes solsiiciaux e^ cquinoxiaux i irspi tx; asTaTrrwaewç twv TpoîTixwv Y.9X taxaspivûv 9n}i.i\.tài, (Plolémée. Almag. vu. 2 ; t. 11. p. 10, édit. Halma.)
» Almag. VII. 4'
' Almag, vu. 5 t. ir. p. i5,édit. Halnia. Ptoléinée, comme on le sait, a rapporté n l'écliptique la position des étoiles dont il a donné le catalogac; c'est une preuve qu'après tout il ne resta point dans la même indécision qu'Hippai^uc.
^ Voyez Ptolémée, Almagesle^ vu, 1 , 2, 5 et 4. — M. Letronne, Observadons sur les représenta zodiac, p. ^i'^. Origine grecque des zodiatfues prétendus éftypliens^ p. 16.— L. Idelcj» Manuel de Chronologie , t. 1.
REFUTATION DE 0UPU1S. 84
pris pour terme de comparaison les observations beaujcoup plus anciennes des Ghaldéens , qui lui auraient permis de constater bien plus facilement les effets de la précession.
Et qu'on ne dise pas que c'est faire tort à la réputation d'habiles astronomes dont les Egyptiens et les Ghaldéens jouissaient dans Fantiquiié, que de leur refuser l'honneur de celte découverte ; car les Chinois ^ qui ont poussé les connaissances astronomiques plus loin que les Egyptiens et les Ghaldéens, ignorèrent la précession des équinoxes jusque vers Tan 284 de no'tre ère, plus de 400 ans après Hipparque ; encore paraît-il probable que la connaissance de ce phénomène leur fut transmise par les peuples occidentaux. <( Toute L'histoire de l'esprit humain est là V pour attester que des découvertes, rationnellement très voisines » les unes des autres, ont été séparées, dans Tordre des tems, » par de longs intervalles. Aussi , à combien d'erreurs on s'ex- » pose quand on veut conclure de ce qu'un peuple aurait dû » avoir telle connaissance^ qu'il l'a réellement possédée^ G'est M cependant là tout le raisonnement de ceux qui ont prêté aux » Egyptiens celle du mouvement des fixes : je me trompe , ils se » sont encore fondés sur le but astronomique qu'ils ont supposé » aux représentations zodiacales qui existent dans ces monumens; » c'est-à-dire qu'ils ont posé eu fait précisément ce qui était en » question •, aussi la conséquence qu'ils ont tirée de ce raisonne- » ment vicieux est-elle contraire à toutes les indications histo- M riques. Il faut donc retourner leur raisonnement; et, partant » du fait historiquement prouvé , dire : Les Egyptiens n'ont pas » connu la précession des équinoxes ; or, ib n'auraient pu l'igno- >» rer, si les représentations zodiacales de leurs monumens eussent » eu le but astronomique qu'on leur suppose ; donc ces repré- » sentatioDS ont eu un autre objet '. »
Il est donc maintenant bien avéré que tous les zodiaques égyp* tiens et romains connus jusqu'à ce jour sont des premiers siè-* des de notre ère. G'est assez insister sur un argument négatif : il faut maintenant produire des argumens positifs, et prouver
' Obseivatwns sur les représentations zodiacale^, • <S5.
62 ÉTUDE DBS MOmiMEirS A8TAONOMIQDBS ;
qu'il est impoflMîMe dé trouver jacmaîs de zodiaques appartenant A «ue époque redulée. Nous y arriverons en recherchant quelle fut Torigine du sodiaque.
Bintingnoiis d^abord dans le zodiaque deux notions que l'on a trop souvent confondues : 1** la division de la bande zodiacale en tel eu tel nondnre de parties égales; 2* le choix des dénominations et des figures que Ton a attribuées aux diverses constellations situées sur la route que parcourent le soleil et la lune.
U y a eu dès une très haute antiquité deux divisions de cette toute, toutes deux naturelles etfondées sur l'observation dephénomènes qui ont dû de bonne heure ûxer l'attention. La première est la division en 27 ou 28 parties , qui put être employée dans l'astronomie, dès que l'on connut la durée du mouvement propre de la Lune ; la seconde est la division en 12, 24, 36 ou 48 parties, à laquelle on fut conduit, aussitôt que l'observation eut appris que pendant la révolution annuelle du soleil, il y avait environ doute renouvellemens de la pleine Lune. Ces deux modes de division sont indiqués naturellement par des phénomènes que tous tes peuples ont pu facilement observer ; aussi ne doit-on pas s'^ tonner que les Perses aient divisé le zodiaque en 27 khordehsj ies Indiens en 27 nakshatras^ les Chinois en 28 sou ; que les Grecs les Ghaldéens et les Egyptiens l'aient divisé en 12 parties égales ou âodécatémories. Il n'est pas nécessaire de supposer, pour rendre tompte de ces conformités, que les Perses et les Indiens, ou bien, les Crretes et les Égyptiens aient eu des communications les uns avec les autres.
Il en serait tout autrement, si les constellations placées sur la route du Soleil et delà Lune avaient été dénommées et figurées de la même manière par deux peuples différens. Une pareille identité ne pouvant être le résultat d'une rencontre fortuite, il iattdrait bien admettre que les figures et les dénominations attribuées aux constellations prirent naissance chez l'un de ces peuples, et que l'autre les lui a empruntées.
Or, il arrive précisément que les 12 constellations zodiacales sont représentées dans le même ordre et à peu près sous les mêmes figures dans les monumens de la Grèce, de TÉgypte» de la Perse
RÉFUTATIOK PB DyPUI$. g8
de rinde et de la Chine. Il y a donc eu certainement^ ànne^i^oque <|uelconqae, conununication entre ce» pay9. Reste à «avoir quel peuple fut l'inventeur, quand et comment iess autrea peuple» lui empruntèrent les noma et les figures des consteUationa zodiaqalep. Mous savons d^A bien que l'inventeur ne fut point 1^ peuple antédikivien de jBaiily . Pirons-nous avec Qupuis que ce lut le peuple égyptien ? Nullement , car l'histoire dément cette aaier* tion.
La sphère des Egyptiens nous est complètement inconnuedans plusieurs bas- reliefs on voit bien des scènes astronomiques, mab on n'est pas sûr que ces figures représentent telle constellation de notre planisphère plutôt que telle autre. Le seul planis^ pfaère égyptien qu'on connaisse est celui de Dendérah ; encore a-t-on lieu de.douter que les figures extra-zpdia cales représentent des astérismes. Toujours est-il qu'on ne peut assimiler avec cer<titude aucune de ces figures à des constellations du planisphère grec; il n'y a que les 12 signes du zodiaque qui aient un caractère astronomique évident.
Cette incertitude n'existe pas pour la sphère grecque; elle nous est connue assez bien dès le tems d'Eudoxe, qui vécut de 409 à 356 ans avant J.-G. Elle est dès lors à peu près fixée et ressemble presque entièrement à la nôtre, qui x]*en est à vrai dire, qu'une répétition. Ce grand astronome voyagea en Egypte avec Platon; il avait composé plusieurs ouvrages dont les principaux sont le Miroir (to "Evoicrpoy) et \e9 phénomènes céhstes (ri 4^aiv(ij«va). Us traitaient de la forme et de la position des constellations, de leurs principales étoiles, de leurs configurations, de leurs levers et de leurs couchers. Aratus avait traduit en vers ces deux ouvrages; et nous ne les connaissons que par le commef/ttaire d'Bipparque sur îe poème à' Aratus'. Eudoxe aimait passionnément l'astronomie ; « il souhaitoit et faisoit prières, qu'il
* Tout ce que nous disons ici 4'£udoxe est extrait des deux savanamiîmckt» sur Eudoxe y qu'a publiés récemment M.Ludwigldeler de Berlin, ttdont M. Latronnea rendu compte dans le Journal dès Sa^Mns^ déeem« bre 1840» février et septembre 1 84 1 .
» peust voir de près le Soleil, comprendre «a forme, sa grandeur n et sa beauté 9 et puis en estrebraslé, comme fut Phaéton*. » 11 fut !e père de l'astronomie chez les Grecs , peut-être aussi de la géométrie scientifique; ses ouvrages sont comme le premier anneau d'une longue chaîne de documens, qui se succèdent ensuite sans interruption. On peut, en consultant les écrits d'Hipparque et de Ptolémée, savoir qu'elles éuient au tems d'Eudoxe les limites des connaissances des anciens en uranographie.
Dupuis, et Bailly avant lui, ont pensé que la sphère d'Eudoxe était fort ancienne, qu'elle avait été formée tout d'une pièce, et en outre, que les dénominations actuelles des diverses constellations remontaient à l'origine des choses. Mais il n'en est rien. Un examen attentif de la sphère grecque montre que le sens mythologique attaché 9 soit aux noms , soit aux configurations des astérismes, date seulement des travaux des astronomes alexandrins. Quoique les groupes d'étoiles affectent rarement des formes déterminées, il est pourtant très probable que ces formes ont influé, au moins pour quelques constellations, sur les figures et sur les noms qu'on Içur adonnés. Gela est évident^ par exemple, pour k Dragon, Le nom de Grande'Ourse n*est pas le plus ancien qu'ait porté cette constellation circumpolaire ; primitivement, on l'appelait le Chariot *, qui est encore aujourd'hui son nom populaire. A cette idée de Chariot^ se rattache naturellement la dénomination de septem triones (sept bœufs) donnée par les Latins aux sept étoiles principales de cette constellation ^ ; les Romains en ont tiré le nom de la région boréale. On l'appelait aussi 'EXixyj, à cause de sa forme ^. La dénomination de "ApxToç n^est venue qu^à Vé-
' OEuvr, mor. de Plutarqne tradact. d*Amyot, p. a86. D. Genève, 1627 ; dans le Traité qu^on ne saurait vivre joyeusement selon la doc trine d'Epicwe,
' Apy.Tov Ô', TV xai cc^a^av sTTixXviaiv xoXgoudiv. lUad, xviii, 4B7, et Odyss,^ V. 273.
• Quod <îp.aÇav Grœci vocant, nos seplentriones vocamus. 'Aul. Gcll. Noct. Ati, n. al.
< Les Latins avaient aussi le mot Hélice : Parrbasis obliques Hélice en m verteret axes. Lucain, n, 237.
RÉFUTATION DB BUPCIS. 85
poque oii les Grecs ont su que l'ours était un animal du nord. Dans les mythologues, cette constellation n'est que Callisto changée en ourse. Quant à la Petite-Ourse elle fut d^abord appelée Kuv<S<Toupa, Kuvo<7oup{ç, à cause de sa position relativement à la constellation du Grand'Chien» On l'appelait aipsi ^otvixv), parce que, selon Strabon, Thaïes, qui l'introduisit le premier dans la sphère grecque, l'avait piise de celle des Phéniciens'* Les ffjradeSj groupe situé entre les trois étoiles principales du front du Taureau, affectent dans leur disposition la forme d'un U de l'alphabet des Latins (Y) ; leur nom leur est venu de là; et non, comme les grammairiens l'ont dit, du verbe 8eiv, pleuvoir^ car il n'est pas vra i que ces étoiles annoncent la pluie , puisque leur lever héliaque , c'est-à-dire^ le moment où elles apparaissent le matin à l'horizon un peu avant le lever du soleil, a lieu pendant la belle saison. Les Pléiades ont reçu leur nom du mot là&xâ^^ multitude \ cette dénomination toute naturelle est fort ancienne. Plus tard seulement , les étoiles qui composent ces deux constellations , ont été regardées comme les filles d'Atlas'. De même \dL couronne boréale doit son nom à la forme qu'elle affecte.
Ces exemples suffisent pour prouver que l'opinion de Dupuis est fort exagérée , au moins en ce qui concerne les noms. Quant à son idée feivorite , que la sphère et le zodiaque ont été formés tout d'une pièce, elle ne soutient pas l'examen. Il est facile en effet de se convaincre que les constellations de la sphère grecque ont été formées séparément et successivement.
^ Ovide fait allosion sans doute à cette circonstanGe , quand il dit : Esse daas arctos , quarum Cynosura petatur Sidoniis. Tristes» y, 3, 7.
' Dans Homère Iliad, xvm, iS&,\es Ryades sont nommées à la suite des Pléiades^ sans aucune allusion mythologique. Mais déjà dans Hésiode (Xe^ Œuvres et les Jours ^ 58 1), les Pléiades ont l'épitliète de Filles d'Atlas; et, dans un fragment du même poète ( c*est le 71e dans Tédit. de M. Boissonade. Cf. SchoL Pindar. Ném, 11, 17) les Hyades sont 4^jà mêlées à la fable.
96 ETUDE DBS R^jDlCUMBK» A^êTRONOMlQUES ;
OflAPKfRB VI.
l'ôrmation snccéMiVe de la sphère grecque. — Les noms mythologiqàeè éel étmstellationy iàti éh général de Yépoqiie aieiandrlàe. -^ Leé (sbnitellaliohs do 'Ebàhtfàe f ont été ptfteéeg d*abdrâ eomm^ées ùonàé* tdktioos îfaèléétiqoM.
Atant Eu<loxt(4* siècle ayant J.-OfPliisieurs auteurs grecs ont parM dui ciel.Dans leurs ouvrages sont nommées quelques constelllitioûs I et si le nombre en est aussi petit, cela tiept sans aucun doute à ce que Ton n'avait encore désigné par des dénominations pariicultères que les groupes d'étoiles les plus remarquables. Le plus ancien texte grec où Ton trouve des noms de conslellations est âans la Description du bouclier d' Achille , au livre iviii* de VIliade. Cette description célèbre est Une espèce de hors-d'œil^ 1 téy c/ui ne fait point partie de la composiitoti primitive. Zénodoté, ainsi que nous rapprennent les Scholies de Yehise, la sup^ primait tout entière ; il ne conservait que les cinq prenitérs vers (478 à 483), qui donnent seulement une idée sommaire du bouclier. En général, les critiques modernes pensent que ce long morceau est une interpolation, et ils en donnent des raisons trâplausibles. Cette description parait se lier aux grands progrès que
ll£fUTÀT10X« DS DUPU». 87
fit la toreutique * dans le 6* et le T siècle ayant noise ère. On exei^ çait cet anrt surtout sur des boucliers votifs, et celui d'Achille dans Y Iliade est comme un modèle de la perfection à laquelle on pou? Tait alors parvenir dans ce genre. G^est une œuvre toute poétique* Dans ces derniers tems^ M. Quatreiuère de Quincy en a donné un modèle figuré*; Boivin l'avait tenté sans succès'. Des scènes représentées sur ce fameux bouclier y celle qui intéresse notre si^ Jet| est une scène astronomique où Ton voyait, dit le poète : « La, » terre, le ciel, la mer, le Soleil infatigable, la Lune arrondie, e( » toutes les constellations dont se couronne le ciel : les Pléiadief, » les Hyades, Orîon, l'Ourse, qu'on appelle aussi le Chariot.» 1^%, mer, le soleil, la lune étaient sans doute personnifiés par des figures d'AmpIiitrite , d'Apollon et de Diane. Dans son modèle du. bouclier, M. Quatremère adopte le parti pris par Boivin de représenter le ciel au moyen des figures du zodiaque; mais rien n'indique dans le texte les constellations zodiacales ^ ; et d'ailleurs ^ il
s « La toreutique est cette partie de ta sculpture qui procédait le plas y souvent par association de plusieurs métaux et de matières diverses » par leurs tons, mais se combinant diversement entre elles, au point de » former une apparence de tableau. » ( Quatremère de Quincy, Afem. de la ciass, d^kist. et de litter, anc, t. iv, p. i53. — Cf. Letronne, Journ. des sav. 1817, p. 663.
* Mém, de la class, d'hist. et de littù*, anc,^ t. iv, p. 10^-164. -^ /u* piter Olympien, p. 64 et suiv.
» Apologie d*Homère^ et Bouclier d* Achille, Paris, lji5, in-i3.
• Ta Tetpta iravra , ta t* oùbavèç iari<fét<ùrcu, Iliad. xvui, i^5. — Ici t« TcipiA ne peut signifier que constellât tons, c*est-à-dire, des groupes d'étoiles représentés par certaines figures. Quelques traducteurs ont eu tort de rendre rà reipsa par les astres; car comment tous les astres auraientils été représentés sur le bouclier? Les scholiastes Font entendu dans le sens de rà aarpa, rà répara, les constellations; rà riipta, dit Tun ^ rà âarpa , rapà ro reparfiS^v) xal (mpLEicS^Y) raCra eivai. Le scholiaste dç Venise donne la même explication. Les mots retpaa Tcavra conduisent \e poète à>rénuniération qui est faite dans les quatre vers suivans. Il a dpipiç voulu dire : « Vulcain représenta sur le bouclier toutes les constellations dont le ciel se couronne, à savoir, les Pléiades, etc.» Le scholiaste trad^i^ l9T8^av(it>rai par >cft}co<Tp.v)rat , est orne'; mais ce dernier mot n'ëauiv^pt p||
88 ÉTUDE DES MONUMENS ilSTRONOMIQUES;
est certain qu'elles n'existaient pas dans la sphère grecque au tems d'Homère.Cette description du ciel comprend toutes les cons" tellations visibles sur l'horizon de la Grèce. On ne doit pas s'étonner d'y voir les Pléiades et les Hyades , qui sont les plus anciennes de la sphère grecque. En parlant de la Grande-Ourse, le poète dit « qu'elle est la seule qui ne participe point aux bains de » l'Océan', » c'est-à-dire la seule qui ne disparaisse point sous l'horizon de la Grèce. Assurément, la Grande-Ourse n'est pas la seule constellation qui soit toujours visible sur l'horizon de la Grèce ; plusieurs autres constellations circompolaires , la Petite- Ourse et le Dragon, par exemple, sont dans le même cas *. Il faut donc conclure de la remarque faite par le poète, que la Grande- Ourse était la seule constellation voisine du pôle que les Grecs
à laTeçàvoTat, qui contient Tidée de cercle. La traduction latine cœlum redimitum ornatur est meilleure.
' OiY] ^' ô[{i.(i.opoc iav. Xo8Tpwv ùxeavoto, v. 4B9 ; ce vers et les deux prëcédens sont répétés dans VOdyss, v, 273-275. Voyez le 3* article, t. iv, p. III, note 3.
' Cette remarque a été faite depuis longtems par Strabon, liv. 1, oh., t, $ 1. a Par le nom ^ Ourse ^ dit-il, Homère n*a prétendu désigner que le » cercle arctique , autrement il n*eût point dit que V ourse seule ne se M plonge point dans V Océan ^ tandis qu il y a tant d'autres astres qui » achèvent leur révolution dans cette partie du ciel toujours visible pour » nous.» [Trad, Jranç.^ t. 1% p. 7). Gosseliin dit en cet endroit: a L'expression d*Homère n*est point juste. » La remarque de Strabon et celle de Gosseliin supposent précisément ce qui est en question; ils appliquent le texte d'Homère à la sphère grecque complétée, et renfermant un grand nombre de constellations qui n'existaient pas du tems de ce poète. Il faut renverser leur raisonnement, et au lieu de dire : ce Plusieurs constellations circompolaires sont toujours visibles sur l'horizon de la Grèce , donc «Ilomère s'est exprimé d'une manière inexacte, au sujet de la Grande-Ourse. » Il faut dire : « Homère appliquant à la Grande-Ourse seule ce qui est vrai de quelques autres constellations boréales, de la sphère grecque, telles que la Petite-Ourse, le Dragon , et même Géphée ; c'est une preuve qu'au tems de ce poète la Grande-^ Ourse était la seule constellation circompolaire que les Grecs eussent représentée par un emblème. »
RÉFUTATrON DE OUPUiS. 89
eussent alors désignée par un emblème. Remarquons encore que l'auteur de la description nomme toutes ces constellations, sans y rattacher aucune circonstance mythologique. Les Pléiades ne sont point pour lui les filles d'Atlas et de Pléïone, ni les Hyades les filles d'Atlas et d'Aithra. Toutes ces fables sont postérieures à Homère. Quant à Orion, il n'y a rien non plus dans cette description qui le rattache à une tradition mythologique. Ce que le poète ajoute, « qu'Orion est surveillé par TOurse ', » est l'expression d'un fait astronomique 9 et tient à la position relative des deux constellations.
Le Bouvier y qui ne se trouve pas dans l'Iliade^ est nommé dans rOdyssée '. 1! étoile du chien d'Orion ou SiriuSy « dont les rayons » brillent entre toutes les e'toiies » est cité dans l'Iliade '. Telles sont les constellations dont les poèmes homériques font mention. Peut-être les Grecs en avaient-ils dès-lors remarqué d'autres encore ; mais il est probable qu'à celles-là seulement ils avaient déjà donné des noms et des figures , au tems où ces poèmes furent composés.
Hésiode parle des Pléiades fuyant Orion ^ ; des Pléiades, filles d'Atlas ^ ; des Hyades^ comme constellation ^^ et aussi des Hyades,
* â t' aÙTcû oTptçiTat.xal t' hpîuva ^oxtuti.v. 488. Orion est encore nommé comme constellation dans V Iliade y xxii, ag, et dans XOtiysséCy v, 274* Ailleurs, dans VOdyssée ( v, 121 1 xi, 509, 572), Orion est nommé comme un héros d'une beauté incomparable, enlevé par T Aurore, et qui périt sous les flèches de Diane. Mais dans V Iliade , Orion n est qu une constellation. L'abbé Fourmont {^Acad. des Inscr.y t. xiv; p. 16-4 <• Mém.) a dit bien des extravagances sar Orion. Selon lui, Hyriéos, père d'Orion, est le même personnage qu Abraham ; Orion lui-même est Isaac, etc. A l'entendre, toutes ces belles choses ne souffrent pas la moindre difficulté.
■ Odyss.y v, 272 : h^\ ^uorra Boumv.
' lUad., xxu, 26-3 1 ; v, 4*^.
* Les OEuvres et les jours fii'j\ nXviVà^eç, oôtvoç ôêptjAov ftpîwvoç Oeu-ifouaflu, « Ibid., 38i.
« Ibid., 6i3.
90 BTUBE DES M0NUMBN8 ASTRONOMIQUES;
comme personnages mythologiques' ; de Sirius* , d'Orion', de V étoile Arcinrus^. I^'Honière et d'Iîésiode à Eudoxe, il y a bien des lacunes , et il serait difficile dUndiquer avec précision Tordre dans lequel les constellations entrèrent successivement dans la sphère grecque. Nous savons seulement qu'au commencement du 6^ siècle, Thaïes de Milet emprunta aux Phéniciens la Petite- OUrse (4^oiv(xrj) dont ils se servaient si avantageusement dans leurs longs voyages sur mer*.
Anaximandre de Mitet ayant découvert l'obliquité de Técliptique ® f t< Cléostrate de Ténédos y plaça ensuite des signes , et » d'abord , le Bélier et le Sagittaire.» Il introduisit aussi dans la
> Fragment 71* (Boissonade) cité dans les Sckolies de Théoo snv les Phénomènes d^Aratus, ad v. 17a,
• Les OE livres et les jours, 585, 607, ' Ihid., passim.
^ Ihid., 564 ' ^<'TYip ÂpKToupoc Cf. 6o8« — ÀpKTcupoc est X étoile située au-dessous de la ceinture du Bouvier. Àpxro^uXa^ est la constellation da Bouvier, AratasCP^^'/z., gi-gS) les distingue formellement. Plus tard, ÀpXToDpo; désigna indifféremment Vétoile et la constellation : ÀpxToOpoç >À*it,x9A xat aÙToc oXcç ô Boutv);, t^iuç ^è é Otvô ttjv ^uvtiv aÙToû d(<mr)p {Lexic, Bekker. p. 445).
' Strab. 1, i; Sainte-Croix (Ap. Barthéi. Foy, d^Anach,, t. vn, p. 16 î ) pense que si les Phéniciens firent de pins longs voyages snr mer que les antres peuples, cela tient à ce que a dans leurs courses lis se » dirigeaient sur la constellation de Gynosnre, à cause de sa grande pro* » ximité du pôle, et parce qu'elle est toujours visible ; les Grecs, au con- » traire^naviguaient en observant laGrande- Ourse, qni n'a pas les mèmet avantages. » {Fojr. Aratns, Phe'nom,, v. 58 et soiv.) Cf. Valckenaer, ad PAa?/i<>^.85a.— Callimaque, cité par Diogène de Laërte {Fiede Thalès)t parle des observations que Tbalès fit sur les étoiles de la Petite-Ourse : (OoEXtiç) Kal rn; àpkà^Tiç éXfjfcto «raOpiiiaaaOat Toliç âvTe^ioxouc, .^ ffXtouoi ^otvixt( {^Fragment Sg* dans Tédit. de M. Boissonade, p. 91).
* Pline, II, 6. Nous citons le passage entier à cause de son importance. «. Obliqnitatem ejus (Sîgniferi) intellexisse, hoc est, rerum fores ape- 'ruisseÂnazimanderMilesiustraditur primus, olympiade LVIII*. Signa
ll^âFUTATION DB DVPUIS. 91
sphère grecque la eousteWditïon des Chetfreaux*. Le passage de Pline sur Cléostrate ne nous apprend pas combien d^astérismes cet astronome, auteur du cycle octaélérique, plaça dans Pëcliptique. Mais il en résulte clairement que, dans le 6* siècle avant notre kre, la sphère grecque n'était pas encore complète. Après Cléostrate, les constellations de Céphée, Gassiopée , Percée et Andromède, y furent mises, quand Sophocle et Euripide eurent popularisé les fables orientales qui avaient cours sur ces quatre personnages. Unis dans une même tradition mythologique, ceà nonis , étrangers à la Grèce , devinrent teux de 4 constellations nouvelles, voisines les unes des autres. Un siècle ajtrès celui des tragiques, Canope et la Chevelure de Bérénice furent placés dans la sphère grecque par les astronomes Alexandrins.
11 est important de remarquer dès à présent que la mythologie est peu mêlée à l'astronomie grecque des premiers tems. Mais bientôt Timagination brillante des Grecs se donna libre carrière, et tes figures d'hommes, de femmes, et d'animaux sous lesquelles on avait représenté les constellations^ sans ^ue pour cela on eût
thinde ih eo Ckostratus ^ et priina Arieiis ac Sagitlarii, m Qd'il fflille prendre à la lettre oe que Pline dit d'Anaximandre, c est ce qui est fort douteux. D'autres auteurs attribuaient la découverte de Fobliquité de Técliptique à Pythagore ; OEuopide de Ghio|| les prêtres égyptieos It revendiquaient aussi. Mais il est probable que^ même ayant Pythagol'e^les Grecs savaient bien que le plan de Técliplique ne se confond pas avec celui de Téquateur. Seulement, ils ne connaissaient pas la quantité de cette IncliDaison. M. Ideler pense que cette prétendue invention de Tobliquité attribuée à Pjthagore, à OEnopide de Ghio, au successeur de Thaïes, doit s'entendre des efforts que Ton ût dans les diverses écoles philosophiques pour mesurer cette inclinaison, soit au moyen du Gnomon, soit d'une autre manière. M. tietronne aimerait mieux y voir une intention de rappeler les nombreuses tentatives de ces écoles pour expliquer par une cause purement astronomique cette inclinaison, que Ton attribua long-tems à une cause physique, extérieure au soleil ( Voy» le Journal des savans. Mars iSSg, p. i43.
< Hygin« Poetic» astronomie, ^ ii, i3.
donné à ces figures des noms empruntés à Thistoire ou à la fable, devinrent un sujet d'allusions perpétuelles à Thistoire vraie ou fausse de la Grèce. Ce mélange de l'astronomie et de la mythologie n'eut pas lieu à Tépoque de l'expédition des Argonautes , comme l'ont pensé Newton et Bailly ; bien moins encore date-t-il de Torigine des choses y ainsi que le voulait Dupuis. Toutes ces exagérations qui servent de base à leurs systèmes ne tiennent pas devant un examen rigoureux et critique des témoignages des anciens auteurs. Pour qu'il ne reste aucun doute à cet égard , nous allons passer en revue les constellations de la sphère d'Eudoxe, tell^que nous l'a transmise Aratus; et, quoique ce dernier ait écrit un siècle après Eudoxe, et qu'il ait fait; en sa qualité de poète, plusieurs changemens de détail (souvent avec peu de bonheur, selon le témoignage d'Hipparque) nous verrons que la sphère grecque, même aaS^ siècle, après les expéditions d'Alexandre dans rOrient, est bien loin encore d'être ce qu'elle devint plus tard, une sphère toute mythologique.
Sur les 48 constellations qui sont citées et décrites dans les Phénomènes d' Aratus , il y en a cinq seulement (^Orion , Andro^ mèdcy Cassiopée^ Céphée et Persée) qui ont des noms d'hommes Ou de femmes, et qui sont en même tems représentées sous des figures humaines ; il y en a sept qui , sans porter des noms de personnages héroique|^ ou fabuleux , sont cependant représentées sous forme humaine (V J genouillé ^ le Serpentaire y le Bouvier y la Fier geôles Gémeaux^ le Cocher et le Verseau^, Ce qui domine dans la sphère d'Eudoxe, décrite par Aratus , ce sont les noms et les figures d'animaux et d'objets inanimés. Il n'y a pas plus de 13 constellations qui aient quelque rapport à la mythologie : ce sont les deux Ourses^ la Couronne^ la Fierge^ Cephée^ Cassîope'Cj Andromède^ le Cheçaly Persee, les Pléiades , la Lyre^ le Vaisseau Argo et la Baleine, Restent donc 35 constellations qui, dans Aratus, paraissent n'avoir aucune relation avec la mythologie. Plus on se rapproche du berceau de l'astronomie grecque , moins l'on trouve de fondement au système hiéro-as-
* É-y^ovaffiv, Ô^ioOxo?» BowTVjç, Ilapôevoç, Àt^ufAOi, ftvîoxoç, t^poxooç.
REFUTATION DE DUPCIS. 93
tronomique de Dupuis. Dans Homère, dans Hësiode, on chercherait yainement des preuves en faveur de ce système \ Les Pléiades, les Hyades, Orion sont les seules constellations qui aient eu ou semblent avoir eu fort anciennement quelques rapports avec la mythologie.
Mais à partir d'Aratus, la fable envahit Tastronomie , chaque
constellation devient le sujet de mythes inconnus aux âges pré-
cédens, et entre lesquels les poètes font capricieusement leur
choix. Nous allons en donner plusieurs exemples : 1^ la Grande-
Ourse eut d'abord le nom de Chariot , "Xyuxla *, qui fut aussi
donné plus tard à la Petite-Ourse ', « soit^ dit le scholiaste d'Ara
» tus, parce que ces deux constellations tournent comme des
» chars ; soit parce qu'elles ont la forme de chars, les quatre étoiles
» étant prises pour des roues, et les trois étoiles de la queue pour
» le timoQ4. » La Grande-Ourse était aussi appelée '£Xixy), à cause
de son mouvement révolutif autour du pôle. On disait qu'elle
était la plus belle des constellations, xaXXbTT). Cette épithète
devînt un nom propre, celui de la nymphe CalUsto ; et pour les
mjthographes; la Grande-Ourse ne fut que la nymphe GalUsto ,
changée en ourse, et transportée au ciel. Aratus dit que s'il faut
en croire la tradition ', Jupiter transporta de l'tle de Crète au ciel
les deux Ourses, pour les récompenser de l'avoir nourri de leur
* Hjgin et le faux Ératoslhèiie disent que la Vierge est appelée Aixy} dans la Théogonie^ d*Hésiode. Nous voyons seulement par la Théogonie d'Hésiode (899-900) que Aucyj est fille de Jupiter et de Thémis. Ailleurs, Hésiode parle de la vierge Dicé, qui est assise près de Jupiter son père : î] ^e TE wapôsvoç ira AbcYi, Aibç ex^g-^auTa... «àp Au ««Tpl )ta6eî;oji.svYi (!« OEuvres et les jours^iSi, a57).Mai8 il n'y a rien dans ces ver» qui fasse allusion à la consultation de la Vierge. Cf. AEschyl. SepL ad Theù, v. 649* Boissonnade.
» Voyez l'article précédent, t. iv, p. 355.
* Arat. Ph(enom.fV, 27.
* Germanicus, v. 26: Ursae, Plauslrave, quae faciès stellaruni estpro-
xima vero.
* El éT80V ^T.. V. 3o.
94 ÉTUDE DBS MONUMENT ASTOONOMIQUES ;
lait. Le faux Eratosthène ne suit pas la tradition rapportée par Aratus. 2° la Peiite^Ourse dut à sa position près du grand Chien le nom deKuvo^oupa, Kuvo9oup{ç; on la nommait encore ^oivixti , parce qu'elle avait été empruntée par Thaïes à la sphère des Phéniciens '. On y rattacha beaucoup de fables. Ce fut une nymphe de Diane que celte déesse changea en ourse, et que Jupiter mit au ciel ' ; ce fut aussi une nymphe du mont Ida, nourrice de Jupiter ' ; le Bow^ier^ appelé Bocorriç par Homère , est nommé postérieurement 'ApXToupoç, 'ApxToçuXaÇ, gardien de la Grande-Ourse ^ ; et quand la Grande-Ourse fût devenue Callisto, le Bouvier devint Arcas, fils de Jupiter et de Callisto '. Pour les Athéniens^ le Bouvier était Icare, qui avait reçu de Bacchus une outre ^. Cette fiction en avait amené une autre ; on disait que la Vierge était Erigone , fille d'Icare , et Ton voyait dans la Coupe , constellation voisine de la Fierge^ un souvenir de cette outre. 4** Le Dra^ gony constellation fort étendue qui circule entre les deux Ourses, et occupe la région boréale , doit son nom à la forme qu'elle affecte autour du pôle ?• Mais les mythologues disaient" que c'était le Dragon , gnrdien des pommes d'or des Hespérides, transporté ^u ciel par Junon. Ce fut aussi le serpent de Cadinus, de Jupiter, de Minerve, d'Esculape, et le serpent Pyiho. 5® Z^ Serpentaire est dans Aratus une figure d'homme tenant un serpent. Plus tard , ce fut Esculape , placé au ciel par Jupiter à la prière d'Apollon ^; ce fut Hercule } pour les Thessaliens , c'était
' Aratus, Fh.^ v. 59 : Tvi (Kuvoaoûpa) 8* &çol <I>cîvixf( iriouvci irepocdai 6aXao-
OftV.
• Pseado-Eratosth. Catast,
• Aglaosthène, ap. Pseudo-Erat. Catast, ^ ÉXàovTi éotxci; ÂpxTo^uXaÇ, Arat. Ph. 91.
• Pseudo-Erat. Catast,
^ Arctophylax, seu Bacchi ob munera casus Icarus* German.Caes.v.Qo. ' Arat. Phe'n. 45-47 • «>"> iroTap.oTo àwof JwÇ, EîXeÎTai... Apoxwv, Tript t'
« Ps. Érat. CatasUr.
• Id. Jbid.
Triopas exposé à un serpent. Les Rhodiens avaient une autre explication. Enfin , on rattacha à cette co.nstellation toutes les traditions locales dans lesquelles figurait le serpent. 6° Le Cocher qu'Aratus nomme ^Hv(o^oç, sans autre désignation^ devint dans la suite Erichthonius, fils de Vulcain et de la Terre , Erichtfaonius, inventeur des chars, et dont la naissance fgiisait peu d'honneur à son père Yulcain , selon une tradition rapportée par le faux Eratosthène; c'était çtussi Myrtile, fils de Mercure ^. 7* V^genouilléy voici ce qu'en dit Aratus ; <« Près du Dragon, se trouve » aussi une figure qui ressemble à un homme ç/i peine ((AoylovTi » xuXtvSETai dv$p\ lotxbç Efôa)Xov, v. 63) ; personne ne sait ce qu'est w celte figure, ni quel travail l'occupe \ mais on l'appelle Engo- » nasin ('EvYovacriv xaX^oucri) , parce que l'homme semble age- » nouille pour son travail '. » Nous avons déjà dit ' que l'on ne tarda pas à deviner cette énigme. 8^ VOi^eau^ qu'Aratu$ désigne
'. là. Ibid, Cf. German. Cses.
* Germanicus exprime la même idée dans sa tradaction : Non iili nomeiif non magni causa laboris, v. 66.
* Voyez le 3« article, t. iv, p. no et m. Le faux Eratosthène dit que Vingeniculus est Hercule foulant le iserpent sous ses pieds ; mais Strabon tire de bien autres conséquences d*un passage d'Eschyle {Prom. solut, fragmenta.) — Voyez Strabon, liv. iv, ch. l'^J 5,t. ii,p. i7et8uiv. de la traduction française. — Strabon parlant de la plaine située entre Marseille et Tembouchure du Rhône , appelée le champ des cailloux (aujourd'hui la Crau)^ dit qu*elle est couverte de cailloux gros comme le poing , au milieu desquels s'amassent des eaux saumâtres* Il suppose qu Eschyle a voulh expliquer par la fable la présence de ces cailloux. Hercale étant chez les Liguriens, eut à combattre contre eux; il avait épuisé ses flèches, et n'avait même pas une pierre à lancer contre les Liguriens. Jupiter, touché des dangers de son fils, fit pleuvoir une nuée de pierres rondes , avec lesquelles. Hercule repoussa ses ennemis. — VEngonasin était donc pour quelques-uns Hercule s'agenouillant pour ramasser ces pierres. Puisque Jupiter faisait tant que d'intervenir, il aurait bien dû, disait Posidonius , faire tomber cette grêle de pierres sur les Liguriens \ Hercule n aurait pas eu la peine de se baisser^
96 £TUDB DES MONCMENS ASTROIïOMIQU£S;
simplement par le nom d'AtoXoç Spyti^ ^, d'Jpvtç *, fut désigné postérieurement par le nom de Kuxvoc ; ce fut alors le cygne de Lëda, Némésis changée en cygne et mise au ciel par Jupiter ' ; ou bien Orphée transporté au ciel , Orphée, que la mélodie de ses chants faisait comparer au cygne ; ce fut encore Apollon , le dieu de l'harmonie. 9*" Le Triangle^ AeXtcotov , doit, dit Aratus, son nom à la forme qu'il affecte ; cependant on dit plus tard que cette constellation fut placée au ciel en l'honneur de Jupiter par Mercure, qui lui donna la forme d'un A , première lettre du nom Atoç ; et encore que c'était une image du Delta d'Egypte ^ ou de la Sicile, qui a sensiblement la forme triangulaire ; enfin , on y vit une allusion aux trois parties du monde. lO*" Les Gémeaux , A{$u(xoi, doivent cette dénomination à la figure sous laquelle ou les représenta. Aratus les nomme sans faire la moindre allusion à la mythologie ; mais à l'époque alexandrine , les Gémeaux furent les Dioscures , Castor et PoUux , ce qui pourtant est inconciliable avec les plus anciennes traditions mythologiques. Suivant Homère, Castor et Pollux étaient morts à Lacédémone ^, où ils furent adorés^ ; selon le même poète , ces deux héros , fils de Tyndare et de Léda, vivaient et mouraient tour-à-tour 7. Selon d'autres traditions , ces deux héros étaient séparés ; l'un habitait avec les dieux , l'autre était dans les enfers. On disait aussi que la constellation des Gémeaux représentait Hercule et Apollon. 1 P La Fierge fut successivement la déesse Aixy), comme dans Aratus ^; Gérés, à cause de l'épi qu'elle tenait à la main,
« Phe'n,^ 275.
* Ibid,y 3ia.
' Psendo-Erat. Catast.
* Id. Ibid.
' Ihad,y m, ^45-244 ; Odyss.y xi, 3oi et suivantes.
® Platarque {De V amitié fratern.^ § i®"^) dit qu'à Sparte la statue de Castor et PoUax était formée de deux pièces de bois parallèles, appelées Docanœ (Aoxava), et unies ensemble par deux poutres transversales, ce qui exprimait Tamitiéqui avait existé entre les deux frères.
^ Odyss.^ XI, 3oo-3o4.
* Aral. Phén.y g6-i46.
puis Isîs, Atai galis , déesse syrienne ^ Erigone, fille d'icarius ^ la Fortune, Tu/iq, etc. *. 12*» Ze Ferseau^ 'Yifo/rfoç, qui paraît avoir reçu ce nom parce qu'on repre'sentait cette constellation sous la forme d'un jeune homme répandant l'eau d'uue urne ^ ; le Verseau fut tour-à-tour Ge'crops, Deucallon, Ganymède, etc.
Ces exemples, auxquels on pourrait eu joindre beaucoup d'autres, prouvent que généralement les constellations existèrent dans la sphère grecque, bien long-tem^ avant que l'on songeât à y rattacher des souvenirs mythologiques.
Quadt aux planètes, elles avaient deux noms chez les Grecs. Le premier était un nom de divinité, le second était significatif y et était tiré de certaines apparences. Saturne se nommait <i>aivcov , Y astre qui se montre ^ se manifeste ^ ; Jupiter, <l>a6Ôci)v, Y éclatant ', Mars, à cause de sa couleur, IIuposK; ou Ilupoeiroç, Y astre coulew de feu j Mercure , 2tiX€wv ,• le scintillant; Vénus , 4>toff9opoç, *^Eo)ccpopoç, Lucifer, "EaTcepoç, Vesper, Les noms divins paraissent être les plus anciens; ceux de Jupiter j Mars, FénuSy Mercure^ sont em-
» Pseudo-Erat. Cataster,
* Ibid, : ouTOç BoyaI xsjcXTJaÔAi olt^o 7r,ç i:^ci^i<ùi li^ço'/jioç ' é'xwv -^àp karfiAv*
&ÎV0)^0V4V X. T. X.
3 <( On se demande comment les anciens ont pu apppeler de ce nom )) la planète la plus difficile à distinguer ? Une telle dénomination ne peut » tenir qa à des idées d'influence astrologique , qui furent , dans forl- » gine, étrangères aux Grecs. En effet, Diodore nous apprend (u, 3o) » qiie chez les Chaldéens Saturne était la plus manifeste des planètes y » celle cFoù ton ttrait les pronostics les plus nombreux et les plus im- » /?o/YfiS/w ( emcpavsffraTOv, -îrXeîaTa xai jxe-yKXTa irpcoYijAaivovToi). Cette opi- » nion astrologique explique le mot cpatvcàv. Evidemment, il n est que la » traduction grecque de Tidée chaldéenne. » (Lelronne , Sur l'origine du zodiaque grec, p. 3i ). Cest probablement aussi par la grande importance que la planète de Saturne avait dans fastrologie des Chaldéens qu*on doit expliquer le nom de soleil, attribué à cette planète par les Chaldéens (Diod. sic, u, 5o) et par les anciens astronomes grecs (Simplicius et Papyrus grec inédit^ ap. Letronne, Ibid,, p. Sa).
pruntés aux Chaldéens ' ; ce sont les noifus des divinités grecques qui correspondaient % celles des divinités babyloniennes auxquelles ces quatre planètes étaient consacrées. Quelques auteurs * employaient les synonymes A* Apollon pour Mercure, d*Osîns pour Jupiter, d'Hercule pour Mars, d'Isis et deJunon pour Vénus. Lt'S dénominations d^Àpolloriy d*Osiris , etc., furent toujours moins employées que les autres; celles d'Osiris et d^lsis étaient çn usage chez les Egyptiens. — Des noms significatifs^ les uns sont foit anciens et se trouvent déjà dans les premiers poètes grecs ; les autres doivent être fort anciens, quoiqu'ils ne soient employés que par des auteurs récens ; quelques-uns enfin doivent être, et sont en effet assez récens. Ainsi, les noms d'^Ëcoaçdpoç, d'^Effirepoç se trouvent dans Homère et dans Hésiode ' ; ceux de 4>aéôu>v et de Hupoeic , rappelant Téclat de Jupiter et la couleur rouge de Mars, poun^aient être fort anciens, sans qu'il y eut à s'en étonner^ car on a dû remarquer de bonne heure et le vif éclat de Jupiter, et la couleur de Mars \ pourtant on ne les trouve que dans des auteurs récens ^. U en* est de même des noms de
' Diod. sic.^ II, 3o. .
* Pline, II. 6 : Martis (sidûs), quod quidam Herculis vacant, ignei, arden'iis à Solis vicinitate... — Mercurii sidus, à quihusdam appeïlatum Apollinis... — lo magiio nominain ambitu est (sidus Veneris). AUi enim Junonis, alii Isidist alii matris deûm appellavere.
' Èwa^opoç.,. <pow; èpswv sm ^aiav {lliad,, xxiii, 226, Cf. Hésiod. Théog. 38o). — Ëairepoç, oç jcoXXkxtoç ev oupavû lorarai àcrrïîp. {Iliad., xxii, 5iB. Cf. Odyss,, xiii, 93-y4«
* Cest donc à tort que Barthélémy (Me/w.ji/rdw médailles d'Antonin frappées en Egypte; Acad. des Tnscr., t. xli, p, 5o6) a supposé que lés dénominations de 2tiX6(ùv, <l)aivû>v , Ilupoeiç, avaient été employées par Hésiode. (Voyez M. Boîssonade, ad Hesiod., p. 194-195) -- Èwaçopoç, Êairepo; sont les seuls noms significatifs dont on puisse citer d anciens exemples. Êwcrcpopo; désigne dans Homère et dans les auteurs anciens Xétoile du matin, et Êoirepcç Xétoile du soir; on fut bien long- teins sans savoir que Y étoile du matin et Xétoile du soir^ Lucifer et Vesper, ne sont qu'un seul et même astre. Ce fut Pythagore qui reconnut cette identité :
RÉFUTATIOIV DE DU PUIS. 9l^
SxtXêcov, donné à Mercure, et de 4>aivu)v, donné à Saturne. Platon ci Ârislote n'ont employé que les noms divins (sauf *Ecttff(popoç, dans le Timée^ p. 10^1>,.édit. H. Martin). Après Aristote, ces noms significatifs farent employés par Us astronoines ; mais jamais ils ne prévalurent dans l'usa^ sur les dénominations dirines.
Ici encore nous' retrouvons les fables mêlées à l'asfronomie. Hesf)ërus était fils de Céphale et de TAnrore, il égalait Vénus en beauté, d'où le nom d'*'E(r7r8poç donné à Téloile de Ténus. D'autres disaient qu'He^^pérus, frère ou fils d'Atlas, régna sur une partie de l'Afrique. Il cultivait l'astronomie ; un jour il disparut , et ses peuples donnèrent son nom à la plus brillante des ctoile.4 ^. — Phcenon fut aussi personnifié : c'était un jeune homme que Promélhée avait fait, et que Jupiter avait mis au ciel. Et de même au nom de^aéO(i>v, que poriail la planète de Jupiter, se raltaibaient plusieurs ficiions.Ce fut Phaétbon, fils de Céphale et de l'Aiirore', enlevé par Vénus. Hygin dit beaucoup d'absurdités sur l'origine du nom ITupoEiç donné à la planète de Mars.
il résulte de ce qui précède une ihrorie sur la sphère grecque,, qui est eu tout Tinverse de celle de Oupuis. Nous dirons donc : que la sphère grecque s'est formée d'uni; manière successive ; qu'elle est originale, au lieu de dire avec Dupuis,qu'elle a été formée Isout d'une pièce, et qu'elle a été empruntée pax les Grecs aux peupl» orientaux, principalement aux Égyptiens.
NoQS' pouvons aussi dès à présent apprécier les idées de Newton et as fiailly sur la sphère grecque ^ elles ne souiienoent pas un examen approfondi. Newton admet, sur une preuve bien légère^
Quant naturam ejus Pjthagoras SamLus primus deprehenJit(P\ine^ n Ç).D'autres(Phavorin. ap. Diog. Laert. in Parmenid.) faisaient honneur de celte découverte au philosophe Parménide.
* Diodor. Sic, i\\,5ç^i Tov £in<çavs(iTaTov tôv xarà tov oùpavov à<rrepuv ôu<dvu(Mdi( bmvm (Èomptu) Tcpcaa'yopEùtfai. Cf. Diod. Sic, iv, a^. Letronne^ Esêai sur les idées cosmographiques qui se rattachent au nomd'^ilas^ cb«8 te BuUêlin de Férussac, Si iciices hiet*, t. xvii, p. k)9 et sim,
«Wéfllod. Th.^H S(|.
100 iJtudë 0£S mojnumëjns astronûaiiques ;
que les Argonautes faisaient usage d'une sphère fabriquée par Glûrony sphère dans laquelle le milieu des constellations du Bélier, du Cancer, de la Balance et du Capricorne, marquaient respectivement réquinoxe de printems,le solstice d'été, l'équinoxe d'automne etlesolstice d'hiver.Il soutient que la sphère d^Eudoxe n'est autre que celle de Chiron, et cela, parce que la sphère d'Eudoxe, à en juger par les Phénomènes d*Aratus , devait être remplie d^alittsions aux héros de l'expédition de Colchide, sans rappeler le souvenir d'aucun fait ou d'aucun personnage postérieur à cette expédition, qui est de l'an 936 ou environ (d'après la chronologie de Newton). La seule preuve historique dont Newton s'appuie, est un passage d'un poète inconnu , auteur d'une Titanomachie , dont Clément d'Alexandrie a cité quelques mots seulement. Il y est dit que Chiron a fait connaître aux hommes les figures du ciel '. Le témoignage d'un auteur obscur est une base bien fragile, comme font remarqué depuis long-tems les adversaires du système chronologique de Newton '. Aratus ne prononce pas le
< £ç* eS (Xiipttvoç) Kat 6 rh Tiravofi.ax^^'' '(^oi^OLç ^niotv , iaç is^àroç gutoc et;
ÔXu{4icou«.. imfèi ^ïy "h 6u')^àn)p tou Kevraupou,... è^i^à^aro a^Tcv (k^ùXéo.) TY.y 9U0UCTIV Osttpîavy TYiv TTocT^icv îirt9rn{AiQv {Stromates^ 1. i», p. 5o6 B. édit Paris, i64i.
• Whistonea Angleterre, le P. Sonciet et Fréret en France.— Newton consacra la dernière année de sa vie à réviser et à rédiger les preaves de son système, que Ton avait critiqué d*abord d'après des extndis infidèles. En 1738, quelques mois après sa mort , parut Tonvrage où ce système était exposé avec les preuves à l'appui ( The chfxmology ofancient Kingdoms emended.). Halley et La Nauze le défendirent. Fréret en fit une longue réfutation^ qui fut publiée en 17581 après sa mort^ par BougainviUe» sous le titre de Défense de la chronologie. Newton s'était appuyé sur ce que dans la sphère toute argonaatique d*£udoxe, les équinoxes et les solstices tombent an milieu des signes. Il en avait conclu que tel était Tétat des choses célestes au tems de Chiron. Or, Méton (433 avant notre ère) faisaynt passer les Colures par le8« degré des constellations, et une précession de 7* correspondant à une durée de 5o4 ans, Chiron avait dû dessiner la sphère des Aliénantes , 5o4 ans avant la réforme de Méton. Cest ainsi que Newton fixait à 956 ans avant notre ère l'expédition
RÉFUTATION DE DUPUJS. 401
nom de Cliirouy et il suppose implicitement que les conttellations de la sphère grecque ont été imaginées successivement et ]iar divers astronomes, dont le plus ancien est inconnu. Les ad* versaires de Newton , au siècle dernier iFréretluipmémey ne réussirent que me'diocrement à ébranler la base astronomique de son système; car , aussi bien que Newton, ils attribuaient aux anciens des connaissances astronomiques qu'ils n'ont jamais eues^ qu'ils n'ont jamais pu avoir. Ils niaient, il est vrai , l'identité delà sphère de Chiron et de celle d*Eudoxe, mais ib disaient que le
des ArgODautes (936=43sk-f-5o4). Cette date est le point de départ de tous ses calcals clironologiques relatifs aux évènemens de l'histoire pro-* fane. Fréret faisait un calcul analogue à celui de Newton ; seulement les bases n*étaient pas les mêmes. Il disait : « La différence de i5^ qui existe entre les longitudes d*Hîpparque et celles d'Endoxe , prouve qu'il 8*est écoulé 1080 ans (7a XI 5) entre les époques où les sphères de ces deux astronomes furent construites. Mais comme Eudoxe n*est pas antérieur à Ilipparque de plus de deux siècles, on doit croire que sur sa sphère il a conservé aux étoiles les positions qui leur étaient assignées sur une sphère beaucoup plus ancienne, due aux astronomes phéniciens et égyptiens, et qui remonte à i5 siècles environ avant J.-C. » (1080 ans, dufée correspondante à une précession de i5^, plus 38o ans , Eudoxe ayant fait ses observations vers 38o avant J.-C.). — Malheureusement, tous ces raisonneniens ne sont pas concluants, car Eudoxe, en plaçant les Colores au iS*" degré des signes, suivait une méthode qui Idi était propre, et qu il jugeait plus commode et plus simple ; on sait qu*il les plaçait aussi an 8* degré dos signes, comme l'avait fait avant lui l'astronome Méton. Hippar* que , en faisant correspondre les points solsticiaux et équinoxianx au commencement et non au milieu des signes , ne fit que revenir à Tancienne tnanière de diviser Técliptique , dont Eudoxe avait cru devoir s*éloigner. «^ Sur cette intéressante question, voyez Delambre, Histoire de F astronomie ancienne, t. V, p. i37 et suiv.; Ideler, q« Mémoire sur Eudoxe; et surtout M. Letronne (Journal def savons y février i84r, p. 7 1 et suiv.) qui , s'appuyant sur les calculs de Delambre, y joint des argumcns nouveaux , lesquels ruinent à la fois le système de Newton, et elui (le ses adversaires sur la haute antiquité de la sphère grecque.
KVi KTIIDK WùS MOKDMKHS ASTRONOMIQUES;
calendrier suivi par ce (ieri%Kr avait élé dressé au teins d'Hésiode seuleiKicAt, el (\\x'cn examjaanl les fragraeos qui subsistent d'autres calendriers, ou en discernait un plus ancien, qui, par les positions zodiacales des solstices et des équinoxes, remontait en effet jusqu*au tems des Argonautes , c*est-à-dire^ dans leur système chronologique, jusqu'au lÔe siècle avant notre ère ^.
Ces raisons alléguées par Whiston , le P. Souciât et Fréret ne sont guère solides, ainsi que Ta démontré Delatnbre ; et ce que nous avons dit de la formation successive de la sphère grecque ne peut laisser de doute sur Tinsuffisance de ces preuves. Delambre a fait évanouir ces vues fantastiques sur les sphères de Chiron et d^Ëudox-e. Il a prouvé que les détails de la sphère d'Eudoxe ne s'accordaient point entre eux, que cette sphère indiquerait, pour aiaû dire , autant d'époques différentes qu'elle contient d'étoiles, et qu'il n^j avait aucune espèce d'induction chronologique à tirer de la'descriptian d'Aratus, où abondent les erreurs et les incoinpatibilités. Il juge rigoureusement Aratus : a Ce poète astronome n'était, dit-il , ni astronome, iji véritablement poète ;.il ne peut guère passer que pour versificateur. » Ainsi la sphère d'Eudoxe, bien loin de prouver que, dès le 14® ou le 15* siècle, l'uranographie grecque était très-avancée, prouve au contraire que, même au 4* siècle, lfsobserv«itions astronomiques étaient faites avecpeu d'exactitude, ainsi que Ta remarqué tant de fois Hipparque dans son commentaire sur les Phénomènes d'Aratus, el , avant Hipparque, Attalus, ancien commentateur d'Araius.
Nous avons déjà parlé du système de Bailly. Pour lui les véritables instituteurs de l'astronomie sont Uianus, Atlas, chez les Atlantes ; Fohi , chez les Chinois ; Thaut ou Mercure chez les Egyptiens ; Zoroastre chez les Perses; Bélus chez les Babyloniens. La .sphère attribuée à Atlas n'a pas moins de 3890 ans d'antiquité; encore cette époque déjà si i^eculée est-elle plutôt celle de la renaissance que celle de Torigine de l'astronomie *. M DfoHs sommes bien '/ondes, dit-il, à penser que l'astronomie a été
* Voy Daunou, Biograph. Univers, de Michxud, t. xxxi, p, i8{. ' Miùotre de V astronomie ancienne 1775, 1. i", § 9, 7 et 1 1.
» cultivée plus de 1500 ans.avan^ le déluge, et qu'elle a aujour* » d'hui plus de 7000 ans d'antiquité ' . Les Grecs sont tout*à*fait » modernes dans la carrière astronomique, en comparaison des «> Egyptiens et des Orientaux : Pastronomiene date chez eux que » du 14« siècle avant Père chréiienne *.>^ La description de la sphère fut pour eux un des fruits de l'expédition des Argonautes. Hercule avait rapporté dans la Grèce la sphère des Perses et des Chaldéens. Chiron en expliqua les principes et les constellations ; Musée y ajouta l'histoire des Dieux, et imagina de donner aux figures qui y étaient placées des noms tirés des traditions fabuleuses de la Grèce, d'y consacrer le voyage des Argonautes. Puis vinrent Orphée, Linus^ Ancée, Hippo, fille de Chiron, Nausicaa, fille d'Alcinoùs^ à laquelle Ulysse fit connaître les cercles de la sphère ^. La Grèce, déjà éclairée par le voyage des Argonautes, perfectionna ses connaissances astronomiques par le long séjour que ses guerriers firent en Asie et devant Troie. Homère, et surtout Hésiode, profitèrent des nouvelles notions que la Grèce avait empruntées à l'Orient.
On peut dire qu'en général New^ton , Bailly, et surtout Dupùis, ont manqué de critique dans la discussion des faits et dans l'appréciation de la valeur des textes et des monumens. Ils n'ont pas usé avec assez de discernement et de réserve de plusieurs ouvrages dont l'authenticité est fort suspecte. Ils ont puisé indistinctement à toutes les sources, oubliant que dans les premiers siècles de notre ère il y eut de nombreuses falsifications , beaucoup d'ouvrages fabriqués â plaisir et mis sur le compte d'auteurs anciens. Pour
' IiL Ibid., 1. i*% § i4, p. îi2-
• Id. Ibid., L vii,§ I.
3 Id, Ibid., I. vu, § 2 et 5. On se demande ce que la belle Nansicaa peut avoir à démêler avec les cercles de la sphère. Ce qui paraît avoir donné lien à celte supposition dont parle Bailly, c'est que dans V Odyssée {vty loo) Nausicaa et ses compagnes jouent à la paume (açxipïj ratT* âp' eiraiîjûv). Une grammairienne, citée par Suidas (vor. Àva'jfaXXîç), en concluait que Nausicaa avait inventé le jeu de îa paume. D'autres, interprétant le mot oçatpa dans '!e sens de,.vphè.re, ont fait de Nausicaa une habile astronome.
tromper les Attales et les Ptolémées, il n'est pas de supercherie que Ton n'ait imaginée ' ; on était bien plus sur de leur vendre un ouvrage h un prix avantageux quand cet ouvrage était placé sous la protection d'un nom illastre. Ainsi, l'on ne se faisait pas scrupule de trafiquer du nom d'Homère^ d'Orphée, et de mettre sous leur nom des poèmes , des hymnes , que jamais ils n'ont composes. Et les Grecs n'étaient pas les seuls à recourir à ces moyens frauduleux. Les Juifs établis à Alexandrie rivalisaient avec eux. De là tous les ouvrages attribués à l'ancien Orphée, à Musée, à Sanchoniathon,àZoroastre> à.Hermès Trismégiste, à Hénoch, à Seth, à Abraham , etc. On mit sur le compte de Manéihon un poème astrologique (àiroTeXsvaaTtxa) où l'on reconnaît facilement aujourd'hui le travail dé plusieurs mains ". Qu'on juge après cela de quel poids peuvent être dans une discussion scientifique les témoignages tirés de tous ces ouvrages apocryphes !
Il y a trois sources principales auxquelles on a puisé pour faire del'astronomie mythologique : 1** Les CatastérismeSy compilation faussement attribuée au célèbre Eratosthène, et vraiment indigne de u cet homme universel qui avait embrassé dans sa carrière la- » liorieuse, la poésie Ja chronologie, la philosophie, la grammaire,
• Voy. le célèbre passage de Galicn cité par Bentley, ad Phalar.^ et ])ar M. Boiss., Noi, des Aîss,, t. x, ?.«^ part., p. 219.
^ Au jugement de Lucas Holsicnius et de Thomas TyrwilH {Prcf. €Ïe Iddit, d Orph.)^ les ^ potelé.* ma/ica, poème grec sur les iufiueuces des astres, attribue à Manéihon , bibliothécaire d'Alexandrie, sons Plolcmée Philadelphe, sont ime production du moyen -âge. Sur Tépoquc des poésies dites Orphiques, voyez Hermann ad Orphie,; Dugas-Montbel^ Où- Acri'. xitr riUadc, t, ler, p. 6 et 262. Musée fut altéré de bonne heure (flérodote, vu, fi). — Sur tous ces ouvrages apocryphes, voyez la dissertation de Bentley sur les lellrcs de Fhalaris; c est le chef-d'œuvre du «enrc; voyez aussi celle de M. Boissonade sur les lettres de Diàgène le cynique {Notice des Manuscrits, etc., t. x, a* partie, p. 122 et suiv.). — Sur les nombreuses fraudes des Juifs liellénisans, voyez en particulier Il dissertation excellente de Vaickenaer sur Aristobuîe; Cf. Hase , Jounu des sav.,']vim i833. U, Letronne {Sur le zodiaque grec, etc., j). 17) a ijontré que tous ces témoignages tardifs ne devaient plus ôtre employés Jans une discussion sériense.
» les mailiématiques et la géographie '. ^ Il est généralement reconnu que cet amas incohérent d*inepties n'est pas l'œuvre du savant bibliothécaire d'Alexandrie ' ; peut-être l'auteur s^est-il servi du poème d'Eratosthène, intitulé £j>fA^ç> dont parlent les auteurs anciens, et aussi de quelques poèmes relatifs à la mythologie astronomique^ qui défraya si souvent les littérateui*s alexandrins 3. 2° Le Poeticon astronomicon d'Hygin, qui est du siècle d'Auguste. S"" Les Scholies de Théon d'Alexandrie sur les Phéno^ mènes d'Aratus.. C'est pour avoir puisé sans discernement dans ces trois ouvrages^ dans les traducteurs latins d^Aratus, comme Germanicus et Festus Avienus, dans les scholiastes qui parlent bien souvent de ce qu'ils ignorent^ dans les auteurs systématiques, comme Porphyre ; c'est pour avoir mêlé, confondu toutes les traditions, que Bailly et Dupuis, ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois déjà, se sont passionnés pour les idées les plus étranges. Il faut se résigner à ignorer ce que l'on ne peut savoir, renoncer à tout expliquer, et laisser pour ce qu'elles sont la sphère des antédiluviens^ celle d'Atlas dont parle DiodoreS celle de Phaéihondont parle Lucien, celle de Chiron que Newton etFréret ont rendue trop célèbre ; laisser aussi pour ce qu'elles sont les découvertes astronomiques de Prométhée^, de Palainède, d'Atrée, eic, dont les poètes tragiques ont parlé. Dans la disette où nous sommes de monumens anciens bien authentiques, on né peut espérer de faire complètement l'histoire de l'astronomie pour les premiers tems de la Grèce. Quelques faits seulement sont bien constatés, et dans ce nombre il faut compter celui que nous avons énoncé plus haut, savoir, que 2a sphère s^ecque est originale; ei qu'elle s'est formée d'une manière sucessiye,
' Letronne, Joum. des sa^. i8a4j P« ^^i»
* Voyez Itf ch. u des Eratosihenica de God. Bcrnliardy ; Berlin, i8ia. — Lelronne, Journ. des sav,^ i8aa , p. 558; i8a3, p 4^7-
3 hhlbid.y 1824, p. 358.
* iir, 60, IV, 27.
' ^Eschyle, Prome'th., 463-4^7. Bo^ssonade.
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