‹ Analyse et synthése (volume 2)Chapitre 2 sur 30 · G. MASSON, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

G. MASSON, ÉDITEUR

120, Boulevard Saint-Germain, en face de l'École de Médecine

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cette vasle péninsule que les*ançiens divisaient en Arabie Pétrée, de FEuphrate à l'Egypte, mais plus particulièrement au sud de la Palestine, en Arabie Déserte au centre, entre le golfe Pejsique et la mer Rouge, en Arabie Heureuse au sud. Une connaissance plus approfondie permet de dénommer aujourd'hui ce vaste territoire d'une façon plus Rationnelle.

L'Arabie est un pays où rien ne change. Telle elle était au temps des Chaldéens, telle elle est restée. Ainsi, la presqu'île du Sinaï et les bords du golfe Élamitique (Akabah), méritent toujours le nom d'Arabie Pétrée. Ce pays est resté un désert où quelques dépressions, quelques accidents" d'un terrain montueux et rocailleux pnt permis, à certaines époques, l'établissement de villes dont la prospérité ou la décadence furent toujours la conséquence des fluctuations du commerce de transit; mais ces villes assises sur un sol absolument ingrat, ne pouvaient rien être par elles-mêmes. De l'Arabie Pélrée à l'EuphraU, c'est encore le désert, mais le désert plat et brûlant ; c'est essentiellement le pays des nomades, le domaine des caravanes.

Au sud de la Pétrée, en suivant la mer Rouge, on entre dans le Hedjâz, zone littorale qui, depuis Abraham, est restée la province sacrée; elle ren- . ferme des villes dont la grandeur est due, non à la fertilité du sol, car il est là presque aussi aride que dans le désert, mais à ce qu'elles sont un centre religieux en même temps que commercial. Plus au sud encore, en suivant toujours la mer Rouge, se

trouve le Yémen, province aujourd'hui pauvre çt brûlante, qu'on dit avojr éfé jadis la plus rich» partie de la péninsule, celle qu'on appelait l'Arabie Heureuse, lorsfue, suivant la tradition, elle était ampletrfent arrosée par un effet naturel ou par des moyens artificiels que nous ignotons. S$ végétation, disent certains récits, élait luxuriante. Alors pleine de grandes et riches cités, ses campagnes se trouvaient couvertes de bourgades, et sa population nombreuse était sédentaire et agricole. Par la position géographique de leur pays, les habitants du Yémen étaient appelés à servir d'intermédiaires aux transactions entre les peuples du bassin de la Méditerranée et de l'Inde; aussi furent-ils les plus anciens navigateurs dont l'histoire fasse mention. Il parait certain, mille témoignages en font foi, que dans l'antiquité la plus reculée, sans qu'on puisse définir l'époque d'une manière satisfaisante, les Arabes du Yémen étaient en possession de toutes les transactions entre les habitants de la partie occidentale de la mer des Indes, depuis les côtes actuelles de Malabar ou de Coromandel jusqu'à la côte africaine de Sofala. Plus tard, lorsqu'ils furent appauvris par la sécheresse qui amena la ruine presque entière de leurs cultures et qu'ils n'eurent plus d'aliments à fournir au commerce, leurs ports, vides de leurs propres navires, devinrent les escales et les entrepôts des Phéniciens. Ceux-ci apprirent beaucoup d'eux touchant les choses de la mer.

En remontant vers le nord-est, la côte de la péninsule, le long de la mer Erythrée, on pénètre dans

le Hadhramaut, dont quelques havres servirent aussi d'entrepôts et de refuges aux navigateurs. Les rares cités qui s'y trouvaient n'arrivèrent jamais à un aussi grand développement que celles du Yémen; car, bien que situées au bord de la mer, elles sent adossées au désert le plus aride et le plus brûlant dont on signale l'existence à la surface du globe. Ce pays maudit occupe tout le centre de la partie méridionale de la péninsule. Ce qu'on dit du Hadhramaut, on peut le dire du Mahrah, qui lui fait suite.

En pénétrant dans le golfe Persique, la première province entière de l'Arabie est l'Oman. Bien que ce pays n'ait jamais joui de la fertilité du Yémen, il est habitable sur quelques points; et à différentes époques, l'histoire y signale quelques villes importantes dont la prospérité était due, en grande partie, aux transactions entre l'Inde et l'Occident. Enfin, en continuant à suivre le littoral occidental de cette mer intérieure, la province la plus septentrionale qu'on rencontre avant de parvenir aux embouchures de l'Euphrate, est le Haça, qui comprend les îles Bahreïn, première demeure des Phéniciens, dont leurs négociants n'avaient pas oublié le chemin. Le Haça est un pays aride. Il a derrière lui, ou mieux à l'ouest de lui, une vaste contrée, la dernière dont il reste à parler pour avoir terminé cette courte description de l'Arabie, le Nedjed, qui s'étend jusqu'au Hedjâz. C'est le plateau central de la péninsule et il ressemblerait aux déserts qui l'enveloppent, soit au nord, soit au sud,

si sa configuration géologique ne lui imprimait un caractère tout particulier. Il renferme de nombreuses vallées cultivées, qu'habitent des populations sédentaires, mais où Ton ne remarque aucune ville de quelque importance. Cela tient à ce que les populations n'ont aucun lien entre elles; les vallées ou mieux les dépressions qu'elles habitent sont séparées les unes des autres par des parties du désert. Ce ne sont pas des montagnes qui forment ces séparations, mais des plateaux. Le Nedjed est comme une vaste plaine qui, molle primitivement, se serait refroidie en se contractant et où chaque fissure, chaque faille seraient devenues une vallée cultivable, lorsqu'il y serait surgi quelque source. Dans un pays tel que l'Arabie, presque partout désert et brûlant, on ne peut guère se représenter que des populations nomades, vivant autour des sources ou des puits, conduisant leurs troupeaux là où se montre quelque verdure, et vivant surtout du commerce de transit que leur assure une position centrale. Telle à l'origine était leur existence, telle elle est restée. Le peu d'attrait que présente le sol de l'Arabie eut pour conséquences que les différentes couches de population qui peuplèrent cette vaste péninsule, bienque d'origines très différentes, ayant à vaincre les mêmes obstacles et les mêmes difficultés de vie, finirent par prendre les mêmes mœurs, par se fondre, au point de former une même nation, bien qu'une étude attentive permette encore de signaler quelques différences d'origine entre telle ou telle tribu.

Les premiers qui pénétrèrent dans la péninsule semblent avoir été les Kouschites, c'est-à-dire les peuples de la race de Cham. De ces Kouschites descendus probablement du plateau de l'Iran dans les vallées du Tigre et de l'Euphrate, une partie, comme on Ta déjà remarqué, se fondit dans ces contrées avec les Touraniens, l'autre alla vers le sud, jusqu'au golfe Persique. Puis, passant à l'ouest de ce golfe, et marchant toujours vers le sud, les Kouschites laissèrent derrière eux, dans le Haça, la famille de Ghanaan, puis s'étendirent sous le nom de Dédanites dans l'orient du Nedjed; sous celui d'Adites dans l'Oman, le Mahra, le Hadhramaut et le Yémen. Là, par la suite, une de leurs branches, traversant le détroit entre l'Arabie et l'Âbyssinie, pénétra dans ce dernier pays.

La seconde grande migration en Arabie fut celle d'une partie des Araméens de race sémitique et de la descendance de Nachor, frère d'Abraham. Ces .nouveaux venus prirent place en certains points du désert du nord et jusque dans le Nedjed. A côté d'eux, ou mieux entre eux et l'Egypte, c'est-à-dire dans la Pétrée et le Hedjâz, s'étendit une race qui prit en peu de temps un grand développement, et qui vraisemblablement formée d'une de leurs tribus, mélangée aux fils de Misraïm qui peuplèrent l'Egypte, était composée de Sémites et de Chamites. Celte race se divisait en trois familles principales : Les Amalica ou Amalécites de la Bible, les Arcam, qui devinrent les E do mi les, et les Catoûra. A pes derniers se joignirent plus lard les fils issus

d'Abraham et de sa seconde femme Célhura l'Egyptienne; l'un d'eux, Madian, leur donna le nom de Madianites sous lequel la Bible les désigne si souvent. Les descendants d'Esaii vinrent plus tard renforcer les Amalécites et les Édamites, chassés du Hedjâz dans la Pétrée.

Aux fils d'Abraham se superposa une population nouvelle, mais aussi de race sémitique; ce sont les fils de Jectan, les Jectanides. Très nombreux à leur arrivée dans la péninsule, les Jectanides parlis des plaines du bas Euphrate, se répandirent dans toute l'Arabie, en suivant une route à peu près identique à celle qu'avaient primitivement prise les Kouschites. On les retrouve dans le Haça, le Nedjed, tout le sud et le Hedjâz. Ce sont les vrais Arabes, ceux qui introduisirent à côté de la langue hymiarite des Kouschites, la pure langue arabe sémitique. Ces Jectanides, d'abord tolérés par les populations antérieurement établies, prirent au bout d'un certain temps la prépondérance, et par suite, leur langue, sœur déjà de celle des Araméens, devint d'un usage général pour tous les peuples de la péninsule.

La dernière population qu'on signale comme s'étant établie dans ce curieux pays d'Arabie, est constituée par la race issue des douze fils d'Ismaël," fils d'Agar et d'Abraham, les Ismaélites ou Mouetariba, qui se superposèrent à toutes les autres races dans le désert du nord, le Nedjed, le Haça et surtout dans le Hedjâz, qui eut la Mecque comme centre * principal. Les Moustariba étaient les nouveaux

Arabes par opposition aux Moutéarriba, les vrais Arabes, les Jectanides. Avec les siècles, ces distinctions disparurent presque entièrement, et il ne resta dans la grande péninsule que la race arabe appelée à de si grandes destinées.

L'histoire intime des Arabes, en dehors du tableau de leurs migrations, offre peu d'intérêt; elle n'est du reste connue que sur les points où ils se sont trouvés en contact avec les étrangers. Ce qu'on en sait ne donne lieu qu'au récit de guerres indéfinies de tribus à tribus, de races à races, un véritable chaos, une trituration qui fut incontestablement nécessaire pour faire un tout homogène d'éléments si divers.

Le Yémen seul forma longtemps, on ne peut dire un royaume, car ses limites étaient peu reconnues, mais un centre très réel de civilisation. Il fut peuplé d'abord par les Kouschites adites qui pratiquaient le système des castes cher à la race de Cham, et ces Kouschites revinrent ensuite, avec la domination des Sémites, à l'état d'une véritable féodalité où chaque chef est le maître absolu sur le territoire qu'occupe sa tribu. Roi ou reine, ce chef, puissant au temps des Adites, ne fut bientôt plus, sous les Jectanides, qu'un chef comme un autre, au pouvoir parfois très grand, parfois tellement restreint que ses grands vassaux n'avaient aucun intérêt à le renverser. Comme la guerre était l'état permanent des différentes tribus, chaque chef se construisait un château fort qui servait aux siens de point d'appui ; aussi le Yémen était-il couvert de ces châteaux.

De grandes richesses produites par l'agriculture et le commerce s'accumulèrent dans ces demeures, et l'on comptait, groupée? autour des châteaux royaux, des villes de grande importance, telles que : Mareb ou Saba, Sanâo, Zhafâr, Aden et Sabota, dans le Hadhramaut.

C'est pendant la période de dix siècles où une seconde dynastie des' Kouschites adites exerça le pouvoir dans le Yémen, que paraissent s'être développées les relations commerciales entre cette contrée, l'Inde et la côte orientale d'Afrique. C'est à la fin de cette même période que les Phéniciens, d'abord pour le compte des Égyptiens, puis pour celui des Juifs, entretinrent avec le Yémen des relations suivies. La reine de Saba qui vint trouver Salomon appartenait à la seconde dynastie des Kouschites adites.

Les Kouschites du Yémen étant venus en Arabie par la vallée de l'Euphrate, durent apporter avec eux les enseignements dont ils avaient la tradition en qualité de Noachides, mais modifiés par leur contact avec les Touraniens; cependant, comme ce contact n'avait pas eu une très longue durée, ils avaient conservé à leur religion un caractère plus élevé que celui que lui attribuaient les Kouschites babyloniens. Leur dieu suprême était pour eux plus que le Ilou de la religion chaldéo-assyrienne ; leur tendance au monothéisme était sensiblement plus prononcée, et, bien qu'ils aient aussi transformé toutes les manifestations de la nature en divinités, ils conservèrent pour le dieu suprême une vénéra-

lion réelle. Ils admettaient les représentations de ce dieu, rendaient à ces représentations même un culte ; mais c'était surtout Dieu qu'ils adoraient.

Après le Yémen, le Hedjâz est la seule partie de l'Arabie qui ait une histoire propre, et encore cette histoire est-elle bien loin de présenter un récit suivi. Pour en reconstituer quelques lambeaux, c'est aux annales juives et assyrochaldéennes qu'il faut surtout avoir recours. Les premières notions recueillies sur ce sujet apprennent que le Hedjâz était peuplé par les Djorhom de race jectanide, auxquels étaient récemment venus se joindre les Caloûra, lorsqu'Ismaël, fils d'Abraham, ou mieux ses descendants, les Ismaélites, s'y établirent. Ces derniers, unis aux Djorhom, chassèrent bientôt les Caloûra et se développèrent lentement à côté, et sous la protection de leurs puissants alliés, jusqu'au moment où l'empire des Djorhom, qui avait duré plusieurs siècles, se trouvant affaibli par les victoires de Nabuchodorossor, ils purent se fondre avec eux, les dominer même à leur tour. Gardiens de la sainte Caâba, ils formèrent le groupe le plus important de la population de l'Arabie.

Bien que les Arabes des temps anciens aient été tout aussi cultivateurs que nomades, les déserts qui séparent les parties cultivables de leur pays les forçaient à de perpétuels déplacements ; ce qui leur a inspiré, comme à tous les peuples voyageurs, un goût marqué pour la poésie. Tout devint chez eux thème de légendes, leur histoire même s'en ressent au point qu'il est presque impossible aujourd'hui

d'y distinguer la fiction de la réalité. Si cette tendance a ses inconvénients, il est juste de reconnaître qu'elle prête à leur histoire un charme qu'on ne retrouve dans les annales d'aucun autre peuple. Cette poésie, qui n'est pas sans valeur puisqu'elle est une forme de l'élévalion des idées, est malheureusement le seul contingent que, tant qu'ils sont restés en Arabie, les Arabes aient apporté au perfectionnement de l'intelligence humaine. Aucun progrès scientifique ne leur est dû jusqu'à l'époque de leur grand développement.

Au point de vue religieux, ce qu'on a dit des habitants du Yémen, on peut le répéter pour toutes les populations de l'Arabie. Le monothéisme, tout défiguré qu'il fût sur un grand nombre de points, était la croyance dominante. Pour tout Arabe, Allah était le Dieu unique, le Dieu tout-puissant, le grand Dieu ; et l'introduction d'une sorte de spiritualisme devait trouver plus tard dans cette croyance une base qui la faciliterait singulièrement.

A côté du monothéisme, le fétichisme était pratiqué sur une large échelle. Des arbres particuliers, des pierres, la plupart aréolithiques comme celles de la sainte Caâba, étaient adorés à l'égal des dieux, et devenaient l'occasion de nombreux pèlerinages dont le but réel était certainement l'établissement et la conservation de relations commerciales, première nécessité pour un peuple absolument privé d'industrie. Les Arabes des premiers temps historiques croyaient vaguement à l'immortalité de l'âme ; mais il n'est sorti de leurs institutions aucune

grande idée morale qui ait sa place dans les progrès réalisés par l'humanité durant les prolégomènes de l'histoire. Ils eurent des qualités morales sérieuses ; mais elles furent pendant de longs siècles comme un feu couvant sous la cendre dont la flamme ne jaillit, plus tard, qu'au contact du christianisme.

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