‹ Analyse et synthése (volume 2)Chapitre 29 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

M. le comte de Maistre dit dans son livre sur les Soirées de Saint-Pétersbourg : « Il faut nous tenir prêts pour un événement immense de Tordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. Il n'y a plus de religion sur la terre : le genre humain ne peut demeurer dans cet état.... Je ne finirais pas si je voulais rassembler toutes les preuves qui se réunissent pour justifier celte grande attente.» M. de Maistre était certainement un homme de grande

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valeur ; mais ce qu'il exprime dans cette occasion, c'est la crainte qu'il éprouve d'un tournemenl d'esprit dont il semble avoir les conséquences autour de lui, et dont le but ne lui est pas encore suffisamment indiqué. Il ne s'est pas rendu compte que, si la moralité se fausse, c'est que les hommes de première valeur n'ont pas su à temps conserver les étais de cette qualité ; c'est que les chefs d'une société, sous des prétextes très louables, se sont montrés indulgents en riant dans le principe et ont laissé reparaître des souvenirs anciens, oubliés depuis des siècles ; c'est qu'ils ont subi des institutions troublées, menant à des actes légers d'abord, mais graves ensuite. Un jour même, bien des personnalités ont pris des opinions qui ont semblé fautives dans leurs acceptions : mais, lorsque frappées elles constatèrent les inconvénients terribles de cette manière d'agir, elles voulurent arrêter la marche coupable ; malheureusement elles étaient restées en arrière et elles durent se retirer pour que le torrent ne les emportât pas. C'est ce qui est arrivé à M. de Maistre, philosophe et élégant écrivain. Il s'est aperçu du mal de son époque ; malgré son talent, il n'a pu que le constater. On peut le répéter encore, ces malheurs qu'il craignait tiennent à ce que la société n'a pas su s'opposer à toutes les ambitions et leur a laissé libre cours. Lorsqu'elle a senti le besoin de les arrêter, il n'était plus temps. Si le bien ne reste pas le possesseur d'une discipline complète, le mal n'est pas long à paraître. Le dévergondage d'idées a fait de tels progrès que je suis

tenté d'essayer d'imiter de Maistre en disant un peu comme lui : « Sommes-nous perdus ? »

Quelle tristesse d'avoir à se poser de pareilles questions 1 Faut-il qu'elle soit déchue cette moralité si grande et si noble, pour que ses plus fidèles et respectueux amants en soient venus à se demander si elle n'était pas tombée au rang des filles perdues !

Que de fautes commises, quelle moisson de honte amassée brin à brin ! Nous récoltons ce que nous avons semé. Nous avons été vaniteux, nous avons été fous, nous avons même été vils ; on nous a faits dépravés. Notre orgueil est humilié aujourd'hui, notre folie est constatée, notre bassesse est punie ; la dépravation de ce qui nous entoure, seule nous reste. Nous sentons qu'elle nous brûle, nous la secouons, mais elle ne tombe pas; nous ne pouvons que l'arracher avec des lambeaux de notre chair et des flots de notre sang. Aurons-nous le courage, aurons-nous la force d'aller jusqu'au bout? Oui, ce courage nous l'aurons ; notre vieil héroïsme n'est pas encore complètement endormi. Nous l'aurons, dussions-nous mettre à vif notre corps. Nous foulerons aux pieds, si c'est nécessaire, les dernières parcelles de notre chair gangrenée ; mais, pour cela, il faut n'avoir plus ni orgueil, ni folie, ni bassesse ; il nous faut rester impassibles sous les froids sillons du scalpel.

Les matérialistes nous jettent trop souvent à la face : « Où est-elle votre intervention divine ? Plus nous examinons, plus nous voyons la matière et les forces qui la font agir, provenant des mêmes causes,

produire les mêmes effets. » Les matérialistes à une origine naturelle répondent par des faits naturels aussi, qui seront causes à leur tour. La main d'un Dieu ne se voit nulle part, disent-ils? Dans l'ensemble des choses, un tremblement de terre n'a pas de cause plus compliquée que le mouvement d'une feuille agitée par le vent. — Pensent-ils donc, ces érudits pleins d'orgueil, que si Dieu existe il ait besoin de s'y reprendre pour créer ? Qu'ils ne l'oublient pas : du moment où la création fut résolue, elle fut faite, et faite pour le temps que devait durer l'Univers. Sans cela la toute-puissance de Dieu ne serait qu'un vain mot. Du même coup qu'il jetait la matière en pâture au mouvement, il l'enfermait dans un cercle de lois faites pour produire des effets déterminés; et rien n'arrive sans son ordre ou sans sa permission. Un capitaine de vaisseau ne s'y reprend pas à deux fois pour donner un ordre ; dès qu'il a parlé ou seulement fait signe, les sifflets retentissent, les hommes s'agitent, les cordes sont tendues, les poulies grincent, les voiles s'ouvrent et se développent dans l'air. Les effets de la nature sont, pour le Créateur, comme ceux qu'obtient cet officier, réguliers et prévus. C'est notre petitesse qui nous les fait croire anormaux, lorsqu'ils nous terrifient. Nous appelons cataclysme ce qui n'est, dans le grand œuvre, qu'une obéissance de plus.

Les lois qui régissent la nature sont immuables parce quelles sont le produit de l'intelligence divine; elles perdraient leur immutabilité, si Dieu n'existait pas. C'est sa volonté toute-puissante qui

les maintient, c'est par sa volonté qu'il agit sur toutes choses, c'est par elle qu'il est présent partout, c'est par elle qu'il intervient dans tout; mais, qu'on ne l'oublie pas, s'il a fait ses lois incalculablement immenses dans leurs effets, il ne les a pas faites infinies, car il ne peut y avoir d'infini que ses propres facultés. Produit d'une intelligence infinie, ces lois sont incommensurablement grandes, elles sont taillées au patron des Univers; mais les facultés créatrices seules sont infinies, parce que seules elles sont l'émanation d'un Dieu. Créées pour régir la matière, elles cesseront d'agir au jour que le divin maître a marqué pour l'anéantissement. Singulière méthode que celle qui veut, en se servant de la marque de l'intervention divine, nous prouver que cette intervention n'existe pas !

Quelle superbe démonstration d'un Dieu personnel, indépendant, tout-puissant, que ces écrits des matérialistes qui cherchent à démontrer sa nonexistence ! Chacune des preuves qu'ils arguent pour prouver que Dieu n'est pas montre qu'il est. Insensés ! qui se font une arme contre lui de l'immutabilité des lois de la nature, de leur universalité; oublieux, qui ne pensent pas que si la matière n'obéissait qu'à elle-même, son premier acte serait de détruire cette universalité, de rompre cette immutabilité! Sans la pondération divine, la matière retournerait au chaos, ou, pour dire mieux, elle n'en serait jamais sortie!

Il est nécessaire que les sociétés de cette époque supportent qu'on leur dise : Vous vous croyez les

initiateurs de l'humanité? Eh bien, si vous avez laissé la matérialité se développer, vous avez essayé d'arrêter la spiritualité dans laquelle la vie doit puiser toute sa valeur. 11 en est résulté des masses de théories fausses et ineptes dont l'indifférence, la tolérance, le panthéisme, le naturalisme, le rationalisme, le positivisme, le sensualisme, le socialisme, le communisme sont des exemples ; ils ne serviront jamais qu'à tuer ce qui existe, comme un loup qui a faim tue le mouton qui passe. Pour les utopistes qui ont adopté ces théories, ils n'ontjamaiseuque des rêves qui, mis en usage, ont partout et toujours donné des choses insensées. Les vieux guides qui empêchaient la société de dévier, les utopistes les rejettent en arrière. Ces utopistes se sont crus plus spirituels, plus intelligents, plus forts ; et ils ont pensé qu'en se conduisant ainsi, ils usaient de la liberté; ne comprenant pas, ils ne font, comme les acteurs des tréteaux, qu'exciter les lazzi.

Ce serait certes une curieuse et longue histoire que de montrer à quel point sont arrivés ceux qui se croyaient les plus intelligents du monde et qui n'ont pas vu dans quel bourbier ils nous précipitaient. Publier cette histoire dans ses détails demanderait de longs volumes; mais, ce qu'on peut essayer ici, c'est de montrer aux âmes bonnes et loyales que tout espoir n'est pas perdu.

La liberté n'est pas du tout ce que l'école républicaine prétend. C'est quelque chose qu'elle comprend mal. Le mot république n'est pas et n'a jamais été le synonyme de l'appellation d'état libre. Respublica,

la chose publique, c'est ce qui peut être admis par les masses, soit en bien, soit en mal. Une église où Ton peut prier est une chose publique; il en est de même d'un spectacle aux pièces dévergondées. Cette désignation est au contraire absolument semblable à une forme de combinaisons qui arrête tout, parce que, forcément les idées qui s'y émettent deviennent des passions, et que le mot passion est toujours subversif de la liberté des autres jusqu'au moment où ils se vengent à leur tour.

L'école politique, dont nous disons en ce moment le triste résultat, a changé la liberté de vivre et de bien vivre en celle de jouir, dût la jouissance sacrifier la vie du voisin, pour tomber après dans l'abrutissement. De là vient tout le mal. Cette liberté, dite républicaine, est un cheval qu'on lance peu à peu, qui s'active, s'emporte au point qu'on ne peut plus le retenir par les rênes, et l'empêcher d'aller se jeter avec la voiture dans le précipice. Il faut dans le principe, ce que la république ne peut avoir, de la prudence, de la morale, de la justice, de la religion ; et, si tout cela ne peut vaincre le mal, il faut avoir recours à la discipline qui force au devoir. Pour que la société soit bien conduite, il faut que la liberté s'accorde avec des lois bonnes et utiles, bien menées et bien cadencées dans toutes les occasions pour toutes les faces de l'existence; et surtout que le gouvernement soit assez vigoureux pour forcer les ambitions à rentrer dans l'observation des lois, ou pour faire condamner exemplairement ceux qui auront attenté à la liberté des autres. Être libre,

c'est-à-dire suivre un chemin que personne n'obstrue, est aussi doux pour l'ouvrier que pour le grand seigneur. Toute jouissance est là! et c'est un véritable axiome qui rentre dans la loi suprême de Dieu, de dire que la liberté n'existe que là où le juste règne, et qu'il est impossible de violer le juste sans détruire la liberté.

Il y a cependant quelques républicains honnêtes, ils le prétendent. Il est évident qu'il s'en trouve qui ont horreur du parti des bandits; mais, s'ils sont logiques, ils devraient toujours être du côté des gens d'ordre, les gens de désordre n'admettant auprès d'eux que ceux qui les imitent. De même que ces quelques braves politiciens hésitent à aller, soit à droite, soit à gauche, ils ne pourront recruter des amis ni d'un côté ni de l'autre et, forcément, le temps marchant, ils avorteront en tout. En 1793, les premiers qui payèrent, ce furent les girondins. Dire qu'on est quelque chose et se servir de ce titre pour ménager l'un et l'autre, c'est, je ne dirai pas un crime, mais une bêtise d'honnêtes gens.

Ce qui nous renseigne le mieux sur les événements de notre époque, ce qui aussi étonne prodigieusement depuis quatre-vingts ans, c'est que les hommes se disant politiques se soient si complètement trompés sur le sentiment qui fait agir dans presque toutes les circonstances. Dans ce sentiment on trouve cependant l'indice certain du caractère propre, la raison des grands succès et la cause de malheurs plus grands encore. Le Français qui semble ne chercher qu'une occasion d'affirmer ses

tendances démocratiques est l'aristocrate le plus * renforcé qui soit sous la calotte des cieux. On Ta cru égalitaire, on s'est trompé grossièrement. Il est tellement aristocrate qu'il en devient démocrate, il est plein de désirs qui semblent contradictoires ; cependant ils ne le sont pas. Ne' voir personne audessus de lui, être supérieur à tout le monde, telle est sa devise. Parlez-lui de l'égalité sociale ou politique, il ne la comprendra que d'une seule manière : l'absence des privilèges qui ne sont pas les siens. Chaque fois qu'on peut lui assurer qu'il ne sera primé par personne, mais qu'il pourra, dans une certaine mesure, primer les autres, il acceptera de grand cœur. Il pousse cette folie si loin, par vanité ou par bêtise, que pour effacer les classifications qui lui sont supérieures, il oublie constamment que ses inférieurs, pour être logiques, doivent toujours faire envers lui ce qu'il désirerait faire envers les autres. Presque toujours il est assez naïf pour penser que le radeau égalitaire s'arrêtera à son niveau; mais, parfois aussi, il est tellement vaniteux qu'il préfère voir tomber ceux qui le précèdent, dût-il tomber à son tour. En principe du reste, il conserve toujours la présomption de résister au torrent, mieux que ses prédécesseurs. Proposez aux bourgeois le retour des princes d'Orléans, ils refuseront, bien qu'ils sachent que le gouvernement légitime peut seul leur rendre l'ordre et la tranquillité dont ils ont tant besoin. Ils feront cela, non par haine pour les princes, qu'au fond ils préfèrent à tout autre, mais parce qu'ils auront peur qu'avec

eux reviennent certaines classifications sociales dans lesquelles ils ne seraient pas compris. En un mot, le Français veut bien d'un peuple, il l'aime même avec passion, mais il ne veut pas en être. C'est là le grand secret de son histoire !

Que de crimes, que de douleurs n'ont d'autre origine que cette absence d'humilité et de sens commun! 11 n'est si petit individu, de la plus infime de nos petites villes, qui ne tienne à l'égalité politique, non parce que cette égalité lui assure ses droits sociaux, mais parce qu'elle lui donne un rang au conseil municipal et qu'elle lui permet de regarder, du haut de sa chaise curule, ses voisins restés Gros-Jean comme devant. Il pousse même si loin l'aberration que, privé de ses honorables fonctions à l'élection suivante, ses premiers soins, dès sa rentrée dans la foule, sont de nier le mérite de son successeur et de chercher à le renverser. Etendez cela du petit au grand, il en résulte le triste état politique et social dans lequel nous sommes. Pour un chef d'État, régner ne veut plus dire gouverner, mais se défendre; de même que pour un sujet il n'est plus question d'obéir, mais de renverser partout et toujours. Bien fou, je le répète, celui qui prétend que le Français est démocrate. Le vrai démocrate, c'est celui qui vit dans l'intime persuasion que pour avoir des droits il faut avoir rempli ses devoirs; que le premier intérêt de tous, c'est de respecter le droit de chacun.

Espérons que, dans l'avenir, cette seconde partie reprendra sa marche et qu'à son tour elle finira

par devancer sa rivale; ce sera la seule manière de sécher nos larmes. Nous oserons dire à tous: Ayez bien soin que le peuple dont nous faisons partie ne soit pas trompé par des meneurs ambitieux et méchants qui cherchent à persuader aux ouvriers que tout ce qui n'est pas avec eux est mauvais, et qui essayent de démontrer que ce qu'on appelle la liberté, c'est-à-dire l'état non guidé par la sagesse, est bon. C'est le raisonnement du cabaret combattant l'Institut; c'est la liberté faussée.

Parmi ces erreurs on en peut citer de plus réelles et qu'il importe autant de fuir que le suffrage universel. Cette appellation n'est pas celle d'une qualité, mais d'un défaut, d'un ver qui ronge le flanc des nations, d'une application qui, laissant le bon, descend au mauvais et finit par tomber aux mains de chefs dont l'ambition n'est plus une raison. Ces meneurs demandent ainsi à choisir le savoir par l'ignorance, la vertu par le vice; à élire les magistrats qu'ils auront. choisis; à donner comme éducation l'exemple qui fait monter leurs actions. En diction vraie, le mot universalité, qui représente tout, comprend le mal à côté du bien. Or le premier devoir d'un vrai philosophe est de rejeter le mal et de réserver le bien; il ne peut donc admettre qu'un état social soit appuyé sur l'universalité. L'agissemenl de la quantité sur la qualité est forcément nuisible.

Le suffrage universel est un instrument du mal. Il est produit, les trois quarts du temps, par certains électeurs très bons, mais qui, au fond, ne connaissent rien à ce qu'on leur demande, leurs esprits

étant forcément occupés des métiers qu'ils cultivent. Pour ceux-là, le mal qu'ils produisent, ils ne le font pas comme négation du bien ; au contraire ils croient que le bien est là, et ceux-là seuls qui les guident sont coupables, car ils savent qu'ils font du mal avec l'ensemble des intentions bonnes, et du désordre avec de l'ordre. Le vote universel est ce qu'en chemin de fer est une bifurcation dont un méchant tient la clef : s'il en joue à sa manière, il envoie le train dans la rivière. Le monde est plein d'aberrations; mais celle-là est certainement une des plus fortes. Quoi ! les ignorants seraient les juges en dernier ressort de ceux dont le devoir est d'établir et de conserver l'ordre dans la société, c'est-à-dire le bien de tout et de tous ! Dans l'humanité (comme il faut espérer que cela sera un jour), la faculté d'user des droits politiques doit se mesurer aux devoirs accomplis; hors de là, on n'a rien à attendre. Ce qui ressort de la classification d'espèce humaine, c'est avant tout le droit à l'assistance du prochain. Il n'y a pour tout le monde, hors du devoir, de place au soleil, que sur le banc de la charité. Là les ressources sont inépuisables et appartiennent à tout homme par cela seul qu'il est homme. Donc à tous, le droit à la vie, le soulagement des douleurs physiques ou morales, et la liberté pleine et entière de parvenir à l'égalité des droits et des devoirs sociaux, mais jamais de droits politiques à qui n'a pas fait preuve de son aptitude à y participer.

Ce que l'humanité a de plus admirable et ce qui est la base de toutes les lois, ce qui fait le bien-être

d'un enfant, ce qui dans l'âge mûr constitue la prospérité et qui plus tard se charge de la santé des vieillards, c'est la famille. La famille est cette réunion de personnes qui veille à ce qu'après l'hygiène nécessaire au premier âge, l'éducation soit fondée sur les grands points qu'on nomme devoir et vertu. Le respect de la famille a mené à bien tous les peuples qui onl fait d'elle une sorte de religion ; au contraire ceux qui ont méprisé la famille ont créé leur perte.

C'est l'idée de famille qui fait que la vie est bonne et assurée pour tous et que l'homme met tous ses soins à ce que la femme jouisse de la vie. C'est le mariage avec ses caractères légaux et sacrés que rien ne pouvait rompre, qui par le désir de chacun pour chacun constituait la famille, assurait la paix. Aujourd'hui, une ordonnance nouvelle, incompréhensible, venant on ne sait d'où, a été rendue. Le divorce qui brouille, non seulement l'existence du père et de la mère, mais aussi celle des enfants, qui suscite tant de regrets aux vieillards, a été légalisé. Cette théorie nouvelle trouble absolument la société et, au lieu de la mener au bien, la conduit au mal.

D'après les devoirs de famille, la femme est la moitié de l'esprit et de la chair de son mari. Depuis le divorce ce n'est plus parfois, comme à d'autres points de vue l'exprime Musset, dans les caprices de Marianne, qu'une bouteille dont le contenu est agréable à boire, mais qu'on rejette quand elle est vide. La destinée voulue par le Créateur, c'est que l'union perpétue l'espèce humaine; mais dans son désir, tout n'était pas là : en donnant l'âme à

l'homme et à la femme, il désirait aussi que, par leur spiritualité, ils atténuassent l'un pour l'autre les difficultés de la vie et que leur union complète fit durer l'excellence de leurs rapports lorsque les temps productifs étaient passés. Nos législateurs, imitant ces décrets divins, firent qu'en famille, comme en fortune, ils se tenaient l'un l'autre ; et, dans la suite de l'existence, la femme était en quelque sorte l'enfant de l'homme comme l'homme l'était de la femme. Les soins que des vieillards ne donnaient plus à leurs produits, avec joie, ils se les gardaient réciproquement. Avec le divorce, plus rien de tout cela. On fait comme les bêtes ; d'abord on s'unit, ensuite on se sépare et si on ne se remarie pas, à un certain âge, on devient comme un chien méchant et galeux qui finit par crever dans son coin; seulement l'âme souffre étrangement. Si au contraire on se remarie, on expulse l'affection de sa famille première, on n'a que très médiocrement celle de la seconde, et les enfants nés d'abord n'ont plus ni le dévouement ni l'amour. Ils reçoivent peu de bons conseils. Éduqués au hasard, ils vont où la destinée les mène. Bien heureux quand les enfants d'un lit ne jalousent pas ou ne méprisent pas ceux de l'autre. Que dans cette question on ne confonde pas les divorcés avec les veufs qui se remarient. Cela n'a aucun rapport. La nature a des décrets contre lesquels on ne peut lutter. Dans ce dernier cas on atténue souvent la perte qu'on a faite par un second mariage. Là bien souvent l'enfant trouve un dévouement égal, et par-

fois il peut entrer dans la vie en s'appuyaut sur son père d'un côté, sur sa belle-mère de l'autre.

Je ne parle pas ici du divorce au point de vue de la société générale à laquelle il ôte une partie de sa valeur, pas plus qu'au point de vue légal; je m'étends seulement sur la destruction de la famille qu'il cause et sur ce qu'il favorise le matérialisme contre le spiritualisme. Je crois qu'un véritable législateur tomberait d'accord avec moi, qu'il admirerait cette institution du mariage fondée depuis si longtemps, et qui a donné à la civilisation tant de bénéfices exquis; tandis qu'il répudie, comme moi aussi, ceux qui ont établi cette folie du divorce.

Particulièrement en France, à l'époque où nous sommes, il y a une autre condition de civilisation qui a été très mal comprise et qui peut même faire, dans la manière dont on s'en sert aujourd'hui, plus de mal et un mal plus vif que cette méchajite institution qu'on nomme le divorce : c'est l'éducation telle qu'on l'applique.

L'instruction est une belle et magnifique chose lorsqu'elle est donnée par des hommes absolument compétents ; mais elle est tout autre lorsqu'elle est confiée à des hommes pris au hasard par un chef cherchant à gagner pour un gouvernement des voix électorales. Certes il est des professeurs nombreux que j'aime et que j'honore; mais combien en est-il plus encore dont les théories sont comme celles des ministres qui cherchent, dans les choses qu'ils savent fausses ou mal combinées, à faire faire un pas de plus à leurs ambitions! Plus un professeur est

grand, plus la modestie doit êlre son apanage; on n'a pas besoin de vanter le mérite réel, son chemin se fait seul. Jadis nous avions une Université émérite; il n'en est plus de même aujourd'hui, parce que la politique a eu la malencontreuse idée de la faire partir d'un mauvais pied. Elle est devenue une affaire de perversion des esprits au lieu d'être une direction saine. L'instruction qu'elle doit donner change de fond avec chaque ministère; elle dure trois mois à peine. Que l'Université rejette absolument la politique ; que son chef ne soit pas un ministre ; qu'elle soit représentée dans l'éducation par des professeurs sûrs ; dix rendront plus de services que cent, un trop grand nombre augmentant l'ignorance. Les jeunes professeurs, instruits si l'on veut, mais trop nombreux, au bout de peu de temps ne trouveront plus d'élèves, ils se croiront victimes, et le seront dans leur avenir. Les bons éléments qu'ils avaient acquis ne leur ayant pas servi, ils deviendront des pervertisseurs de la nation tout entière. Bien plus, dans l'époque actuelle, au lieu de donner aux filles la bonne et sincère éducation de famille qui a pour conséquence l'aisance et la joie, on en a tellement poussé vers la haute instruction que le monde est plein de demoiselles qu'on dit instruites et qui cherchent partout des fonctions d'institutrices. La quantité restreinte d'élèves, en dehors des établissements ridiculement multipliés, les empêche bien vite de trouver des positions. Il en résulte que ces pauvres filles qui, nourries dans les campagnes ou dans les villes, seraient devenues de braves fer-

mières entourées d'enfants, ou des commerçantes zélées et habiles, souffrent la faim dans une mansarde, et finissent par mourir à l'hôpital. Pour l'avenir, ce sont là de graves erreurs à corriger; j'engage les gouvernants à ne pas laisser cet abus se développer, sous peine d'avoir un jour de graves comptes à rendre.

La multiplicité des élèves est suscitée aujourd'hui par des gens peu scrupuleux qui, à tout prix, cherchent à se faire une popularité chez les ignorants, ce qui produit des ennemis de l'ordre et de la gloire du pays. Un enfant, au lieu d'être un bon agriculteur ou un habile ouvrier, lorsque l'âge lui viendra, en étant resté dans une école primaire où l'on enseignera toujours la manière de tenir des comptes exacts ou de connaître un ouvrage concernant sa partie, reçoit beaucoup trop vite une certaine instruction qui lui fait d'abord lire les mauvais livres et, plus tard, ne le seconde qu'à moitié pour obtenir une position lucrative. L'éducation et l'instruction à professer ne se créent pas toutes seules pour qui en a besoin; la plupart du temps l'enfant devenu jeune homme ne peut en trouver et il devient forcément, sans que son caractère premier y soit pour, rien, un ennemi de la société. Enfin, un jour, entassant malheureusement misère sur misère, n'osant plus croire à l'âme, il cherche sa tranquillité dans le suicide.

En pensant à l'avenir, je crois devoir dire quelques mots sur une expression qui forme la base de toute société aussi bien en France qu'en Allemagne

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ou qu'au Kamtchatka ; c'est le mot propriété. Celle expression, convenablement interprétée, fait naître tout le bien ; tout s'appuie sur elle dans l'organisation matérielle; c'est le résultat du travail accompli; c'est, pour un homme marié, le pain de sa femme et de ses enfants, leur bien-être, les soins utiles s'ils sont malades, l'instrument de toute charité. C'est ce qui fait que la société peut marcher, produire des hommes de valeur et solder les moyens de répression si les passions dominent. La propriété telle qu'elle est établie dans tous les pays du monde, c'est ce qu'on doit garder partout. Il est de la dernière importance de mettre tous ses soins à la défendre et d'employer toute sa perspicacité pour savoir qui la menace; car il y a, au jour actuel, sur la propriété, de singulières méthodes, et on ne se rend pas bien compte que l'esprit soit assez naïf pour supporter, un moment, qu'on l'attaque.

La propriété c'est la garde de toute société. Sans elle, aucune nation ne peut être ; sans elle, aucun avantage général ou particulier n'étant conservé, la paresse et les débordements en sont la suite. Rejeter la propriété, c'est anéantir d'un seul coup ce que l'espèce humaine tout entière a fait depuis qu'elle existe.

Assurer la vie par la réserve a été l'origine de la propriété première, et la récompense des soldats conquérants ; plus tard, les faibles cherchant protection se sont groupés autour des forts, employant leur intelligence, leurs labeurs à se rendre propriétaires; partout se sont formés les villes,

les villages, les associations pour la* défense du pain de demain. Grâce à ces unions, chaque partie du sol est devenue possession particulière où l'agriculture et l'industrie ont pu se développer. Partout, et presque aussitôt, la propriété a exigé une organisation permettant qu'elle ne soit pas troublée; et on Fa fait protéger par la justice, pour empêcher que la possession échappe à l'homme actif et sage au bénéfice de la fainéantise et du vice. Ainsi établi, le bien à soi est devenu, chez tous les peuples, le bien de tous, l'intérêt des masses. Si la possession n'existait pas, l'ouvrier serait sans travail, la charité inconnue.

Dans le monde moderne on a étendu la propriété; et les possesseurs de la terre, celle vraie productrice de vie, en se réunissant, en sentant leurs besoins, ont créé ou aidé le crédit, base nouvelle et immense qui a permis de solder avantageusement le travail. Toutes les nations ont marché de même. Chez toutes, l'origine et le fond de la propriété a été la terre, la maison, le chez soi; et ce sont les grands propriétaires de ces terres, de ces maisons, de ces riches papiers qui, réunissant leurs capitaux, font chaque jour se développer le progrès. Qu'on touche demain à ces propriétaires, leur crédit n'existera plus, les fabriques se fermeront, les titres si utiles seront annihilés; et l'ouvrier que la faim poussera, ne raisonnant plus, descendra dans la rue. L'anarchie absolue, avec ses épouvantables massacres, envahira tout.

Je crois, j'estime, j'espère qu'à ces désastres on

n'arrivera jamais, mais je puis me tromper. Qu'on y veille! Qu'on dise surtout à ceux qu'on prend pour chefs, que s'ils attaquent d'une façon quelconque la base de l'état social, ils prennent garde à leurs têtes. Us sont les premiers à qui les gens de désordre les demanderont. Qu'on dise aussi aux bourgeois ayant de quoi vivre, comme aux masses ouvrières si bonnes et si utiles, que s'ils laissent à côté d'eux se développer l'ignorance et le vice, ils ne devront pas s'étonner d'être réduits à la misère. Qu'ils soient certains que leurs chefs bien choisis, leurs représentants réellement honnêtes, si l'on attaque la propriété à un titre quelconque, consacreront tous leurs soins, leur vie même, à la défendre. Us n'attaqueront jamais la grande propriété, une confiscation sans raisons corrode le code Napoléon et laisse entrevoir que la moyenne et la petite prodriété seraient saisies ensuite. Ils sauront d'avance qu'en France, par exemple, si Ton touchait à la propriété, le sol n'aurait plus aucun prix, et la richesse étrangère fuirait tout entière.

La propriété est la base et même la bonne base de l'existence humaine. Dieu, non seulement l'a permis, mais l'a ordonné, vu que plus elle est respectée! plus elle aide aux bons exemples, plus elle permet de secourir le pauvre, plus eUe favorise l'intérêt, plus elle est la vie générale, et plus elle fait la fortune de presque tous les hommes de valeur.

Il y a une chose h laquelle on n'a pas fait suffisamment attention et qui est la conséquence forcée

de toutes les théories qu'on émet contre la propriété : c'est que ceux qui attaquent la propriété sont les plus grands ennemis du peuple. Chacun de leurs actes, chacune de leurs lois, chacune de leurs doctrines renverse la fortune de l'ouvrier ; car tout propriétaire qu'on réduit ne commandera rien à l'industrie; dès lors, pour l'industriel plus de travail. Où l'ouvrier trouvera-t-il de quoi payer sa nourriture lorsqu'on ne lui donnera plus rien? Il en sera de cette manière d'agir comme il en est des sectateurs du libre échange qui, en faisant baisser la valeur des produits , se figurent qu'ils donnent du pain aux ouvriers. La première raison pour qu'on puisse vivre, c'est qu'on paye ; or, si le producteur ne peut pas produire, avec quoi payera-t-il?

Partout où les doctrinaires n'ont pas calculé la portée de leurs doctrines, il faut qu'on le dise, ils tuent le peuple .

Le socialisme est une des aberrations hostiles à la propriété. Il est contraire à tout. En 1856, M. Bescherelle, dans un très bon dictionnaire que j'ai sous les yeux, ne savait pas que le mot socialisme fût français. Dans son texte général il ne le donne pas; ce n'est que dans le supplément du deuxième volume qu'il l'inscrit sous cette dénomination : «socialisme, état social, système social; » dans la partie principale de son livre il indique : « socialisation, action de mettre en commun. Socialisation des capitaux, des industries. » C'était une bonne note pour l'économie politique : un État est en quelque sorte formé par la socialisa-

lion de tous ses sujets; c'est le devoir, le patriotisme, la propriété, la religion énonçant dans un seul terme leurs avantages pour tous. Aujourd'hui, l'acception de ce mot est complètement changée; socialisme veut dire : réunion qui ordonne, qui tyrannise au profit de ceux que pousse l'ambition. Ce mot est devenu la désignation des fonctions consistant à abolir le devoir, à anéantir la religion, à mépriser le patriotisme, en faisant de l'Internationale; à mettre la propriété dans les mains de ceux qu'on a laissés se déclarer une autorité. Il en résulte naturellement que tout tombe là où les socialistes sont admis. Par suite du mauvais entendement des choses, la manière de forcer les criminels au devoir, sous l'injonction d'une magistrature légale, honnête et instruite comme Tétait celle qui disait : « Vbi juslitia non est, ibi non est jus, où il n'y a pas de justice, il n'y a pas de droit », n'existe plus. La religion qui relève la morale est presque anéantie, le patriotisme ne semble plus être de force à soutenir la valeur d'un pays, lorsque le condottiere d'un État s'entendavec celui d'un autre. Le socialisme achève son œuvre en tuant le crédit, en déclarant vol ce qui est propriété, et propriété ce qui est volé. Tels sont les faits produits par des idées plus que fausses ; on doit supplier ses contemporains, à quelque contrée qu'ils appartiennent, de ne pas les admettre. Il s'agit de faire une opposition au mal; bien des générations en sauront gré.

Une théorie vraiment belle et bonne se produit, non lorsque ses partisans attaquent le pouvoir léga-

lement constitué, mais lorsqu'ils le défendent. C'est seulement en se faisant les plus fermes et les plus loyaux défenseurs du pouvoir régulier que les protecteurs d'une théorie préférable à toutes celles qui l'ont précédée l'insinuent, l'affirment et la produisent. On a yu des pouvoirs horriblement cruels ; mais les sectateurs d'une théorie vraie se sont toujours élevés à un dévouement plus grand que la cruauté du pouvoir. Quels partisans d'une grande idée furent jamais plus fidèles aux empereurs romains que les chrétiens? Ils leiurent jusqu'à la mort. Pendant qu'ils se laissaient supplicier, dévorer, leur théorie s'étendait en raison de leur soumission et de leurs supplices. Dans l'empire romain, ce fut le spiritualisme qui, soumis et supplicié, anéantit le matérialisme; aujourd'hui, c'est le matérialisme rejetant la qualité de soumis, qui cherche à vaincre le spiritualisme. Mais, à l'heure actuelle, il n'en triomphera pas!

Bien des gens ont cherché à servir ce matérialisme ; leur grand talent cependant leur défendait de le faire. Leurs noms ne doivent pas être ici ; mais je me permettrai de leur dire qu'on n'attaque pas impunément des croyances de dix-huit siècles auxquelles la société moderne doit à peu près tout ce qui la distingue. Je ne sais si ces auteurs ont l'intention de mettre au monde une religion nouvelle; mais ce dont je suis certain, c'est que les peuples ont besoin d'avoir une religion. Si ces auteurs n'ont, dans ce sens, aucune idée préconçue, pourquoi détruisentils sans penser à reconstruire? Ils veulent attaquer le christianisme en le frappant dans ses erre-

menls les plus saints, dans son essence, dans celle intervention divine qui fait sa force et son mérite. Depuis le serpent présentant à Eve l'occasion du premier péché, le monde compte une terrible somme d'envie ; il est tant de gens dont les insomnies n'ont d'autres causes que le bonheur des autres; mais la conscience humaine en a fait justice, et le serpent est resté chez, nous le signe représentatif du mal. L'orgueil aussi, ce roi des vices, se dresse à côté de l'envie, au chevet des hommes qui emploient tant de talent pour détruire, qui n'ont jamais entrepris et ne chercheront jamais qu'à édifier leur propre grandeur. Leur divinité, c'est le César qui règne, leur culte c'est celui de la raison interprétée par eux, celui de la raison du fort qui ramène l'homme dans ce honteux milieu d'où le christianisme l'avait justement fait sortir. Nouveaux titans, ils peuvent entasser montagne sur montagne, mais qu'ils n'oublient pas que les montagnes ne sont que des morceaux de la croûte du globe et que le globe lui-même n'est qu'un atome dans la main du Créateur.

Dans le siècle où nous vivons, il n'est pas de mauvaise cause qui ne trouve un avocat populaire en raison de la haine qu'il développe ; eh bien, ce qu'on accorde en pareil cas, on le refuse à l'avocat qui défend celui de qui tout procède, à qui tout doit tendre, Dieu ! C'est sans doute parce que le Christ a dit : « Heureux les pauvres d'esprit », qu'on classe dans cette catégorie tous ceux qui aiment et vénèrent le Créateur. Quant à ceux qui l'attaquent, chaque plaidoirie les fait avancer d'un rang vers l'édifi-

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cation, peureux, d'une statue comme celle que, sur le Carrousel, on élève à Gambetta.

Celle façon d'agir amène une baisse morale. Ces avocats et ces savants qui nient la divinité sont les plus grands prévaricateurs de l'humanité. Ils savent parfaitement qu'ils entraînent avec eux toute une génération, qu'ils la pervertissent lentement et la conduisent à sa ruine, mais ils espèrent ne pas la suivre.

Tel est malheureusement, dans notre chère patrie, le sort actuel. En France où l'on admet tout avec une ardeur sans pareille, l'école matérialiste démoralise la nation, et la jette tout d'un coup dans des folies sans nom. Dans d'autres États de l'Europe, et particulièrement en Allemagne, que ces idées nouvelles ont secouée, le peuple ne s'est pas lancé sans raisons et subitement derrière elles; il a attendu d'en connaître les effets. Partout il a laissé la discussion sérieuse s'établir, quitte à en prendre un jour sa part, s'il arrive à être convaincu. En attendant, son gouvernement a le temps de défendre des théories autrement saines et autrement bonnes. En cherchant à enlever en France l'idée de Dieu, le matérialisme lui a ravi toutes ces bonnes pensées, toutes les vertus qui font les peuples illustres et respectés. Du professeur qui, en disséquant un cadavre, n'a su ou n'a voulu y voir qu'une chose tangible, la doctrine matérialiste a passé à l'étudiant, et de l'étudiant elle est descendue aux ouvriers. Là, s'étayant souvent d'une misère trop vraie, elle a enlevé à l'ouvrier la résignation et l'espoir d'une vie meilleure, ne lui laissant que la surexcitation des appétits qui le pous-

sent contre la société et en font l'esclave irréfléchi du premier venu.

Peiné de voir ma vieille patrie s'écrouler, j'ai cherché la cause de ses malheurs ; l'ayant trouvée, j'ai résolu de la combattre dans toute la mesure de mes forces. Je n'ai pas craint de dire à mes concitoyens: Mais regardez donc autour de vous ! Ce Dieu qu'on nie, il est là, il est partout ; son amour nous a créés, nous soutient et nous conduira jusque dans l'éternité. Ouvrez le livre de la nature, c'est encore Dieu dont vous voyez les traces à chaque pas; sondez votre cœur, vous l'y trouverez encore. En apercevant le torrent stupide qui s'avance pour engloutir la France, j'ai résolu de prolester dans la force de mes moyens. Je ne veux pas que tout ce que j'aime s'anéantisse sans qu'une voix s'élève et dise à la force triomphante : Vous qui niez Dieu, vous qui repoussez tout ce qui fait la valeur de l'homme, vous qui privez sa vie du bonheur, trouvez donc quelque chose de mieux?

Je crois que dans l'avenir les partisans du matérialisme, dussent-ils faire leurs chevaux de bataille des Borgia ou de quelques attentats à la pudeur, échoueront. Borgia et les attentats aux mœurs, voilà les réprimandes qu'ils lâchent, voilà les projectiles que la fausse philosophie envoie à l'Église avec autant de justesse que l'homme qui, à l'aspect d'une plaine aride, nierait la luxuriante végétation. Ces matérialistes confirment également le remarquable privilège dont jouit le christianisme d'être bien difficilement attaqué dans sa partie intellectuelle.

L'âme étant en dehors de toute attaque, c'est toujours sur des instincts que leurs agressions ont lieu; mais, là encore, les projectiles de la doctrine matérialiste arrivent à faux, car on ne peut que brouiller les résultats des instincts quand la raison n'est pas là pour les maintenir.

En se servant aujourd'hui de l'hypnotisme, les défenseurs de cette théorie croient triompher. Ils pensent créer, remplacer Dieu. C'est un peu trop naïf! Ils ne se doutent pas que faire de l'hypnotisme, c'est ôter l'âme à l'homme et le réduire à l'état d'animal. Ils agissent alors sur lui, comme sur un chien, comme sur un cheval, et même leur pouvoir trouble presque toujours les rapports des instincts entre eux.

Je me trompe cependant; ce chemin, dans des cas bien rares, a un but différent : c'est celui où un bon et expérimenté docteur arrive en domptant par ses remèdes la matérialité mauvaise pour la rendre bonne ; mais ce n'est pas à dire qu'il fera de la matérialité quelque chose de supérieur à ce qu'elle était avant ses soins. Non, c'est par une connaissance nouvelle que sa science lui donne, qu'il la disposera de façon à recevoir les rayons de l'âme, et à ce que les facultés pouvant se combiner aux sensations que la matérialité éprouve, la raison reprendra un peu son empire. Ainsi d'un hypnotisé vicieux, en rectifiant sa matérialité, il aura fait un hypnotisé presque vertueux; mais à une condition cependant, c'est que la cure soit courte et extrêmement douce, sous peine d'enterrer le patient.

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