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CHAPITRE II

La religion chrétienne a son côté fort, je dirais même inattaquable. Elle se divise en trois parties : . La première partie est la reconnaissance de la puissance du Créateur et de l'amour qu'on lui doit. La seconde traite des rapports de l'homme avec la religion; et la troisième est la démonstration de l'ensemble de ces pensées.

Le détail de la première de ces divisions consiste à admettre l'existence de Dieu, à constater son grand œuvre, à chercher son but et à le démontrer à F homme. C'est de la haute philosophie qui finit par se concentrer dans l'amour de Dieu et par trouver les occasions de lui donner le témoignage de cet amour.

C'est justement pour prouver la valeur de ces enseignements primordiaux que la religion flétrit le péché originel. C'est un malheur incombant à notre âme venant animer notre corps de soumettre la spiritualité aux étreintes de la matérialité. Voici pourquoi la religion a créé le baptême.

Le péché originel, l'histoire de la pomme de l'arbre

de la science offerte par Eve à son époux, n'est que la représentation, que le fait rendu palpable, de la révolle de la matière, des instincts, contre Dieu. Ce n'est pas parce que Eve a mangé une pomme et en a fait manger à Adam, qu'une réhabilitation est nécessaire et que l'Église, imitant les Juifs, nous dit que nous ne pouvons être sauvés que par les saintes eaux du baptême; c'est parce que la rupture d'équilibre légal est un acte d'opposition à Dieu et qu'il faut qu'un autre acte de notre libre intelligence ou de celle des répondants vienne répudier cette* révolte, reconnaître la grandeur du Tout-Puissant, et s'incliner devant lui. Il faut que notre âme, lorsqu'elle vient habiter notre corps, reconnaisse que ce corps n'est pas une puissance, mais une chose qui n'a de valeur que par la volonté divine. Il faut que l'esprit, uni à la matière, commence par admettre la prédominance de l'âme, du moi. La tradition de tentation par le serpent n'est qu'une représentation traduisant par le bonheur dont le premier homme jouissait dans le paradis terrestre l'équilibre prédécesseur de la création ; et par la première faute, la rupture de cet équilibre. Cette faute, en nécessitant une réparation, entraînait implicitement la soumission à Dieu et la réprobation de toute révolte. Le baptême ôte, aux fautes qui le suivent dans le cours d'une vie humaine, ce caractère hautain qui pourrait faire croire à l'homme qu'il est capable d'élever autel contre autel. Les crimes mêmes subséquents ne sont plus que des concessions faites aux entraînements de la chair et font naître cette parole :

errare humanum est. Désormais le baptême acquis, nous pouvons faiblir, mais sauve est la grandeur de Dieu ! Par là on doit comprendre que le plus grand des crimes que l'homme puisse commettre, c'est de revenir sur cette soumission à Dieu, c'est de nier l'existence de ce Créateur adorable à qui nous devons tout ce que nous sommes, c'est d'exalter la matière, c'est d'élever la servante à la hauteur du maître ; c'est plus encore, s'il est possible, c'est, pour ceux qui sont parties de Dieu, de nier la totalité de leur essence.

Pour la seconde partie, l'humanité n'étant pas absolument composée de philosophes, il est nécessaire, sous peine de voir les indivi dus emportés par leurs ins^ tinct s bestiaux, de leur imposer une règle; c'est ce qui oblige à la création d'une religion qui donne à la justice sa valeur, calme les misères et, moralement, réconforte le malheureux en lui présentant une consolation dont il puisse conprendre les avantages et à laquelle il croit simplement, si son esprit ne peut embrasser des dogmes aussi élevés. Cette religion, même pour les cœurs d'élite, est la voie la plus parfaite qu'on puisse suivre, celle où l'espérance démontre une vie meilleure que celle d'ici-bas ; et elle ne peut rendre cet immense service au monde qu'en prenant sa position à une hauteur de doctrine qui permette d'en imposer aux masses. Le christianisme le fit et, malgré quelques petites réformes désirables en ce que les climats, les produits, les mœurs, les habitudes, ne sont plus ceux de son point de départ ; en ce que, par suite, certains instincts ayant un peu changé

demandent certaines réformes, il est encore ce qu'il y a de mieux. Son divin auteur a admirablement comprisle fond des choses, et il a proportionné merveilleusement les conditions chrétiennes aux besoins de l'homme et à l'espoir, pour les âmes, de se retrouver dans Télernelle béatitude.

On peut dire, comme troisième point, qu'il y a dans ce monde bien d'autres religions que le christianisme et qui lui sont infiniment inférieures, quoique, dans une certaine mesure, elles viennent aussi au secours de l'humanité en combattant une portion du matérialisme. Certaines de ces religions étaient des instruments d'une barbarie presque animale. La plupart ont cherché, bizarrement, c'est vrai, mais enfin elles ont cherché la vérité ; et l'ensemble de leur histoire est intéressant à connaître. Leurs chefs, leurs prophètes se sont adonnés à y introduire et à y soutenir des idées qui souvent étaient vraies, sans cependant pouvoir empêcher, à cause de la rudesse de leurs ouailles, les passions de se grouper autour d'elles. Mais ce qui n'est plus du tout de ce genre, ce sont les bonifications qui se sont faites après coup et qui presque toutes sont mal parties. Ces modifications ont été amenées par des raisons humaines. Le bouddhisme et les religions chinoises y sont parvenues. Plus tard, c'est encore le désir de changer la nature matérielle à laquelle conduisent des doctrines, que les sectes se sont produites. Les sectateurs de Luther, par exemple, tout en restant chrétiens pour garder ce que le christianisme avait de bon, ont pris au catholicisme ce qu'il avait

d'agréablement matériel; mais rien de ce qui touche à la spiritualité ne les a poussés; et ils ont même nui, jusqu'à un certain poinl , au spiritualisme. Par l'admission de la liberté, mal comprise, il ont fait place à Terreur. Par eux et derrière eux se sont présentées mille acceptations nouvelles détruisant ce qui faisait la gloire du christianisme. A leur tour, ils ont été plus que dépassés par la philosophie que rien n'arrêtait plus. La science ayant marché jusqu'aux temps modernes a été dans ses résultats mal saisie ; l'espoir de parvenir est devenu l'ambition de quelques sectateurs ; de nouvelles écoles ont cherché à écraser ce qui existait, et elles se sont persuadé que telle ou telle connaissance, telle ou telle expérience, en mettant la matière à leur disposition, tuait Dieu, et que, Dieu étant tué, il ne restait plus qu'elles. Les érudits ont négligé de voir que dans toute expérience, quelle qu'elle soit, les éléments qu'ils emploient sortent des mains d'un créateur qui, par ses lois, les a forcés de donner les résultats qu'ils constatent. Pour avoir de l'eau rougie, il faut de l'eau et du vin. L'eau a pour élément l'oxygène et l'hydr.ogène qui, se combinant avec les éléments organiques que Dieu a mis dans la végétation de la vigne, font que l'eau rougie est bien l'œuvre de Dieu. Il est impossible de le nier. Il en est qui diront que nous autres hommes, formés par des combinaisons gazeuses, matière nous sommes, que par conséquent Dieu n'existe pas; mais alors la matière unique serait Dieu, puisque, de ses modifications, les changements dépendent; ce qui nous mènerait à

cette idée que la matière, qui ne sait pas ce qu'elle fait et que nous pouvons combiner de mille manières, aurait tout fait. Tout cela est digne un peude Bicêlre ou de Charenton. Qu'on ai^donc la bonté de nous laisser croire 'au Dieu maître et que, non content d'essayer de décrire ce qu'il a fait dans l'univers entier, on nous permette de dire qu'à côté de la matière il a sa propre essence et qu'à un moment donné il permettra à la nôtre de retrouver la sienne, s'il juge que nous avons convenablement rempli notre mission.

Dans la religion catholique, la doctrine s'est rendue inébranlable et toujours remarquable, par cette faculté, qu'elle s'adresse à tous également. Elle forme la règle morale des esprits, où en grand nombre on l'accepte sans analyse ; tandis que, considérée par les esprits forts et sincères, il n'est pas de beauté qu'ils ne puissent y découvrir. Elle trouve donc deux ordres d'intelligence pour la suivre ou la défendre; mais elle en trouve deux aussipourl'attaquer. Le moins élevé de ces derniers procède à celte attaque en se buttant contre un obstacle sans se donner la peine d'essayer de l'écarter; l'autre, que l'orgueil domine, et que toute opposition à ce qu'il croit sa raison, révolte, se compose de ceux des esprits supérieurs qui ne veulent pas voir parce qu'ils ont peur de la lumière dont ils soupçonnent l'existence. La règle les gêne, les embarrasse; ils voudraient marcher indépendants, guidés par leur seule raison, et ils sentent que cette faculté leur est refusée ; qu'en dehors de la règle tous leurs pas seront chancelants, irrésolus et ils conçoivent

Barbie du Bocage. II. — 36

pour la doctrine chrétienne une haine immense. Ils se crispent à l'idée que leur raison peut avoir besoin de guide, ils la placent au-dessus de tout et, cependant, reconnaissent, malgré eux, qu'ils sont sortis du vrai, dont la présence leur est un reproche vivant. Dès lors, il n'est pas d'efforts auxquels ils ne se condamnent , allant touj ours à leurs propres impressions, ils attaquent ce qu'a d'humain cette religion qui les oppresse et dont la doctrine est au-dessus de leurs coups.

Tels sont les ennemis des religions et particulièrement du catholicisme. Ils démontrent d'euxmêmes, parle point où ils frappent, et sa grandeur et leur faiblesse.

A tort ou à raison, s'il existe un défaut dans la loi catholique, il n'est pas assez fort pour la perdre; mais, malgré cela, devant les attaques dont elle est le but, nous devons essayer de l'avertir en lui disant qu'on se trompe lorsqu'on regarde l'instabilité comme un bien suprême. Nous ne sommes pas des disciples de Bouddha. L'immutabilité n'est pas la vie, c'est l'anéantissement. Physiquement rien ne se repose dans l'univers; si moralement nous prétendions à l'immutabilité, quels résultats aurait cette absence de mouvement dans ce milieu où tout remue? Ou elle ne peut créer ou ce qu'elle créerait serait entraîné dans un gouffre. Mais, de ce que nous déconseillons l'absolu qui se concentre dans une unité de principe, il ne s'ensuit pas que nous prêchions pour l'anarchie, c'est-à-dire pour le mouvement désordonné. Si nous demandons que le catholicisme fasse entrer pour une large part, même dans ses conclusions,

l'ensemble des découvertes scientifiques parfaitement acquises, nous rejetons bien loin la pensée du libre examen qui, présidant à la réforme, a fait du protestantisme l'anarchie. Nous voulons que l'admirable instrument du gouvernement des âmes qu'on appelle le catholicisme, le plus merveilleux qu'on ait jamais créé, subsiste. Bien plus, nous le voulons et plus grand et plus fort. La vie, quellequ'elle soit, moralement comme physiquement, demande une règle, une ligne de conduite dont elle ne puisse sortir. Eh bien, c'est le catholicisme qui doit être cette loi, mais à la condition qu'elle continue d'avoirsa valeur ; or elle ne peut y arriver qu'en suivant le mouvement. Si la corde qui l'attache au rivage devient gênante, qu'elle la dénoue ; mais qu'elle saisisse les rames et l'aviron, vrais instruments de sauvetage. Avec eux, on navigue et on arrive ; sans eux on est entraîné et on se noie.

Les prêtres doivent être les apôtres de Dieu et, en même temps, les apôtres de la science. C'est leur devoir; la popularité est là! Il faut qu'à toute objec-

tion ils puissent dire aux hommes : chaque chose que vous voyez, que vous touchez, que vous désirez est le résultat de lois que Dieu a faites et qui, depuis que le monde est monde, n'ont jamais changé. Quand la civilisation monte, qu'on accepte ce que nous disons en imitant le président Harlay : vivons avec les cultivateurs et mourons avec la science !

Le devoir des prêtres est de montrer aujourd'hui

que tout prouve l'existence du mattre suprême et

- de dire à leurs ouailles, en parlant de Dieu : Inclinez-

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vous devant ses décrets, créateurs de l'harmonie générale, le bonheur est avec eux et à côté d'eux.

L'Église n'a pas tout dit ; mais elle n'a pas fait d'erreurs doctrinales. Elle reconnaît elle-même qu'elle n'a dit ou su qu'une partie de la vérité puisqu'elle fait encore des dogmes. Formée surtout chez le peuple romain qui n'avait guère d'idées religieuses au delà de la matérialité, elle a développé au monde, dans la mesure du possible, cette admirable doctrine du Christ; elle a enseigné, à côté du pardon des injures, la. prière pour les oppresseurs. Elle a anéanti l'esclavage, elle a mis la femme sur le même rang que l'homme. Eclairée par Dieu même, elle a révélé Târne, et l'a montrée quelque chose de tellement au-dessus de tout, qu'elle a imposé à chacun le respect pour chacun. De la philosophie judaïque à la philosophie chrétienne, il y a une distance tellement immense qu'elle ne pouvait être franchie que par l'enseignement de Dieu même, incarné dans son Christ. Mais Jésus a dit plus encore que les apôtres n'ont compris ou cru devoir enseigner. Les apôtres n'ont rien émis qui ne soit de lui; mais ils n'ont pas dit tout ce qu'il a dit. Cependant, depuis dix-neuf siècles, appuyée sur le christianisme toujours essentiellement perfectible, l'Église doit comprendre que la civilisation a marché et la science avec elle ; que notre niveau moral a progressé; qu'alors, continuant ses errements antérieurs, appuyée sur les circonstances nouvelles, elle marche en avant. La science, la vraie science est le point de départ, la base sur laquelle la reli-

g'ion doit s'élever ; c'est la l'action même de Dieu. Toutes les lois, d'ailleurs, ne s'étayent-ellespas l'une par l'autre, ne ressortent-elles pas l'une de IV ' ~ retournant à leur origine, la volonté de Dieu cet enchaînement, l'anarchie rejetée, l'Ui existe. Poussant sa doctrine aux limites exlr qui découlent de l'enseignement du Sauveur, VI doit augmenter, par un pas nouveau, celte cai qu'elle désire parcourir et qui fait la loi de être, notre aspiration perpétuelle vers Dieu. Ne dogme qu'elle a fait religieux ne veut pas changé; mais si, s'appuyant sur ce dogme m une philosophie nouvelle montre quelles ci quences en découlent, l'Église ne doit-elle pas miner si cette philosophie est basée sur la vérité; et, dans l'affirmative, faire par la science le couronnement de son dogme 1

Ah! si je demandais à l'Église de dire autre chose que ce qu'a dit Jésus-Christ, je comprendrais qu'elle s'y refusât. On ne change pas une doctrine à laquelle l'humanité doit tout; mais si l'oft proclame vérités éternelles les enseignements du christianisme, pourquoi en refuserait-elle la suite ? C'est la science qui trouve dans le dogme des interprétations nouvelles; l'Église lui sera reconnaissante de marcher devant elle. L'Église et la vraie science doivent d'autant plus se soutenir dans la vérité qu'elles exposent, qu'il y a une manière de comprendre la science qui renie l'Église. J'ai vécu au milieu de celle dernière, devenue bien puissante, et dont les errements paraissent rationnels aux cinq sixièmes des gens; j'ai essayé delà

mellre en regard de renseignement chrétien, en regard de la nature, en regard de mon âme et je l'ai trouvée fausse. Elle m'a froissé. Je n'y ai pas découvert la solution des problèmes qui préoccupent tout homme qui pense. J'ai vu que toute science allait de chute en chute dès qu'elle s'écartait des grandes idées du christianisme; je n'ai pas, comme tant d'autres, trouvé dans la science expérimentale la solution spirituelle de ce qui ne peut être expérimenté. J'ai vu l'espace d'un monde entre la table sur laquelle je frappe et mon âme qui veut que je frappe ! J'ai senti qu'on devait faire là une distinction profonde et que, cette distinction, le christianisme la faisait seul. Je suis convaincu de son excellence ; et, à force de l'étudier, j'ai pensé qu'il y avait dans cette religion quelque chose qui n'avait pas été dit. C'est aux autres à dire si j'ai réussi dans mes recherches ; mais ce que je puis affirmer, c'est que je n'ai jamais eu d'autres pensées que de rendre service à l'humanité en lui donnant cette consolante lumière que j'entrevoyais. Mille théoriciens nouveaux dont la réflexion n'est pas la partie brillante entraînent la foule vers l'absurde; j'ai conçu, moi, l'orgueilleuse pensée d'élever une barrière qui empêche de courir, au nom de la science, vers le gouffre de l'abrutissement ; j'ai peut-être été bien présomptueux, mais, au moins, on ne peut me reprocher d'avoir fait un crime en essayant de servir mon prochain. Ah ! si croyant avoir entrevu la vérité, de peur d'être traité de fou, je ne la disais pas, là serait le crime ! Mais je crois que la postérité

me pardonnera si mon œuvre va jusqu'à elle, elque mes contemporains finiront par reconnaître que j'ai cherché à leur être utile en leur communiquant ces consolantes vérités que j'ai entrevues dans le christianisme et qui, j'en ai le ferme espoir, sont l'explication, la glorification de leur rôle d'hommes, le mentor et le suprême espoir de leurs âmes.

A l'heure actuelle, bien des gens attaquent l'Église. Sur le champ de bataille ils lui jettent pêle-mêle tous leurs cuirassiers qui heureusement n'ont pas encore rompu ses carrés; mais, qu'on prenne bien garde, leur force est grande. Ses lignes de fantassins, il faut les renforcer en dedans et les faire parfois s'ouvrir pour que les canons puissent partir. Alors, seulement, la cavalerie pourra se briser devant les rangs de ses soldats. Il faut que le feu de ses canons soit supérieur à celui de ses ennemis et que ses baïonnettes équivalent à leurs sabres. En un mot l'Église doit, on ne saurait trop le redire, lutter à coups de science contre la science, et tâcher d'opposer la dynamite et la mélinite à la poudre ordinaire. Pour commencer ce combat, qu'elle ne prenne pas pour ennemis ceux qui, même en se trompant, croient lui communiquer de bons moyens.

Quand il n'y avait pas de science sérieuse, quand il ne fallait lutter que contre les philosophies anciennes, la diction parfaite, sortant du cœur, était l'arme la plus puissante; mais aujourd'hui où l'expérience a marché dans presque tous les sens, où l'on montre la nature dans toutes ses acceptions les plus infimes ou les plus grandes, avec quoi

l'Église rétorquera-t-elle des arguments pareil», si elle ne se serl des arguments eux-mêmes pour prouver sa raison et détruire, en les juxtaposant l'un à l'autre, la philosophie triste qu'on en lire?

Cette question est aujourd'hui tellement menaçante qu'elle attaque Dieu même. Un jour viendra où elle sera vaincue, il ne peut en être autrement ; mais la date du jour de sa défaite peut ne sonner que dans des milliers de siècles, Dieu laissant avec justice à l'anarchie de la matière ceux qui n'auront pas su le défendre. Que les guerriers aux idées saines prennent donc leurs épées et qu'ils placent leurs corps en travers du chemin.

Mon Dieu, je ne sais pas ce que votre bonté veut m'ordonner, mais j'estime que le nec plus ultra de la pensée doit mener les hommes dans la droite voie, dans celle qui va à vous. Elle est formée par l'obéissance au plus saint des amours, celui qui vous a pour objet et qui fait que le Saint-Esprit nous lie à notre frère. J'éprouve une satisfaction intérieure à vous adorer et c'est là une des premières joies sur la terre. En poursuivant cet amour, notre âme voit qu'elle est ici-bas pour mener sa mission dans toutes ses parties, pour lutter contre la matière; or, dans la religion que notre frère, notre divin Jésus, nous a donnée, les enseignements qui peuvent nous aider, abondent. Le récit de ses paroles est plein de bonnes et graves pensées, qui ont été les bases des recherches qui ont donné de grandes valeurs aux élucubrations. Ces bases ont aidé à relever l'âme en satisfaisant ses

nobles penchants et en indiquant aux prédicateurs des doctrines la marche qu'ils doivent suivre pour arriver au bien.

Cette marche, où est-elle, quelle est-elle? Cette marche délicieusement adorable nous prend dès l'enfance, lorsque Jésus-Christ dit : « Laissez venir à moi les petits enfants. » Elle nous suit dans toute notre . vie en nous disant : « Respectez, adorez el obéissez à la volonté de notre Père, c'est moi son fils aussi qui vous le dis. » Entre nous se développera cette immense pensée qui, prise à nous tous et nous unissant, est celte partie des uns et des autres qui existe parce que leurs espoirs sont les mêmes et qu'elle les rattache les uns aux autres. Ces idées acquises, Jésus les signale à son Père et, bien qu'infiniment petites, les dépose aux pieds de l'Éternel. Après la mort, leur appétence ayant tendu vers Dieu, le Créateur reçoit les âmes avec un cœur adorablement parfait, mélange leurs qualités personnelles aux siennes; et de leur vie antérieure ne conserve entre eux et lui que le Saint-Esprit, qui est l'amour des unes pour les autres. Gloire à la quintessence suprême, à la perfection !

Que les prêtres nous prêchent, dans ces idées, les paroles du Christ. Si même pour cela une discipline était nécessaire, qu'ils la pratiquent et la fassent pratiquer dans le sens doux et facile qu'elle doit avoir. En tout étal de cause, rien n'est mieux pour l'Église, el son devoir est là. Qu'elle enseigne tout cela en comprenant, suivant que le monde marche, qu'il y avait dans les premiers temps une période où les hommes

barbares, malgré les lettrés, n'avaient pas encore la compréhension d'aujourd'hui, et où les premiers apôtres employant une science réelle n'avaient pas été compris ; qu'elle mette donc la période d'à présent à la hauteur de la science. Que les prêtres se souviennent que par suite de la civilisation dont l'Église chrétienne est en partie la créatrice, cette civilisation a fait de tels progrès qu'il faut que l'Église, restant au niveau, conserve son pouvoir sur l'éducation; qu'il importe qu'elle n'oublie pas que jadis deux de ses plus grands hommes, saint Jérôme et saint Augustin, luttaient momentanément l'un contre l'autre, quoique l'un et l'autre fussent parfaits. Leur lutte serait aujourd'hui mal reçue. Si la science devient grande, saints prêtres, ne la méprisez pas! Vos travaux l'ont amenée ; développez-en les conséquences, adoptez-la; et depuis la parole du Christ vous n'aurez jamais eu de prophètes semblables à vous. Par elle vous ouvrirez un suprême séjour aux âmes qui étaient dans le ciel avant de venir sur la terre; dans le ciel elles retourneront après s'être créé celte qualité ineffable de multiplicateurs d'amour, et donneront à l'infini, ce qu'avant leur mission elles n'émettaient pas, l' Esprit-Saint!

« Si quelqu'un entend mes paroles, et ne les garde pas, je ne le juge point; car je ne suit pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. »

Évangile de saint Jean, chap. XII, §47.

« Je n'ai point parlé de moi-même ; mais de mou Père qui m'a envoyé, m'a prescrit luimême ce que je dois dire, et de quoi je dois parler. »

a Et je sais que son commandement est la vie éternelle. Les choses donc que je dis, je les dis comme mon Père me les a dites. »

Évangile de saint Jean, chap. XII, § 40, 50.

D'une prison sur moi les murs pèsent en vain.

J'ai les ailes de l'espérance.

Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel, Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel

Philomèle chante et s'élance.

André Chénicr, Élégie. La jeune captive.

Je pensais, en commençant ce travail, que notre existence était destinée à remplir la volonté divine, et que la récompense de nos efforts serait le retour à Dieu. En le finissant, je le dis à mes frères, je crois encore ne m'être pas trompé. Je suis de plus en plus persuadé que mon âme indéfiniment petite, jointe à tant d'âmes à elle, constitue l'indéfiniment grand. Ce sera notre lot d'en refaire partie un jour, et ce lot est par excellence l'infiniment enviable. Qu'il me soit donc permis d'en terminer le tableau et de

rappeler, en quelques mots, le résumé de ces longues pages.

L'âme, c'est 1» portion infinitésimale de la spiritualité qui, pendant la vie, réside dans notre corps. Quand et comment y esl-elle entrée? Quand et comment s'en ira-t-elle C'est là ce que personne ne sait!

Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que cette âme est bien dans notre corps, et qu'elle ne peut rayonner que si , au point de vue de notre organisation, la matérialité est en parfait état. Alors tout est combiné pour que l'âme, sentant ce que le corps lui transmet, commande à sa matérialité. La partie intéressante, le fond de notre mission, est que la raison ne se laisse pas entraîner, pour jouir, par ce que le matérialisme apporte. Le devoir est de lutter, de maintenir la bonne organisation de ce matérialisme lorsque les instincts cherchent à l'écarter de la voie légale. La question n'est pas de savoir si le matérialisme étant obstrué, le spiritualisme a fait ce qu'il devait faire; mais d'affirmer que sa mission est, lorsque le matérialisme le laisse agir, de le maintenir dans la juste ligner

L'âme est une essence spirituelle qui est, et qui réside dans notre corps ; mais où se tient-elle ? Je ne sais ! Essence, elle est forcée d'avoir une résidence. Mais où est cette résidence ? Rien ne l'enseigne. Estelle une buée incomparablement légère qui se joue dans nos muscles, dans nos nerfs, dans nos cartilages ou nos ossatures, dans nos moelles, et qui avoisine ou s'applique à telle ou telle fibre, à telle

ou telle partie graisseuse qu'agitent les mouvements intérieurs de façoa à ce qu'elle en ressente immédiatement l'effet dans tout son ensemble? Ce sont de graves questions dont il serait bien attrayant d'avoir la réponse. D'autres diront que l'âme est une petite essence cachée au cerveau qui, dans le centre qu'elle occupe, reçoit toutes les impressions et transmet ses ordres à tout ce qui l'environne. Je le crois, mais où en est la preuve? que conclure de là? Rien! si ce n'est que l'âme exisle, qu'elle commande et que la matérialité doit lui obéir.

La spiritualité est une quantité à laquelle l'atome primitif d'éther ne peut être comparé que comme la chaîne de montagnes de l'Himalaya à un millimètre de paille, c'est-à-dire l'immensité du volume à un infiniment petit. L'essence d'une spiritualité est une combinaison dont nous ne pouvons pas ici-bas avoir l'idée et que, par erreur, nous appelons quelque chose; mais quelque chose veut dire ce que nous pouvons saisir, évaluer. Or la spiritualité, nous ne pouvons ni la voir, ni la saisir ou l'évaluer. Donc l'essence n'est pas désignée. Cependant, la partie où il est le plus possible de la concevoir, c'est l'essence du Juste avec laquelle elle paraît le plus en rapport avec la matérialité. En science on a appelé les solides, les liquides ou les gaz, l'éther même qui les compose ; mais on n'a jamais pu trouver un nom pour une chose aux atomes infiniment plus petits que l'éther, qui n'est plus de la matérialité à un titre quelconque. Elle est la pensée divine qui base

ses évolutions sur l'amour infini du Vrai, du Bien, du Beau, qui est en même temps le Juste, c'est-à-dire Tordre de Dieu qui fait, qui envoie ses lois, ses qualités, ses facultés partout où elles sont utiles ; et qui, par son indéfinie quantité et ses infinies facultés, représente sa propre essence.

Qui donc l'empêcherait de passer, cette spiritualité, dans les pores de votre chair, lorsqu'on pense que la vue d'une goutle d'eau agrandie aujourd'hui par de nouveaux moyens renferme des microbes admirablement organisés, qu'on peut tous montrer gros comme des éléphants ; lorsque les fibres d'une branche de chêne paraissent plus larges que la colonne Vendôme ? Pour arriver dans la matérialité, la spiritualité rappelle l'effet de ces trains parcourant une ligne ferrée en grande vitesse, portant, l'un Pasteur, l'autre Chevreul. Pour celui qui fixe le point de croisement, ces trains ne font pas à ses yeux quelque chose de visible. Cependant, ce sont les grandes sciences qui se croisent ! Leurs spiritualités sont pleines, entières ; et voilà ce que l'homme ne peut saisir! A quoi n'est donc pas appelée la spiritualité venant de Dieu ! De là, peut-on comprendre comment Tâme arrive dans ce corps qui vit? Nous ne pouvons rien dire à cela, si ce n'est qu'aussitôt et même avant que le corps puisse s'exprimer, l'âme y est bien, puisque c'est la pensée qui sort, et que dans la nature l'homme seul pense.

Dans mon idée acluelle, c'est-à-dire ma pensée d'homme, je me fais de Dieu un tableau agréable à

mon cœur; j'espère que bien des gens partageront mon sentiment. Quoique je n'aie pas l'idée qu'il faille, ailleurs qu'en Jésus-Christ, chercher Dieu sous la ligure d'un hoi saire cependant

que quelque chose le à notre imagi-

nation : Je me le r un beau et noble

vieillard. Il est ass comme le peint

Raphaël. Des guii iges l'entourent.

Son regard est calme et serein, son sourire bienveillant. Si j'ai commis une faute, son front se plisse légèrement; si c'est un gros péché, sa physionomie exprime une douce pitié; mais il est tellement supérieur à nous que nos plus grandes fautes, que nos crimes les plus noirs n'atteignent ni sa béatitude ni son amour. C'est un père qui souvent doit punir, mais dont la miséricorde est bien plus grande que la colère. Si au contraire j'ai fait quelque bonne action, sa ligure rayonne, son regard étincelle; comme il me tend les bras pour me presser sur son cœur! Avec quel élan de tendresse ne doit-il pas retrouver l'enfant de ses entrailles, le né de lui, qui revient à lui !

Non, Dieu n'est pas, comme a dit le poète, « ce qu'un vain peuple pense, » Dieu est toute grandeur, tout amour, toute miséricorde, toute justice; Dieu n'est pas cet effrayant fantôme sans cesse brandissant son glaive. 11 veut moins qu'on le craigne et plus qu'on l'aime. II lui importe moins de châtier un atome, que de voir cet infiniment petit se faire infiniment grand en aspirant vers lui. Il n'a fait ni de la vie, ni de ta dévotion, les tristes choses que cer-

tains hommes admettent : la dévotion il la veut douce et calme comme lui ; la vie, si parfois ses dernières fins exigent qu'elle soit bien dure à supporter, sa tendance constante est de la faire heureuse et bonne. Si la mort est causée souvent par la violation des lois qu'il a faites, les naissances lui obéissent: Les inévitables arrêts des lois font constamment saigner le cœur ; mais sa haute sagesse laisse espérer en lui ; on compte retrouver à côté de lui ceux qui, ayant fait notre joie sur terre, en ont disparu. Il place le baume à côté de la blessure. Si sur nous Je mal agit, le but est un bien que nous ne comprenons pas toujours, mais à propos duquel nous devrions nous rappeler que ce que Dieu aime , c'est notre propre bonheur.

Les nobles élans de la jeunesse, la valeur de l'âge mûr et la tendresse de la vieillesse, dont la bonté doit être la beauté, telle est la vie que Dieu ordonne. S'il a fait le soleil, c'est pour qu'il nous réchauffe; s'il a fait le vin bon, c'est pour que nous le buvions ; s'il a fait l'amour, c'est pour que nous le partagions; mais il veut qu'on se mette à l'ombre quand il le faut, qu'on ne boive qu'à sa soif et qu'on aime chastement. Ainsi, à chaque âge il a réservé ses plaisirs et ses joies. Il a tenu à ce qu'on l'aime en affection libre; il nous fait savoir qu'à côté de la prière du malheureux, ce qui monte le mieux vers lui, c'est l'hymne d'action de grâces!

On s'est beaucoup élevé contre la théorie qui admet que la création entière a été faite en vue de l'homme ; cependant, si le système que nous avons

émis a quelque chose de vrai, celte hypothèse est forcément exacte.

En élevant l'homme jusqu'à en faire une partie infinitésimale de Dieu, nous l'avons indiqué assez grand pour que la matière puisse avoir été disposée dans des conditions nécessaires à sa mission. Sa destinée, de prouver la supériorité du Juste sur le non juste en favorisant les conséquences des facultés divines, est suffisamment développée pour faire supposer que Dieu s'est plu à en préparer les éléments ; et, bien que l'utilité pour l'homme des innombrables mondes qui se jouent dans l'espace ne soit démontrée qu'au point de vue astronomique, dans les rapports des étoiles entre elles, nous n'avons pas le droit de douter que ces mêmes mondes aient été faits pour servir à cet infiniment petit que nous sommes, lorsque nous savons que dans cet infiniment petit, Dieu place la réalisation de ses desseins infiniment grands. Que savons-nous du reste sur le grand au delà? Rien ! Nous appelons mort la fin de la vie animale; or, en fait d'orgueil matériel, il n'en est pas de plus grand. Pourquoi la vie ne serait-elle pas, dans bien des cas, une étape du voyage? Si nous ne supposons pas que le reste du grand œuvre nous soit utile, que pensons-nous donc que deviendront nos âmes après avoir quitté cette terre? Est-ce notre dernière épreuve que nous y subissons? Je ne le crois pas. Aux âmes qui sont parfaites lorsqu'elles la quittent, le ciel leur est ouvert et Dieu leur témoigne sa satisfaction immense ; mais celles qui ne sont pas encore dignes d'aller à Dieu, rien ne nous indique

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par quel chemin elles doivent passer. Ces âmes moins méritantes, dont la vaillance fut moins grande, ont encore des épreuves à subir; il y a donc un purgatoire? Quel est-il? Probablement ces âmes erreront de monde en monde jusqu'à ce qu'enfin, éclairées par leurs épreuves, elles comprendront Tindéfini supplice qu'elles subissent d'être séparées de Dieul Plus leurs fautes seront grandes, plus ce tourment sera long, et quand la dernière âme aura expié son erreur dernière, je pense que ce sera le dernier jour de l'univers. Cette date est l'un des grands secrets divins ; et quand Dieu dira : Finis, la matérialité sera terminée.

Le créateur est tellement grand que son ordre seul arrêtera sa création. Instantanément, l'univers disparaîtra; les planètes, les étoiles, les ciels presque indéfinis, dans le temps qu'il dit : je veux, n'existeront plus. D'un mot sa volonté a fait, d'un mot sa volonté défera; car son but étant atteint, le retour des âmes étant accompli, sa spiritualité ayant repris son domaine, l'univers ne sera plus nécessaire. Il louchera le mouvement de sa pensée, et le mouvement s'arrêtant de proche en proche sur une incalculable étendue, avec une infinie vitesse, la chaleur cessera, la lumière cessera, l'électricité cessera; le son n'existera plus et les masses d'éther ne remuant plus dans l'immensité, n'appuieront plus sur les créations; et les gaz formant comètes, planètes, étoiles se dissiperont dans l'espace pour retourner à leur ancien étal de particules imperceptibles de l'éther.

Peut-être l'éther, qui fut la seule matière dont tout fut formé, changera-t-il de nature et sera-t-il absorbé par la spiritualité avec laquelle il a des connexions si grandes? Nous ignorons comment ce -changement se fera; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'en anéantissant les derniers atomes matériels, leurs effets disparaîtront. La spiritualité sera seule et le Juste reprendra son empire,

À un moment donné, si je n'ai pas trop mal rempli ma mission, je me demanderai : où suis-je donc? Que dis-je, qu'est-ce que je sens? Le milieu où j'étais, où donc est- il? Il me semble que j'ai changé. Je ne vois plus ce que je connais ; je ne sens plus rien de ce que j'éprouvais. Une harmonie immense m'entoure, me pénètre ; c'est comme une musique intérieure admirablement rythmée qui résonne et me charme. Autour de moi, quelle éblouissante lumière ! Jusqu'à l'indéfini je la vois, dans un temps à peine sensible qu'exige ma pensée; par ma pensée même, je m'élance à l'infini. Dans cet incommensurable espace, si je veux aller au zénith ou au nadir, au périhélie ou à l'aphélie, instantanément j'y suis; et, toujours je sens, je vois et je vais, à volonté , ù des séries de nouveaux zéniths, de nouveaux nadirs, à des nombres ne cessant jamais de périhélies ou d'aphélies. Où suis-je? Il me semble que je devrais avoir peur ; mais non, ce n'est pas la peur que j'éprouve.

Si cependant je voulais sortir de là, comment ferais-je? Sortir, je ne le puis. Il me faudrait

prendre un mouvement non juste; mais, queslce que le non juste ? Je ne le comprends pas. Des règles en accord avec le Juste me tiennent, m'entourent et en leur obéissant, je jouis. Si je voulais échapper à ces règles je ne sais pas ce que je pourrais dire, faire ou espérer ; il me faudrait repousser ce qui m'inonde, ce qui me constitue partout; mais je le reconnais, c'est l'ensemble du Vrai, du Bien et duBeau. C'est lama béatitude. Je liens au Juste, il tient à moi, je suis lui, il est moi I Tantôt réunis, tantôt séparés, ces myriades demilliards d'atomes spirituels, pareils à moi, me suivent, m'entourent, parfois même me pénètrent, et les délices qu'ils me causent sont incommensurables ! Il me semble que je suis eux et qu'ils sont comme moi, le Juste, le Vrai, le Bien et le Beau. Je me mêle à eux, mes éléments sont les leurs. Tous se fondent ensemble et avec moi. En les voyant je les connais, je les sais absolument, je les aime au point de mêler mon amour au leur. Dans tous les sens ils sont nombreux h l'indéfini; et, bien que les uns soient plus près de moi, je suis heureux de me confondre avec eux. Ils forment avec moi l'en semble d'un grand tout, ou l'opinion de l'un est bien celle de l'autre, par conséquent Tinfinilé de Dieu!

Dans le milieu immense et divin, mon ineffable jouissance me précipite vers des individualités que j'ai aimées si tendrement dans le monde terrestre ; elles sont encore ce qu'elles étaient autrefois. Leur mélange avec moi est un divin bonheur, leur voix, leur contact me donnent des

frissons de joie; j'aspire à l'avenir qui augmentera ma divine satisfaction, lorsque ceux qui restent dans le monde ayant quitté ce petit point slellaire rejoindront la totalité de Dieu. Si quelquesuns, n'ayant pas compris leur mission, continuent leur existence vers les limites, et de l'espace et du temps, je sais que, parties incommensurables du Juste, du Vrai, du Bien, du Beau, il se trouvera forcément un moment où ces qualités perçant, après mille réparations, ils rentreront dans le sein même de Dieu.

Telle est la vérité , au lendemain de la mort!

J'ai fini mon œuvre. Pardonne, Seigneur, à ma témérité! Je l'ai pris pour le principe de mon livre, non par un sot orgueil, mais pour accomplir les seules choses qu'on puisse faire en pareil cas : te glorifier et te remercier. Toi que j'ai tant de fois supplié de m'inspirer pour que cette œuvre soit une œuvre pie, si je me suis trompé, ne me punis pas, laisse l'oubli être son linceul. Ce dont je te supplie, c'est que tu n'y voies jamais une orgueilleuse révolte; car je le le jure, Seigneur, rien ne fut plus loin de ma pensée. Mes idées m'ont paru justes et utiles, mais je suis un homme et j'ai pu me tromper. Si, au contraire, j'ai réussi, grande sérail ma récompense si je pouvais inspirer mes frères. Cependant, quoi qu'il arrive, en cas de malheur je me résignerai en embrassant les pieds et, en cas de réussite, je les embrasserai encore.

Cette œuvre vient de pensées pleines de toi : sois

lui secottrable, ô mon Dieu ! et que ton saint nom soil béni jusqu'à l'infini, dans ton union avec ton Saint* Esprit et ton fils, Jésus.

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