‹ Analyse et synthése (volume 2)Chapitre 5 sur 30 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Il esl impossible de quitter l'extrême Orient sans dire quelques mots d'une contrée longtemps inconnue des Occidentaux. Par ses progrès vers le développement de la civilisation, celte contrée présente un ensemble plein d'intérêt, et est appelée dans l'avenir h jouer un rôle considérable : il s'agit du Japon. Ce pays composé d'une série d'Iles, ressemble à peu près, comme nature et comme position dan ^l'océan Pacifique, aux Iles-Britanniques dans l'Atlantique. Il est à l'orient de la Chine comme l'Angleterre à l'occident de l'Europe.

Ce qu'il y a de curieux dans ce Japon, c'est qu'il n'a pas une forme ordinaire. Il est une sorte d'arc de cercle concave à l'occident ; et de ce côté il a en face de lui la côte de la Corée et de la Mandchourie, qui en sens opposé forme un arc de cercle aussi; d'où il résulte qu'entre ces contrées se développe la mer dite par nos géographes, mer du Japon. Les lies japonaises sont pleines, presque en tous sens, de rameaux montagneux parfois très élevés ; c'est entre ces montagnes que se trouvent par petites portions,

les parties des terres cultivables. Dans la Corée, depuis le détroit de ce nom jusqu'au nord de la Mandchourie, et dans le haut de la manche de Tarrakaï, c'est-à-dire le long de la mer du Japon, on trouve également une régiop. montagneuse. 11 en résulte que, dans la série des bouleversements, une sorte de vallée immense, formée par des sédiments, existait entre ces montagnes, et que, dans ces grands bouleversements, peut-être un de ceux indiqués par M. Adhémar, elle a été amollie, puis lancée par la force prodigieuse de l'eau, soit au nord, soit au sud, si l'immense courant allait du sud au nord ou du nord au sud, ravissant ainsi le Japon au continent asiatique.

Quoi qu'il en soit, ce pays est en mer comme une série d'élévations énormes que les eaux séparent en formant d'utiles détroits. Elles font un délicieux archipel, bien que les tremblements de terre les tourmentent trop souvent.

Par suite de cette formation fractionnée du sol japonais, les grands fleuves sont inconnus dans ce pays; on y voit quelques lacs; mais la multiplication des montagnes est la véritable raison de la multitude des chutes d'eau, des ruisseaux, des cascades, qu'on y rencontre et qui promettent que le Japon sera un jour un des premiers pays manufacturiers du monde. Cette possibilité de fabriquer des produits commerciaux sera d'autant plus précieuse que les montagnes arrivant parfois abruptes et découpées à la mer, forment sur les rivages, en une foule de points, une quantité d'estuaires

LES JAPONAIS. %i

ou de ports superbes, que les commerçants de l'Orient seront bien heureux d'avoir à leur disposition. On exportera du Japon les produits manufacturés ou minéralogiques; la population augmentant, on y portera suffisamment de produits agricoles.

Ces grandes montagnes sont couvertes en partie de forêts magnifiques; et comme depuis des temps immémoriaux les bois étaient trop difficiles à descendre ou à transporter, les populations les ont respectées et elles sont devenues, en bien des points, des futaies immenses d'arbres colossaux et variés qui forment une ressource pleine d'intérêt pour l'avenir des marines de l'océan Pacifique.

A quelle époque, au milieu des effrayants cataclysmes naturels qui bouleversèrent cette région, les lies japonaises furent-elles peuplées? On l'ignore; mais, ce qui paraît très probable, eu égard aux différences de températures existantes, soit dans le nord, où les froids etles neiges arrêtent la végétation, soit dans le sud, où la nature est sous une impression calorifique très élevée, c'est que les premiers habitants, d'une latitude extrême ne sont pas allés peupler l'autre latitude. Dans le principe, les contrées du bas des fleuves dans le centre de la Chine étaient encore de vastes espaces aqueux s'opposant à ce que leurs habitants se lançassent au hasard sur l'océan immense, pour aller peupler des îles qu'ils ne voyaient pas. Il faut donc que les premiers hommes qui ont foulé le sol du Japon soient venus dans le Nord, du bassin du fleuve Amour en

Bibbi* du Bocage. II. — 6

passant par l'île de Sakalien ; ou bien du pays du Kamtchatka en occupant Tune après l'aulre toutes les îles de l'archipel des Kouriles. Ils se seraient ainsi répandus dans le Japon- en peuplant l'île de Yéso et le nord de celle de Niphon. Ces êtres humains, on les appelle aujourd'hui des Aïnos, des hommes velus. Celte désignation seule semble les rattacher aux populations sibériennes. Peut-être, aux époques glacières, la nature leur affecta- t-elle comme aux animaux des poils longs et nombreux, pré&eriatlfs du froid.

Au centre du Japon, certainement des habitants sont, dans une période très antérieure au commencement de l'histoire, venus du nord dans les pays voisina de Corée, ou de Mantchourie; peut-être ont-ilt pénétré dans le sud par les îles Liou-Kiou, par l'île Formose communiquant avec les provinces 'chinoises très montagneuses de Tô-Kian et de Kouang-Toun, voire même par les îles Philippines, qui font une ligne directe remontant de la Malaisie vers le nord. Par cette dernière voie les îles japonaises du sud ont reçu, à une antériorité incommensurable, une partie des populations devenues presque blanches et qui étaient faites des croisements des premiers nègres mélaniens avec les races de l'Asie orientale.

Une tradition même ferait croire à des migrations très antérieures; car on raconte comme fait d'ua hasard, que 800 ans après Jésus-Christ, des Indiens firent naufrage sur les côtes de la province Mikawa et que les graines de colop qu'ils

avaient apportées furent semées dans le sud et l'ouest de cette province. C'est là l'origine de la culture du coton au Japon.

Les individus qui formèrent ces expéditions étaient plus ou moins sauvages et inconnus les uns aux autres ; ils furent peu à peu soumis par la tribu la plus nombreuse et la moins barbare. La Chine, où la civilisation paraît avoir commencé bien plus tôt qu'au Japon, fut probablement la contrée d'où sorlirertt les éléments nécessaires à la fondation d'un état -meilleure ^t la Corée ou la Manchourie en furent peut^êt^Jes intermédiaires. Ce qui porte d'autant plus à croire que les Chinois ne se sont pas mêlés directement de l'introduction de cette civilisation, c'est que ce progrès «est très différent sur un grand nombre de points ; et Ton peut dire que dans la suite de leur*hîstoire les Japonais ont secoué le type uniforme que la civilisation chinoise avait jeté sur tout le Céleste Empire,

Les Japonais sont, et semblent avoir été une nation intelligente et active, comme l'indique le croisement de plusieurs races; aussi paraissent-ils n'avoir • rien admis sérieusement en théorie générale, et surtout en doctrine religieuse, jusqu'au développement de la science moderne. Les décrets n'étaient acceptés par l'ensemble de la population que lorsque le pouvoir du chef était capable de les leur imposer; et pendant bien longtemps ce ne fut que d'Ile à île, à la suite de menaces, qu'on obéit aux ordonnances du ■ souverain. Ce n'est qu'à une époque bien plus récente que les Japonais, comme religion, ont adopté les errements des Chinois, au point d'accepter les

grandes doctrines en partie de Lao-Tseu transformées en bouddhisme que Çakyamouni n'eût jamais reconnues et en quelques préceptes de Confucius dont la théorie si bonne ne pouvait que leur être très utile. Les Japonais auraient voulu une base sérieuse à leur croyance, mais les querelles partout et toujours renouvelées par les sectateurs d'une religion avec ceux d'une autre, mirent pendant de longs siècles le Japon en deuil et empêchèrent le développement intellectuel. Ils admettaient la transmigration des âmes, un enfer et un paradis.

A cette religion dont les fêtes populaires étaient à peu près la seule pratique, leurs aspirations les firent former ce qu'ils appelaient le Sinto, l'affirmation d'une punition ou d'une récompense pour tout ce qui dans l'existence était mauvais ou bon. C'est la doctrine de Confucius, le Syanto, qui leur permit d'affirmer qu'il existait un point de concentration, peut-être même de création de l'univers, auquel devaient se rapporter leur culte et leurs espérances. Ils ne se rendaient pas compte de ce qu'était un Dieu créateur ; mais c'est à cet inconnu qui dirigeait les choses pratiques de la vie, qu'il fallait obéir.

Il existe, au sujet d'une partie de ces doctrines un bien remarquable et bien intéressant mémoire. Il parut je ne sais à quelle époque et fut traduit par M. le comte Charles de Montblanc (1). C'est un discours sur deux vertus, zin et gi. La première se traduit par charité 9 bienveillance, humanité; la seconde

(1) Extrait du Kiu-o Dau-wa, Soc. des études japonaises. Session «878-79, Mémoires.

par respect pour la nature des personnes et l'usage des choses. « Sans ziny dit M. de Monlblanc, gi devient impossible. Par sm, l'homme possède la faculté de se mellre en rapport sociable avec ses semblables et avec la nature. Par gi, l'homme apprécie à différents titres ses relations avec les personnes, et à différentes fins son emploi des choses. » L'organisation n'est pas basée sur la justice de faire bien au lieu de faire mal, elle Test sur le respect envers tout ce qui existe.

« Maw-si, Fauteur japonais du discours ,^ dit : la sociabilité, sin, est le cœur môme de l'homme, le respect, gi; est sa voie morale; abandonner cette voie, c'est errer sans guide, c'est perdre son cœur que Ton ne retrouve plus.

« Pour celui qui a le cœur pur, la soumission à ses parents, qui est la piété filiale, le dévouement à son maître, qui est la piété domestique; les rapports de mari, de femme, de frères, d'amis, tout cet ensemble qui est la morale des cinq relations, n'est simplement que la preuve de l'harmonie de son être.

« L'homme qui apporte en naissant une nature vicieuse est un phénomène vis-à-vis duquel il n'y a rien à faire; mais heureusement que la nature nous a fait naître les uns et les autres avec un cœur pur : n'est-ce pas un bien qui vaut plus de dix millions de kines?

« En suivant les impulsions d'un cœur pur, quoi qu'on fasse, Von sera dans la voie. N'est-ce pas une science bien simple? Celui qui comprend cette loi, comme le savant qui possède la science depuis long-

temps, en sait assez pour remplir tous ses devoirs... Suivez sans crainte cette voie. C'est celle du respect. Être respectueux, c'est être raisonnable. Ne pas agir sans raison, c'est rendre superflu toutes recommandations sur les devoirs des relations humaines.

« Ce n'est pas en négligeant ses facultés que l'on apprend à les employer. Ce n'est pas en se complaisant dans ses droits, que l'homme en acquiert les bénéfices. Il ne suffit pas de se complaire dans son moi pour traverser le monde. Sans les lois qui gouvernent, ce moi ne durerait pas un seul jour. »

Maw-si dit, un peu plus loin : « Un professeur étant allé dans le pays de Setu, s'arrêta chez un bourgeois opulent qui fut excessif dans sa manière de recevoir. Il fil venir sa fille âgée de quatorze ans, pour faire fêler le savant. Cette jeune fille avait une tenue parfaite et de fort bonnes manières. Elle fit des bouquets, prépara le thé, joua de la harpe et récita des poésies. Le professeur remercia les parents et loua cette éducation peu ordinaire. Cette louange les remplit d'orgueil, ils dirent alors qu'en effet son mari ne sera pas à plaindre ; qu'elle fera joliment honneur à sa nouvelle demeure ; qu'en dehors de ce que le professeur avait vu, elle avait bien d'autres talents : parfumer un salon, faire des ornements, dessiner. La jeune fille entendait, et la vanité la redressait. Aussi le professeur interrompit, en disant que certainement cette éducation soignée était complétée par la science du massage et l'art de soigner un malade. Le père parut contrarié et répondit que ces connaissances étaient certainement bonnes pour de

pauvres gens, mais que jusqu'à présent, il ne les avait pas fait acquérir à sa fille. Le professeur dit en riant qu'il ne s'agissait nullement de riche et de pauvre, mais des soins qu'une femme doit rendre dans son ménage, et de ses devoirs envers ses beauxparents, comme envers ses pères et mères. Si son beau-père ou sa belle-mère se trouvaient malades, dessiner, faire des ornements, préparer le thé, ne serait pas suffisant. Il ne convient pas non plusr dans un bon ménage, de s'en rapporter à des gardesmalades que l'on fait venir du dehors. Le principal soin doit venir de la jeune femme, et l'art de tenir son ménage est essentiel.

« Pendant que le professeur parlait, le maître de maison était grandement mortifié et la confusion lui faisait détourner la tête. On dit qu'il reconnut l'erreur de sa vanité.

« Certainement la harpe et la guitare ont du bon, mais donner à une jeune fille une éducation de koto (harpe) et de samisène (guitare), c'est lui donner des habitudes qui la rapprochent du plaisir, c'est lui donner des manières de geiko (danseuses). Aussi en grandissant à peu près comme une fille, elle irompe ses parents. Cela arrive. La faute est moins à cette enfant qu'à ses parents. »

On voit, d'après les préceptes de ce sage Maw-si, que pour lui la bonne doctrine demande, et l'amour et le respect des circonstances avouables de l'existence. Il a raison dans sa théorie ; mais bornée estelle ; Tàrne va plus loin. Ce que ce savant arrête au temps de la vie, se continue après; et lorsque bien

rudes sont les accidents ici-bas, sa doctrine a peu d'autorilé pour y parer. On reçoit presque autant de mal qu'on peut émettre de bien ; or c'est justement dans cette lutte que l'âme remplit sa mission. Elle fait le bien sur la terre, elle cherche à propager le bien ; et c'est après la vie qu'une parfaite entente des choses la réunit à Dieu.

Le Tennô, empereur du Japon, descend, d'après la tradition, des demi-dieux, des héros qu'admet la religion, sintô. C'est là son titre à la vénération et la raison de sa puissance. Cette illustre origine met dans les mains du tennô un grand pouvoir dont il peut bien user lorsqu'il est un homme de valeur; mais ce ne fut pas toujours le cas dans l'histoire japonaise. Le premier de ses empereurs Jimmu-Tennô vécut un peu vieux, de 660 à 585 avant Jésus-Christ. Il fut, comme tous ses successeurs, plus ou moins vainqueur des Aïnos, et l'ordonnateur des premiers errements de civilisation japonaise. Pour lui, comme pour un grand nombre d'empereurs ou d'impératrices, les soins à donner à l'agriculture furent un des devoirs qu'ils ont le mieux remplis.

A mesure que les Japonais augmentèrent leur nombre et leur bien-être, l'idée leur vint de prendre pied sur le continent asiatique et de faire la conquête de la Corée. Ces expéditions, dans cette presqu'île presque chinoise, durèrent jusqu'aux temps modernes.

C'est vers 270 à 310que les livres chinois commencèrent à être introduits au Japon et furent l'origine des premiers efforts littéraires. L'industrie vint en-

suite s'établir sur différents points de l'archipel. Vers 552 les premières statues de Bouddha furent installées au Japon. En 670 parut le premier code, dit code d'Omi ; et l'organisation de la vie commença à prendre un caractère intéressant, soutenue par la morale de Confucius. Ceci se produisit sous l'impératrice Koken-Tennô qui fit faire et plaça dans chaque famille, un exemplaire du livre intitulé kokio ou traité des devoirs des enfants envers leurs parents. Ce qu'il y a de curieux en étudiant l'histoire japonaise, c'est de remarquer l'effet que la religion de Confucius, même mal combinée et mal admise, a eu sur la bonification du beau sexe. Là, comme en Chine, la femme, autrement élevée que chez d'autres peuples, a acquis un caractère remarquable dont le développement favorise la vie commune. L'instruction qu'un certain nombre de jeunes filles ont reçue dès le bas âge en faisait les protectrices intelligentes du foyer; autant que possible elles cherchaient à améliorer le sort du peuple. La doctrine de Confucius eut par là un résultat d'autant plus excellent qu'elle dut lutter contre le culte de Bouddha, qui prit une prépondérance immense. Les bonzes ou prêtres de cette religion, s'élant augmentés dans des proportions incalculables, étaient devenus une puissance; ils allaient tous, armés, adresser leurs demandes à l'empereur, lorsqu'ils ne se battaient pas les uns contre les autres. Le résultat de l'extrême et incomprise dévotion des Japonais pour Bouddha rendit les bonzes aussi arrogants que possible ; c'est ce qui fit faire à l'empereur Shira-

kawa-Tennô la spirituelle remarque que voici : <c II y a trois choses sur lesquelles je n'ai aucun pouvoir : les eaux de la rivière, la Kamagarwa (qui débordait fréquemment), les dés à jouer et les bonzes. » On comptait alors au Japon 11,037 temples bouddhistes appartenant à dix sectes différentes.

A la longue, les bonzes aussi finirent par s'user comme force ; et les gouverneurs de province, les généraux prirent leur place. De vassaux qu'ils étaient quelques-uns devinrent indépendants. Ils ne niaient pas le pouvoir des empereurs, mais ne leur obéissaient pas. Les périodes historiques qui succédèrent à l'année 1100, après Jésus-Christ, montrent que la lutte entre les empereurs et les vassaux prit, au détriment du premier, le pied sur toute autre politique. De 1275 à 1287 eut lieu la seule grande attaque contre laquelle tous les Japonais marchèrent, à quelque ordre qu'ils appartinssent. C'est celle que l'empereur de Chine fit contre le Japon; ce chef asiatique, l'histoire le rapporte, passe, la tempêle aidant, pour y avoir perdu cent mille hommes et les Coréens sept mille. Dans le siècle suivant, le contraire eut lieu : ce sont les pirates japonais qui dans les mers voisines attaquèrent les navires chinois jusqu'aux côtes du Céleste Empire.

Un siècle encore écoulé, la politique varie de nouveau: les empereurs du Japon restent toujours; mais là, comme en France, sous la race des Mérovingiens, le plus puissant des vassaux devient le maire du palais, le Shogun. 11 protège le souverain suivant ce qu'il lui plaît, mais c'est lui qui, au nom

de ce souverain, fait la guerre aux autres vassaux. Cet état se prolongeait encore dans les dernières années où le Shogun s'affaiblit comme l'empereur, le Mikado, et où les Daïmios, grands seigneurs, devinrent presque indépendants.

De 1558 à 1586, les missionnaires chrétiens abondèrent au Japon. Parmi eux se trouvait saint François Xavier. On commença par les refuser, puis on les accepta. En très peu de temps ils firent des conversions en masses et des progrès assez rapides pour compter cent cinquante mille prosélytes. Les bonzes bouddhistes devinrent furieux, et le Shogun fît tuer un très grand nombre de sujets convertis ou de missionnaires, brûler leurs églises et mit fin à toute propagation du christianisme.

De 1612 à 1629, la religion chrétienne reprend un peu de son prestige, mais son développement, contrecarré encore, ne dura pas.

Le Japon fut ensuite interdit comme séjour à presque tous les Européens. Les Hollandais conservèrent seuls la faculté d'y pénétrer. Au milieu du dix-huitième siècle la population s'élevait à 26,000,000 d'habitants. Bien des négociants étrangers auraient voulu prendre part au commerce du Japon; mais des fortifications redoutables avaient été faites sur les points accessibles. Cet état de solitude dura jusqu'aux temps modernes.

Autant que nous pouvons en juger par l'histoire des Japonais, ce peuple semble avoir une intelligence et une activité supérieures à celles des Chinois. La langue japonaise a une grande supériorité

sur la langue chinoise proprement dite dont se servent les masses populaires du Céleste Empire. Elle est basée sur un alphabet de quarante-huit signes qui désignent non des mots, mais des lettres représentatives des sons. Les Japonais ne reçurent la civilisation première qu'à une époque bien postérieure à celle où elle commença à fleurir en Chine. Us n'ont pas, comme leurs voisins du continent asiatique, une littérature monumentale ; mais ils ont un génie politique remarquable et une singulière aptitude à se pénétrer de toutes les sciences dont les notions parviennent jusqu'à eux. Il n'est pas nécessaire de rappeler ici qu'ils excellent dans les arts, en tant que leur imitation de la nature est restreinte, comme en Chine, par des types admis et dont ils ne se départent qu'à de rares exceptions. Ils semblent même, dans cet ordre d'idées, avoir à leur actif une supériorité très réelle sur les Chinois. Les arts industriels sont surtout chez eux merveilleusement compris. Désormais, dans l'histoire générale du monde, le peuple japonais tiendra une trop grande place pour que l'auteur de ce travail se soit abstenu d'en dire quelques mots.

Page 1