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CHAPITRE PREMIER

qu'est-ce que dieu?

Dieu est un ôlre pur esprit, tout-puissant, parfait, étemel, immuable, qui a créé toutes choses et qui les gouverne toutes.

Telle est la définition chrétienne de la divinité, et nulle ne répond mieux à son objet. Cependant, Tidée de Dieu, ainsi formulée, est insaisissable pour Tintettigence humaine. Notre pensée se refuse à lui donner une forme. Dieu est placé si haut qu'il se trouve en dehors des limites de notre compréhen-

Barbié du Bocaob. i

sion et que nous sommes réduits à juger de sa nature par ses effets qui nous prouvent qu'il esl réellement tout-puissant, parfait, éternel, immuable, qu'il a créé toutes choses et qu'il les gouverBe toutes. Nous devons donc, si nous voulons avoir une notion plus réelle de sa personnalité, une notion qui a'ao* corde avec cette donnée qu'il est un pur esprit, la chercher dans le principe d'où émanent les effets de ses facultés.

Pour en arriver là, il faut prouver, d'abord, que les facultés qu'on vient d'énumérer sont bien les siennes et ne peuvent appartenir qu'à lui.

Dire que Dieu est un pur esprit, c'est affirmer en même temps que Dieu est une personnalité spirituelle. Un être qui n'aurait pas de personnalité ne se distinguerait en rien, il serait confondu dans l'universalité. Donc, prouver que Dieu est une personnalité, revient à démontrer qu'il est un être. Le propre de tout être est de raisonner ; car il n'est pas plus possible de comprendre un être sans raison qu'un être sans personnalité ; or, sous peine d'insanité, on ne peut attribuer la création au hasard; il est visible qu'une raison suprême a présidé à cette œuvre, en a été l'ordonnatrice. Si donc nous admettons que cette raison créatrice et ordonnatrice de l'univers soit Dieu, Dieu est bien un être et par conséquent un être ayant sa personnalité. De plus, Dieu est un pur esprit, car, si une portion quelconque de matière entrait en lui, il serait forcé de subir les conditions d'existence de cette matière et ne serait plus indépendant; or il est impossible de

concevoir Dieu sans une indépendance absolue. Un Dieu dépendant de quelque' chose ne serait plus un Dien^ ce serait ce quelque chose qui serait Dieu.

Le* raisonnement qui prouve la toute-puissance du Créateur est le même que celui qui affirme son indépendance : si on supposait un principe qui lui fût supérieur, c'est là qu'il faudrait chercher Dieu.

Dieu est parfait. Du moment où nous admettons qu'il existe, nous ne pouvons le supposer privé du summum des qualités, ce summum devant être forcément l'essence de l'être que nous déifions, sans quoi nous déifierions celui qu'il aurait à sa place.

Dieu est éternel, c'est-à-dire qu'il n'a point eu de commencement et qu'il n'aura jamais de fin. En effet, supposer à Dieu un commencement, c'est admettre qu'il s'est fait lui-même ou qu'un autre l'a fait, ou que ce commencement a pu être constaté par lui ou par quelqu'un, soit directement, soit indirectement. Il n'est pas nécessaire de s'étendre beaucoup sur ces hypothèses : si Dieu s'était fait luimême, il aurait été avant d'être, ce qui est absurde; si un autre l'avait fait, ce n'est plus lui qui serait Dieu. Cet autre Dieu ne ferait que reculer la solution du problème, mais ne le résoudrait pas. D'un autre côté, pour que Dieu, à sa naissance, eût constaté lui-même cette naissance, il eût fallu qu'il eût l'idée du moment qui précéda celui où il fut; or, avant Dieu rien n'était. Même pour Dieu, concevoir le néant, c'est ne rien concevoir. Celui qui aurait constaté directement la naissance de Dieu, aurait évidemment préexisté à cette naissance; mais alors,

quelle aurait été Torigine de ce quelqu'un? Il n'aurait pas commencé. Ainsi il faut toujours en arriver à quelqu'un qui n'aurait pas eu de commencement. Une constatation indirecte de la naissance de Dieu ne pourrait être reconnue que d'après les traces qu'en aurait conservées quelque chose de palpable, la matière, traces qu'un être quelconque aurait relevées depuis. Or, pour que ces traces aient jamais existé, il faudrait que la matière, née avant Dieu, eût été afTectée en quoi que ce soit par cette naissance; mais si elle avait existé, elle se serait créée seule et on serait forcé de la déifier. Mais elle est inerte. On aurait donc un Dieu inerte, ce ne serait pas un Dieu! En outre, supposer que la matière soit pour quelque chose dans la naissance de Dieu, revient à admettre qu'on peut enfanter ce dont on n'a pas le germe, car, si la matière avait eu en elle le germe de l'esprit, ce dernier lui étant évidemment supérieur, l'eût absorbée. La matière fût devenue l'esprit, ce qui ne peut se comprendre. Donc Dieu n'a pas eu de commencement.

Dieu n'aura pas de fin, car supposer une fin à Dieu, c'est admettre qu'il s'anéantira devant une cause quelconque; or cette cause qui l'anéantirait serait par cela même plus puissante que lui, et il ne peut y avoir quelque chose de plus puissant que Dieu. Donc Dieu n'aura pas de fin. Donc, en résumé, Dieu, qui n'a pas eu de commencement et qui n'aura pas de fin, est éternel.

Dieu est immuable, car l'absence d'immutabilité entraînerait, avec des changements d'essence, des

changements de volonté qui troubleraient Tharmonie de la création.

Dieu a créé toutes choses. Cette affirmation résulte de ce fait que, du moment où une chose n'aurait pas été créée par lui, et qu'il n'y a qu'un Dieu, ou cette chose se serait créée toute soûle, ce qui est impossible, le parfait pouvant seul le faire, ou cette chose préexistait à l'effort de volonté dont l'univers est né; alors elle se serait trouvée en dehors de l'action comme de la puissance de Dieu.

Dieu gouverne toutes choses. En effet, quelque minutieuses qu'aient été ses études, l'homme n'a jamais prouvé qu'un seul des objets que comprend la nature fût en dehors deslois établies par une volonté suprême. Nous espérons ici en donner de nouvelles preuves.

Cette prérogative d'agir sur toutes les choses qu'il a créées est l'attribut bien réel de Dieu et entraîne des conditions sans lesquelles aucune action gouvernementale n'est possible : c'est d*être présent instantanément partout, pour tout voir, tout comprendre. Cette action gouvernementale nécessite en outre la faculté d'une infinie divisibilité sans pour cela qu'aucune des parties perde quoi que ce soit des qualités du tout. Par cette divisibilité, Dieu assiste à tout ce qu'il a créé, crée ou créera, et constate les effets de son œuvre. Comme le passé, comme le présent, l'avenir est à lui, et si les harmonies se forment ou se déroulent régulièrement dans l'ensemble, c'est qu'il veut qu'il en soit ainsi. Sans celte faculté de division infinie, Dieu ne pourrait èlre présent partout et tout gouverner, qu'en étant tout à la fois le Créateur et

Tobjet créé. Or, quelque infiniment petit qu'on suppose Tatome primitif, il faut toujours le concevoir comme le terme excessif de Fimpénétrabilité; Dieu même, substance essentiellement spirituelle, ne peut être dedans. Il n'est donc pas là où cet atome est;, et, du moment où il existe un point où il n'est pas, sa substance, par sa volonté même qui a créé l'objet impénétrable, subit une division.

Un jour Dieu a créé ce qui n'existait pas ; un jour viendra où la spiritualité absorbera ce qu'elle a créé. C'est là l'infinie puissance !

Par l'énumération de ces perfections, il est donc répondu à cette grande question : Qu'est-ce que Dieu?

Maintenant, si l'on veut essayer de se rendre compte, non de la forme, cai* une spiritualité n'a pas de forme, mais de la nature, de la composition de l'essence divine, il faut chercher dans l'ensemble des phénomènes naturels ou dans les spéculations les plus hardies de l'imagination, s'il n'est pas de principe spirituel visible pour nous et dans lequel on retrouve les qualités dont les grands traits viennent d'être esquissés. Ou bien, en d'autres termes, s'il n'existe pas un principe qui soit à la fois purement spirituel, tout-puissant, parfait, éternel, immuable et dont on puisse dire qu'il est une manifestation de l'acte créateur et conservateur de tout. Or le Juste, physiquement et moralement, jouit seul de ces prérogatives ; car ne pouvant varier quelque peu que ce soit, sous peine de n'être plus lui, il est la perfection dans toutes ses acceptions, et,

comme il est démontré que ce qui est la perfection ne peut être que Dieu, il en résulte que l'expression de Juste est Tappellation même de Dieu ou du principe conscient, omnipotent, libre de toutes entraves, invariable, créateur et conservateur de tout.

Dans cet ordre d'idées Dieu n'échappe plus si complètement à nos sens, tout en restant matériellement insaisissable. Lorsque, prenant une balance nous maintenons par des poids égaux les deux plateaux à des hauteurs égales, nous avons, dans la constatation du Juste placée sous nos yeux, une manifestation physique du principe immatériel qui a créé et gouverne tout ce qui est, une manifestation de Dieu.

C'est dans la difiTérence entre le Juste physique que donne la balance et le Juste spirituel, dont le Juste physique représente l'image, qu'est la différence absolue entre la spiritualité et l'efiTet physique le plus petit qu'on puisse concevoir. Le Juste spirituel crée le Juste physique, qui est presque matériel et qui n'est qu'un effet de sa volonté. Autrement dit, c'est la pensée absolument parfaite de Dieu créant d'un seul jet l'ensemble des lois ; or les lois ne sont lois que lorsqu'elles s'appliquent à quelque chose, et la volonté divine étant forcée par elle-même à cette application, la matière est faite.

Une loi ne s'applique que si elle est sentie ; or, il faut quelque chose pour sentir, et ce quelque chose, c'est la matière. C'est ce qui prouve que la matière universelle née, c'est l'accomplissement de la volonté divine. La matière diffère essentiellement

de Dieu ; mais essentiellement aussi elle ne vit que de son souffle. Donc Dieu est bien, par son émanation du Juste, le Créateur et TOrdonnateiir de tout ce qui existe.

Le Juste, considéré dans sa nature conune dans ses conséquences, jouit de toutes les prérogatives qui sont les attributs de Dieu ; et la suite de cette étude démontrera qu'il est une personnalité, que toute puissance, toute indépendance lui incombent; qu'il est immuable dans son essence, sans quoi le monde ne serait qu'un épouvantable chaos ; et que du moment où l'univers existe et vit, c'est qu'il a créé toutes choses et qu'il les gouveme toutes ; que son essence est réellement, indéfiniment extensible où divisible ; que le Vrai, le Bien et le* Beau constituent son essence, rien n'étant Vrai, Bien ou Beau en dehors de ce qui est juste.

Au commencement donc existait Dieu ou le Juste. Les temps eux-mêmes n'étaient pas nés, la matière non plus. Le calme régnait seul dans l'espace infini, un immense silence glorifiait le recueillement du Seigneur.

Cependant.Dieu, par cela même qu'il est au-dessus de tout, indépendant de tout, inséparable cependant du Vrai, du Bien, du Beau, renfermait en lui la somme de l'immense besoin d'aimer que chacune de ces qualités, autant aimable qu'aimante, ressens tait pour les autres ; et c'est dans cet amour, conséquence si douce de sa nature, qu'il faut chercher la principale raison de l'enfantement de l'univers. Dans le tout intime qu'il formait à l'origine, Dieu,

l)ien qu'étant la somme de toute spiritualité, manquait d'objet pour son infinie faculté de chérir. Son incommensurable amour ne pouvait se développer qu'à la condition d'user, pour une partie de son être, d'une autre de ses prérogatives, celle de la divisibilité. Alors cet amour devenait le lien suprême * unissant le tout aux parties, et, plus la divisibilité était grande, plus s'étendait cet amour resté le même entre le tout et 'chacune de ses parties. Il se multipliait sans s'affaiblir.

Une seconde raison de la création, c'est qu'une

spiritualité inactive serait un non- sens, quelque chose d'incompréhensible ; or une activité ne peut se traduire que par un fait, et ce fait est la pensée; mais une pensée n ayant d'autre objet qu'elle-même est une vaine abstraction. C'est l'impuissance. Dieu était donc forcé de devenir créateur. Cette nécessité n'est pas une borne imposée à son pouvoir : c'en est Une manifestation, une preuve.

Il existe une loi pour tout qualificatif, fùt-il un principe, celle d'avoir un contraire, lequel consiste dans sa propre négation : ainsi le vrai a le faux, le juste, dans l'ordre matériel, a le non juste, le mal est l'opposé du bien dans l'ordre moral. Ces contraires, loin de nuire aux principes qu'ils nient, servent à donner de leur existence une preuve nouvelle ; car, pour que le non juste existe, par exemple, il faut que le juste ait préexisté. L'opposé d'une chose, quelle qu'elle soit, ne peut découler que de cette chose. Il en dépend essentiellement et ne prend naissance qu'après elle et d'après elle. En outre,

si le contraire d'un principe, libre dans ses agissements, a prouvé qu'il est incapable de produire un résultat permanent quelconque, le principe luimême en est singulièrement glorifié. Un pouvoir n'est réellement dans sa plénitude que lorsqu'il est incontesté, mais incontestable. Si donc le non juste a prouvé son incapacité, tout doit s'incliner devant le juste, car son contraire, avant la démonstration de son impuissance, représentait forcément la totalité de l'opposition qui pouvait lui être faite. Telle est la troisième raison de la création de l'univers.

On pourrait objecter que du moment où Dieu existait seul, il eût pu contester la valeur du juste ; mais, s'il l'avait fait, c'eût été pour la puissance le droit de prouver son impuissance, ce qui ne se comprend plus.

La nécessité de laisser le non juste agir pour prouver la grandeur de juste fait connaître combien est vraie cette autre base de la foi chrétienne : « Rien n'arrive dans l'univers sans 'l'ordre ou la permission de Dieu. » Il ordonne tout ce qui est juste ; et si parfois l'action de ce que nous appelons le non juste se produit, c'est que cette opposition doit concourir à la réalisation de ses desseins dont la fin est toujours la merveilleuse glorification du Bien.

Dieu donc, pour réduire à néant toute attaque, même imaginaire, à sa grandeur, et surtout pour donner cours à son infini besoin d'aimer, permit, par un acte de sa volonté suprême, au non juste de naître; c'est-à-dire qu'il enfanta la matérialité, qu'il autorisa la première manifestation du mouvement.

Tl donna Timpulsion initiale à des myriades de myriades d'atomes constituant la matière ^ embryon des mondes nés de sa toute-puissance ; et le grand œuvre commença !

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