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CHAPITRE III

Du moment qu'une matière existe, quelque ténue, quelque impondérable qu'on la suppose, elle est sous l'empire d'une volonté créatrice qui a ordonné qu'elle soit inerte, et cette inertie ne peut cesser qu'au moment où cette volonté veut qu'elle cesse et dans le sens seulement qu'elle le veut. C'est-à-dire qu'elle autorise qu'une force s'en empare et en fasse ce que cette volonté a préalablement décidé qu'elle deviendrait. La force qui s'empara de l'éther, la seule force qui existe, celle qui est avec et à la suite de la matière, la création primordiale, que Dieu eût pu ne pas faire si son dessein n'eût pas été de créer l'univers, mais qu'il a voulue comme le moyen du grand œuvre, c'est le mouvement.

Le mouvement, quand il obéit à la loi, n'exclut pas l'ordre, il est au contraire la condition du progrès; mais le mouvement agissant sur la matière ne passe pas de l'obéissance à une loi, à l'obéissance à une autre loi, sans causer à cette matière des ébranlements, des déchirements, que le Créateur connaît seul, et dont seul il peut compenser les suites.

Ces cataclysmes, il ne les a pas ordonnés, mais ils sont une conséquence du grand œuvre ; il ne les a pas ordonnés parce qu'en maintes circonstances, ces ébranlements, ces déchirements, sont causes de souffrances et qu'essentiellement bon, il ne peut ordonner la souffrance.

La stabilité, l'équilibre existent en Dieu; lui seul est invariable s'il le veut. Tout peut changer sans qu'aucun changement l'atteigne. L'immutabilité est une des facultés de son essence ; l'ordre est son domaine; sa volonté, c'est la loi ou l'ensemble des lois qui maintiennent l'ordre ou qui y ramènent; aussi, lorsque la réalisation de ses insondables desseins, dont le but est toujours un épanouissement de perfections, demande qu'une partie quelconque de l'équilibre soit rompue, est-il nécessaire que sa permission autorise cette rupture I Mais, sa volonté étant présente et partout et toujours, il se réserve de l'imposer à cette mobilité, ne lui laissant de liberté que ce qui est nécessaire pour atteindre le but qu'il s'est proposé.

Ses desseins réclamaient donc la création ; mais lorsqu'on suppose, comme cela doit être effectivement, que les atomes les plus simples possible ont été les premiers créés et qu'on sait que chacun d'eux, quelque petit qu'on le croie, est forcément impénétrable, sous peine de n'être pas ce qui existe de plus simple, on se rend facilement compte qu'il était impossible que deux de ces atomes fussent créés en un point du vide qui fût exactement le même.

Il y eut donc là, pour que les desseins du Créateur eussent une entière satisfaction, l'absolue nécessité qu'en faisant les atomes, il ordonnât que ces atomes fussent animés d'un mouvement de translation qui, les poussant tout droit ou les faisant biaiser dans tous les sens, lors de leurs premières rencontres, les conduisait jusqu'aux limites indéfinies oîi ce mouvement cessait de se faire sentir. Le Créateur, pour que la loi soit la maîtresse de cette incommensurable quantité d'atomes identiques devant se précipiter en masses inouïes avec des forces incompréhensibles pour produire les cataclysmes immenses dont l'univers est né, voulut aussi, comme conséquence indélébile de leur existence, comme résultante de l'attouchement violent des atomes, qu'ils conservassent une sorte d'individualité, qu'animés d'un mouvement de rotation sur eux-mêmes, ils se maintinssent à distance les uns des autres, gardant entre eux cet équilibre, origine d'un calme relatif et d'un ordre parfait.

De quelle admiration l'homme ne doit-il pas être pénétré devant cette conception si puissante et si simple, qui, du même coup qu'elle créa l'atome et lui imposa le mouvement, fît l'univers avec toutes ses lois, avec toutes ses conséquences et n'avait plus qu'à laisser, en certains points de l'incalculable étendue, par suite de mouvements contraires, deux de ces atomes se rapprocher, pour que des myriades d'autres vinssent les joindre et que le grand œuvre commençât. Ces mouvements de la matière ont cependant d'autres noms : sous une forme générale et

plus particulièrement, sous forme de rotation, il se nomme chaleur; sous forme d'ondulation, lumière ; sous forme de translation, électricité. Or, comprendon ce que c'est que la concentration de mouvements rotatoires égaux en nombre à d'incommensurables quantités de myriades d'atomes créés par Dieu? comprend-on ce que va être le mouvement résultant de la réunion de ces mouvements, en admettant que le mot mouvement soit synonyme du mot chaleur, quelles températures vont se produire? C'est ce qui dépasse l'imagination, c'est ce que la Bible a nommé le chaos, c'est ce que nous pouvons appeler la trituration de la matière.

Deux explications sont ici nécessaires : il faut montrer quel est l'effet du groupement de deux atomes et prouver que la chaleur, la lumière et l'électricité ne sont que le mouvement sous ses difTérentes formes.

Bien qu'on ne puisse savoir à quel moment et dans quelles conditions le Créateur a jugé que le cadre qu'il avait départi dans l'espace à l'univers fût suffisamment rempli d'atomes matériels, bien qu'on ignore même si la volonté divine ne continue pas la création des atomes, leur masse étant animée d'un mouvement général de translation, indépendant des mouvements relatifs qui peuvent s'y produire, nous devons regarder le champ de l'univers comme borné à l'étendue que notre imagination peut concevoir dans ses élans les plus hardis. Il sera donc fait abstraction, dans cette étude, de tout mouvement de translation commun à la masse éthérée, mouvement

sur lequel nous n'avons et ne pouvons avoir aucune donnée. Nous consid^erons la quantité de celte masse, aussi grande qu'il nous est possible de Timagîner, comme arrêtée au sein de l'espace et n'étant plus animée que par des mouvements de rotation, d'ondulation ou de translation particuliers à chaque atome, comme à chaque monde stellaire. Mouvements que nous croyons réels et dont les découvertes modernes donnent la presque certitude.

La science humaine, obéissant aux desseins de Dieu, a poussé si loin ses recherches, que c'est à la réunion de deux atomes qu'elle commence à concevoir l'œuvre divine. Elle ne se rendra pas compte désormais des phénomènes qui vont se produire, car il y a pour la science, dans le grand œuvre, un nombre immense d'insondables secrets; mais ses investigations ont un point de départ dans l'explication duquel le raisonnement peut venir en aide, et elle a le droit d'entreprendre le récit de cette épopée.

Partant donc de cette donnée, que l'espace était originairement rempli d'atomes d'éther impénétrables, mobiles et isolés, et, repoussant, comme le fait le savant astronome physicien Secchi, l'idée que dans le vide absolu les atomes ont la propriété de s'attirer, nous dirons, d'après lui, que la tendance incessante des corps, quels qu'ils soient, les uns vers les autres, tient essentiellement à une action du milieu ambiant (1).

Si les atomes qui peuplent l'espace et forment par

({) Unité des forces physiques, liv. IV, chap. m, p. 6i8, 623.

conséquent le milieu ambiant, sont doués individuellement d*un mouvement de rotation sur leur axe, un de ces atomes, dans son mouvement de translation, ce qui dut arriver, soit par la position respective des atomes à leur point de départ, soit par leur rencontre aux limites de leurs premiers parcours, un atome, disons-nous, ira choquer l'atome le plus voisin et prendra, dans un sens nouveau, un mouvement secondaire de translation. Ce choc étant généralement oblique à Taxe et s'exerçant autre part que sur le pôle de rotation, cet atome sera précipité sur les autres composant le milieu. De là, autant de parcours ébranlés. Ce choc produit à l'ensemble des atomes aura pour résultante des mouvements obliques qui conduiront le premier atome, de celui qu'il a frappé à un atome voisin qu'il frappera à son tour, et qui, lui ensuite, en choquera d'autres. Le premier atome aura communiqué, de cette manière, des mouvements en ^ens divers, repoussant toujours et dans tous les sens les atomes voisins du centre autour duquel il opère ses évolutions. Il donnera lieu ainsi à une sphère d'ébranlement et de dilatation, pouvant s'étendre de couches d'atomes en couches d'atomes, mais allant toujours en diminuant du centre à la circonférence et causant un espacement d'atomes plus grand au centre qu'à la circonférence.

C'est cette distance d'espacement des atomes qui permet d'émettre une hypothèse sur l'origine de la formation des mondes.

Étant supposé deux atomes, l'un, centre d'une

sphère d'action, l'autre silué dans cette sphère, à une courte distance du premier, la dilatation atomique sphérique causée par le premier étant moins grande à la circonférence de la sphère qu'à son centre, il en résultera que le second atome trouvera dans ses déplacements postérieurs la moins grande résistance à ses mouvements sur la ligne qui joint son centre à celui du premier atome. Par suite, il tendra à se rapprocher de lui jusqu'à ce qu'il soit arrivé au contact, ou du moins à le choquer directement. Les atomes, une fois réunis, ne se pénètrent pas, puisqu'ils sont forcément impénétrables et que le mouvement rotatoire maintient leur indépendance réciproque; mats, agissant désormais comme une masse unique multiple de la première, qui sera bientôt augmentée d'une partie des autres atomes du milieu ambiant, d'après la même théorie venant les joindre de proche en proche, et avec une vitesse d'autant plus grande que la masjje centrale devenant plus considérable, l'espace libre entre elle et les couches extrêmes devient plus étendu. En d'autre» termes, le vide s'étant fait en ce point par le mouvement initial d'un atome, les atomes qui sont à la sm^face interne de ce vide, poussés par la pression du milieu ambiant, tendront constamment à le remplir. Ce phénomène doit se répéter, dans le milieu ambiant, pour chaque -agrégation initiale d'atomes, jusqu'à la rencontre de la circonférence d'usé autre sphère d'action formée par une agrégation semblable.

Tous les atomes éthérés compris 4ans une sphère

d'aclion vinrent-ils se grouper au centre de cette sphère, laissant entre le centre et la circonférence de la sphère voisine une zone de vide? L'hypothèse a une large part. Malgré le groupement atomique qui vient d'être décrit, il n'existe pas de zone réelle de vide. Si, comme cela est certain, l'espace reste peuplé d'atomes, il est évident que cet ensemble d'atomes non agglomérés doit avoir une densité beaucoup moindre qu'à l'origine. Il est permis de supposer que, parmi les atomes, ceux-là seuls pour lesquels les différents chocs ont les premiers établi le parallélisme des axes, ont formé le groupe central qui, animé d'un mouvement de rotation très accéléré, résultat des différents mouvements des atomes qui le composent, n'a pas permis aux autres atomes qui venaient le choquer obliquement, de se' joindre à lui. Il y aurait donc eu, dans une sphère d'action, deux phénomènes, l'un de concentration, l'autre de répulsiott.

Le nombre des sphères d'action doit être tellement considérable qu'aucun chiffre n'en peut donner ridée. Elles furent excessivement rapprochées les unes des aii4res, bien qu'à des distances irrégulières.

Un grcmpe, par exemple, une fois formé, s% trouvera donc composé d'atomes en nombres indéterminés et différents, impénétrables; pareillement orientés et animés chacun d'un mouvement de rotation identiquement semblable pour tous. Ensemble de conditions qui en font la molécule pondérable élémentaire. Ces molécules composées d'un nombre différent d'atomes avaient donc one masse plus

OU moins grande ; or, le mouvement de translation donné aux premiers atomes, loin de se ralentir, s'étant augmenté dans chaque molécule proportionnellement au nombre d'atomes pareillement orientés et agissant ensemble, d'autre part la loi des sphères d'action continuant d'exister, il en résulte qu'il se fit un groupement de molécules pondérables, comme il s'était fait un groupement d'atomes. Les molécules formées de moins d'atomes vinrent se joindre à celles qui en contenaient un nombre plus grand, jusqu'à ce qu'elles aient donné lieu à une série de masses, ou peut-être à une masse unique contenant la matière nécessaire à la formation, soit d'un systèjne slellaire, soit de la totalité des mondes de noire univers. En se joignant, les molécules repoussèrent vers la circonférence de la sphère d'action agrandie les atomes qui ne s'étaient pas joints à elle; d'oti il résulte que les molécules de tout l'espace^ ou d'une immense partie de l'espace étant venuts se joindre et former un tout compact, l'espace se trouva entore peuplé d'une quantité mcommensurable,' mais beaucoup moins dense d'atomes primitifs. Ce sont ces atomes qui exercent sur les njoléculis pondérables une pression telle que ces molécules ne peuvent plus se séparer sans un effort violent; enfin ce sont ces atomes qui forment la matière dont l'existence est aujourd'hui généralement admise et qui portent le nom de matière intraslellaire, d'éther, dont les mouvements causés soit par les mondes ou foyers de mouvement les plus voisins, soit par certaines perturbations gêné-

raies, sont devenus : la chaleur, la lumière el Télectricilé.

Il ressort de celle exposition que chaque molécule pondérable de matière étant le résultat de l'agrégation d'un nombre indéterminé mais proportionnel à son poids d'atomes d'éther, tous semblables les uns aux autres, l'univers n'est qu'une agrégation immense d'atomes d'éther. « Dans une molécule, dit le père Seccbi, auquel est empruntée la plus grande partie de cette théorie, les atomes ne sont pas nécessairement en contact absolu, il suffit d'un synchronisme exact de leurs mouvements qui donne à tous les atomes élémentaires une parfaite unité d'action et une énergie proportionnelle à leur nombre. La rotation des atomes en favorise beaucoup le ** , groupement; en effet, comme ils s'entrechoquent -*

sans cesse, le parallélisme s'établit peu à peu entre les axes d'un certain nombre d'atomes qui bientôt : •?<

s'assemblent en une seule molécule... Dans des -»'

groupes d'atomes, formés xgmme il vient d'jètre dit, les éléments ne sont liés par. aucune force spéciale. Ils restent accolés les un» aux autres, d'abord parce qu'ils ont une égale vitesse dams la même direction, et ensuite parce que le milieu ambiant exerce sur eux une pression (t). »

(i) Unité des forces physiques, liv. IV, cfaap. nr, p.j626, 632. La compréhension parfaite des mouvements atomiijiies présente des difficultés sans nombre, et bien des données ne sont encore que de pures hypothèses; il faudrait des volumes pour les discuter à fond, aussi n a-t-on prétendu donner ici que Tidée d*une théorie qui parait en parfait accorcf avec les lois générales de la physique, qui semble une des plus belles manifestations de Tintelligence et

TfY--.^

Étant donc admis que la masse ou les masses de matière dont les mondes furent formés sont une immense agrégation d'atomes d'éther devenus molécules pondérables, on doit reconnaître qu'elles sont si petites, qu'il en faudrait bien des millions pour représenter la longueur d'une onde lumineuse, et qu'il faut, c'est là la vérité, concevoir ces atomes à la fois en état constant de pression les uns contre les autres par suite de l'influence du milieu ambiant, sans cependant que ce contact soit assez fort pour qu'ils se trouvent absolument liés l'un à l'autre, et qu'il faut admettre aussi que ces atomes sont doués d'un mouvement perpétuel de rotation sur leur axe dont la même pression assure le parallélisme. A quel développement prodigieux de chaleur ne va-t-on pas arriver, si l'on prouve que le mouvement rotatoire des atomes n'est autre que la chaleur, et que mouvement et chaleur sont synonymes (1)?

dans laquelle il est permis d*apercevoir une base certaine pour rétude de la nature dans ce qu'elle a de plus quintessencié. L'ouvrage du père Secchi est certainement le travail qui donne sur le grand œuvre les aperçus qui nous semblent les plus logiques.

(1) D'après Gaucby, la distance entre deux atomes d'éther devrait être de 1/200 de l'onde rouge; or, l'onde rouge, ayant elle-même pour longueur 620 millionièmes de millimèlre, la distance entre deux atomes d'éther sérail de 3 millionièmes de millimètre.

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