CHAPITRE V
Si la chaleur est toujours le mode principal du mouvement pour l'œuvre créatrice, elle n'est pas le seul sous lequel, elle agisse ; ce mouvement est produit aussi sous forme d'amplitude vibratoire, et, dans ce cas, devient la lumière.
Comme tel, il est presque aussi utilisé dans la nature que lorsqu'il se nomme chaleur ; et l'expérience démontre que si la lumière est absente, la matière organique manque d'un de ses éléments principaux. Ne voit-on pas s'étioler les animaux et les végétaux auxquels la lumière est insuffisamment répartie ? Les espèces qui naissent en dehors de son action n'appartiennent-elles pas exclusivement aux espèces rudimentaires ?
La forme vibratoire sous laquelle le mouvement s'empare des atomes éthérés, pour devenir la lumière, se propage par une suite de vibrations causées à ces mêmes atomes par alternativité ; mais cette alternativité est tellement rapide qu'il s'en produit jusqu'à 728 millions de millions par seconde et qu'elles ne sont appréciables pour nous que dans
leur ensemble. La lumière n'est pas, comme on Ta pensé si longtemps, un fluide qui, émis par un foyer particulier, pénètre dans nos yeux; c'est un ensemble d'oscillations des atomes éthérés de l'espace, dont les ondes, se communiquant aux atomes de nos yeux, leur impriment une série de mouvements qui sont à nos nerfs optiques la sensation lumineuse. Ce que nous appelons la lumière nous semble organisé ainsi : la chaleur sort d'un centre plus ou moins considérable où se trouvent animés d'un mouvement rotatoire les atomes d'élher. Or, l'activité plus grande de ces atomes dont leur disjonction résulte, produit à tous les atomes environnants, dans le sens de tous les rayons partant d'un même foyer, un mouvement qui les disjoint plus ou moins, suivant qu'ils sont plus ou moins près du point du départ. Cette disjonction se produit donc par rayons à partir du foyer; et, comme les atomes excités ne sont pas seuls dans l'espace, mais qu'il y a dans presque toutes les places des atomes qui ne font pas partie des rayons, ces atomes, lorsque le rayon de chaleur a une certaine activité, se précipitent dans le vide laissé forcément entre eux-mêmes et le rayon calorifique. Ils viennent, par les deux côtés, choquer les rayons de chaleur de gauche à droite et de droite à gauche. D'où il résulte, pour les atomes du rayon, la vibration perpendiculaire au rayon lui-même, c'esl-à-dire la lumière. Le rayon calorique est donc seul animé de cette trépidation; et entre chacun de ces rayons on peut remarquer l'existence d'une sorte d'espace noir, par conséquent non coloré. Donc la
lumière est la vibration des atomes d'un rayon calorique causée transversalement.
Il n'existe dans la nalure que deux choses qui ne puissent cesser d'être sans que l'univers lui-même s'anéantisse : ce sont les atomes, c'est-à-dire la matière primitive, et le mouvement ou la possibilité pour la matière de devenir l'univers tel qu'il existe aujourd'hui. Ces deux choses, par cela même qu'elles sont les créations primordiales de Dieu, la base du grand œuvre, doivent, quelque effet qui se produise, rester ce qu'elles ont été créées et posséder la propriété d'inertie qui fait que l'analyse de ce qu'elles sont devenues par leurs différentes combinaisons, doit toujours permettre de retrouver ce qu'elles étaient à leur état premier. La matière est inerte, c'est un axiome ; le mouvement ne peut cesser d'être, et cette impossibilité de s'arrêter sans un ordre divin est la forme de son inertie, c'est le second axiome. Il résulte de cette inertie, que tout ce que devient la matière est dû aux combinaisons du mouvement, et qu'en dehors de l'action du mouvement, rien ne peut se produire.
Le mouvement rotatif est donc le seul phénomène naturel qui jouisse de la perpétuité; et comme tel, il est la seule source qui puisse constamment donner, sans perdre jamais. Son action peut être plus ou moins vive, l'intensité plus ou moins grande qu'il a acquise est proportionnelle à la quantité des atomes pareillement orientés qui composent chaque agglomération de matière. Il peut diminuer si l'agglomération atomique vient à diminuer; mais il restera
toujours le même tant que le nombre des atomes pareillement orientés ne variera pas, à moins qu'il ne trouve, dans une combinaison nouvelle de ses propres efforts, une cause de désorientation. Le mouvement rotatif, en vertu de sa faculté d'inertie, entrelient donc par lui-même sa perpétuité dans la proportion de la multiplicité des atomes du foyer. De plus, ce mouvement général existe partout. Avec lui-même Dieu a tout formé, et tant que la création sera, il sera aussi ; mais les mouvements venus de combinaisons faites avec lui ne sont pas perpétuels et ne durent qu'autant que la combinaison qui les a causés.
Il n'en est pas du mouvement comme de la matière passée à l'état de combinaison moléculaire : un gaz fluide matériel, élastique, devenu libre, se répand dans l'atmosphère tant que la source d'où il sort continue d'être alimentée; mais en se répandant, il épuise cette source. Le mouvement, au contraire, bien qu'il n'ait aussi, comme mouvement accéléré, c'est-à-dire plus actif que le mouvement atomique originel, que la durée de la cause qui le produit, ne diminue en rien l'intensité de cette cause. Il laisse au foyer qui lui donne naissance son intégrité. Par cela seul qu'il existe, il vit de lui-même ; c'est pourquoi on n'a jamais pu constater de diminution dans la chaleur solaire, malgré les rayons qui, nés de cet astre, répandent sur notre univers la chaleur et la lumière cheminant ensemble dans un rayon de soleil.
Le soleil, en effet, principal foyer du mouvement, est noyé dans l'éther qui remplit l'espace ; et l'agita-
lion excessive de ses propres raolécules se communique aux atomes de cet éther sans rien leur donner de sa propre substance. Elles transmettent ce qu'elles ont et non ce qu'elles sont. Leur mouvement rotatoire est plus vif que celui qui est naturel aux atomes éthérés, et ces molécules communiquent à ces atomes ce supplément de mouvement. Ces atomes, agissant de même pour leurs voisins, le mouvement émané du soleil, la chaleur, se transmet ainsi successivement à des distances incalculables. Il en est de même si le mouvement des molécules solaires est vibratoire ; mais, pas plus qu'auparavant, il ne sort du soleil autre chose qu'une transmission de mouvement, qui s'affaiblit avec la distance par suite des actions des milieux qu'il traverse. Si, en effet, une molécule matérielle s'échappait du soleil, poussée par une force quelconque, cette force s'épuisant avec l'espace parcouru, la molécule reprise, lors de l'épuisement de celte force par les pressions de milieux, contribuerait à l'augmentation de la masse de la planète vers laquelle elle eût été poussée. Si au contraire la molécule échappée du soleil passait, comme cela aurait lieu évidemment, en dehors de la zone de précipitation sur les planètes, elle deviendrait dans l'espace l'origine d'un corps nouveau. Les atomes se grouperaient autour de cette molécule, se raréfiant à tel point dans le reste de l'espace que la chaleur et la lumière n'arriveraient plus ou arriveraient complètement changées du soleil aux planètes; une certaine densité des atomes étant nécessaire à cette transmission, si l'on admet la
théorie du mouvement. D'un autre côté, les relations des astres entré eux se trouveraient complètement modifiées si Ton prend pour base la théorie des fluides. Ce gérait probablement la fin du monde ! Si la chaleur et la lumière* étant des fluides, c'est-ày-dire quelque chose de matériel, un composé de molécules, où iraient celles de ces molécules qui passeraient en dehors de la zone de précipitation vers les planètes? La matière ne pouvant cesser d'être tant que le monde est, il faut bien, on peut le répéter, que prise quelque part, elle se retrouve ailleurs. Or, ces molécules iraient évidemment jusqu'aux limites extrêmes du monde solaire, jusqu'aux points où l'action du soleil finit. Mais là peut-être s'accumuleraientelles, et à la longue elles formeraient au monde solaire une vaste enveloppe mince dans le principe, ensuite de plus en plus opaque, qui déroberait la vue du reste du ciel et troublerait tous les mouvements des astres. On peut donc affirmer que le soleil donne ses mouvements aux atomes éthérés, mais ne leur donne que cela, et qu'aucun fluide, quelque ténu qu'il soit, ne peut quitter l'astre qui par ses mouvements nous distribue la vie. Si jamais le soleil doit cesser d'émettre ses rayons, ce ne sont pas les envois qu'il nous fait de sa matière qui en seront la cause. S'il doit se refroidir, si la chaleur qu'il conlient doit cesser d'être, c'est qu'il en aura été pour lui comme pour les planètes qui ne rayonnent plus par elles-mêmes. Lorsque, dans des foyers d'atomes tels que les astres, mille et mille combinaisons moléculaires se produisent par suite de l'intensité même de ces foyers et des différences
de pressions subies par les différentes couches de leurs masses, il arme toujours, et cela d'autant plus vite que les foyers sont moins considérables, que les axes d'une certaine quantité de molécules sont troublés dans leur parallélisme et, ne trouvant plus leur place, sont rejetés par le mouvement général de Tastre, de son centre vers sa circonférence. Poussées de proche en proche, sans retrouver leur parallélisme, sans reprendre leur rang, les molécules montent à la zone correspondant à leur densité, elles y retrouvent un parallélisme nouveau et forment les éléments d'une combinaison nouvelle de matière. Ce sont les scories qui, s'épaississant peu à peu, deviennent une croûte solide, et par la suite séparent la partie de Tastre encore en fusion, de l'espace éthéré ou des gaz émanés de lui qui, plus légers que les scories, les dominent encore. Telle est la croûte terrestre entre l'atmosphère et la masse centrale en fusion; telle sera probablement celle du soleil au moment où sa lumière devra cesser.
Il est tellement vrai que la lumière n'est autre qu'un mouvement atomique de l'éther, que lorsque deux systèmes de vibrations de même étendue et de même intensité se propagent dans une même direction, si l'un des systèmes avance ou retarde sur l'autre d'un nombre pair de demi-longueurs de vibrations, les deux systèmes s'ajoutent et doublent Tintensîté lumineuse ; tandis qu'un retard d'un nombre impair de demi-longueurs de vibrations détruirait le mouvement des deux systèmes et produirait l'obscurité. C'est ce que les physiciens ont appelé la théorie
Barbie du Bogaoe. 4
des interférences. De nombreuses expériences en rendent les résultats incontestables et prouvent, de visu^ que la lumière est bien un mouvement et non une émission de fluide.
L'élude des interférences a même servi à démontrer que les couleurs si vives qu'on obtient en décomposant la lumière solaire à Faide d'un prisme ont leur origine dans la différence d'étendue des vibrations. Cette longueur va en augmentant du violet au rouge. Elle est de 423 millionièmes de millimètre pour le premier et de 620 pour le second; d'où il est facile de conclure, en divisant 77,000 lieues de 4000 mètres que la lumière parcourt par seconde dans l'espace, par les nombres 423 et 620, que le rayon violet a, par seconde, 728 millions de millions de vibrations et le rayon rouge 496.
Ainsi, il est prouvé que si avec de la lumière ajoutée à de la lumière on peut former l'absence de lumière ou l'obscurité, la lumière n'est pas un fluide matériel. En outre, la matière ajoutée à la matière donnerait une augmentation de matière et partant une augmentation de lumière, ce n'est donc pas un fluide que le soleil nous envoie sous forme de quelque chose qui devient rien. Il parait, par conséquent, surabondamment établi que la lumière est bien, comme la chaleur, une forme de mouvement. A cette ressemblance commune de mouvement, on peut ajouter que les mouvements chaleur et lumière sont connexes dans certains cas, la lumière paraissant ne se produire presque jamais qu'accompagnée de chaleur, bien que la chaleur
n'ait pas nécessairement la lumière pour compagne.
En outre, si, en variant le moment de la naissance de deux vibrations lumineuses du temps nécessaire à la production d'une demi-longueur d'onde, on obtient à volonté, soit une lumière double, soit l'obscurité, comme le prouve la théorie des interférences, il est absolument démontré que la forme affectée par le mouvement lumineux est celle des vibrations ondulatoires. EnGn, des expériences de physique basées sur la polarisation de la lumière dont la démonstration entraînerait trop loin du sujet de cette étude, mais qui sont chaque jour renouvelées dans les laboratoires, donnent à leur tour la preuve visible que les vibrations lumineuses sont transversales, c'est-à-dire qu'elles se produisent dans le sens perpendiculaire à la direction des rayons caloriques (1).
Il doit donc être admis, comme conclusion définitive, que la lumière est, comme la chaleur, un mouvement. Que ce mouvement est vibratoire et que ses vibrations se produisent transversalement ; mais, pour rendre cette démonstration plus complète encore, qu'on permette de recourir un moment à la zoologie. Ce qui vient d'être démontré physiquement parlant, c'est-à-dire que la lumière est un mouvement, on peut le prouver en disant que la lumière se révèle tout d'un coup, au milieu de l'obscurité, dans le corps de certains animaux, sans que cette partie soit en rapport avec aucune source de lu-
(1) Découverte de Frénel.
mière. Pourquoi cela? Parce que la lumière natl, ou mieux existe là où le mouvement, qui est elle, est donné aux atomes d'éther par un effet quelconque. Il est causé, chez quelques animaux, par une action des molécules de leur corps. D'où vient cette lumière chez le ver lumineux ou chez la luciole? Estelle amenée d'un centre commun pour être ainsi isolée? Rien ne nous l'indique et ne nous enseigne comment la lumière, dite alors fluide lumineux, serait venue là. Ce fluide est-il passé de la mère à l'enfant? Mais l'enfant, tout jeune, ne l'avait pas, car généralement il ne vient qu'à l'âge adulte. Ce serait donc une poche pleine de ce fluide emmagasiné dès la naissance qui reparaît à un moment donné pour briller et se transmettre aux descendants? Non, on ne saurait trop le répéter, il n'existe pas de fluide lumineux. Si, dans les belles nuits, au milieu de l'obscurité, nos yeux voient sur les gazons des vers lumineux ou mille petites lucioles scintillant dans l'atmosphère, ou mieux encore, si nos yeux contemplent à perte de vue ces vagues phosphorescentes de la mer dont la lumière se développe et brille à chaque coup de rame, notre esprit ne se demandera-t-il pas : « Où dois-je chercher la source de ces lumières indépendantes les unes des autres qui animent la nature ? » N'est-il pas plus sage de comprendre : que les animaux phosphorescents n'ont à eux qu'une faculté, celle de donner à tout leur corps, à une partie de leur corps ou à un liquide qui s'y trouve, le mouvement vibratoire transversal qui est lumière ? Que ce mouve-
ment naisse, n'importe où, la lumière sera produite^ C'est véritablement inouï de parler de lumière fluide. Pour détruire cette idée, on ne peut répéter mieux que ceci : A quoi dans la nature sert la lumière, aussi bien sur la plante que sur l'animal? Avec l'un et l'autre, elle aide, par le mouvement atomique qui est elle, à la décomposition la plus infiniment petite de tous les éléments naturels que l'atmosphère comprend ; et elle donne aux molécules de tous les gaz une plus ample et plus vivante existence, oh elle agit directement. Si la plante et l'animal sont privés de lumière, la vigueur ou la santé botanique ou zoologique languissent. Les représentants de ces règnes perdent leur verdure, deviennent maigres, rachitiques, s'étiolent. Il faut, au contraire, que la lumière pénètre absolument dans l'air, que par sa force elle détermine les mouvements nécessaires aux gaz qui le composent ou qui y sont adjoints, pour que chaque gaz agisse suivant ses qualités. Alors cette lumière favorise chez les plantes et chez les animaux les introductions qui sont les bases de la verdure et de la composition du sang. Donc la lumière fluide, jamais! La lumière mouvement, toujours !