CHAPITRE VI
l'électricité.
Le troisième des grands mouvements qui représentent l'ensemble des forces de la nature est le mouvement de translation. Il s'agit de démontrer ici, comme on l'a avancé précédemment, que ce mouvement est l'électricité.
Étant donné un milieu homogène, si, sur un point quelconque de ce milieu, une pression supérieure à celle que le milieu exerce sur lui-même vient à se produire, il est évident que cette pression, en condensant dans une certaine direction la matière la plus petite possible qui compose ce milieu, laisse par contre, derrière elle, un vide que tend à combler la pression propre au milieu environnant. Si donc il existe un milieu tel que les mouvements de transport ne puissent se faire dans tous les sens avec une égale facilité, le vide produit par la pression artificielle sera comblé dans le sens où ce milieu se meut le plus facilement. De' là naîtra un courant de matière voulant combler le vide derrière la pression et dans le même sens qu'elle. Ce courant se produit donc dans le
sens de la plus grande facilité de déplacement.
Cet effet peut être amené par diverses causes, et particulièrement par une différence de densité. Ainsi, le gulf-stream, au lieu de se répandre en tous sens, traverse l'Atlantique sans mélanger ses eaux avec celles de cet océan, jusqu'aux rivages de l'Europe, parce que, par suite de l'évaporalion que ces eaux doivent à la chaleur équatoriale, elles sont plus salées, c'est-à-dire plus denses que celles qu'elles traversent. Si au lieu d'eau on prend l'élher universel pour milieu (comme on sait que, par suite du mode de rotation de ces atomes, lorsqu'il est à l'état libre, les mouvements de translation ne peuvent se faire dans le même sens avec une égale facilité), on comprendra que si sur un point quelconque un vide se produit, ce vide donnera lieu à un véritable fleuve d'éther dans le sens de la pression, si le sens de cette pression coïncide avec la direction de plus grande facilité de déplacement. Or ce sens sera toujours acquis à toute pression; car l'effet de la pression ne peut se produire que dans le sens où la résistance atomique est la moins grande.
L'électricité se révèle surtout pour nous par son contact avec la matière pondérante. Cette matière est-elle sa cause ou son agent?
Évidemment elle n'est pas sa cause, puisqu'il faut la dissocier pour obtenir les phénomènes électriques, c'est-à-dire y chercher quelque ohose qui n'est pas elle, mais qui est renfermé en elle. La matière n'est pas non plus un agent, car elle
n'opère pas les phénomènes, elle les' subit. Dans tout développement d'électricité il y a transport; si donc il est prouvé que ce n'est pas la matière pondérable qui se transporte, comme il n'existe que la matière pondérable ou celle qui ne Test pas, du moment où ce n'est pas la matière pondérable qui produit ces phénomènes, il faut bien que ce soit sur la terre même la matière impondérable ou l'éther. Or, si l'on se sert comme conducteur, d'un fil formé de plusieurs métaux mis à la suite les uns des autres, lorsqu'il y a décharge électrique conduite par ce passage, les étincelles de l'un de ces métaux ne pénètrent jamais dans l'intérieur de celui qui le suit, d'où, dit le savant père Secchi, on peut voir que la matière pondérable est passive ; elle favorise la décharge, mais n'en est pas la cause efficiente. Si parfois des parcelles solides sont entraînées au moment des décharges électriques*, ce sont toujours des parcelles de surface, dii'igées rarement et à très petite distance à la surface de la matière suivante.
Dans la pile de Bunsen, par exemple, Teau en se décomposant par Faction réciproque de l'acide sulfurique et du zinc rend libre une portion de l'éther qu'elle contenait, laquelle portion pénètre dans le charbon. Le vide d'éther s'étant donc produit dans le zinc, la matière universelle se concentre sur le charbon de chaque élément ; et si les lames de la pile sont indépendantes l'une de l'autre, le zinc est, dit-on, chargé d'électricité négative et le charbon d'électricité positive. Mais si par un fil métallique
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on réunit le charbon et le zinc, en vertu de ce principe : Que dans un milieu homogène toute pression donne lieu à un courant, il s'établit dans la pile un courant d'éther allant du ïinc, pôle négatif, au charbon, pôle positif.
En outre, si on attache d'une part au charbon, de l'autre au zinc, deux fils métalliques indépendants l'un de l'autre, il arrive, si l'on joint ces fils l'un à l'autre lorsque l'action chimique a commencé, qu'un flux continu d'électricité s'établit du pôle positif au pôle négatif en passant par ces fils conducteurs. On obtient ce courant aussi étendu qu'on le désire en multipliant les éléments. Si au contraire les fils ou électrodes ne sont pas réunis par leurs extrémités, il se produit dans le fil positif une tension, c'est-à-dire, une accumulation d'éther telle, qu'une nouvelle quantité d'éther ne peut plus y trouver place et que l'action chimique ou électromotrice ne pouvant plus lui rien envoyer cesse de se produire. Il y a équilibre de forces. Il ne faut donc plus parler, comme on l'avait toujours fait, d'une électricité positive et d'une électricité négative ; il n'existe^ et c'est cela qui est l'électricité, qu'un cquranl, qu'un mouvement d'éther qui, provoqué par une action chimique, passe d'un point, dit pôle négatif, à un autre point dit pôle positif. Un conducteur étant fait, le courant retourne à son point de départ.
Il est bien démontré, du reste, que c'est d'un courant d'atomes éthérés qu'il s'agit, par ce fait que, du moment où les fils sont séparés, c'est dans celui du pôle positif qu'on a la plus grande intensifé de
pression des atomes et par conséquent de chaleur ; tandis qu'au fil fixé au pôle négatif, les atomes ne se condensant plus autant, la lumière peut se faire sentir. Disons, pour être mieux compris, qu'au pôle positif, en effet, une pression excessive est produite par l'arrivée des atomes éthérés rotatifs qui en augmentent beaucoup le nombre et la chaleur ; tandis qu'au pôle négatif la diminution d'atomes et sa manière lente de se remplir perpendiculairement d'éther ambiant en donnant, plus de place aux atomes pour effectuer leurs évolutions, font que les vibrations ont de plus en plus d'amplitude, et par conséquent, c'est la faculté de production de la lumière qui lui incombe.
Les électrodes restant non réunies, la chaleur de la source chimique s'accumule dans l'électrode positive pour fermer l'arc voltaïque, lorsqu'approchant de lui l'électrode négative, on apporte par cet arc la qualité lumineuse.
La désignation, fruit de la nature des différentes espèces de la matière métallique, en corps bons conducteurs et en corps mauvais conducteurs de l'électricité, montre bien que l'électricité est un effet de transport, de translation. La constitution de l'éther doit être la même dans tous les corps ; et s'il y a des corps bons ou mauvais conducteurs, cela tient à la constitution moléculaire de ces corps. Les molécules, suivant qu'elles sont disposées, suivant qu'elles sont constituées, c'est-à-dire plus ou moins éloignées, plus ou moins enchevêtrées, ouvrent aux mouvements de l'éther des portes plus ou moins larges, plus ou
moins -directes. Mais on objecte que ce sont justement les corps diaphanes qui sont les plus mauvais conducteurs; cependant, ce sont eux qui laissent le mieux passer la lumière. Cela tient à ce que la lumière n'est qu'un mouvement vibratoire qui peut parfaitement se transmettre aux atomes d'éther qui séparent les molécules d'une plaque de verre, par exemple, dont, quelque enchevêtrées qu'elles soient, ils remplissent tous les interstices ; tandis que l'électricité étant un mouvement de translation instantanée de l'éther, l'enchevêtrement des molécules du verre peut s'opposer au passage des atomes dans leurs intervalles. En un mot, la lumière passe parce qu'elle n'est qu'une vibration, et qu'une vibration peut toujours se transmettre d'un atome à un atome voisin ; quant à l'électricité, elle ne passe pas, parce qu'elle est un mouvement de transport poussant une masse d'atomes dans un sens déterminé, auquel les molécules, non régulièrement placées, présentent un obstacle. C'est tellement vrai, que la conductibilité d'une substance dépend de sa structure moléculaire, et que le même corps possède à cet égard des propriétés différentes suivant ses différents états. Ainsi, le charbon isole à l'état de diamant et conduit à l'état de graphite. En principe, nul corps n'est parfaitement conducteur, nul n'est parfaitement isolant.
La preuve que ce qu'on nomme un courant est un véritable flux de matière non pondérable dans l'intérieur des conducteurs, se rencontre dans ces lois parfaitement vérifiées aujourd'hui : que la tempe-
rature d'un courant varie en raison du cacré delà section du fil; et comme dans tous les courants, sa vitesse est inversement proportionnelle à sa section.
Une autre loi essentielle des phénomènes électriques, c'est que le travail extérieur des courants ne dépasse jamais la somme de travail produite par la décomposition chimique qui les engendre. Il y a métamorphose de mouvement, mais l'équivalence est complète. Tant d'éther mis en liberté par l'action chimique, tant de travail produit.
D'après tout ce qui précède, on peut donc rejeter l'hypothèse d'un fluide électrique positif et d'un fluide électrique négatif pour n'admettre qu'un courant parfaitement homogène d'éther ; d'où il ressort qu'il faut écarter également la théorie qui prétend que les électricités de même nom se repoussent et que celles de noms contraires s'attirent. Lorsque deux corps sont en présence, si dans l'un se trouve accumulée une quantité d'atomes d'éther supérieure à celle que la nature a affectée à sa constitution, et que dans l'autre, au contraire, il n'y en ait pas la part qui doit lui être régulièrement départie, il se produit ce qu'on appelle une décharge, c'est-à-dire un transport, parfois instantané, du trop-plein de l'un dans le vide de l'autre. On constate particulièrement ce fait en regardant les nuages. Sont-ils également chargés d'atomes éthérés, ils passent tranquilles à côté l'un de l'autre ; sont-ils, au contraire, l'un trop chargé d'atomes, l'autre pas assez, lorsqu'ils deviennent voisins, une
décharge lumineuse est produite. C'est-à-dire que les atomes de l'un passent dans l'autre avec éclair. Un pareil mouvement cause dans le milieu qu'il traverse un ébranlement qui, pour nous, se traduit en lumière et en son. Si les atomes éthérés du nuage qui est le plus chargé sont en quantité telle que celui qui l'est moins ne peut les contenir tous, lorsque ce dernier rentre, par suite de la décharge, dans son état normal, les atomes surabondants du premier nuage étant transportés instantanément vers l'autre, ne trouvant où se fixer, deviennent une condensation d'atomes solides, ou tout au moins liquides, ce qui n'est autre que la foudre, et qui, comme telle, vient frapper la terre.
Ainsi l'électricité est bien un mouvement de transport toujours provoqué par un vide atomique produit dans la masse éthérée que comble un phénomène quelconque, naturel dans l'atmosphère, et qui semble ne plus exister, malgré le grand rôle qu'il y joue peut-être et que nous ne pourrons pas contempler dans l'immensité absolument calme, en dehors de toutes les zones planétaires ou stellaires. Comme Téther est partout et forme tout, on observe facileigent les flux de ses atomes dans le sein de la matière pondérable. Cette matière, en plaçant le courant dans des conditions particulières, procure à l'industrie humaine cet avantage de le maintenir dans des limites que la science lui assigne lorsqu'elle veut en tirer parti. C'est ainsi que nos fils électriques sont de longues routes que le courant d'éther parcourt et qui empêchent sa diffusion dans l'espace.
Ce qui est dit de l'électricilé, on peut le dire également du magnétisme dont les effets ne sont que des formes particulières que réleclricilé affecte. L'étude des forces dites magnétiques prouve que ces forces se réduisent, soit à des courants d'éther, soit à des différences dans la densité de Téther ; c'està-dire que tout éther excité court après un vide fait dans son voisinage, dans la masse de Téther. Ces mouvements passant très souvent dans l'atmosphère sur des espaces immenses entraînent vers eux les atomes d'éther de la matière pondérable de façon à ce que tout s'en ressente dans la nature. Dans certains grands bouleversements, l'homme même, se trouvant sur terre, dans des passages électriques ou si l'on veut magnétiques, en éprouve une gêne très réelle qui lui fait deviner qu'un orage se prépare.
L'aimant est, si l'on veut, une barre de fer qu'on nomme ainsi parce qu'on lui voit attirer la limaille de fer ; or, on aurait peut-être dû ne la nommer que barre du vide, car elle n'atlire le fer que par la qualité qu'a le trop-plein à remplir le vide. La limaille plus aimantée, étant surabondamment poussée par les atomes qui l'entourent, se précipite sur la barre et y reste d'autant mieux attachée que le parallélisme des axes coïncidera. Lorsqu'on frotte un bâton de cire à cacheter pour enlever avec lui des petits papiers, on ne le rend pas électrique, on le prive au contraire de quelques atomes de surface, ou même on les écarte les uns des autres par le frottement sur la manche; et les atomes un peu trop nombreux des petits papiers viennent
aussitôt les remplacer, ou les presser davantage. Ainsi semble démontrée la définition placée en tête de cette longue digression, à savoir: que la chaleur, la lumière et Téleclricité ne sont que des modes du mouvement; or, comme la chaleur, la lumière et Téleclricilé sont les agents primordiaux de la création, on est fondé à soutenir que du moment où Dieu eut donné à Tatome infinitésimal, né de sa volonté toute-puissante, le mouvement également soumis, le grand œuvre commença à s'accomplir dans toute son étendue, avec toutes ses conséquences.