CHAPITRE IX
l'écorce terrestre.
Les géologues admettent dans l'histoire de la création de la terre certaines périodes principales auxquelles ils ont donné le nom d'époques ; toutes diffèrent par les actions physiques ou chimiques qui s'y sont produites. Elles offrent partout et toujours ce consolant spectacle de la matière obéissant, malgré ses commotions, à des lois qui lui sont supérieures, et auxquelles, quoi qu'elle fasse, elle ne peut se soustraire. Quel admirable spectacle de la voir sans cesse bondir pour échapper au joug; puis, sous la pression de la volonté divine, retomber dans son inertie, se relever encore pour s'abaisser de nouveau un instant plus tard, laissant après chaque bond un élément de plus à la création, jusqu'à ce que, ses commotions de moins en moins furibondes, elle accepte cette humiliation glorieuse et borne ses efforts à l'admirable travail de végétation qui, répondant aux desseins du Maître, fait aujourd'hui de la terre le superbe domaine qu'il nous a donné.
L'étude de la géologie si féconde en détails n'entre qu'en partie dans le cadre de ce travail. Les grands
Irails seulement de cetle science et quelques faits saillants se rattachant, soit à la botanique, soit à la zoologie, intéressent la philosophie générale. Qu'on nous pardonne donc si nous ne sommes pas bien ordonné dans Texposé de la marche aujourd'hui suivie.
Les périodes anciennement admises dans la classification géologique sont au nombre de cinq : les époques primitive, de transition ou primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. Il faut bien se garder de conserver un caraclère absolu à ces dénominations. Rien n est plus irrégulier que la disposition des différents éléments à la surface du globe. Bouleversées maintes et maintes fois, les couches se sont trouvées non seulement mélangées de toutes les manières, mais encore modifiées par le contact les unes des autres, par les différences de température, par les infiltrations gazeuzes ou liquides. Ces cinq dénominations ne sont donc qu'un moyen d'ordre utile, mais essentiellement défectueux.
On se rend mieux compte des divers éléments qui forment aujourd'hui la croûte terrestre, en classant les différents terrains en trois grandes catégories : les scories ou Técume de la masse en fusion, les éruptions et les formations dites sédimentaires. Dans bien des points les deux dernières de ces catégories furent à peu près simultanées, ce qui les rend, lorsqu'on ne fait pas sérieusement de cette science, bien plus difficiles à placer à leur rang. Ainsi les scories commencèrent les premières à se former: puis, leur formation à peine ébauchée, les éruptions
se produisirent, et enfin, lorsque celte masse fut parvenue à une certaine consistance, les formations sédimentaires eurent lieu. Les éruptions, en outre, devaient durer, en s'affaiblissant tout le temps de Védification de la croûte terrestre; tandis que les scories diminuaient dans la proportion de Taugmentalion des éruptions et des sédiments, pour cesser complètement à la surface, dès que le sol fut entièrement soudé. Pour nous tirer de ce dédale, acceptons donc la théorie des époques.
De la période des scories, on ne sait rien. On croit les retrouver dans les granités, dont toutes les formations sont celles qui, sur le globe, occupèrent les plus grands espaces; mais rien n'est moins certain. Peut-être les scories ont-elles toutes disparu de la surface du sol, par suite des bouleversements dont riiisloire géologique de notre planète n'est que la longue énumération. Jusqu'ici la période de formation des granités' et de leurs dérivés était dans la géologie la première des cinq époques admises, bien que ces époques se rapportassent plutôt aux formations sédimentaires et que le granité soit évidemment un produit de fusion. Cela tient à ce qu'il faut une base sur laquelle tout le reste de Técorce terrestre puisse s'étayer, et à ce que les gneiss et les schistes, dérivés du granité, sont souvent le résultat des actions métamorphiques. Mais quelle qu'ait été la première couche, ce qu'on peut avancer, c'est que les scories, jusqu'à ce qu'elles eussent acquis une certaine consistance, rompaient sans cesse, donnant passage à des éléments projetés par les derniers
bouleversemenls de la masse ignée. Ces éléments se répandant, soit au-dessus, soit à côté des scories, les soudaient les unes aux autres. Ils durent être, et furent évidemment, d'une nature toute différente de celle des scories ; ils ont Taspect propre aux liquides solidifiés par le refroidissement.
D'abord incessamment renouvelées, les éruptions qui avaient commencé aux premières couches de scories devinrent de plus en plus rares avec l'épaississement de la croûte terrestre et finirent par se localiser en certains points où des fissures, des trous ou puits, traversant la couche solide, livrèrent passage au liquide en fusion. Les matières déposées par ces éruptions, refroidies par la suite et s'accumulant à chaque nouveau cataclysme, ont élevé peu à peu Forifice de ces puits, au point de les porter sur le haut de véritables montagnes qu'on nomme aujourd'hui des volcans, ou dans les fissures que parfois elles produisent dans le bas de ces immenses colosses. C'est par ces ouvertures que le liquide en fusion, la lave, s'échappe à certains moments, et c*est par le sommet du cône que les gaz, la vapeur d'eau, l'eau bouillante elle-même, la cendre, les pierres, s'élancent dans l'espace pour tomber ensuite sur les contrées avoisinantes.
Les éruptions de liquide en fusion ne sont cependant pas toujours parvenues à la surface de la croûte terrestre ; beaucoup se sont bornées à remplir les crevasses mêmes de cette croûte au-dessous de sa surface, où elles ont formé ce qu'on appelle des filons de matière volcanique. Que de mines précieuses
le Créaleur n'a-l-il pas mises ainsi à la portée de l'être dont il formait la demeure !
Les tremblements de terre ont aussi leur place dans la série des phénomènes éruptifs. Ils ne sont autres que TefTet des secousses que causent à la masse centrale, soit des mouvements de cette masse vraisemblablement liquide, soit les explosions gazeuses qui s'y produisent sous l'influence d'une température dont nous ne pouvons avoir l'idée, soit les ondulations causées par les marées qui agissent sur le sol tout entier, soit enfin de l'eau qui, au moyen d'une fissure, étant tombée de l'Océan et parvenant aux environs du foyer central en fusion, se change en vapeur d'eau et cherche à se développera l'air libre.
Les élévations des montagnes ont probablement laissé sous les chaînes qu'elles forment des espaces proportionnellement vides, où la masse en fusion va et vient, suivant peut-être les ondulations qu'elle subit. C'est dans ces espaces, en attendant qu'elle les ait comblés par ses attachements, que la nappe de feu prend ses ébats.
Les montagnes isolées ne se sont évidemment fixées aux points qu'elles occupent aujourd'hui, que lorsque la croûte terrestre a été presque formée. Jusque-là elles étaient balancées sur le liquide en feu^ y faisant ce que font les banquises de glace en parcourant les mers. Elles étaient hautes en dessus, mais plus larges en dessous, surtout lorsque les scories s'attachaient à elles. En certaines places, leur masse inférieure, bien plus puissante, dut être souvent heurtée et fixée à des masses semblables; aussi les
tremblemenls de terre doivent y êlre peu fréquents ^^ moins bouleversants. Au contraire, sous les ^naines qui, suivant M. deLapparent, ont été élevées lorsque la croûte terrestre était déjà faite, il semble que les tremblements de terre suivent volontiers la direction de ces chaînes, surtout lorsqu'elles sont au bord de la mer et dans certaines îles ou pays étroits et longs. Si, près d'une mer profonde, on veut bien se figurer un triangle, l'un des côtés sera la ligne descendant du rivage à travers le sol, jusqu'au liquide en fusion ; l'autre partant du pied de celui-là avec lequel il forme vers la mer un angle droit, la ligne qui rejoint le départ du premier au point extrême du second sera l'hypoténuse du triangle. Or, comme le côté d'en bas s'étend loin sous la mer, l'hypoténuse étant forcément le plus grand des trois côtés, la masse ordinaire du sol se trouve répartie sur une ligne plus étendue, et par conséquent d'une solidité moins grande. C'est là, je crois, où les tremblements de terre ont le plus de facilité de sévir. Si même des montagnes élevées sont presque au bord de la mer, au lieu de prendre le point de départ du côté perpendiculaire sur le rivage, on le fixe en haut de ces montagnes, l'hypoténuse est encore plus longue, et la résistance d'autant moins grande. Les chaînes de montagnes placées près des côtes ne sont-elles pas le domaine des tremblements de terre, malgré leurs échappatoires, les volcans? Je ne citerai comme exemple que la Cordillère des Andes et les montagnes de l'Amérique centrale.
Les volcans sont, dans ces cas, les soupapes de
sûrelé de la lerre. Causés par les éruplioDS mêmes, ils sont le correctif de ces éruptions : preuve nouvelle que, là où ce qui fait mal fut nécessaire à la confection du grand œuvre, le Créateur a placé ce qui le rend moins grand, ce qui fait du bien!
Les roches solides, plus ou moins vitreuses, échappées aux volcans qui se rapportent généralement au groupe des silicates anhydres, sont un composé de dilTérentes matières dont il est difficile de déterminer la base et qu'on a classées artificiellement en trachyle, en obsidienne, en laves compactes ou poreuses, en pouzzolanes, etc.
Sous le titre de roches produites par la fusion, mais dont Tépanchement à la surface du globe précéda de beaucoup les volcans, on peut comprendre, soit les roches qui, comme le granité, formèrent vraisemblablement la première couche de Técorce terrestre, soit les roches de cristallisations intercalées dans les différents dépôts granitiques. Le granité, composé de mica, de feldspath et de quartz, se trouve tantôt isolé, formant les dépôts les plus vastes de la surface du globe, tantôt noyé parmi les dépôts sédimenlaires. Il présente des variétés suivant les proportions dans lesquelles sont compris ses différents éléments ; et d'autres variétés encore dans lesquelles certains de ces éléments viennent, soit à manquer, soit à se combiner avec des matières nouvelles telles que : la siénite, le gneiss, la leplynite. A la suite, et côte à côte avec le granité, on rencontre les porphyres, diorites, serpentines et trApps dont les filons ont pénétré dans les couches supérieures,
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s'élevant même, pour les serpentines, jusqu'au sommet du terrain tertiaire. Enfin, on constate, parmi les produits de fusion n'ayant apparu qu'à l'époque de la craie et dont les infiltrations se sont continuées jusqu'à l'époque actuelle : les basaltes, les Irachyles, les phonolithes, etc..
L'influence de ces produits de fusion sur les terrains sédimentaires où ils pénétraient a donné naissance à une série de roches dites métamorphiques qui, sous l'influence de la chaleur, présentèrent tantôt des matières cristallines modifiées par des sédiments, tantôt des sédiments modifiés par des matières cristallines, donnant ainsi lieu aux combinaisons les plus variées. Souvent ces combinaisons se suivent presque insensiblement. La constatation de ces mélanges est, parfois, une des grandes difficultés de l'étude de la géologie.
L'époque dite primitive, au delà de laquelle on eatre, à proprement parler, dans la recherche des terrains de sédiments, est donc représentée par la période de formation des granités et de leurs dérivés qui sont, presque partout, la base sur laquelle reposent les autres terrains, bien qu'ils se trouvent quelquefois portés par des rehaussements, jusque dans des couches beaucoup plus récentes.
C'est, pendant la seconde époque, dite de transition ou primaire, que se formèrent les premiers dépôts auxquels on puisse attribuer réellement le nqm jie- sédiment. C'est-à-dire qu'à l'origine de cette époque, les eaux condensées, mais encore extrêmement chaudes, commencèrent à séjourner dans
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les parties les plus basses de la croûte terrestre où elles laissaient peu à peu tomber les matières qu'elles avaient entraînées en descendant des points les plus élevés dont mécaniquement ou chimiquement elles désagrégeaient, puis lavaient la surface. Ces eaux donnèrent ainsi naissance à des couches plus ou moins épaisses, primitivement de nature à peu près semblable, mais qui varièrent beaucoup par la suite, lorsque des éruptions de nouvelles matières ignées et d'autres cataclysmes de tous genres modifièrent les éléments de la surface du globe. Ces couches de sédiments seraient toutes parallèles si les bouleversements intérieurs n'avaient continué; mais, à cause d'eux, elles sont aujourd'hui soulevées, redressées, bouleversées, portant écrite, en quelque sorte, l'histoire de notre planète. Comme les sédiments antérieurs à tel oju tel bouleversement sont différents des sédiments postérieurs, les savants ont pu étabhr une classification sans laquelle la science géologique n'existerait pas ou serait, du moins, très difficile à comprendre. L'étude des terrains sédimentaires s'appuie cependant, en avançant en âge, sur d'autres points de départ, ceux que fournissent les restes organiques qui s'y trouvèrent noyés et qui se sont conservés. A celte base nouvelle répond une nouvelle science, sœur de la géologie : la paléontologie.
Les couches principales généralement admises comme formant les terrains de transition ou primaires sont dites cumbrienne, silurienne et dévonienne. C'est dans le schiste cumbrien qu'on rcn-
contre les premiers débris organiques, c'est-à-dire la première manifestation de la vie à la surface du globe. Elle y est encore bien rudimentaire cette manifestation ; mais elle y est, et avec elle se présente une des plus grandes questions que la philosophie ait à élucider. Existe-t-il un fluide vital? — Pourquoi la vie est-elle ici et n'est-elle pas là? — Pourquoi vient-elle ; pourquoi cesse-t-elle? Qu'estce donc que la vie ?
Ce serait peut-êlre le lieu de faire ici , et à ce sujet, une longue digression ; mais il semble préférable d'écarter momentanément ces demandes, pour achever le court exposé de ce que la géologie a révélé de l'œuvre divine. Il sera temps, après, de se rendre compte si les solutions si controversées de ces problèmes ne laissent pas cn4reYo4» la signature du Créateur dans la trace d'un plan constamment et merveilleusement suivi.
Ces premiers organismes du terrain cumbrien sont, pour la végétation, sous la forme de quelques empreintes de fucus, et pour le règne animal, de quelques rares encrines (sorte de zoophytes), de quelques débris de mollusques brachiopodes. Dans les dépôts siluriens et dévoniens, où les grès dominent, à la surface, on trouve dans le calcaire carbonifère les premiers amas de combustible, l'anthracite. La quantité des restes organiques y augmente considérablement, en même temps que les types se perfectionnent. Les trilobites, les polypiers se rencontrent fréquemment. Les poissons apparaissent, tandis que les couches d'anthracite portent
Tempreinle de végétaux tels que : les fougères et les calamiies.
Le grès houiller proprement dit succède au calcaire carbonifère et termine la période conventionnelle dite de transition. En plein dix-neuvième siècle, décrire le terrain houiller est presque un lieu commun. Le combustible qu'il renferme, négligé si longtemps, est aujourd'hui dans toutes les mains, sert à mille usages et ramène involontairement la pensée vers cette idée, que les progrès que peul faire l'humanité sont dans les desseins de Dieu. En créant le monde, il a voulu des réserves telles, qu'à chacun de ses progrès correspondît, pour l'homme, le moyen d'utiliser son œuvre et d'avancer toujours. C'est l'une des preuves de ses grandes lois; et l'homme, en prenant le progrès réalisé pour base du progrès à venir, marche bien dans la voie que Dieu a voulue.
Il est juste de dire qu'avec les grès houillers les végétaux augmentent dans une incalculable proportion, puisque ces organismes, accumulés par les révolutions terrestres dans les dépressions du sol, forment la houille elle-même. On peut citer les principales espèces dont on retrouve les empreintes dans ces immenses accumulations. Ce sont : les fougères les plus variées, les prêles, parmi lesquelles on remarque les calamiies, les lycopodiacées qu'on reconnaît particulièrement dans les lépidodendrons, sorte d'arbres dont on a retrouvé des représentants ayant plus de 20 mètres de longueur ; les cycadées, connues sous le nom de sigillaria, et enfin des co-
nifères, la plupart assez semblables aux araucaria actuels. La faune, dans les grès houillers, est beaucoup moins riche que la flore. Peu de coquilles marines, quelques débris de poissons dans le genre des esturgeons et quelques sujets également de l'espèce des squales.
Les terrains de sédiment, de Tépoque dite secondaire, offrent une grande variété de composilions. Leurs premières assises, connues sous le nom de pénéennes, comptaient : le grès rouge, peu fertile en organismes ; le calcaire pénéen, où Ton rencontre pour la première fois des reptiles sauriens; et enfin, le grès des Vosges. Au-dessus des terrains pénéens viennent les terrains triasiques, composés de couches de grès et de marnes très différentes les unes des autres. Le calcaire conchylien qui en fait partie renferme un grand nombre de coquilles, parliculièremenl du genre ammonite. On y remarque aussi beaucoup d'encrinites. Pour la première fois on y signale des traces laissées par des oiseaux, et les paléontologistes y ont reconnu des débris des grands batraciens.
A la suite des terrains triasiques viennent les terrains jurassiques, qui se composent de dépôts successifs de marne, de calcaire, d'argile et de sable ; mais qui sont surtout remarquables par les organismes nombreux et déjà très perfectionnés qu'ils renferment. En fait de végétaux, on y retrouve encore des fougères, des cycadées, des conifères^ mais de genres différents de ceux des terrains plus anciens. Les coquilles sont nombreuses dans le lias.
la première des couches jurassiques. On y compte des ammonites, des bélemnites, des trigonia ; mais ce qui rend surtout remarquable cet étage de la croûte terrestre, c'est la présence des grands reptiles tenant du poisson, du serpent, du batracien, du mammifère, tels que les plésiosaures, les ichthyosaures, dont on mesurait les premiers jusqu'à 4 mètres et les seconds jusqu'à plus de 7 mètres de longueur, et surtout le ptérodactyle, le plus curieux de tous, en ce qu'il tenait à la fois de l'oiseau par la tête et le col, des mammifères par le tronc, des chauves-souris par les ailes et les membres. Les seiches et surtout les polypiers distinguent encore la période jurassique. Aux terrains jurassiques succèdent les terrains crétacés. C'est une des couches les plus épaisses de la croûte terrestre. On la divise en deux parties : Tune formée des terrains crétacés inférieurs qui, touchant aux grès de l'époque jurassique, se confondent parfois avec eux et sont souvent mélangés de sable, d'argile bigarré, de vastes dépôts de minerais, de fer, de craie verte et de craie tuffeatî; l'autre formant les terrains crétacés supérieurs, composés d'argile appelée craie marneuse et de craie proprement dite ou craie blanche. Dans la craie inférieure on trouve des cycadées, divers conifères et fougères. Le règne animal y est représenté par des débris de coquilles très caractéristiques, tels que les trigonia alaeformis, de polypiers^ d'ammonites gigantesques et de différentes espèces d'Huîtres. Un autre fait particulier à ces terrains, c'est l'apparition de véritables squales dont
le corps, à en juger par la longueur des dents retrouvées, devait avoir de 20 à 25 mètres, de TiguanodoD et du mégalosaure, deux des plus terribles animaux des vieux âges dont on ait constaté l'existence.
Dans le terrain crétacé supérieur, encore des ammonites, encore des huîtres, puis des baculites, des bélemnites, des hippuriles, des restes de cétacés qui se rapprochent des lamantins et des dauphins; enfin, Ténorme saurien connu sous le nom de mosasaure, dont un représentant a été trouvé près de la ville de Maëstricht.
Au-dessus de la craie supérieure commence, pour les dépôts sédimentaires, la zone dite tertiaire, qui comprend les trois classifications suivantes : le terrain parisien ou éocène, le terrain de molasse ou miocène et le terrain subapennin ou pliocène.
Ici se présente une grande particularité géologique : ce n'est plus en couches étendues que se forment les terrains sédimentaires, couches qu'avait entraînées la superposition de vastes mers au fond desquelles les éléments s'étaient lentement déposés. Après Tépoque crétacée, ces immenses dépôts, devenus continents, étaient en grande partie émergés ; il ne restait plus à leur surface que les portions déprimées ou arrachées par les bouleversements, formant des étangs, des lacs, des golfes ou fiords. Ce sont ces étendues de l'élément aquatique qui furent comblées, pendant la période tertiaire, par des dépôts circonscrits qui doivent leur origine, soit à des sources calcarifères, silicifères et gypsifères, soit
à des apports fluvialils , soit enfin à d'immenses courants produits par Félévation subite de quelques parties du sol précédemment immergé. Les végétaux dicotylédones prennent à cette époque un développement considérable ; les monocotylédonés, parmi lesquels le palmier, occupent le premier rang et s'y montrent en grand nombre. La végétation était alors si développée que la molasse devient fertile en dépôts de lignite, combustible de formation analogue à celle de la houille, mais de qualité inférieure. Tandis que les eaux renfermaient alors une multitude de coquillages dont les débris servent aujourd'hui, par les dissemblances qu'ils présentent, à distinguer la place où séjournait l'eau salée, de celle que remplissait l'eau douce; les forêts, qui ombrageaient les surfaces immergées, se peuplaient de mammifères et d'oiseaux. C'est dans le terrain parisien, dans la pierre à plâtre, queCuvier trou*a les débris qui ont servi à reconstituer le pachyderme, voisin du rhinocéros et du tapir, tel que le palaBothérium. C'est aussi dans la molasse qu'on retrouve le mastodonte, espèce aujourd'hui perdue, le non moins célèbre dmothérium gigantéura et le lourd et massif mégalhérium. C'est en partie' également dans le terrain pliocène qu'on constate, à l'examen des débris récoltés dans les cavernes où ces animaux venaient vivre et mourir, dans lesquelles quelquefois leurs ossements étaient entraînés par les eaux, la présence des ours, des loups, des hyènes, des jaguars et des éléphants, dont les races devaient se rapprocher sensiblement de celles des périodes suivantes.
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L'époque dile quaternaire succède à Tépoque tertiaire. C'est de toutes les périodes de formation de la croûte terrestre celle où les faits qui se sont produits sont le plus difficiles à décrire ; les causes générales et très étendues semblant avoir cessé d'agir pour laisser presque absolument la place à des phénomènes particuliers dont la variété et la petitesse relatives sont les points de départ.
En dehors des espaces plus ou moins bas, séparant les dômes ou pics' montagneux e! provenant de la différence de soulèvements dans uoe même chaîne ou un même groupe de montagnes, presque toutes les çrandes vallées ont été formées, aux précédentes périodes, entre des plateaux immenses soulevés par les cataclysmes terrestres. Les eaux tombées du ciel sur ces grands plateaux pendant la période quaternaire formèrent, à la moindre pente, des écoulements aux diamètres s'agrandissant à chaque pas, jusqu'à ce qu'ils arrivassent dans les parties moyennement basses à la désignation de rivière, pour créer ensuite des fleuves dans les grandes vallées ou dans les plaines peu élevées au-dessus du niveau dç là mer. Là, ces eaux laissèrent tomber les terres arrachées par elles à toutes les hauteurs de leur parcours, créant ainsi les couches si merveilleusement fertiles de la plupart des bas pays. Dans le même temps, sur certains points, on reconnaît que des soulèvements Jocaux portèrent à l'altitude des plateaux des terrains remplis de coquilles qui n'ont pu exister auparavant qu'au fond des mers; tandis qu'à côté, dans les terrains de compositignsies |)lus
variées, certaines fissures ont encore permis au feu central d'amener à la surface certaines tranches minéralogiques aussi dissemblables les unes des autres qu'il leur est possible de l'être.
En observant bien ce qui caractérise l'époque quaternaire, on est tout étonné d'y constater la présence, aussi bien dans les vallées que sur certaines hautes montagnes, de blocs rocheux dits blocs erratiques, dont les similaires ne se trouvent nulle part aux environs et dont il faut chercher l'origine dans des contrées parfois fort éloignées. Bien des hypothèses ont été mises en avant pour résoudre ce problème. Les plus satisfaisantes paraissept être celles qui, en admettant l'existence d'une période glacière, regardent la glace comme le véhicule des blocs erratiques. Ainsi, dans les vallées de la Suisse, comblées par les glaces jusqu'à une énorme hauteur, un bloc détaché des Alpes aurait glissé sur les pentes glacées, jusqu'au sommet du Jura, où, la chaleur revenue , la glace en fondant l'aurait abandonné. D'autres blocs transportés par dessus le Jura auraient coulé sur les* pentes glacées, jusqu'aux vallées de la Saône et du Rhône. On trouve, même en Allemagne, dans la partie moyenne des fleuves, des blocs erratiques venus des monts Scandinaves.
La flore et la faune quaternaires continuent, en les perfectionnant cependant, la flore et la faune tertiaires. On rencontre dans les couches de cette époque le mammouth [elephas primigenius) y dont la glace sibérienne a conservé des représentants. Le cerf, l'ours, semblent s'y être particulièrement dé-
veloppés. Parmi les oiseaux brillaient alors le gigantesque diornis et Tépiornis.
Pour terminer ce court exposé des phases de la formation du globe terrestre, il ne reste plus à décrire que le sol sur lequel nous marchons, que nous cultivons; or, cette description se trouve tout entière dans cet énoncé : Prenez ce qui vient d'être dit pour le diluvium, et en Tatlénuanl considérablement, vous aurez la notion exacte de la formation du terrain moderne. En effet, plus le globe avance en âge, plus sa croûte s'épaissit, moins violentes sont les perturbations que les mêmes phénomènes y ont causées depuis l'origine et qui l'ont en quelque sorte pétrie sous l'action des lois divines. C'est toujours la pluie, le vent ou d'autres perturbations atmosphériques qui, tombant sur les scories si mélangées, enlèvent aux hauteurs mille et mille débris inorganiques ou organiques, et sous forme d'espèces de sédiments, les déposent dans les plus bas terrains. Ce sont les fleuves qui comblent toujours leurs estuaires de ces Umons arrachés à leurs rives ; ce sont toujours les vagues des océans qui rongent les falaises du rivage pour en former les nouvelles couches au-dessus desquelles elles continuent de mugir ; ce sont toujours les madrépores qui forment, lentement, au sein des mers, ces récifs qui deviendront des îles où l'homme, un jour, trouvera de nouveaux champs à cultiver; c'est enfin la création qui lentement, mais sûrement, harmonieusement, se continue sous l'œil de Dieu !