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CHAPITRE PREMIER

Cet abrégé du récit de la formation du globe terrestre étant terminé, il est juste, pour suivre la série des faits qui commencent et reviennent à Dieu, de donner dans cet ouvrage leur exposé imparfait et de s arrêter un moment à Texamen de ces vastes questions qu'avait déjà fait naître dans ce travail la constatation de la présence des premiers organismes sur la surface du globe : Existe-t-il un fluide vital?

— Pourquoi la vie est-elle ici et n'est-elle pas là?

— Pourquoi vient-elle et pourquoi cesse-t-elle?

— Qu'est-ce donc que la vie ? '

Il n'existe pas de fluide vital. — Le fluide vital, conception purement imaginaire, au lieu d'être la solution du problème de la vie, ne sert qu'à l'obscurcir. — La vie, c'est le mouvement de la matière! — Partout où la matière est mue, il y a vie; et, bien qu'il semble rationnel que là où il y a différents mouvements il y ait différentes sortes de vie, la vie est une et ne se différencie que dans les apparences.

De ces apparences,* la première, purement théorique et réellement inappréciable pour nous, est représentée par le mouvement qui affecte la matière tout entière, à quelque ordre qu'elle appartienne, c'est le mouvement personnel des atomes renfermés dans les molécules devenues stables. L'orientation, guide de la concentration, en est la règle ; pour lui nuire dans les matières solides, il faut une différence de mouvement. La seconde apparence également orientée, mais moins concentrée, produit les liquides et les gaz ; tandis que la troisième dont on peut constater l'existence, et par conséquent s'occuper, est le mouvement, qui se révèle par la chaleur sensible. C'est l'effet d'une surexcitation par le voisinage d'atomes suffisamment excités. Sous celle dernière manière de voir comme sous les précédentes, la vie peut être, avec les mêmes molécules, non seulement inorganique, mais organique. D'où l'on peut conclure qu'un corps qui est déplacé ou

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modifié^ quelque inorganique qu'il soit, donne dans son déplacement ou sa modification une manifestation de vie. La glace vit, lorsque, fondant, elle se change en eau; Teau vit, lorsque sur une pente elle s'écoule, lorsque, bouillonnant, elle devient vapeur. Non seulement ce qu'on nomme vie inorganique peut, de combinaison en combinaison, être ramené au mouvement organique, mais, en prenant ce dernier état dans son acception la plus usuelle, c'est-à-dire dans ses manifestations chez les végétaux et les animaux, il est facile de se rendre compte qu'elle n'est là qu'un mouvement, et comme on a essayé de le démontrer depuis le commencement de cette étude, mouvemènl étant synonyme de chaleur, toute vie est une chaleur. Mais la chaleur a bien des degrés, c'est-à-dire qu'elle peut avoir un mouvement plus ou moins grand, et chacun de ces degrés modifie ses effets presque à rinfini, suivant la nature de l'élément auquel il s'applique et des atmosphères dont il a à subir la pression. Aussi, peut-on affirmer que le même degré de chaleur ou la même intensité de mouvement qui causera la manifestation si violente de l'explosion de la dynamite se fera remarquer dans des conditions d'activité bien moindre dans la production lente d'un organisme. Là, au lieu de surexciter, comme dans la dynamite, le mouvement latent des molécules, au point de provoquer une dissociation instantanée, les degrés de chaleur s'emmagasineront dans les tissus, n'y manifestant leur action que pour maintenir la chaleur qui existe, permettant d'y adjoindre la portion de l'activité du mouvement latent

des malières amenées plus tard par les adjonclions. Une partie de chaleur en trop dans ces matières serait exhalée par elles sous diverses combinaisons; car un mouvement trop vif amènerait forcément la consomption des4issus.

Mais la matière réfléchit donc pour prendre exactement du mouvement ce qui lui est nécessaire, et rejeter le reste? Non, la matière esl inerte; mais à chaque différence dans son organisation répondent, sous l'action d'une même cause, des efTets différents, à moins que la cause soit d'une intensité telle, qu'un peu plus tôt ou un peu plus tard elle change absolument de nature. Ainsi, dans un corps inorganique, une faible chaleur ne modifie en rien, pour l'observateur, la position moléculaire, tandis qu'une chaleur plus élevée, et variant pour chaque espèce de corps, le transforme aussitôt en un ou plusieurs autres corps également inorganiques. Dans un corps organisé, au contraire, une faible intensité de calorique crée et entretient la vie ; mais là, comme dans un corps inorganique, une chaleur trop grande dissocierait les éléments inorganiques qui le composent et les rendrait à leur premier élat. Ainsi, la matière ne réfléchit pas. Elle obéit à la chaleur jusqu'à changer de nature.

C'est ce qui fait rappeler à Figuier, dans ses An?iales scientifiques^ cette grande loi de la nature : « On sait que la respiration des animaux et celle des plantes se compensent à peu près exactement l'une l'autre', en vertu d'une sorte de libre échange qui s'exerce entço deux règnes organiques. Pour res-

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pirer, les animaux absorbent l'oxygène de Tair qu'ils transforment en acide carbonique. Les plantes, au contraire, quand elles sont frappées par la lumière solaire, absorbent, pour respirer, ce même acide carbonique nuisible à la vie animsde et elles exhalent de l'oxygène, nécessaire à la respiration des animaux. Ainsi, la plante purifie l'air altéré par la respiration des animaux. Ce phénomène s'accomplit dans l'air aussi bien que sous les eaux; il est même beaucoup plus actif dans ce dernier milieu, sous l'influence de la lumière solaire ou diffuse. »

Toute la différence, entre la matière inorganique et la matière organique, consiste en ce que la première n'a pas d'organisation cellulaire et que la seconde en est douée; or, il se fait dans un tissu cellulaire une circulation régulière d'atomes mouvementés par la chaleur, de vie, qui ne peut exister dans un corps inorganique où les molécules toutes semblables forment un milieu homogène. La cellule, en présentant un tissu de deux natures, l'une un peu plus consistante à l'extérieur, l'autre plus malléable à l'intérieur, permet que dans la combinaison chimique, résultat de l'association de plusieurs éléments dans un même milieu, l'effet du mouvement se produise plus activement à Tintérieur. Là est tout le phénomène.

Pour continuer cette description du mouvement organique, on peut dire : à un mouvement trop vif pour l'intérieur, mais supportable pour l'enveloppe, peut répondre une expulsion de matière mouve-

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menlée, si d'un point quelconque une autre matière y pénèlre. Le mouvement qui s'est produit dans la première cellule, sur la combinaison des liquides avec ceux que l'endosmose amenait, sort de cellule en cellule et pousse Texosmose jusqu'à la porte où il doit sortir. Il donne ensuite, dans rallongement fibreux de l'enveloppe extérieure, prise par le dedans, une cellule semblable. En d'autres termes, c'est le mouvement même, communiqué par Téther et combiné avec des éléments tendant à rejoindre ceux de la cellule qui élabore dans cette nouvelle demeure les éléments de la seconde cellule, et ainsi de suite jusqu'à la limite imposée à l'espèce. Telle est la marche où les enveloppes cellulaires forment des conduits dans lesquels pénètre le mouvement nécessaire à leur entretien et d'oti ce mouvement sort à la poursuite de son œuvre. Ainsi, le phénomène de la vie est une transmission de mouvement. Ce n'est pas un fluide vital qui traverse les cellules, c'est un mouvement, ou mieux, une chaleur qui s'empare de la matière et lui donne la vie; vie inorganique, si les molécules semblables sont simplement agglomérées comme dans les solides, certainsliquides ou certains gaz; vie organique, si c'est dans une cellule qu'elle pénèlre. Dans ce dernier ordre d'idées, étant donné une goutte d'un liquide composé de telle manière qu'il se coagule à sa surface en contact avec l'air sous forme fibreuse, il se créera une enveloppe qui protégera la partie centrale de la goutte oîi le liquide conserve sa limpidité relative, n'étant plus sujet à Faction atmosphérique. Telle est la cel-

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Jule, tel est Félémenl organique dans toute sa simplicité.

La cellule une fois formée, les liquides extérieurs entrent en ligne, passent à travers les mailles de Tenveloppe, se mêlent au liquide central déjà plus dense que ne le sont les liquides extérieurs, et re- (joivent d'eux un supplément de chaleur ou d'activité. Or, avec ces augmentations, il faut de Tespace ; et comme l'élasticité de l'enveloppe extérieure coagulée est bornée, le liquide central augmenté doit passer par une des mailles de ce filet. Il forme, à l'un des bouts, une nouvelle cellule, où les choses se passeront absolument comme la première fois, c'est-àdire que l'endosmose apportera ce que l'exosmose emportera. Les parois de la maille qui auront servi au passage du liquide, d'une goutte à l'autre, et qui, dans le principe, formaient un col bien étroit, repoussés peu à peu vers l'extérieur par un passage incessant, s'élargiront jusqu'à se trouver à angle droit sur la ligne perpendiculaire à l'équateur de la première goutte; et l'on aura ainsi, dans un grand nombre de cas, au lieu d'une cellule ronde, oblongue et fermée, un tube où peu à peu la circulation se fera sans aucun obstacle. D'autres fois, le liquide intérieur de la première goutte cessant momentanément son effort, la seconde goutte une fois produite, le pore ou col de passage d'une goutte à l'autre se refermera, se cicatrisera des deux côtés, et la seconde cellule deviendra indépendante, voguant dans le gaz ou dans le liquide ambiant, et pouvant, à son tour, procréer d'autres

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cellules. Là, sont les premières graines dont les premiers mouvements qui se font du dehors au dedans sont la vie.

Comme la matière inorganique cristallise en prisme, en octaèdre, en tétraèdre, la matière organique, suivant sa composition, cristallise en éléments dont l'essence est de se transformer par la suite en cellules qui, unies, feront, pour la flore, des végétaux et, pour la faune, des corps animaux ou humains. Ainsi, là encore, les grandes combinaisons de vie sont celles qui viennent des seuls mouvements des atomes éthérés. Pour en être convaincu, il faut toujours se rappeler qu'un corps organisé n'est qu'un ensemble de cellules plus ou moins modifiées ou cristallisées qui, pour ne pas continuer remploi d'un mot impropre, affecte des formes particulières qui lui sont ce que la cristallisation est à un corps inorganique. Ce qui, dans la matière organique, aide à la création de la forme, c'est essentiellement la force de cohésion des parois des éléments organiques, leur élasticité qui font qu'ils sont aptes à supporter le passage d'un mouvement moléculaire plus ou moins violent, plus ou moins continu et qu'ils se prêtent mieux, soit à des séparations, soit à des changements de direction.

Pour prouver mieux encore qu'il n'existe pas de fluide vital, on peut envisager, outre ce qui forme la vie, les moyens par lesquels la vie est entretenue dans la plante et dans l'animal. Ces moyens sont au nombre de deux, la respiration et la nutrition. Si l'on ne rencontre ce fluide, ni dans l'une, ni

dans Tautre, il sera difficile de dire où il se trouve, à moins qu'il n'ait préexisté à la naissance de l'organisme. On vient de voir comment, dans la cellule qui est essentiellement le type et l'origine de toute organisation, la vie n'est autre qu'un mouvement qui, dès qu'il a animé la première cellule, dans le sein de cette cellule, élabore la seconde en passant ainsi de la base au sommet de la plante et redescendant des feuilles aux racines, dislribuant partout de nouveaux éléments de nutrition. 11 ne reste donc à examiner ici que la respiration et la nutrition dans le règne animal.

L'air atmosphérique absorbé par la respiration contient : 21 p. 100 d'oxygène, 79 p. 100 d'azote dans lesquels se trouvent des traces presque insignifiantes de gaz acide carbonique et une certaine variété peu étendue de vapeur d'eau. Or, l'azote est impropre à la respiration, il ne sert qu'à aider à d'autres phénomènes. L'animal en rend à peu près ce qu'il en prend. La vapeur d'eau est dans le même cas, elle est expirée de diverses manières et particulièrement par la respiration pulmonaire, en quantités égales à peu près à celles que la même respiration avait introduites. Il n'y a donc que l'oxygène qui une fois entré dans le corps n'en ressort plus, ou du moins n'en ressort plus sous la même forme. Lui seul, dans la respiration, pourrait bien représenter le fluide vital; mais il n'en est pas ainsi. L'oxygène est simplement un élément du sang. Lorsque le sang arrive dans les poumons, vicié par les différents contacts qu'il a subis dans son parcours et par

les éléments donlils'esl chargé, il absorbe l'oxygène et dégage une quantité équivalente d'acide carbonique. En un mot, de sang veineux rouge sombre qu'il étail, ce sang devient artériel, d'un rouge vermeil, après quoi il reprend sa circulation pendant laquelle l'oxygène, combiné avec le carbone quil rencontre, forme l'acide carbonique que les poumons exhalent de nouveau à la limite du parcours. Si l'oxygène faisait seul son voyage à l'intérieur des végétaux ou des animaux, il les tuerait; or, ce qui lue n'est pas ce qui fait vivre. L'oxygène est donc un des éléments nécessaires à la vie, une des matières sur lesquelles le mouvement vilal s'opère; mais il n'est pas le fluide vital. Il est une matière jointe au sang pour le rendre propre à subir de nouveau l'action vitale, mais il n'est pas ce qui entrelient la vie. Une maladie tenant essentiellement à la composition du sang peut tuer celui qui en est atteint, bien qu'il continue d'aspirer la quantité normale d'oxygène. Il en est de l'oxygène comme de l'eau. L'eau est nécessaire à l'entretien de la vie ; mais elle n'est pas non plus un fluide vilal. L'espril-de-vin brûle très activement. Imbibez une mèche de ce liquide, sa propriété de brûler ne se développera pas toute seule; il restera ce qu'il est, c esl-à-dire un liquide. Apportez-lui du mouvement sous la forme d'une ignition, aussitôt le mouvement latent chez lui se fera jour et ses molécules serviront h l'augmentation comme à l'entretien d'une flamme. Ainsi, l'esprit-de-vin avait en lui des éléments qu'un peu de chaleur pouvait mettre en action, mais il n'était ni le mouvement ni la cha-

leur. II était simplement ce sur quoi la chaleur avail prise. Inerte, il ne pouvait devenir actif. C'est le mouvement qu'on lui a apporté qui était actif.

Trouvera-t-on davantage le fluide vital dans le phénomène de la nutrition? Evidemment non.

Outre l'oxygène libre absorbé par la respiration, le corps humain contient un grand nombre de substances, que* sa constitution lui défend de recevoir à l'état libre, mais qu'il puise dans des matières déjà organisées, telles que les substances végétales ou animales. Les plus communes de ces matières sont : le carbone, l'azote, l'hydrogène, loxygène, le soufre, le phosphore et le fer. L'acte de la digestion, par le travail qu'il opère sur les aliments, rend plus facile l'absorption de ces matières qui, ainsi séparées de celles impropres à l'entretien de l'organisme, doivent être rejetées, sont classées, triées, rendues liquides ou gazeuses, et alors pénètrent dans le sang, pour en devenir les parties constituantes. Le sang, en se répandant par une multitude de vaisseaux dans toutes les parties du corps, distribue à chaque partie la portion de ces nouveaux éléments constitutifs qui lui est propre, et par contre, se charge de principes qui, devenus inutilesàl'organisme, doivent être expulsés, soit comme acide carbonique, par le travail de l'appareil respiratoire, soit comme d'autres éléments intestinaux ou la sécrétion cutanée. Le sang ne fait que charrier les éléments des tissus. La composition et la décomposition des tissus se font entièrement dans les tissus eux-mêmes; et c'est l'affinité qui est le moyen que la

nature emploie. Le sang ne fait qu'apporter et remporter. Dans le travail d'absorption et de résorption on ne rencontre donc aucune matière à laquelle il soit possible d'attribuer la vitalité.

Le carbone lui-même, bien que dans la nature il semble être un des éléments les plus actifs, n'en esl pas moins inerte, qu'il soit joint à la houille ou au sang; il ne communique de mouvement aux molécules d'autres corps que si on lui apporte ce mouvement par une combinaison qui dégage ses propres molécules de leurs attaches. Il est un des éléments sur lesquels la vie agit le plus vite et le plus profondément; mais il n'est pas la vie. La vie, qui était le mouvement-chaleur des atomes d'élher dans la création, se reforme dans ou sous la croûte terrestre par le mouvement-chaleur qui résulte d'une combinaison nouvelle de deux ou trois matières inertes par ellesmêmes. Il est bon de le redire, de le répéter sans cesse, le mouvement ou la chaleur ou la vie visible ou sensible pour nous existent dans tout l'organisme, parce que c'est une loi de la création, ou mieux une volonté du Créateur, que tel élément, combiné avec tel autre, cause aux molécules du résultat de cette combinaison un mouvement que souvent nous poutons constater et qui est la vie, la vraie vie ; mais aucun de ces éléments n'est la vie par lui-même.

Parmi les savants il y en a qui donnent plus d'importance à la valeur de la théorie qui fait venir la chaleur vilale des combinaisons chimiques qui se font dans l'organisme. Il en est qui objectent que dans certaines conditions la chaleur se développe en

dehors des phénomènes chimiques par des actions physiques ou mécaniques. Celte objection, loin d'altaquer le principe que la vie doit être cherchée dans le mouvement, en est une nouvelle preuve, puisqu'elle indique qu'à un mouvement donné par d'autres procédés que l'action chimique, répond de même un développement de chaleur. La confusion disparaît par rîdenliOcation du mouvement avec la chaleur. S'ils produisent un mouvement en dehors de l'action chimique, ils doivent retrouver une chaleur équivalente à ce mouvement; mais l'action chimique, que fait-elle? Elle produit aussi un mouvement qui se traduit en une chaleur absolument identique à celle que l'on a mécaniquement produite. Encore une fois, ni l'action chimique ni l'action mécanique ne sont la vie. Ce qui est la vie, c'est le mouvement produit, sous quelque forme qu'il se laisse apercevoir.

Du reste, comme on vient de le dire tout à l'heure, c'est seulement par le mouvement et à l'aide du mouvement que peuts'expUquer le phénomène principal de la vie, c'est-à-dire la nutrition des tissus et leur renouvellement constant. Comment le sang qui, par les vaisseaux capillaires, amène à tous les tissus les éléments si multiples qui servent à leur composition, laisse-t-il exclusivement de la fibrine, là où la fibrine est nécessaire, de l'albumine où se fait senlir le besoin d'albumine, des sels calcaires là où la constitution des tissus réclame des sels calcaires? C'est ce qu'explique la théorie seule. Dans l'Univers entier, le mouvement est capable et coupable de la formation ou de la déformation des tissus.

On sait que la condition sine qua non de toute agglomération de matière homogène est le parallélisme des axes atomiques ou moléculaires ; lors donc que le sang parvient à un tissu composé en grande partie de fibrine, dont le mouvement rotatoire atomique existe toujours, indépendamment de tout, celles de ces molécules dont les axes atomiques sont orientés pareillement aux axes des atomes des molécules de fibrine, celles-là seules vont à la fibrine. L'orientation des axes des atomes d'éther détermine donc de quelle combinaison sont les molécules qu'ils forment. Il en est de même pour l'albumine, de même pour les sels calcaires, de même pour tout autre matière tenue en dissolution dans le sang. On voit que Cuvier n'avait pas tout à fait tort lorsqu'il parlait de tourbillons vitaux.

Mais ce n'est là qu'une partie du phénomène. D'où viennent les matières excrétées par l'organisme, soit dans l'acte d'expiration, soit sous forme de sueur, d'humus ou d'urée? Mille et mille accidents, tels que changement de température extérieure ou intérieure, les frottements, les courants électriques qui parcourent sans cesse les organes et agissent si puissamment sur les surfaces, les combinaisons anormales causées par des changements de nourriture; mais ces derniers impedimenta^ dans des limites relativement restreintes, puisque ces changements doivent être tels qu'ils ne nuisent pas h l'organisme entier, font que, dans les tissus, certains atomes sont troublés ou dérangés dans leur parallélisme, et que dès lors, rejelés, ils retombent

dans le torrent sanguin qui les emporte. La nature agit là comme la création dans la formation d'un astre ; la masse en fusion rejette en scories les malibres dont les axes atomiques ne sont plus en parallélisme avec ceux de ses propres atomes. Le plan du Créateur est tellement simple, et partout tellement sublime, que dans un monde ou dans une molécule, aux mêmes causes répondent les mêmes effets !

Ainsi le mouvement seul fait que les tissus se forment ou se déforment, augmentent ou diminuent, et rien n'est moins nécessaire que l'introduction dans la science d'un fluide vital. Vivre, c'est être animé; or, le mouvement, c'est l'action de la volonté de Dieu qui fait que tout est animé, qu'on vit, sans quoi, deux atomes ne pouvant occuper le même point, la création n'aurait pas eu lieu. Dieu n'a créé, on ne saurait trop le redire, que la matière inerte et le mouvement qui l'anime. Matière et mouvement sont les deux termes et les deux seuls termes d'une proportion dont le résultat est l'Univers physique. Tout en sort, tout doit y rentrer ; seule la spiritualité est indépendante.

Je lis dans quelques écrits que des chimistes ont trouvé le moyen de composer certaines matières organiques dans leur laboratoire. Cela n'a rien de très absurde, puisque Dieu en a créé les éléments. Us ont décomposé certaines matières de ce genre, puis, les éléments reconnus, ils les ont recomposées. Dans le sens de séparation la science ira bien au delà; mais lorsqu'elle aura mis dans autant

de fioles toutes les matières organiques qui composent le corps, en recomposant, en fera-t-elle un autre? Dieu a peut-être permis que l'esprit humain finît par connaître la plupart des secrets de la nature, mais il ne lui a certainement pas donné la faculté de créer la vie. La vie résulte, non seulement des forces de la nature, mais des lois qui, dirigeant ces forces, leur donnent le principe actif; or ces lois sont à la disposition de Dieu seul. La science utilise les combinaisons de Dieu, mais elle ne crée pas. Prenez du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène, de l'azote qui sont les principaux éléments de la végétation, ajoutez-y ou n'y ajoutez pas les minéraux que vous voudrez, phosphore, soufre, etc., et dans la proportion qu'il vous plaira, vous arriverez peut-être à former certaines matières que vous avez découvertes dans, des plantes, telles que la cellulose, l'amidon, la fibrine, la caséine, l'albumine ; mais, lorsque vous aurez tout cela, vous n'aurez pas encore ce quelque chose qui doit s'en nourrir pour former une plante, ce quelque chose qui pousse et qui s'appelle l'embryon. Eh bien, Dieu avait connu le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote, il avait inventé avant vous les combinaisons de ces matières qui sont la cellulose, l'amidon, etc. ; mais, ce qu'il a fait de plus que vous, ce qui est tout, c'est qu'il a créé les premiers atomes, et par suite, le premier mouvement.

Dieu a voulu que le blé fût, et ses lois étaient combinées de telle façon que le blé naquît. Or, une loi agissant sur les premiers atomes de matière,

c'est ce que rhomme ne pourra jamais faire. La preuve en est dans ce que le physicien a fait de plus fort. II a pu se servir d'une création de Dieu, Téleclricité, pour envoyer en deux secondes sa pensée au bout du monde ; cela prouve simplement qu'il a trouvé cet élément, et que, se servant de la pensée divine que Dieu fait pénétrer dans son âme, il a utilisé cette découverte.

La chimie par sa perfection nous fait pénétrer de plus en plus dans les détails de l'organisme; aussi lui devons-nous une vive reconnaissance de nous faire voir de plus en plus sur quel admirable plan le monde a été édifié. Elle nous prouve en effet que bien des corps que nous avions crus jusqu'ici en dehors de l'organisme en sont la base; elle nous donne ainsi une preuve nouvelle de la puissance et du génie du Créateur. Rien ne prouve mieux le talent de l'architecte que l'unité de composition, la simplicité du monument.

Maintenant, en dernière analyse, le fluide vital est-il quelque chose préexistant à la naissance de l'organisme? Si l'on admet l'organisme né d'un autre organisme, la question n'est que reculée. Qu'il s'agisse du fluide vital ou du mouvement, si leur existence est constatée chez l'enfant, c'est qu'ils ont existé chez le père qui les lui a transmis ; il faut donc revenir à un premier organisme. Or, il résulte de tout ce qui vient d'être dit, que le premier organisme, soit végétal, soit animal, n'a été qu'une combinaison de matière telle, qu'un centre de mouvement pût s'y former intérieurement à la cellule.

C'est-à-dire, une combinaison de corps connus sous le nom de corps simples combinés de façon qu'ils formassent, d'abord en cette cellule, un élément qui, ne pouvant s'agglomérer avec les autres, s'épandll à la surface. Il y séjourna, s'y durcit, offrant ainsi à la masse un abri derrière lequel les influences extérieures devenant moins sensibles, la masse ne fut plus troublée dans ses combinaisons physiques ou chimiques intimes. Ces combinaisons intérieures furent ce que la nature avait voulu qu'elles fussent pour produire un mouvement propre a modifler leur essence, et par une série de combinaisons, à amener leurs éléments à l'état que le Créateur avait voulu, en leur permettant d'être; en un mol, à créer la matière organique qui n'est qu'un mélange des dits corps simples, bien qu'eux-mêmes ne soient que des modifications moléculaires de la matière unique triturée dans un milieu particulier. Telle est approximativement l'histoire de la cellule et de la vie dans la cellule, telle est l'histoire de l'œuf et de la vie dans Tœuf ; dans les deux cas, on ne constate aucun fluide particulier qui puisse s'appeler fluide vital. 11 y a un abri sous la protection duquel une chaleurmouvement se développe dans les matières qui y sont contenues, parce que leur mélange produit une certaine activité atomique. Il y a des séries d'atomes qui, leurs axes n'étant pas parallèles, se heurtent de plus en plus sans cependant briser l'enveloppe récemment formée, jusqu'à ce que ces atomes aient retrouvé un parallélisme qui ne sera celui d'aucun d'eux, mais qui formera le type d'une

série nouvelle. Celle série ou matière nouvelle, à son tour modifiée de la même manière, franchira un degré de plus de l'échelle organique, jusqu'à ce que, complètement élaborée, elle soit apte à supporter les influences extérieures. Ainsi, partout et toujours l'unité de plan, l'unité de moyen, pas de fluide vilal; une chaleur-mouvement ou un mouvement-chaleur qui est la vie commune de la matière tout entière.

Quelques voix, parmi les plus autorisées, ont parlé d'un excitant vital comme étant le principe de la vie ; c'est encore une erreur, bien que cette idée semble se rapprocher plus que tout autre de ce que nous croyons la vérité. Ce n'est pas un excitant qui est le principe de vie. L'excitant n'est qu'une activité trop vive qui nuit forcément à l'homogénéité du mouvement. L'excitant, fluide ou non, n'a donc pas lieu d'être, et ce mot n est pas assez général pour désigner la vie, tandis que le mouvement est partout et pour tout.

Pourquoi la vie est-elle ici et n'est-elle pas là? Parce qu'ici un mouvement est produit par un efîet mécanique, physique ou chimique, et que là, pour une raison ou pour une autre, la cause de cet elTet cessant d'exister, l'elTet cesse avec elle ; or, comme cet effet, c'est le mouvement et que le mouvement c'est la vie, la vie cesse avec la cause qui anéantit le mouvement, et l'organisme rentre dans le milieu inorganique. Ainsi, une chaleur trop grande ou un refroidissement trop accentué du milieu ambiant désorganisent la matière organique.

en ce sens que, dilatant ou contractant ses atomes, ils changent le parallélisme de leurs axes ou leurs distances réciproques, et leur donnent ou leur retirent une quantité de mouvement qui détruit la combinaison dont cet organisme était le résultat. Que chez un animal la perforation du cœur interrompe subitement le mouvement général, le mouvement particulier aux différents organes ne cessera pas instantanément ; il faut que le mouvement particulier dont ces organes sont animés ne soit plus entretenu, pour cesser à son tour. Aussi voit-on la rigidité cadavérique n'arriver que quelque temps après la mort, alors que les milieux dans lesquels ces organes sont plongés se coagulent. La vie était où le mouvement était, la vie n'est plus où le mouvement n'est plus !

Pourquoi la vie vient-elle et pourquoi cesse-t-elle? Elle vient parce qu'elle est une conséquence de Teffet du mouvement sur la matière ; conséquence dont le Créateur a fait le but de son œuvre, et elle cesse parce que, le mouvement ne pouvant s'arrêter dans sa course folle et ses trépidations intimes, laisse s'écarter de son foyer des matières sur lesquelles il ne peut plus agir. Latent même, sous des formes que nous ne voyons pas, dans l'organisme, ce mouvement obéit à certaines lois qui l'ont forcé de créer; tandis que, sous l'empire d'autres lois, il désorganise bientôt ce même organisme.

Mais, dira-t-on, montrez-nous la cause de ces lois qui désorganisent ce qui était si bien organisé? Celle cause est dans le vouloir de Dieu qui, ayant créé

la matérialité, la tient, la restreint, et Tordonne.

Ainsi : mouvement atomique ou moléculaire animant la matière et donnant lieu au mouvement général, voilà ce qu'esj la vie du corps, et, comme conséquence, cessation de la vie lorsque ce mouvement est interrompu, voilà ce qu'est la mort ; mais, heureusement, la matière en mouvement n'est pas tout, quand cette matière rentre dans le domaine inorganique, l'âme s'en sépare.

Regardons, pour finir ce passage sur Torigine de la vie, ce que disait Humboldt dans son Cosmos : « Nous trouvons, chez les peuples les plus sauvages, et mes propres courses ont confirmé cette assertion, un sentiment confus et craintif de la puissante unité des forces de la nature, d'une essence invisible, spirituelle qui se manifeste dans ses forces, soit qu'elles développent la fleur et le fruit sur l'arbre nourricier, soit qu'elles ébranlent le sol de la forêt ou qu'elles tonnent dans les nuages. Il se révèle ainsi un lien entre le monde visible et un monde supérieur qui échappe à nos sens... La nature, considérée rationnellement, c'est-à-dire soumise dans son ensemble au travail de la pensée, est l'unité dans la diversité des phénomènes, l'harmonie entre les choses créées, qui diffèrent par leurs formes, par leur constitution propre, par les forces qui les animent; c'est le tout, To irov, pénétré d'un souffle de vie (1). »

(1) Traduction française de Cosmos^ t. P', p. 16 et p. 3.

Barbie du Bocage.

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